21ème siècle Capitalisme, libéralisme et autoritarisme antidémocratique

jeudi 8 décembre 2016.
 

En ce début de 21ème siècle, le développement de la mondialisation capitaliste va de pair avec le renforcement de processus antidémocratiques (coups d’état, interventions militaires, dictatures, états voyous, institutions protégées contre la souveraineté populaire...) et antisociaux (licenciements, austérité salariale, chômage, précarité...).

A) 2000 à 2006 Un début de 21ème siècle hautement antidémocratique

Administrer un site politique oblige à réfléchir, à essayer d’analyser la période politique et ses risques. Or, celle-ci m’apparaît comme marquée à la fois :

- par le capitalisme financier transnational qui impose de plus en plus ses intérêts comme fondement essentiel des sociétés, supérieur à la souveraineté populaire et aux droits de l’homme

- par une crise de ce mode de domination menacé par ses propres turpitudes dans son secteur dominant : la Bourse, l’actionnariat, les banques.

- par une période de montée significative de la combativité sociale et populaire, par un progrès de forces anticapitalistes mais un doute profond quant aux fondements théoriques et à la stratégie politique pour donner un débouché à la combativité et à l’anticapitalisme.

Le fonctionnement naturel du capitalisme financier transnational, comme sa crise, comme le développement de mouvements d’opposition paraissent pousser le grand capital et les forces politiques à son service vers une accentuation de politiques antidémocratiques. De ce point de vue, nous pouvons sérieusement nous poser la question de l’utilité d’une comparaison avec les années 1930 et 1970.

Les premières années de ce 21ème siècle ont dévoilé un grand patronat poursuivant des objectifs politiques au service de ses seuls intérêts par des coups d’état militaires, des opérations répressives meurtrières, la destruction de droits sociaux, la précarisation d’une grande partie de la population en particulier parmi les salariés et les jeunes, le mépris de la souveraineté populaire, la confiscation des institutions (l’Union européenne en étant le cas le plus évident avec le Traité imposé aux peuples pour préparer l’ouverture des discussions avec les USA sur le "grand marché transatlantique").

Voici quelques dates significatives :

- 21 janvier 2000 en Equateur : coup d’état de la droite libérale avec le soutien de l’armée

- Avril 2001 : printemps noir en Algérie. 123 morts et des milliers de blessés.

- 20-22 juillet 2001 : répression policière très dure du rassemblement altermondialiste. Un manifestant tué, 300 blessés.

- décembre 2001 : en Argentine, la répression de manifestations contre la gestion gouvernementale de la crise économique, cause la mort de 26 participants.

- 11 au 14 avril 2002 : coup d’État infructueux de Pedro Carmona contre le président vénézuélien Hugo Chávez

- mars 2003 : Invasion de l’Irak par les USA et leurs alliés

- 2005 : coup d’état institutionnel de la droite libérale européenne pour imposer un nouveau traité malgré les référendums français et hollandais

- 2006 : coup d’état aux Philippines

- 2006 : coup d’état électoral de la droite libérale au Mexique

Cette logique autoritaire du capitalisme marque-elle une rupture avec celle observée au 20ème siècle.

Jacques Serieys le 28 octobre 2006

B) Le capitalisme, du 20ème au 21ème siècle

B1) Le 20ème siècle a été marqué par la capacité du capitalisme à :

- bouleverser toutes les sociétés de la planète en aspirant de plus en plus leurs richesses dans son marché prétendu "libre et non faussé", en créant sans cesse de nouveaux besoins des consommateurs (de la voiture à l’ordinateur en passant par l’avion, le téléphone, la télévision...)

- créer des institutions (banque mondiale, OMC...), des structures (Bilderberg, Davos...), du droit (traités de libre échange, traités de l’Union européenne...) pour défendre les intérêts du système, c’est à dire ceux des grands possédants de la finance (fonds de pension, banques...) et du monde des entreprises

- intégrer et désagréger les oppositions nées du mouvement ouvrier, social-démocratie et "communisme réel"

- faire semblant d’accepter la démocratie et les droits de l’homme tout en promouvant des Etats fascistes et dictatures militaires à chaque fois que la vie politique et sociale d’un pays risque de déboucher sur une expérience mettant en danger les profits de la ploutocratie, particulièrement les profits des grands actionnaires des Etats Unis.

