Légendes et religion, de Saint Georges au Saint Suaire

jeudi 13 septembre 2018.
 

- A) Déisme et surnaturel

- B) Saint Georges (fêté le 23 avril)

- C) Saint Suaire... le retour

A) Déisme et surnaturel

Je comprends et respecte la croyance en un Dieu créateur.

Je comprends et respecte celles et ceux qui voient dans les Evangiles la Parole d’un Jésus dont la vie constituerait un idéal de vie.

Je comprends et respecte celles et ceux qui voient en Jésus un fils de Dieu malgré diverses incohérences dans le récit postérieur de sa vie.

Je comprends et respecte encore plus toutes celles et tous ceux que la croyance religieuse amène à lutter pour plus de dignité et de fraternité humaines, plus de justice, plus de respect de la nature.

Par contre, je ne comprends pas que des chrétiens se réclamant simplement de la raison soient généralement souples vis à vis de légendes aussi irrationnelles que la "vie" de nombreux saints comme Saint Georges ou vis à vis de mystifications comme le Saint Suaire.

Il ne s’agit pas d’une petite affaire. Le christianisme s’est imposé à l’époque médiévale par une multiplication de reliques et de légendes destinées à le financer tout en pliant les manants devant la puissance surnaturelle de Dieu, de ses Saints et de son Eglise. Celle-ci n’a pas lésiné sur les volumes. Les "morceaux de vraie Croix" représentent trois stères de bois. Quatorze prépuces du Christ font l’objet d’une adoration infinie. Plusieurs litres de sang du Christ et de lait de la Vierge complètent ce tableau.

B) Saint Georges (fêté le 23 avril)

Je prends son cas car il illustre parfaitement la littérature merveilleuse attachée à de nombreux saints vénérés pour « le Christ vivant en eux et répandant la richesse de sa grâce ». Ils est également caractéristique d’une légende à but réactionnaire de guerre sainte ; dans son cas, il s’agit du saint chevalier des Croisades pourfendant le MAL personnifié par les musulmans.

Comme le résume parfaitement le site de l’aumônerie militaire catholique cité plus loin Saint Georges est le protecteur des Francs. Le combat de Georges contre le dragon est un sujet très souvent représenté, surtout à partir du XIIIe siècle ; il symbolise la victoire de la Foi sur le Mal.

Pour raconter sa "vie", je vais copier ci-dessous deux sites qui font appel aux "récits" essentiels le concernant :

- un site religieux orthodoxe (http://www.icones-grecques.com/text...) :

Sur l’ordre du souverain les gardes frappèrent de leurs lances Saint Georges au ventre. Le sang se mit à couler à flot, mais, dès les premiers coups, leurs armes se tordirent comme si elles étaient faites de matière molle. Le soldat du Christ fut alors jeté en prison, avec une lourde pierre sur la poitrine. Le lendemain, il comparut de nouveau devant le tyran et montra la même fermeté, aussi l’attacha-t-on à une roue suspendue au-dessus d’instruments tranchants, de sorte que, quand on la faisait tourner, le corps du Saint était progressivement coupé en morceaux. Surmontant la douleur par le débordement de son amour pour Dieu, Saint Georges ne cessait pas de rendre grâce au Seigneur. Une voix se fit alors entendre du ciel, disant : « Ne crains rien, Georges. Je suis avec toi ! » Et un Ange, vêtu d’une robe blanche plus brillante que le soleil, descendit pour le délier et le guérir de ses blessures. Lorsqu’il se présenta sain et sauf devant l’empereur, deux officiers de la garde, Anatole et Protoléon, confessèrent le Christ à haute voix. Ils furent aussitôt décapités. L’impératrice Alexandra (cf. 21 avril), elle aussi, se déclara chrétienne, mais Magnence la contraignit à se retirer au palais.

On jeta alors le Saint dans une fosse remplie de chaux vive ; mais, tel les Trois Jeunes Gens dans la fournaise de Babylone, il en sortit sain et sauf au bout de trois jours, salué par la foule qui s’écriait « Grand est le Dieu de Georges ! » L’empereur, restant toutefois insensible devant toutes ces démonstrations de la puissance du Christ, ordonna de forcer le Martyr à marcher avec des chaussures garnies de pointes rougies au feu. « Cours, Georges, vers l’objet de tes désirs ! » se disait le Saint en invoquant le secours du Seigneur. Et c’est une fois de plus, incorrompu et rayonnant de grâce, qu’il se présenta devant le tyran.

