18 juin 1940 Georges Guingouin commence la résistance

mercredi 27 septembre 2017.
 

Georges Guingouin symbolise ce que la tradition républicaine comme la tradition communiste ont eu de meilleur en France. Aussi sont logiques son entrée en résistance dès le 18 juin 1940 ainsi que l’organisation d’un premier réseau dès l’été 1940 (groupes clandestins, tracts, confection de fausses cartes d’identité...).

Tradition communiste rurale

Né en 1913, il perd son père tué au début de la Première guerre mondiale fin août 1914. Elevé en Haute-Vienne, un fief du communisme rural né après 1918 de la haine du capitalisme de libre-échange des marchands de canon, j’imagine le contexte humain dans lequel il a grandi. Georges vient d’avoir vingt ans lorsqu’il devient secrétaire (dirigeant) du parti communiste pour les cantons de l’Est de la Haute Vienne (rayon d’Eymoutiers). Les liens personnels qu’il tisse alors parmi les petits paysans républicains et communistes expliquent de façon importante ses succès futurs dans la Résistance ; géographiquement, humainement et culturellement, c’était un milieu idéal face au fascisme, cent mille fois plus par exemple que le milieu des officiers, des préfets, des policiers ou des juges.

Tradition républicaine

Madame Guingouin, mère de Georges, est fille d’un ouvrier porcelainier, coeur du mouvement ouvrier limousin. Devenue directrice d’école primaire, elle transmet à son fils l’héritage exceptionnel de Robespierre, Hugo et Jaurès, souvent ancré parmi les "hussards noirs de la République". Aussi, il suit la voie professionnelle maternelle, est admis à l’école normale de Limoges puis nommé instituteur à Saint-Gilles-les Forêts.

Les jeunes du 21ème siècle doivent savoir que chez les militants de la génération Guingouin l’épopée républicaine, l’idéal démocratique, l’espérance communiste et le militantisme quotidien contre les catastrophes engendrées par le capitalisme formaient une cohérence sans faille.

Guingouin résistant antifasciste

Incorporé dans l’armée en 1934-1935, il est à nouveau mobilisé le 23 août 1939. Blessé durant des combats le 17 juin 1940, il est évacué sur l’hôpital de Moulins. Le lendemain 18 juin, l’armée à la croix gammée attaque cette préfecture de l’Allier. "Se refusant à être fait prisonnier, Georges Guingouin rejoint sous la mitraille le poste de secours de l’unité qui défendait la ville et se fait évacuer sur Montluçon." (extrait de sa biographie officielle en tant que Compagnon de l’Ordre de la Libération)

Pour ne pas être accusé de déformer la réalité, je continue à citer le même document :

« Revenu dans ses foyers et remis de ses blessures, Georges Guingouin organise la résistance dès juillet 1940, forme des groupes clandestins, édite et diffuse des tracts contre le gouvernement de Vichy, confectionne de fausses cartes d’identité... En février 1941, il échappe de peu aux inspecteurs de police venus l’arrêter. En avril il "prend le maquis", se réfugiant dans une sapinière de la commune de Soudaine Lavinadière en Corrèze...

A la tête d’une imprimerie candestine, Georges Guingouin vit dans de dures conditions, tantôt dans des cahutes, des maisons inhabitées ou même des souterrains. Il organise des distributions massives de tracts lors des grands rassemblements que sont les foires...

Le 1er octobre 1941, il enlève un stock de cartes d’alimentation. Le 21 janvier 1942, il est condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité par le Tribunal militaire de la 12ème région.

Il crée les premiers groupes armés qu’il baptise "Francs-tireurs". Il va diriger de nombreuses actions de sabotage. l’économie de guerre allemande est frappée par la destruction de deux chaudières à l’usine de régénération de caoutchouc Wattelez à Limoges le 8 mai 1943. Puis une atteinte sévère est portée aux communications de l’armée allemande, le 12 juillet 1943, par le sabotage du câble téléphonique souterrain reliant la base des sous-marins de Bordeaux à l’Etat-major de la Kriegsmarine à Berlin. Plus retentissant encore l’enlèvement de la commission d’armistice franco-allemande de Limoges. »

Toutes ces actions amènent le maréchal Von Rundstedt à en informer Hitler en personne qui décide de retirer la division blindée d’élite Das Reich du Front de l’Est pour écraser les Résistants limousins à partir du Tarn et Garonne.

Au moment du débarquement en Normandie, la 1ère brigade des Résistants de Guingouin réussit un nouvel exploit : la capture du "héros" de la division Das Reich, le Sturmbannführer Kämpfe. Les nazis essaient alors de le récupérer perdant 48 heures décisives permettant au débarquement anglo-américain de se renforcer. Le général en chef des armées alliées Eisenhower expliquera que ce retard a sauvé la tête de pont. Même point de vue de l’historien allemand Hans Luther ; ainsi, "Cette division d’élite n’a pas pu être placée en temps utile sur le front de Normandie."

L’orientation politique de Guingouin mérite d’être également soulignée. Toute guerrilla rurale a besoin de gagner une sympathie active parmi la majorité des paysans. Aussi, le "Préfet du maquis" les défend face aux réquisitions détruisant les botteleuses puis les batteuses du Ravitaillement général, imposant un barème plus rémunérateur que celui du gouvernement pour le blé.

L’été 1944, voit le triomphe de Guingouin :

- Du 17 au 24 juillet, l’armée allemande tente à nouveau d’écraser ses combattants mais elle perd 342 tués ou blessés contre 97 parmi les Résistants.

- Ayant été informé du fait que le chef de la gestapo de Limoges voulait fusiller les Résistants prisonniers, la 4ème brigade FFI de Guingouin prend Limoges d’où s’enfuit le 19ème régiment de police SS.


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