28 septembre 1864 Fondation de l’Association Internationale des Travailleurs (Première Internationale)

lundi 30 octobre 2017.
 

1) L’Europe de 1860 à 1870

L’Europe politique de 1860 est toujours marquée par l’Ordre anglo autrichien imposé au Congrès de Vienne (1815) :

* des frontières ne tenant aucun compte des aspirations nationales des peuples (Polonais, Italiens, Hongrois, Irlandais, Norvégiens, Finlandais...).

* des Etats dictatoriaux (Russie, Autriche, Prusse) comme policiers du continent

* un rôle éminent de la papauté comme gendarme idéologique

* la maîtrise des mers pour la Grande Bretagne

Cet Ordre va être bousculé de 1860 à 1870 par les aspirations nationales polonaise, italienne, allemande... La domination idéologique de la papauté se voit également chahutée un peu partout par les aspirations démocratiques.

L’Europe des années 1840 à 1870 a connu une longue phase d’expansion économique malgré un ralentissement à partir de 1860, par exemple en France.

De nouvelles innovations technologiques, un boom démographique, le développement rapide des chemins de fer, de la production houillère et sidérurgique, du textile, des banques...modifient profondément le continent.

La population ouvrière s’en trouve multipliée en Grande Bretagne, en Belgique, en Allemagne, en France... Des organisations syndicales embryonnaires avancent des revendications, obtiennent des avancées sur certains points comme la protection des enfants au travail, des sociétés de secours mutuel, le droit de grève (15 mai 1864 en France).

Le socialisme naissant voit ses réseaux gonflés par nombre de cadres organisateurs du mouvement ouvrier. En se développant, il croise nécessairement les anciens quarante huitards. La première Association internationale ouvrière est ainsi fondée en 1855 à Londres par des proscrits français, allemands, belges, polonais, anglais ; après quatre années d’existence, elle survit pas aux divisions entre proudhoniens et anarchistes radicaux.

2) Les prémisses à la fondation de la Première Internationale

Dans l’Europe des années 1860 à 1870, un seul mouvement ouvrier existe vraiment de façon organisée et massive ; il s’agit des trade unions (syndicats de métiers) britanniques, particulièrement implantés depuis vingt ans parmi les mécaniciens, charpentiers, menuisiers, maçons. En 1857 1858 le pays connaît une puissante grève du bâtiment qui prouve la nécessité d’une organisation nationale et interprofessionnelle. Toutes les organisations ouvrières de Londres se regroupent ainsi en 1860 au sein du London Trades Council qui organise la solidarité entre régions. La même année se crée le syndicat des instituteurs. En 1861, ce LTC oblige le gouvernement à ne pas utiliser l’armée pour briser une grève.

En 1862, des ouvriers français et anglais échangent de façon approfondie durant l’exposition universelle de Londres. Les rapports remis au retour par plusieurs professions indiquent une prise de conscience avancée dans le sens du socialisme :

* "Si le fabricant pouvait ne pas payer la main d’oeuvre, il aurait résolu son grand problème : tout au capital, rien au producteur. Ne pouvant s’en passer, il réduit le salaire au chiffre le plus bas possible ; et comme ce chiffre a pour base la somme nécessaire pour vivre bien ou mal, il paye peu" (rapport des charrons, forgerons et selliers)

* "La révolution de 1789 a affranchi la bourgeoisie et c’est ce qui fait sa force ; nous pensons sincèrement que la classe ouvrière a droit au même affranchissement et que ce nouvel affranchissement constituerait une nouvelle force plus grande et plus féconde" (rapport des ébénistes)

Les grèves se multiplient en 1862, 1863, 1864.

Le 22 juillet 1863, nouvelle rencontre entre syndicalistes anglais et français, lors d’un meeting organisé à Londres en faveur des Polonais insurgés face au tsarisme.. Ces rencontres aboutissent à la rédaction d’une adresse des ouvriers britanniques à leurs homologues français.

3) La fondation de la Première Internationale ( Mathilde Larrère, PG)

Le 28 septembre 1864 s’ouvre un congrès ouvrier européen au St Martin’s Hall de Londres. Les trade unions britanniques en sont évidemment les initiateurs et les organisateurs.

