Monsieur le Président, ici, en Moselle, on enseigne la religion à l’école et aussi au collège

samedi 18 mars 2017.
 

Ça m’énerve...

...à un point que je m’en vais lui faire une petite lettre à l’amoureux transi. J’en ai des trucs à lui dire, et un joli paquet, sur plein de sujets aussi variés que la laïcité, la soi-disant « prime » des petits retraités et encore l’Italie, qui est paraît-il si jolie. Bref, j’en ai sur le cœur et même sur l’estomac.

Monsieur le Président, qui habitez à l’Élysée et qui savez faire de si jolis discours, dans lesquels vous remettez en cause notre capacité à enseigner l’amitié et la morale à nos élèves, nous les enseignants de l’école de notre République, je vais vous convier à un voyage de noces un peu particulier, en Moselle, que vous avez l’air de tant apprécier, à quelques encablures de Gandrange. Ici, dans ce département français, au cœur de notre République laïque, une et indivisible, subsiste une loi que des hussards ont abolie voici tantôt 103 ans. Ici et dans deux départements voisins, en Alsace, région chère à votre camp, puisque irréductible droitière. Cette loi, dite du Concordat, date d’un que vous devez beaucoup admirer, un qui rétablit en son temps l’esclavage pour faire plaisir à sa chérie, un grand homme de petite taille, lui aussi. Cette loi, peut-être ne la connaissez-vous pas très bien et c’est dommage, car vous vous empresseriez de l’étendre au reste du territoire, c’est certain. Cette loi, on va vous la rappeler, comme ça, entre deux coups de gueule contre vos coups de force et coups de tête, ça va nous changer un brin. Ici, en Moselle, on enseigne la religion à l’école et aussi au collège. Les parents athées, dont je suis, doivent demander une dispense de ces cours pour leurs petits. Une dispense... Comment vous dire ? Comment vous dire le sentiment d’exclusion que ressentait une petite fille de six ans, au milieu des années 70, alors qu’elle était la première dans son village à sortir de la classe quand le curé y entrait...

Monsieur le Président, qui habitez à l’Élysée, gardez-vous bien de ces discours étranges qui nous renvoient à un temps révolu. Nous sommes normands, lorrains, alsaciens, provençaux, parisiens, Français, européens, citoyens du monde pour beaucoup d’entre nous, tout ce que vous voudrez, mais nous ne sommes les enfants d’aucune église, fût-elle la plus fréquentée. Je ne me reconnais pas plus en Benoît le seizième qu’en son prédécesseur Jean-Paul le second, ni dans aucun des autres. Je vous dénie le droit de m’associer à vos génuflexions devant ces princes-là. Notre France n’est fille ainée de rien du tout, elle est mère des Droits de l’Homme et c’est déjà bien assez difficile à défendre, sous votre nouveau règne. Soyez gentil, ne me mêlez plus à tout ça, ça me rend malade. Il me faudrait prendre un congé, et ça creuserait encore le gouffre de la Sécu, que vous vous employez si bien à combler.

Lorsque vous vous rendrez chez votre ami au Vatican, pour lui présenter votre toute neuve épousée, dîtes-lui bien que vous êtes là en votre nom, pas au mien. D’accord ? Et puis, pendant que vous y serez, profitez-en pour lui rappeler aussi que sa petite entreprise devrait montrer le chemin à la générosité universelle, des fois, un retour à la mémoire, ça peut faire avancer le chariot. Nous n’avons pas aimé que vous qui intervenez sur tout tout tout et le reste, vous n’ayez rien dit de cette loi nouvelle en Turquie, qui s’assied elle aussi sur l’esprit et la lumière. Nous n’avons pas aimé que vous nous compariez à vos copains les curés. Nous en connaissons tous de très fréquentables, et du meilleur genre, et qui se dépensent sans compter pour les autres, tous les autres. Nous en connaissons aussi de très rétrogrades, et qui continuent à croire que le paradis est ailleurs, et que pour y arriver, il faut bien souffrir et longtemps et durement sur cette vieille terre. Nous n’aimons pas que vous disiez que nous sommes moins bons que ceux-là. Ça nous embête. Déjà que vous nous réduisez comme peau de chagrin... Et en plus, c’est même pas vrai.

Tenez, puisque vous avez parlé de morale, notre petite, dont on parlait là-haut, on nous avait un jour demandé comment on allait lui expliquer le bien et le mal, sans le secours des curés et de la bible et des cours de religion, qu’on donne à l’école de la République, par chez nous, (oui je l’ai déjà dit, et alors ?) eh bien cette petite-là est devenue une adulte très comme il faut, pas voleuse, menteuse juste ce qu’il faut pour des histoires de père Noël, sympa avec ses parents, prof de qualité elle aussi et respectueuse des lois de son pays. Ce n’était donc pas la peine de convoquer les ayatollahs de toutes croyances pour en faire une citoyenne correcte... CQFD.

Et puis, il y a encore un autre petit détail qui m’énerve, Monsieur le Président, c’est que vous me racontiez tous les jours comment que vous êtes malheureux ou heureux en ménage. Est-ce que je vous embête avec ça, moi ? Non. Alors, faites-en autant. On s’en fiche que vous traversiez des histoires de ... cœur compliquées. Nous aussi, on a les mêmes à la maison. Des chéris qui s’en vont, qui reviennent, ou pas, des portes qui claquent, des larmes qui roulent, des enfants tristes qui ne comprennent pas. Tout comme vous, mais nous, on ne vous en fait pas profiter, parce que nous pensons que ces affaires-là, elles ne regardent que nous. Mais si vraiment vous pensez que ça peut faire avancer les problèmes du pays, suffit de demander, on va tout vous dire. Tiens, on vous racontera aussi nos soucis avec le gars de la banque qui a refusé le crédit auto, et les mensualités qui s’accumulent parce qu’on n’est pas bien raisonnable et qu’on a envie nous aussi de faire un crochet par la case luxe de temps en temps, et les impôts qui sont comme vous imaginez (ça va, les vôtres, oui ?) et le loyer et l’essence et le mazout et la cantine des gamins et tout ça... Ça va vous amuser, ces ennuis des vraies gens, vous verrez, c’est très exotique, encore plus que les pyramides et Petra. Si nous avions nous aussi des potes un peu à l’aise, on pourrait peut-être leur demander un petit coup de pouce. Mais nos potes à nous, ils sont dans la même panade, alors...

Alors, Monsieur le Président qui habitez à l’Élysée, s’il vous plait, gardez vos gros malheurs et vos petits bonheurs pour vous. Ça nous fera des vacances, et ça permettra peut-être, enfin, de penser à autre chose, que vous noyez depuis des mois sous vos écrans de fumée, de penser aux choses sérieuses : moins de profs dans nos écoles, moins de sous pour la santé, moins de services publics dans nos villes et nos villages, moins d’argent dans la poche des petits de ceux qui n’ont pas même l’idée d’un dîner au Fouquet’s, plus de pauvres gars reconduits aux frontières, plus de familles déchirées et encore plus de boulot pour RESF, sans parler de ce que vous nous avez volé : notre droit à la parole sur l’Europe.

Je vous laisse là, Monsieur le Président, il se fait temps d’aller dormir, cette semaine a vraiment été trop dure pour des démocrates et ils ont bien du mal à s’en remettre. Portez-vous bien. Nous, on va essayer de faire le moins mal possible.

brigitte de PRS 57


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