- s’appuyer sur des forces politiques majoritairement libérales économiquement mais aussi conservatrices par leur conception du monde et de la société (parmi les exemples les plus frappants notons le Parti républicain US, le Parti Populaire espagnol, la droite hongroise et polonaise...).

B2) Ce début de 21ème siècle est marqué par l’approfondissement des caractéristiques fondamentales du capitalisme du siècle précédent

- Le PIB mondial a presque doublé entre 1998 et 2010.

- L’impérialisme économique repose toujours autant sur une nécessité de suprématie militaire et politique d’où au 20ème siècle une guerre aussi absurde que la Première guerre mondiale, d’où au 21ème siècle l’extension de l’OTAN jusqu’aux frontières russes et les interventions militaires actuelles au Moyen-Orient

- Les institutions politiques sont toujours protégées contre la souveraineté populaire. L’exemple des Etats-Unis est le plus éclairant avec une Cour suprême fixant le droit fédéral, avec le rôle des milliardaires durant les campagnes électorales, avec une élection présidentielle dans laquelle le gagnant en voix peut perdre car une primeur en "grands électeurs" est donnée aux Etats ruraux et anciennement racistes.

- Comme au 19ème et au 20ème siècles, la dette publique constitue un moyen de domination du capital financier

B3) Le capitalisme, toujours en chambardement et toujours le même

Le capitalisme d’aujourd’hui n’est pas seulement synonyme de révolution numérique, de fréquence des catastrophes "naturelles", de succès pour Harry Potter et les Pokémon. Les trois faits essentiels sont l’accroissement inouï des richesses produites (de 1998 à 2010, ), l’accaparement capitaliste de celles-ci et les menaces sur l’environnement. A l’heure où les spéculations éhontées menacent ce système, le grand capital reprend ses méthodes habituelles pour maintenir ses profits. Pour tenir le peuple en laisse, il a besoin d’états nationaux régaliens forts mais pour cacher ses profits il empêche ces états de se mêler d’économie.

Ont joué ce rôle politiquement totalitaire et économiquement libéral :

- les états autocratiques du 19ème (Russie, Autriche-Hongrie, Prusse, France de la Restauration puis du Second empire...)

- les états fascistes des années 1920, 1930, 1940

- les dictatures militaires installées par les Etats Unis dans les années 1960, 1970, 1980

En ce début de 21ème siècle, la CIA et le département d’Etat ont travaillé à Washington sur la déstabilisation économique et politique de pays d’Amérique du Sud comme le Venezuela jusqu’à la défaite électorale des Chavistes.

En France, l’état d’urgence, l’application du programme du MEDEF, les peines de prison pour les Goodyear comme le retour complet dans l’OTAN actent l’intégration de la France de François Hollande dans la sphère atlantiste liant grand capital, régression démocratique et sociale.

L’Union européenne joue parfaitement aussi son rôle de protection des intérêts capitalistes tout en trompant les peuples par du baratin démocratouillard sans démocratie. Seule préoccupation pour les cerbères de la troïka : refuser que des élections nationales puissent troubler la possibilité des riches de profiter sur le dos de la masse de la population.

J’essaierai, au fil des années, de pointer ci-dessous des exemples de la complémentarité entre grand capital, libéralisme économique et totalitarisme politique

8) Grèce et faillite de la démocratie occidentale : une dérive totalitaire à son point d’achèvement

par Pierrick Tillet

La (brève) campagne pour le référendum grec aura achevé de faire tomber les derniers oripeaux de l’idée démocratique à l’occidentale. Et confirmé la dérive clairement totalitaire d’une élite dirigeante aux abois.

A-t-on jamais vu pareil déchaînement contre un gouvernement ayant décidé de consulter ses citoyens quant au chemin délicat qu’il entendait emprunter ?