L’idée d’une fraternité internationale des classes ouvrières assurant un soutien mutuel à l’émancipation plonge ses racines dans les souvenirs messianiques de la Grande révolution, dans l’expérience de la première « Internationale » républicaine et nationaliste de la « Jeune Europe » de Mazzini et dans l’expérience, malheureusement vaincue, du Printemps des peuples. Elle fait son chemin dans les milieux des exilés politiques de Londres, où l’on retrouve Karl Marx, mais également des Français qui y ont créé une « Commune révolutionnaire ».

Depuis leur première rencontre à l’exposition universelle de Londres en 1862, une correspondance active lie les militants ouvriers des deux cotés de la Manche. C’est à l’occasion d’un congrès réuni en soutien aux Polonais alors sévèrement réprimés par les Russes, que les délégations réunies au Saint-Martin’s Hall de Londres donnent naissance à la 1ère Internationale. Sollicité, Marx accepte de s’y rendre, siège à la tribune, et, enthousiaste, entre au comité provisoire (21 Anglais, 9 Français, 10 Allemands, 6 Italiens, 2 Suisses et 2 Polonais) et accepte d’en rédiger le Manifeste et les premiers statuts. Il y voit, enfin, « des forces réelles » confie-t-il dans une lettre à Engels, plus sceptique.

L’AIT est en effet la rencontre de traditions différentes du mouvement ouvrier, entre les trade-unionistes anglais, bien organisés mais qui font peu de références au socialisme, les représentants français qui appartiennent à une élite ouvrière qualifiée fortement inspirée par Proudhon, Marx et ses soutiens et enfin les messianistes convaincus que seule une révolution européenne libérera les Nations opprimées dont la Pologne est alors le symbole.

Fragilités de naissance qui seront plus tard responsables de la disparition de cette première Internationale. Mais l’AIT n’en reste pas moins non seulement un outil qui a dynamisé le mouvement ouvrier dans les années 1860, permettant un soutien effectif, financier, des grèves, et surtout une référence incontournable des imaginaires. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! concluait l’adresse inaugurale.

Histoire de la Première internationale ( Karl Kautsky)

4) 150 ans après, que nous dit la Ire Internationale ?

Stéphanie Roza Agrégée et docteure en philosophie, coéditrice de la Conspiration pour l’égalité, de Filippo Buonarroti (Éditions La Ville brûle) Gaetano Manfredonia Historien et auteur de l’Histoire mondiale de l’anarchie (Textuel - Arte Éditions) Serge Wolikow Historien et auteur de l’Internationale communiste (Éditions de l’Atelier) Tancrède Ramonet Documentariste et coréalisateur de Ni Dieu ni maître (Temps noir - Arte France)

LES FAITS « Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! » La formule finale du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels est tout d’abord passée à la postérité comme celle de l’Association internationale des travailleurs (AIT), fondée au Saint-Martin’s Hall de Londres, le 28 septembre 1864.

LE CONTEXTE À l’occasion de cet anniversaire, le village du livre de la Fête de l’Humanité, en partenariat avec Arte, a organisé un débat sur l’actualité de cette organisation pionnière du mouvement ouvrier mondial.

Quelles sont les origines de l’Association internationale des travailleurs ?

STÉPHANIE ROZA L’origine directe de la Ire Internationale est la prise de conscience d’un certain nombre de militants ouvriers de l’époque, très concrète tout d’abord, de la nécessité de s’organiser au-delà des frontières nationales pour mettre fin à la concurrence entre les travailleurs que les patrons pouvaient mettre en oeuvre à l’occasion des mouvements de revendication en faisant appel à des travailleurs d’autres pays pour casser les grèves. Mais il y a aussi un certain nombre de racines idéologiques et politiques qui vont jouer. Elles vont même assez loin, notamment en France, où sont mobilisées les idées de la Révolution française qui avaient essaimé dans toute l’Europe. Parmi ces idées, celles de la fraction la plus avancée de la Révolution. Celles de Gracchus Babeuf en particulier et du communisme de la conjuration des Égaux. Un des vecteurs essentiels de cette tradition sera le révolutionnaire italien Philippe Buonarroti et les néo-babouvistes dont on pense aujourd’hui qu’ils furent pour beaucoup dans le passage de Marx et d’Engels au communisme. Mais ces racines s’étendent aussi, pour de nombreux militants, au mouvement chartiste anglais qui fut très actif dans les années 1830 et 1840.