Par la grâce de Dieu, il échappa aussi au poison préparé par un mage nommé Athanase. Comme celui-ci et ses congénères restaient encore incrédules, en pensant que Georges usait de quelque artifice magique, à leur demande il ressuscita un mort enseveli depuis trois cents ans. Celui-ci se prosterna devant le Saint et, déclarant qu’il avait été tiré de l’enfer par sa prière, il confessa le Christ. Le mage vaincu tomba alors aux pieds du serviteur de Dieu, lui demanda pardon et proclama à son tour la vraie foi. Eclatant de fureur Dioclétien ordonna de décapiter sur le champ Athanase et le ressuscité.

Nombre de ceux qui avaient cru au Christ à la suite des miracles de Saint Georges trouvèrent le moyen d’aller le visiter dans sa prison afin d’être instruits des vérités évangéliques ou pour recevoir la guérison de leurs maux. Le Saint compatissait à la douleur de chacun et il ressuscita même le boeuf d’un paysan nommé Glykérios. Ce dernier fut ensuite arrêté et décapité sans autre forme de procès.

Le lendemain Dioclétien fit comparaître Georges au temple d’Apollon, en présence d’une foule considérable. Feignant de vouloir sacrifier, le Martyr entra dans le temple et s’adressa à l’idole en faisant le signe de la Croix. Les démons qui habitaient la statue confessèrent alors avec frayeur que seul le Christ est Dieu véritable et ils sortirent dans un grand brouhaha, laissant les statues inertes s’effondrer à terre. Les prêtres et les païens chassèrent alors le Saint à grands cris et le ramenèrent au palais. Attirée par le tumulte, l’impératrice Alexandra sortit, fendit la foule en criant : « Dieu de Georges, viens à mon aide ! » et elle tomba aux pieds du Saint. Ne pouvant plus contenir sa rage le tyran, dont le coeur s’était endurci comme autrefois celui de Pharaon, ordonna de les décapiter tous les deux. Mais, la veille de l’exécution, Alexandra remit paisiblement son âme à Dieu dans la prison.

Le jour venu, Saint Georges se rendit sur les lieux de l’exécution suivi d’une grande foule. Il rendit grâce à Dieu pour tous Ses bienfaits et, demandant Son assistance en faveur de tous ceux qui invoqueront avec confiance son intercession dans la suite des siècles, il inclina la nuque sous le glaive et partit pour remporter au ciel les trophées de la gloire éternelle.

Conformément à la recommandation du Saint, son serviteur transporta ensuite sa précieuse relique dans sa patrie, Lydda (Diospolis) en Palestine (cf. 3 novembre), où d’innombrables miracles s’accomplirent dans la vaste église que l’on construisit en son honneur.

- le site de l’aumônerie catholique militaire (http://www.vbru.net/aumonerie/st_ge...)

« Né en Cappadoce de parents chrétiens, Georges, officier dans l’armée romaine, traverse un jour une ville terrorisée par un redoutable dragon qui dévore tous les animaux de la contrée et exige des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort. Georges arrive le jour où le sort tombe sur la fille du roi, au moment où celle-ci va être victime du monstre. Georges engage avec le dragon un combat acharné ; avec l’aide du Christ, il finit par triompher. la princesse est délivrée et, selon certaines versions, dont celle de la Légende dorée, le dragon, seulement blessé, lui reste désormais attaché comme un chien fidèle. Plus tard, Georges est victime des persécutions antichrétiennes de l’empereur Dioclétien. Il subit en Palestine un martyre effroyable : livré à de nombreux supplices (brûlé, ébouillanté, broyé sous une roue, etc.), il survit miraculeusement... A partir du Moyen-Age, le "culte" de saint Georges prend une extension très importante. Les Croisades contribuent à lui donner une grande popularité. Au siège d’Antioche en 1098, saint Georges est le protecteur des Francs. Le combat de Georges contre le dragon est un sujet très souvent représenté, surtout à partir du XIIIe siècle ; il symbolise la victoire de la Foi sur le Mal. »

C) Saint Suaire... le retour

Toute période politique d’incertitude laisse place au repli de certains vers le surnaturel. Ainsi, l’Eglise catholique ne dédaigne pas en profiter pour se faire à nouveau un peu de pub grâce au Saint Suaire de Turin qui aurait servi à envelopper le corps de Jésus après la crucifixion conformément au mode de sépulture en usage chez les Juifs.

En 1988, une datation au carbone 14 avait pourtant conclu que ce tissu avait été confectionné sans aucun doute entre 1260 et 1390.

Voici un extrait d’un article du Figaro plutôt favorable à son authenticité.