Intrusion grossière dans un processus démocratique avec des appels, que dis-je, des injonctions à voter oui de la part des autorités européennes :

« Un non des Grecs au référendum serait un non à l’Europe » (Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne).

Menaces ouvertes de représailles en cas de vote contraire à ces injonctions, comme celle de Jeroen Djisselbloem, président de l’Eurogroupe, avertissant que toute négociation serait close si la Grèce vote “non”.

Appel sans fard à un coup d’État : Martin Schulz, président du Parlement européen, ne vient-il pas d’exprimer son souhait de « voir la fin de l’ère SYRIZA en cas de victoire du “oui”aux réformes, pour qu’un gouvernement de technocrates puisse être formé » ?

Mensonges éhontés pour appuyer des arguments comme cette déclaration du ministre français Sapin invoquant de prétendues interventions de pays jaloux des “largesses” accordées par le FMI à la Grèce (affirmations solennellement démenties par les intéressés, l’Argentine et le Brésil, ceux-là prenant au contraire fait et cause… pour le gouvernement Tsipras !).

Pressions intérieures tout aussi brutales comme ce chantage révélé par Panagiotis Grigoriou sur son site Greek Crisis : en juin, des entreprises privées grecques n’ont payé que la moitié des salaires de leurs employés, en menaçant ces derniers de s’exposer à des licenciements massifs en cas de victoire du “non”.

La répression comme ultime méthode de gouvernement

Mais ces dangereuses dérives ne se limitent pas au seul cas grec. Celui-ci n’est au contraire que le point d’achèvement de l’idée démocratique à l’occidentale. Car il faut avoir les yeux et l’esprit sérieusement crottés pour ne pas en avoir vu se multiplier les signes de plus en plus criants de la tentation totalitaire :

La remise en cause sans complexe de tous les résultats électoraux “non conformes” : après le référendum français de juin 2005, les législatives grecques de janvier 2015 avaient déjà fait l’objet de ces remises en cause à peine voilées.

La militarisation galopante de l’espace démocratique : non seulement en Ukraine et dans les ex-pays dits de l’Est, mais également sur toutes les Zad récalcitrantes et dans tous les quartiers “échauffés” (cf. l’équipement des Robocops policiers abondamment déployés par les autorités en poste).

La multiplication des mesures répressives et liberticides : mises sur écoutes de tous les citoyens, limitation draconienne du droit de manifester comme en Espagne, répression féroce contre tous les lanceurs d’alerte tels Julian Assange ou Edward Snowden…

L’assujettissement complet des moyens d’informations devenus purs instruments de propagande au service de la pensée unique, comme on a pu encore le vérifier avec la curée médiatique contre le référendum grec, tant dans les pays satellites européens qu’en Grèce même où TOUS les médias privés se sont faits les hérauts du “oui”.

Des ennemis

Cette fuite en avant totalitaire, qui ne prend même plus soin de se draper dans les oripeaux de l’apparence démocratique, illustre bien plus un désarroi qu’une position de force des dirigeants occidentaux. Ceux-là n’ont tout bonnement plus d’autres moyens, ni financiers, ni économiques, ni politiques, encore moins sociaux, d’assurer leur autorité auprès de leurs ouailles.

Pas d’autres moyens non plus, et c’est peut-être le plus important, de préserver les intérêts très privés de leurs commanditaires. Car là où les citoyens russes et chinois ont encore des chefs d’État, les populations occidentales n’ont plus depuis longtemps que les VRP appointés des lobbies de ces intérêts privés.

Dès lors, le spectacle démocratique n’a plus pour but que de valider le degré de soumission des majorités à leurs maîtres. Et l’effondrement de pratiquement tous les fondamentaux du système occidental néolibéral ne peut conduire qu’au chaos politique.

Le fossé est désormais définitif entre les citoyens et ceux qu’on ose plus appeler leurs “représentants”. Quel qu’en soit l’issue, le résultat du référendum grec témoignera vite de cette rupture irréductible. Car quoi qu’en dise Alexis Tsipras, une victoire du “non” n’infléchira en rien la position inflexible de la Troïka. D’adversaires politiques, ceux-là sont clairement devenus des ennemis.