GAETANO MANFREDONIA Le lien entre l’Association internationale des travailleurs et les idées anarchistes ou anti-autoritaires est un lien direct et extrêmement fort. L’AIT est l’aboutissement d’un demi-siècle de débats qui vont s’ajouter à l’histoire du mouvement socialiste et ouvrier naissant. Ce qu’il y a d’original dans la création de la Ire Internationale n’est pas l’existence d’une Internationale en tant que telle.

L’existence d’une vision internationale est très ancienne. Elle ne concerne pas seulement les babouvistes mais tous les courants socialistes qui, dès le départ, ont une vision universelle. Pour eux, les projets de réforme sociale ne peuvent, par définition, se concevoir à l’intérieur d’un seul pays mais sont conçus pour l’ensemble du monde. Bien évidemment, si on est en France ou si on est en Grande-Bretagne, on a tendance à mettre en avant telle ou telle tradition nationale dans cette construction mondiale du socialisme. Mais son objectif a toujours été un objectif cosmopolite. Si on prend par exemple quelqu’un comme Fourier, ses tentatives de réforme où ses phalanstères sont conçus à l’échelle de la planète tout entière. Si on prend le cas des socialistes de la tradition de Saint-Simon, eux aussi insistent sur cette réforme qui ne peut s’appliquer qu’à l’ensemble de la planète. Il n’y a eu, à aucun moment, de socialisme national même si, ponctuellement, on peut effectivement, à un certain moment, attribuer à la France un rôle initiateur. Ce qui fait l’originalité de l’AIT c’est plutôt, que de mettre en avant l’union des peuples, de mettre en avant l’union des travailleurs. Pour qu’il y ait une conscience internationaliste qui se crée, il a fallu que les initiateurs de cette organisation soient les ouvriers eux-mêmes. Il a fallu qu’il y ait l’affirmation que les intérêts des travailleurs, de par le monde, étaient des intérêts solidaires. C’est une affirmation assez nette qu’on retrouve dès les années 1830. On la trouve chez les chartistes effectivement mais aussi chez Flora Tristan qui, en 1843, dans l’Union ouvrière, est la première à élaborer un premier véritable projet d’internationale ouvrière au sens strict, c’est-à-dire un projet de la création d’une organisation des travailleurs réalisée par les travailleurs eux-mêmes affirmant une solidarité par-delà des frontières. Mais, à cette époque, ce mouvement se heurte à une vision du changement social qui refuse la guerre civile et s’inscrit dans une démarche que j’appelle éducationniste et réalisatrice. Par exemple, chez les fouriéristes et les saint-simoniens, même si on met en avant la situation des travailleurs, c’est toujours avec les éléments progressistes de la bourgeoisie, c’est-à-dire en récusant le recours à la lutte des classes. Il faudra les journées de juin 1848 pour que se produise une différenciation entre le socialisme de l’union des classes et celui pour lequel il s’agit de rompre de manière radicale avec les éléments de la démocratie « bourgeoise ».

SERGE WOLIKOW L’autre aspect à souligner est, avec la Ire Internationale, l’idée qu’il faut s’organiser et, de ce point de vue, Marx et Engels jouent un rôle déterminant du fait de la jonction entre différents courants qui jusqu’alors étaient séparés et qui vont se regrouper après des tentatives et des échecs successifs. Il est tout à fait essentiel de souligner aussi qu’à cette origine, il y a des manipulations. Par exemple, avec la délégation ouvrière française qui arrive à Londres au moment de la création de l’Internationale, Napoléon III s’est dit qu’il fallait encadrer le mouvement ouvrier français parisien dans l’idée qu’il pourrait consolider par ce biais son régime autoritaire. Des hommes comme Henri Tolain, parmi eux, ont joué cette carte. Ce qui est tout à fait frappant, c’est que l’AIT est un mouvement qui s’organise progressivement et qui, pendant la dizaine d’années de son existence, va parcourir tout le spectre des possibilités d’organisation politique avec des débats considérables. Ce qu’il faut retenir enfin, c’est que l’époque de sa constitution est celle qui fait suite à l’échec des mouvements politiques démocratiques révolutionnaires de 1848 et 1849. C’est aussi un contexte dans lequel les ouvriers n’ont pas le droit de vote au sens moderne. Ceci explique l’idée que la démocratie politique est discréditée dans la perspective des travailleurs. Se combinent ainsi ceux qui se veulent et se disent apolitiques comme certaines sociétés de secours mutuel en France et d’autres qui ont un programme critique, social ou politique beaucoup plus net comme Marx et Engels mais qui considèrent que la base est l’auto-organisation du monde du travail. Dans les premières années de l’existence de l’AIT, il y a un accord. Progressivement les désaccords vont s’affirmer.