Du 10 avril au 23 mai, le Saint Suaire est exposé dans la cathédrale de Turin. Deux millions de visiteurs sont attendus... Est-il le Mandylion, une image miraculeuse du Christ signalée dès le IVe siècle à Edesse (aujour d’hui Urfa, en Turquie), et disparue lors du sac de Constantinople de 1204 ? C’est la thèse pour laquelle plaide Ian Wilson. Acquis en 1457 par la famille ducale de Savoie, le Suaire affronte un incendie à Chambéry en 1532 (il en garde des séquelles), puis il est transporté à Turin en 1578. Cette bande de lin blanc, de 4,36 mètres sur 1,10 mètre, conservée pliée puis enroulée, est l’objet d’ostensions régulières. A l’œil nu, elle ne révèle que des traces et des ombres. La photographie va tout changer : en 1898, on découvre que les négatifs dévoilent la silhouette d’un homme nu, de face et de dos, ainsi que son visage. De grande taille (à peu près 1,80 mètre), l’individu a été supplicié.

En 1977, une équipe interdisciplinaire d’une trentaine de chercheurs américains, le Shroud of Turin Research Project (Sturp), a conclu à un processus... inexpliqué. L’image, au lieu d’être déformée comme elle aurait dû l’être après avoir épousé la forme du corps, est plane : comme si un énigmatique rayonnement l’avait projetée sur le tissu. Par ailleurs, la densité de fibres de lin oxydées étant proportionnelle à la distance entre la partie du corps représentée et le linge, il est possible, par traitement informatique, de reconstituer une image tridimensionnelle de l’homme du Suaire. Et ce qui apparaît, c’est un individu de 30 à 35 ans.

Pourquoi ses yeux sont-ils globuleux ? Sur les photos, des numismates ont reconnu des leptons, une monnaie frappée vers l’an 29, sous Ponce Pilate. Or, à l’époque du Christ, on collait des pièces sur les yeux des cadavres afin d’empêcher leurs paupières de se relever. Une équipe française a aussi identifié des bribes d’inscriptions hébraïques, latines et grecques, faisant ressortir, selon eux, les mots Jésus et Nazareth.

Ce qui est encore plus troublant, c’est que des éléments anatomiques prouvent une similitude entre le supplice subi par l’homme du Suaire et le récit des Evangiles. Sur le linge, les taches de sang contiennent de la bilirubine, une substance sécrétée par le foie en cas de souffrance extrême. La victime a reçu plus de cent coups de fouet ; elle a été frappée au visage et son nez a été cassé ; elle a porté sur la tête une couronne d’épines, et sur les épaules un objet très lourd ; elle s’est écorchée en tombant à terre. L’homme a été crucifié aux deux mains - les clous plantés dans les poignets, blessure provoquant la rétraction des pouces -, et les pieds l’un sur l’autre. Avant de mourir, il a lutté contre l’asphyxie et a reçu au côté droit un coup porté par un ustensile pointu. Enfin, aucune trace de décomposition ne pouvant être relevée, le contact entre le corps et le linceul, d’après les chercheurs du Sturp, a duré moins de quarante-huit heures.

Parmi les arguments niant l’authenticité de ce "Saint Suaire" voici le point de vue de Gérard Mordillat, co-scénariste de la Bande Dessinée passionnante "le suaire" :

« L’Eglise considère le suaire comme une image, une icône représentant le corps du Christ. Et curieusement, ce sont les laïcs qui ont voulu à toute force que cette image, soit "authentique", que le suaire soit le vrai linge qui a enveloppé le corps de Jésus après la crucifixion. Dès la publication des photos de Seconde Pia, en 1898, le chanoine Ulysse Chevalier fait la démonstration que ce corps, que ce visage qui apparaissent sur le négatif des photos, ne peuvent pas être ceux de Jésus. Il en fait une démonstration textuelle.

Le corps que montre le Christ est supplicié tel que décrit dans l’Evangile selon Saint Jean. Or, dans cet évangile, il n’y a pas de suaire mais des bandelettes... De plus, la figure qu’on nous montre a les mains croisées sur le pubis, or aucun juif de l’époque ne faisait enterrer les mains sur le pubis. Ceux qui fabriquent le suaire ne sont plus des juifs, mais des catholiques. Bien d’autres preuves existent qui réfutent l’idée qu’un corps ait été enveloppé par ce suaire, a fortiori celui de Jésus. Le suaire est une image fabriquée.

L’Eglise continue à présenter le suaire aux fidèles parce qu’il reste une source de revenus... Même si elle ne le reconnaît pas comme relique, elle a toujours laissé une tolérance, considérant que cela relevait de la piété populaire et contribuait à soulager les âmes. »


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