7) Le maire de Bogota (7 millions d’habitants) destitué par la droite

En écrivant que le grand capital commence à renouer avec ses pratiques fascisantes des années 1930, je ne pensais pas en découvrir des preuves aussi fréquentes en cette année 2013. Dernier exemple, la Bolivie.

En Bolivie, les privilégiés et les multinationales US représentés par une droite mafieuse n’ont jamais accepté la validité des résultats d’élection même pour un pouvoir bien limité. En 1948, ils assassinent Gaitan, candidat de la gauche donné gagnant, avant même l’ouverture du vote.

9 avril 1948 L’assassinat de Gaitan déstabilise la Colombie pour plus de 60 ans

En Bolivie, les privilégiés et les multinationales US représentés par une droite mafieuse n’ont jamais accepté le droit syndical, encore moins le droit de grève. En 1928, 3000 salariés grévistes des bananeraies d’United Fruit sont exécutés à la mitrailleuse. Dans les années 1933 et 1934, les premiers syndicalistes paysans sont systématiquement assassinés par une police mi-étatique mi-privée au service des grands propriétaires.

Confrontés à cette guerre civile antisociale, deux mouvements d’autodéfense paysans apparaissent : les FARC et l’ELN (armée de Libération Nationale). Dès 1965, sur le conseil éclairé des Américains, le gouvernement colombien développe les groupes paramilitaires qui n’ont de comptes à rendre à personne dans leur sale guerre pour éliminer les guérillas et les progressistes. Depuis 10 ans, le pays a connu 350000 assassinats, environ 4000 enlèvements par an, 2 millions de personnes déplacées (dont 1,1 million d’enfants)... Le nombre de villageois liquidés par ces meurtriers semi-légaux se compte par dizaine de milliers.

Cette situation engendre des conséquences sociales catastrophiques (2 millions d’enfants maltraités, 2,5 millions d’enfants travaillant dans des conditions dégradantes, 30000 enfants des rues, 25000 mineurs prostitués...). Elle ne pouvait évidemment durer. Depuis deux ans, le maire de Bogota (Gustavo Petro) se démène pour créer les conditions d’un retour à la paix, à la démilitarisation de tous les groupes armés...

Cela ne convient évidemment pas à la droite mafieuse qui s’est enrichie en dépouillant les paysans et qui tire d’énormes profits. Ne pouvant battre Gustavo Petro lors d’une élection, elle a trouvé un moyen qui rappelle l’Italie mussolinienne : le destituer au premier prétexte, l’appel d’offres pour le ramassage des ordures de sa ville.

Il est décisif d’informer, informer encore les citoyens partout dans le monde sur ces dénis de démocratie sinon la guerre civile va reprendre en Colombie ; les USA et la droite en seront à nouveau responsables comme depuis 60 ans.

Jacques Serieys, décembre 2013

6) Honduras : Washington préfère une dictature sanglante qu’une élection imprévisible (novembre 2013)

Pour accéder à cet article 6, cliquer sur le titre 6 ci-dessus.

5) Le Journal de Wall Street affirme que l’Egypte a besoin d’un Pinochet

Le Journal de Wall Street (Bourse de Londres) publie ce vendredi 5 juillet 2013 dans son éditorial une analyse de la situation égyptienne (après que l’armée ait déposé Morsi) dont voici l’essentiel, résumé dans la conclusion :

« Les Égyptiens auraient de la chance si leurs nouveaux généraux dirigeants se révélaient être du même moule, du même terreau qu’ Augusto Pinochet. Ce général du Chili a pris le pouvoir parmi le chaos, mais a embauché des réformateurs d’économie de marché et planifié une transition vers la démocratie. » Pour ne pas être accusés de déformer, voici le texte en anglais : "Egyptians would be lucky if their new ruling generals turn out to be in the mold of Chile’s Augusto Pinochet, who took over power amid chaos but hired free-market reformers and midwifed a transition to democracy"

Au lendemain de l’intervention militaire de l’armée égyptienne contre les Frères musulmans de Morsi, le Wall Street Journal demande aux généraux égyptiens de garder le pouvoir pour écraser le mouvement social et recréer des marges de profit avant de laisser la place à un pouvoir civil et à de nouvelles élections.