Cent cinquante ans après, quelles images nous reste-t-il de la Ire Internationale ?

TANCRÈDE RAMONET Ce qui m’a intéressé c’est, justement, qu’il y avait peu d’images sinon pas du tout. On n’a pas de photographies, on a quelques textes manuscrits mais, en fait, pratiquement rien. À l’époque, le mouvement syndical n’existe pas encore ou plutôt n’est pas encore autorisé. Ses militants sont persécutés. Ils sont jeunes et travaillent et pourtant ils arrivent à s’organiser, à venir à Londres, à informer sur ce qui vient de s’y décider. Il y a quelque chose de très fort quand on se replonge dans la peau de ces ouvriers de cette époque. L’idée de travailler sur une histoire de l’anarchisme en particulier m’est venue du constat que cette histoire, de même que l’histoire du mouvement ouvrier étaient peu racontées ou racontées par d’autres. Par exemple, on oublie que le drapeau rouge est aussi bien le drapeau des anarchistes que des socialistes en général.

SERGE WOLIKOW Effectivement, quand Lamartine, par exemple, pendant la Révolution de 1848, fait son plaidoyer en faveur du drapeau tricolore plutôt qu’en faveur du drapeau rouge, il dénonce ce dernier comme celui de l’anarchie et des enragés qui, pour lui, font une critique désordonnée de l’ordre social. L’AIT a produit beaucoup de symboles mais ceux-ci circulent entre toutes ses fractions. C’est vrai aussi des références intellectuelles. C’est le XXe siècle qui dissociera anarchisme et communisme.

« Parmi les idées à l’origine de l’AIT, il y a celles de la fraction la plus avancée de la Révolution. Celles de Babeuf en particulier. » STÉPHANIE ROZA

« L’originalité de l’AIT c’est, plutôt que de mettre en avant l’union des peuples, de mettre en avant l’union des travailleurs. » GAETANO MANFREDONIA

« Il faut retenir que l’époque de la constitution de l’AIT fait suite à l’échec des mouvements révolutionnaires de 1848 et 1849. » SERGE WOLIKOW

« On oublie que le drapeau rouge est aussi bien le drapeau des anarchistes que des socialistes en général. » TANCRÈDE RAMONET

Pouvez-vous préciser quelles étaient les différentes composantes du mouvement internationaliste à l’époque de l’AIT ?

STÉPHANIE ROZA Même s’il y a des croisements et des formes hybrides au XIXe siècle, il y a quand même deux courants qui sont assez clairement identifiés et c’est pour cela que j’ai d’abord insisté sur le rôle du babouvisme, de la conjuration des Égaux et de la filiation communiste marxiste mais aussi blanquiste par exemple. Ils appartiennent à des courants qui insistent sur l’action politique et se posent la question de la conquête du pouvoir d’État autrement dit la question directement politique qui est d’instaurer un ordre socialiste nouveau sur la base de la conquête du pouvoir d’État. Il y a par ailleurs tout un autre courant dans le mouvement ouvrier au XIXe siècle dont Proudhon fait partie et qui comprend des gens qui pensent l’organisation des travailleurs à côté, voire en opposition avec l’organisation étatique. Pour une partie d’entre eux, et je pense plus particulièrement à Fourier, Owen et Cabet, ceux qu’on appelle les utopistes, ce sont des gens qui sont tout à fait hostiles à la Révolution française.

Ils pensent que la Révolution française est violente et est à condamner à cause de ses excès. Pour eux, il faut contourner la question du pouvoir d’État et contourner la question politique en gagnant les esprits, de proche en proche, par l’exemple de la supériorité de l’organisation de type associationniste sur toute autre forme d’organisation. Ils pensent une conquête par la conviction et pas par l’action politique, la conspiration voire la violence. Les babouvistes ne reculaient pas devant cette question. Les marxistes et les blanquistes non plus.

