Financiers, banquiers, rentiers... rendez-nous notre argent et la crise sera finie !

mardi 24 mars 2020.
 

En langage économique libéral, cela se dit ainsi : la part des salaires a baissé dans le PIB annuel et dans la répartition de la valeur ajoutée durant 30 ans pour presque tous les pays du monde dont la France. Au profit de qui ? des riches qui placent de l’argent (en particulier fonds de pension, fonds de placement et grandes fortunes) et exigent une rentabilité maximum du capital.

Le classement 2012 de Challenges montrait que les 500 plus riches français ont cumulé 267 milliards d’euros de gain. Soit autant que les recettes de l’État. « S’il fallait les redistribuer aux 8,1 millions de pauvres (en France) recensés par l’Insee, cela représenterait 33 000 euros pour chacun d’eux ».

Le classement 2013 fait apparaître que les 500 principales fortunes de France ont réalisé de tels profits que leurs avoirs ont progressé de 25% en un an. La même année, la fortune de Vincent Bolloré a progressé de 122,2%, celle de François Pinault de 74,6%, celle de Xavier Niel de 63,9%, celle de Liliane Bettencourt de 51,6%. Pendant cette même année (2012), le pouvoir d’achat des Français a reculé de 0,9%.

L’austérité imposée par Sarkozy puis Hollande ne fait qu’enrichir les plus fortunés

Salaires : de mal en pis

En France, les salaires ont connu une période faste dans les années 1968 pour deux raisons :

- d’une part la hausse régulière des salaires réels (d’environ 4 à 5% par an en gros depuis la Libération) explicable par la forte croissance annuelle (environ 4%) mais aussi par la nécessité pour le capitalisme de prouver sa supériorité sur le communisme soviétique y compris dans l’intérêt des salariés.

- d’autre part l’augmentation de la part des salaires dans la répartition de la valeur ajoutée due à un haut rapport de force du mouvement ouvrier (grève générale de mai 1968, forte syndicalisation, nombreuses luttes dures).

Une autre période favorable aux salaires se situe à partir de 1981. En 1983, les salaires représentent 76,5% dans la répartition de la valeur ajoutée.

Jusqu’en 2008, cette part des salaires a chuté jusqu’à environ 66% alors que les profits et les placements financiers accaparaient la différence.

Partage des richesses, la question taboue : en vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 % (article du Monde diplomatique)

Depuis 30 ans, les salaires baissent, sauf au sommet (par Jacques Sapir - Directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes)

Depuis l’éclatement de la crise financière puis économique et sociale, le grand capital voudrait continuer à se goinfrer aux dépens des salariés et des couches populaires, d’où la politique d’austérité imposée par leurs lieutenants, de Merkel à Hollande.

Ce beau monde est cependant obligé de se poser une question simple : et si la crise venait principalement du trop grand effondrement des salaires qui ne permet plus à beaucoup de salariés de payer les traites de leur maison (crise des subprimes aux USA), d’acheter une nouvelle voiture, de répondre à l’offre des entreprises.

La baisse considérable de la part des salaires dans la valeur ajoutée fait consensus aujourd’hui dans toutes les études récentes d’organismes comme l’OCDE, le FMI ou la Commission européenne. La contribution la plus récente est celle de l’OCDE qui s’interroge, dans ses dernières Perspectives de l’emploi, sur les raisons de la « diminution de la part du travail » (OCDE, 2012).

« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années. » D’où sont tirées ces lignes ? d’un document de la Banque des règlements internationaux (BRI), une institution qui réunit chaque mois, à Bâle (Suisse), les banquiers centraux afin de « coordonner les politiques monétaires » et d’ » édicter des règles prudentielles ».

« J’ai attendu et j’attends encore quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires » car « la part des salaires dans la valeur ajoutée est historiquement basse, à l’inverse d’une productivité qui ne cesse de s’améliorer ». Or « ce découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre (...) une montée du ressentiment, aux Etats-Unis comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché » (Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale américaine dans un entretien au Financial Times, bible du monde de la finance)

Voici, un extrait instructif d’un document de recherche économique (été 2013) de la banque Natixis sur le sujet qui nous intéresse :

Source : http://cib.natixis.com/flushdoc.asp...

"D’où peut venir cette tendance à la baisse de la part des salaires dans le PIB ?

- d’une baisse structurelle (mondialisation, désyndicalisation) du pouvoir de négociation des salariés ;

- d’une hausse structurelle de l’intensité capitalistique de la production, qu’exige une hausse du poids du revenu du capital ;

- d’une hausse de l’exigence de rentabilité du capital.

La première (baisse du pouvoir de négociation des salariés) et la troisième (hausse de l’exigence de rentabilité du capital) explications semblent pertinentes.

ll y a peu d’exceptions (France depuis 1990, Italie depuis 2000) à la règle de la hausse tendancielle de la part des profits dans la valeur ajoutée. Lorsque la part des profits dans le PIB devient trop forte (Allemagne, Espagne depuis 2007, Japon, ensemble de la zone euro), l’équilibre devient inefficace : la hausse des profits ne soutient plus l’investissement des entreprises et le freinage des salaires réels déprime la demande des ménages.

Il est donc utile de comprendre les causes de la déformation du partage des revenus en faveur des profits , pour savoir si la politique économique à un certain stade peut intervenir pour la contrôler. Il semble qu’il s’agisse :

- d’une part de la perte de pouvoir de négociation des salariés (des syndicats) ;

- d’autre part, de la hausse de l’exigence de rentabilité du capital".

Puisque la baisse considérable des salaires et retraites est due d’une part à la "perte de pouvoir de négociation des salariés" et de leurs syndicats pourquoi donc la direction de la CFDT casse-t-elle sans cesse les possibilités de lutte et d’unité des salariés, par exemple sur les retraites ?

Puisque cette baisse des salaires et des retraites constitue la raison principale de la crise, pourquoi la social-démocratie fait-elle semblant d’être de gauche tout en servant les intérêts du grand capital le plus dur, celui qui ne voit de solution que dans la contrainte, comme dans les années 1930 ?

En effet, au faible niveau actuel des salaires et des retraites, comment le grand capital peut-il obtenir de les baisser encore :

- par la mise en place d’institutions de contrainte, les moins démocratiques possible ?

Grand capital, libéralisme et totalitarisme au 21ème siècle

- par l’utilisation de la social-démocratie pour casser la possibilité de mouvements de masse des milieux populaires

- par la propagande des grands médias en les réservant à la pensée unique comme veut le faire Olivier Schrameck (CSA) pour les prochaines élections présidentielles

CSA Magouilles à l’horizon

- en inventant de nouveaux boucs émissaires (roms, arabes...)

- en jouant un peu sur tous ces tableaux

Quoi qu’il en soit, chacun fait ce qu’il considère possible individuellement, mais collectivement un seul mot d’ordre est juste : ON LÂCHE RIEN !

Nous ne demandons pas au grands patrons et rentiers de nous rembourser ce qu’ils nous ont pris depuis 30 ans ! Qu’ils mettent seulement nos salaires, retraites et minima sociaux au niveau de 1983 par rapport aux profits. Avec au moins 500 euros de plus pour tous ceux qui gagnent moins de 2500 euros, la "demande " repartirait vite, les carnets de commande aussi.

Qu’en pensez-vous Messieurs Ayrault et Hollande ? En tout cas, c’est ce que vous défendiez dans le programme socialiste pour 2012 : « Nous organiserons une conférence salariale annuelle ... Cette conférence devra notamment contribuer au rééquilibrage de la part des salaires (dont retraites NDLR) dans la valeur ajoutée. »

Jacques Serieys


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