L’éditorial du Wall Street Journal représente sans aucun doute une voix autorisée du grand capital pour qui la capacité d’Augusto Pinochet à écraser le peuple chilien pour le plier au joug des intérêts de l’économie de marché compte plus :

- que le coup d’état militaire

- que la terreur imposée durant 17 ans,

- que la torture généralisée (au moins 30000 personnes)

- que les assassinats ciblés perpétrés par les escadrons de la mort.

En tout cas que personne soit surpris de cette position du journal de la grande bourgeoisie britannique.

Elle a créé Mussolini.

Elle a largement aidé Hitler à s’imposer en Allemagne entre 1929 et 1933.

Margaret Thatcher avait une grande considération pour son ami Pinochet.

Pour le moment, l’Egypte paraît connaître une évolution différente de celle préconisée par le Journal de Wall Street. N’oublions pas cependant cet avertissement symbolique : le grand capital préfère toujours Hitler aux mouvements populaires et aux élections menaçant ses intérêts.

Jacques Serieys le 7 juillet 2013

4) JPMorgan réclame des régimes autoritaires en Europe

Dans un document publié à la fin du mois de mai 2013, le géant des banques d’investissement américain JPMorgan Chase réclame l’abrogation des constitutions démocratiques bourgeoises établies après la Seconde Guerre mondiale dans une série de pays européens et la mise en place de régimes autoritaires.

Le document de 16 pages a été réalisé par le groupe Europe Economic Research de JPMorgan et est intitulé « L’ajustement de la zone euro – bilan à mi-parcours. » Le document commence par faire remarquer que la crise de la zone euro a deux dimensions.

Pour commencer, il affirme que des mesures financières sont nécessaires pour garantir que les principales institutions d’investissement comme JPMorgan puissent continuer à engranger d’énormes bénéfices de leurs activités spéculatives en Europe. Ensuite, les auteurs soutiennent qu’il est nécessaire d’imposer des « réformes politiques » destinées à supprimer l’opposition aux mesures d’austérité massivement impopulaires qui sont appliquées au nom des banques.

Le rapport exprime sa satisfaction vis à vis de l’application par l’Union européenne d’un certain nombre de mécanismes financiers visant à garantir les intérêts bancaires. A cet égard, l’étude souligne que la réforme de la zone euro en est pratiquement à mi-chemin. Mais le rapport réclame aussi davantage d’action de la part de la Banque centrale européenne (BCE).

Depuis l’éruption de la crise financière mondiale de 2008, la BCE débloque des milliers de milliards d’euros en faveur des banques pour leur permettre d’effacer leurs créances douteuses et de redémarrer une nouvelle série de spéculations. En dépit d’une pression grandissante venant des marchés financiers, le chef de la BCE, Mario Draghi a déclaré l’été dernier qu’il ferait le nécessaire pour consolider les banques.

En ce qui concerne les analystes de JPMorgan, ceci n’est cependant pas suffisant. Ils exigent de la part de la BCE une « réponse plus spectaculaire » à la crise.

Les critiques les plus dures du document sont cependant formulées à l’égard des gouvernements nationaux qui ont mis bien trop de temps à appliquer le genre de mesures autoritaires nécessaires à l’imposition de l’austérité. Le processus d’une telle « réforme politique » précise l’étude, a « même à peine commencé. »

Vers la fin du document, les auteurs expliquent ce qu’ils entendent par « réforme politique. » Ils écrivent : « Au début de la crise l’on avait pensé que ces problèmes nationaux hérités du passé étaient en grande partie d’ordre économique, » mais « il est devenu manifeste qu’il y a des problèmes politiques profondément enracinés dans la périphérie qui, à notre avis, doivent être changés si l’Union monétaire européenne (UME) est censée fonctionner à long terme. »

Le document détaille ensuite les problèmes existant dans les systèmes politiques des pays de la périphérie de l’Union européenne – la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie – qui sont au centre de la crise de l’endettement en Europe.