GAETANO MANFREDONIA Sur ce point, je pense qu’il y a un désaccord entre nous. En effet, il n’y a pas deux courants mais trois que j’ai cherché à analyser à partir d’une approche idéal-typique. Quelles étaient les conceptions du changement social chez les anarchistes et dans le mouvement ouvrier et socialiste en général ? Il y avait la conception éducationniste et réalisatrice qui s’appuie sur les associations. Il y avait aussi la conception insurrectionnelle qui est commune aux anarchistes et à tout un tas de socialistes révolutionnaires y compris les babouvistes. Et il y avait la conception syndicaliste qui est l’originalité de l’AIT et qui ne peut être ramenée ni à Babeuf ni à Proudhon mais qui est véritablement originale. Un mouvement anarchiste propre ne se forme qu’à partir du moment où il y a une dissolution et une crise du modèle syndicaliste dans le mouvement ouvrier. Au sein de l’AIT, il y a tout un tas de manifestations qu’on appelle anti-autoritaires mais qui refusent de se définir comme étant anarchistes. James Guillaume par exemple en est un représentant. Les affrontements vont se cristalliser effectivement sur la question politique.

SERGE WOLIKOW Le suffrage universel en France, pour une partie du monde ouvrier, est une duperie. Le suffrage universel a été rétabli au moment du coup d’État de Napoléon III mais, en même temps, les électeurs sont dépossédés de tout pouvoir par un système de parti unique, de contrôle et de candidature officielle. Se développe ainsi l’idée que la démocratie, pour le monde ouvrier, est une illusion et cela nourrit une critique de la politique chez les ouvriers. La question du rapport entre bourgeoisie et ouvriers dans le second Empire est une question posée en permanence. À l’échelle européenne, même en Angleterre, les milieux populaires et ouvriers n’ont pas accès au vote. Il faut insister sur ce point. Donc une grande partie de la question sociale et la position politique de la question sociale se formulent en dehors des institutions bourgeoises pour les militants. C’est pour cette raison que l’idée de l’auto-émancipation est une formule si forte dans la naissance de l’AIT dans ces années 1860. La question de savoir si oui ou non il faut s’organiser en partis politiques pour mener la lutte se posera après la Commune de Paris de 1871, sa répression et la dissolution de l’AIT. Elle va diviser les forces de l’AIT mais, quand vingt ans plus tard, quand les partis socialistes se créent et que se forme la IIe Internationale le 14 juillet 1889, ils ne cherchent pas à renouer avec l’AIT. D’ailleurs l’AIT c’était une association. La IIe Internationale, c’est une internationale de partis politiques. La IIIe Internationale a prétendu renouer avec l’AIT mais, en fait, c’est un parti mondial de la révolution. On est en présence de formes historiques de l’internationalisme qui sont intéressantes à comparer mais qui sont successivement très différentes.

Compte-rendu du débat par Jérôme Skalski, L’Humanité

L’AIT ET LA FRATERNITÉ DES PEUPLES

« Si l’émancipation des classes travailleuses requiert leur union et leur concours fraternels, comment pourraient-elles accomplir cette grande mission si une politique étrangère, qui poursuit des desseins criminels met en jeu les préjugés nationaux et fait couler dans des guerres de piraterie le sang et dilapide le bien du peuple ? » Manifeste inaugural de l’AIT.

LA REVUE DE PRESSE

Le Monde diplomatique, 3 septembre 2014 Christophe Goby « Jésus ne pouvait pas, c’est Marx qui est venu », telle est la dernière réplique de la farce de la compagnie L’Autre Scène, adaptée de la pièce d’Howard Zinn présentée à l’occasion des 150 ans de la Ire Internationale à Nancy du 13 au 15 juin 2014. C’est une chorale militante de Nancy qui est à l’initiative de cet anniversaire de l’Association internationale des travailleurs (AIT), dont ont fait partie Karl Marx ou Michel Bakounine mais également des acteurs importants de la Commune de Paris, comme Eugène Varlin. Un stage intersyndical entre militants de la CGT, de la FSU et de Solidaires sur l’histoire du mouvement ouvrier s’est tenu deux jours auparavant (...). La parole ouvrière fut au coeur de cette rencontre (...). Hasard de l’histoire, ce furent des chorales révolutionnaires venues de Marseille, de Londres, qui chantèrent l’Internationale avant qu’une femme n’entame le chant de Cheikh Imam, Chayed Kousourak, un hymne repris de la place Tahrir à Marrakech.


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