Lettre à un gars Nicolas qui fait ses courses

samedi 15 septembre 2018.
 

Monsieur le Président, qui voyagez souvent dans de jolis endroits avec votre jolie épouse, vous m’avez -une fois n’est pas coutume- bien fait rigoler cette semaine. Pas tous les jours, c’est vrai, mais deux ou trois fois quand même. Et comme, n’est-ce pas, ce n’est pas tous les matins que vous nous donnez l’occasion de nous marrer, on ne va pas se priver non plus... Donc, voilà la chose, en bref et sans mauvais esprit :

L’autre jour, vous fûtes en visite dans une usine. Une vraie, avec des filles en blouse qui travaillent pour gagner en un an à peu de choses près ce que vos bons amis se mettent de côté en une minute de pot-de-vin, avec des chefaillons qui chronomètrent le temps passé par les mêmes filles aux toilettes, au cas z’où, va savoir, il leur viendrait l’envie d’aller s’en griller une petite derrière la porte... avec des profits et des bénéfices pour le patron, tout ça, une usine, quoi... Dans celle-là, d’usine, on fait dans le bagage... Oui, le genre valise, sac et autres babioles qui te donnent des idées de croisières et de trains de nuit. Les filles, elles en sont pas peu fières de leurs objets, et elles ont bien raison, vu que c’est de la belle ouvrage.

En voilà une qui vous présente un sac, bien grand le sac, que tu y rangerais tout le matos pour un week-end sans souci. Vous, tout de suite, la remarque qui va bien : Oh ! C’est Carla qui va être contente... Ce matin, elle m’a dit : « Tu vas bien me rapporter un petit quelque chose » ! Dans le texte... Ça m’a rappelé quand ma gamine était gamine, justement, qu’on allait en ville pour prendre des courses et qu’elle disait, elle aussi « Tu me ramènes un truc, hein maman ? » En général, le « truc » oscillait entre le chou à la crème et la boîte de perles en bois. La vôtre, de petite, elle donne dans la bricole de luxe. Faut dire qu’elle a été habituée depuis un moment. Dans son monde à elle, le chôbise, c’est rarement des pâtisseries qu’on ramène aux gamins. Voulez que je vous dise ? Je vous ai trouvé, un tantinet outrancier sur ce coup-là... On l’imagine bien, la princesse, au saut du lit, dire à son homme de pouvoir favori : dis, chéri, tu me ramènes un truc de ta balade au pays des vraies gens ?

Faudrait pas nous prendre QUE pour des jambons non plus... Et d’ailleurs, là aussi, vous m’avez fait rigoler, quand (encore une visite, ça se promène beaucoup, finalement, un président...) vous nous avez joué le sketch du gars qui fait ses courses et qui se rend compte que la vie augmente. Très au point, le numéro. Chapeau l’artiste ! En substance, ça disait : moi, j’suis un petit gars de la ville, mais je sais bien qu’entre le cochon et la tranche de jambon (nous y voilà !) il y a comme un rapport. Et que le cochon, il baisse et que le jambon, il augmente, eh attends ! y a quelque chose qui va pas... (Avec les gestes et tout, très très bien, on verra à vous nommer aux César l’année prochaine.) Oui on vous confirme, y a comme un rapport. Ça nous a fait rigoler, oui, mais quand même, ne nous prenez pas trop pour des billes, ça va finir par se voir.

Pendant ce temps-là, votre copine Nadine Morano, élue de Lorraine, tu parles si on la connait, me range du côté « des assassins » et ça, monsieur le président, je n’accepterai jamais, jamais m’entendez-vous, qu’on me fasse une telle injure, parce que déjà avant 1981, quand avec mes camarades, on luttait contre la guillotine, on nous disait la même chose, on nous disait qu’on soutenait les assassins contre les victimes, et puis aussi, avant 1974, on nous traitait également d’assassins de bébé parce que, avec mes camarades, on luttait pour légaliser l’IVG. Alors ça suffit, j’en ai assez qu’on me range avec les assassins de vieillards, de petites filles et de nourrissons en devenir. Comme disait l’Oncle Georges : « Je n’ai jamais tué, jamais violé non plus, y a déjà quelque temps que je ne vole plus... »

Stop ! Dîtes à vos copines qu’elles arrêtent de nous insulter. On va se fâcher et leur faire des gracieusetés comme votre ami Peyrat le maire de Nice qui dit à une de ses concitoyennes, ... Et puis, non, on ne vous fera pas le bonheur de retranscrire ici ses mots orduriers, parce que nous, on soutient peut-être les assassins, mais on sait se tenir en société et on n’est pas vulgaires quand on parle, même si, et surtout si, l’exemple vient de haut...

brigitte blang prs 57, 2 mars 2008


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