Les auteurs écrivent : « Les systèmes politiques de la périphérie ont été établis après une dictature et ont été définis par cette expérience-là. Les constitutions ont tendance à montrer une forte influence socialiste, reflétant la force politique que les partis de gauche ont acquise après la défaite du fascisme. »

« Les systèmes politiques autour de la périphérie affichent de manière typique les caractéristiques suivantes : des dirigeants faibles ; des Etats centraux faibles par rapport aux régions ; une protection constitutionnelle des droits des travailleurs ; des systèmes recherchant le consensus et qui encouragent le clientélisme politique ; et le droit de protester si des modifications peu appréciées sont apportées au statu quo politique. Les lacunes de cet héritage politique ont été révélées par la crise. » Quelles que soient les inexactitudes historiques contenues dans leur analyse, il ne peut y avoir l’ombre d’un doute que les auteurs du rapport de JPMorgan plaident pour que les gouvernements adoptent des pouvoirs de type dictatorial afin de mener à bien le processus de contre-révolution sociale qui est déjà bien avancé à travers toute l’Europe.

En réalité, il n’y avait rien de véritablement socialiste dans les constitutions établies durant la période d’après-guerre partout en Europe. De telles constitutions visaient à garantir le régime bourgeois dans une situation où le système capitaliste et ses agents politiques avaient été totalement compromis par les crimes des régimes fascistes et dictatoriaux.

Les constitutions des Etats européens, y compris celles de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce et du Portugal, ont été élaborées et appliquées en collaboration avec les partis socialistes et communistes des pays respectifs et qui ont joué le rôle clé dans la démobilisation de la classe ouvrière pour permettre à la bourgeoisie de maintenir son régime.

Dans le même temps cependant les classes dirigeantes discréditées de l’Europe étaient parfaitement conscientes que la Révolution russe demeurait une inspiration pour de nombreux travailleurs. Elles se sont senties obligées de faire une série de concessions à la classe ouvrière dans le but d’empêcher une révolution – sous la forme précisément de protections sociales et constitutionnelles, dont le droit de manifester, ce que JPMorgan aimerait à présent voir aboli.

Dans une certaine mesure, les critiques de la banque à l’égard du manque d’autoritarisme des gouvernements européens sonnent creux. Partout en Europe, les gouvernements ont à maintes reprises recouru ces dernières années à des mesures d’Etat policier pour réprimer l’opposition à l’encontre de leur politique.

En France, en Espagne et en Grèce, des décrets d’urgence et l’armée ont été utilisés pour briser des grèves. La constitution adoptée en Grèce en 1975, après la chute de la dictature des colonels, n’a pas empêché le gouvernement grec de licencier en masse des fonctionnaires. Et dans un certain nombre de pays européens, les partis dirigeants sont en train d’encourager le développement de partis néofascistes tel le mouvement Aube dorée en Grèce.

Toutefois, pour JPMorgan cela ne suffit pas. Afin d’éviter une révolution sociale dans la période à venir, ses analystes préviennent qu’il est indispensable que les gouvernements capitalistes partout en Europe se préparent aussi vite que possible à mettre en place des formes de régime dictatoriales.

A la fin du document, les auteurs avancent une série de scénarios qui, selon eux, pourraient découler de l’échec des gouvernements européens à ériger des systèmes autoritaires. Ces variantes comprennent : « 1) l’effondrement de plusieurs gouvernements favorables aux réformes en Europe méridionale, 2) un effondrement du soutien à l’euro ou à l’UE, 3) une victoire électorale incontestée de partis anti-européens radicaux quelque part dans la région, ou 4) l’ingouvernabilité de fait de certains Etats membres une fois que les coûts sociaux (notamment le chômage) dépasseront un certain seuil. »

C’est la voix authentique du capital financier qui parle. Il faut rappeler que JPMorgan est profondément impliqué dans les opérations spéculatives qui ont dévasté la vie de centaines de millions de travailleurs partout dans le monde. En mars de cette année, une commission du sénat américain a rendu public un rapport de 300 pages documentant les pratiques criminelles et la fraude réalisées par JPMorgan, la plus grande banque des Etats-Unis et le plus grand agent de produits dérivés du monde. En dépit des révélations détaillées dans le rapport, aucune action ne sera prise à l’encontre du PDG de la banque, Jamie Dimon, qui jouit de la confiance personnelle du président américain.

Cette même banque se permet à présent de faire la leçon aux gouvernements. Soixante-dix ans après la prise de pouvoir par Hitler et les nazis en Allemagne, dont les conséquences furent catastrophiques pour l’Europe et le monde, JPMorgan est le premier à réclamer des mesures autoritaires pour réprimer la classe ouvrière et éradiquer ses acquis sociaux.

Stefan Steinberg, juin 2013

Source de l’article 2 : http://www.wsws.org/fr/articles/201...

3) Le coup d’état au Honduras en 2009 : patronat et fascisme. Un exemple éclairant

Dans le cas du Honduras, le patronat a financé et préparé le coup d’état militaire du 28 juin 2009.

"Derrière les militaires putschistes se cachent la bourgeoisie hondurienne, les nantis, les riches qui ont transformé le Honduras en une république bananière, en une base politique, militaire et terroriste de l’empire nord-américain" (Hugo Chavez le lendemain du coup d’état).

Les putschistes ont remis sur pied une organisation qui avait fonctionné dans les années 80, appelé l’Alliance pour le Progrès du Honduras (APROH). Sous un masque apparemment patronal, se cachait la « guerre de basse intensité contre les opposants à la répression au gouvernement sandiniste et le mécontentement social au Honduras. Le financement de l’organisation était transmis par les services secrets des États-Unis au travers de la secte Moon ». A la fois organisation patronale, groupe paramilitaire et lieu de rencontre des "élites", l’APROH comprenait surtout des patrons d’entreprises privées, les personnalités de la banque nationale et étrangère, celles de l’industrie chimique et textile, celles de l’agroalimentaire, de la télévision et de la technocratie ; toutes étaient représentées dans l’APROH. Ce genre de club patronal recrute toujours quelques personnalités ou anciennes personnalités du monde syndical, ici Andrés Víctor Artiles et Mariano González.

Dans les statuts de l’APROH, il n’apparaît rien de particulièrement « suspect ». Un groupe de chefs d’entreprise s’associe pour se pencher sur leurs problèmes, avec un point de vue sur d’autres secteurs. Le modèle économique qu’ils défendent est clair : faire pression au travers de politiques de libre entreprise d’une part pour peu de mécanismes de contrôle, d’autre part pour de multiples mécanismes afin d’ optimiser les gains.

Créée au premier trimestre de 1983, l’APROH n’a pas attiré l’attention. On la considérait comme une nouvelle tentative de rassembler les secteurs les plus conservateurs. En novembre de cette année, le quotidien « Tiempo » a publié un de ces « documents » d’usage interne : l’APROH recommandait à la Commission Kissinger, par l’intermédiaire d’un ami personnel et assistant de celui-ci, la solution militaire pour l’Amérique Centrale.

L’APROH était constituée, comme maintenant, de la droite libérale dure des entrepreneurs du pays sous la direction officielle de militaires. Il s’agit de chefs d’entreprise enrichis et corrompus parce que ce sont eux qui décident de ce qui se fait dans le pays. Ce sont les éternels profiteurs des avantages fiscaux, ce sont ceux qui obtiennent des remises et des absolutions de dettes par millions envers l’État.

Ce sont ceux qui financent et contrôlent les partis politiques et influent pour placer leurs cadres à l’Assemblée Nationale et au Pouvoir Judiciaire. En somme, ce sont ceux qui se sont emparés du pays et nient le développement à d’autres entrepreneurs et marginalisent le peuple parce que, pour eux, c’est une affaire qu’il continue à être ignorant et affamé, et ainsi il leur est facile de le manipuler avec ses moyens de communication comme ça se passe en ce moment avec le coup d’État...

Dernier mais essentiel rouage du coup d’état : les USA par l’intermédiaire de leurs financements à l’Aproh et de leur ambassadeur. Le Département d’Etat savait qu’un coup d’état était en préparation. Son ambassadeur l’a raconté. Celui-ci se nomme Hugo Llorens, un classique exemple d’entrepreneur-diplomate, qui utilise ce type de poste pour s’assurer des opérations bien payées lorsqu’il sera à la retraite, se fondant avec les secteurs les plus corrompus de l’oligarchie locale, secteurs pour lesquels les services de l’ambassadeur sont très utiles.

Lorsque Hugo Llorens était en poste en Argentine, il fut un lobbyiste en faveur de l’entreprise Ciccon Calcografica, c’est-à-dire qu’il travaillait pour une entreprise spécialisée dans la colonisation de divers secteurs de l’Etat. Il s’était lié à Alfredo Yabran [un homme d’affaire argentin très lié à Carlos Menem] et à Domingo Cavallo [ministre de Menem puis rappelé en mars 2001, après la crise, par Fernando de la Rua]. Llorens a toujours été proche des secteurs les plus rétrogrades de l’Eglise, qui avaient comme représentants politiques des personnages comme Esteban Cacho Caselli. Afin de participer aux opérations les plus rentables d’impression de faux billets, de billets de loterie, de passeports, de carte d’identité, de permis de conduire, etc.

Selon des sources diplomatiques et selon des organismes multilatéraux [Organisation des Etats américains (OEA), etc.], au Honduras, les forces ayant fait le coup d’état avaient suffisamment persuadé Hugo Llorens qu’un coup sérieux pouvait fonctionner. Et que c’était la meilleure façon d’empêcher que Zelaya obtienne sa réélection et que le Honduras tombe dans l’orbite de Chavez.

Le coup d’état au Honduras ce 28 juin 2009 rappelle quelques vérités sur le fascisme, le patronat, les militaires, l’Eglise et les USA

Jacques Serieys, décembre 2009

2) Des années 1930 (Hitler, Mussolini, Franco...) et 1970 (Pinochet, Videla...) au début du 21ème siècle

Tout le monde connaît l’implication du patronat italien et du grand capital international dans l’accession au pouvoir de Mussolini.

Le fascisme naît en Italie comme agent du patronat et de la droite libérale

En 1917, Mussolini était un agent des services secrets britanniques

Allemagne 1931 1932 Patronat, armée et droite marchent au nazisme

Comment Londres et Wall Street ont mis Hitler au pouvoir

Tout le monde connaît la volonté des grands patronats de pousser au fascisme dans les années 1930, particulièrement en France.

Les 200 familles, le fascisme et la violence dans les années 1930

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

Tout le monde connaît le nombre important de dictatures sanguinaires installées par les patronats locaux et la CIA en Amérique latine : au Guatemala en 1954 contre Guzman, au Brésil contre Joao Goulart en 1964, au Chili contre le socialiste Allende le 11 septembre 1973, en Bolivie contre Juan José Torres le 21 août 1971, en Argentine contre Isabel Perón le 24 mars 1976, en République dominicaine le 25 octobre 1983 ...

Guatémala : Généraux assassins !!! USA et patronat complices !!!

Quand les USA voulaient empêcher Allende élu d’entrer en fonction comme président du Chili

- 8) Grèce et faillite de la démocratie occidentale : une dérive antidémocratique à son point d’achèvement

- 7) La droite destitue le maire de Bogota (décembre 2013)

- 6) Honduras : Washington préfère une dictature sanglante qu’une élection imprévisible (novembre 2013)

- 5) Le Journal de Wall Street affirme que l’Egypte a besoin d’un Pinochet

- 4) JPMorgan réclame des régimes autoritaires en Europe

- 3) Un exemple éclairant : le coup d’état au Honduras en 2009

- 2) Des années 1930 (Hitler, Mussolini, Franco...) et 1970 (Pinochet, Videla...) au début du 21ème siècle

- 1) Un début de 21ème siècle hautement antidémocratique


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