1968 2014 Magie de la prise de parole sans micro

mercredi 4 février 2015.
 

Réponse à l’article 12 avril : Un "Front du peuple" en construction

J’aperçois la petite estrade sur ma droite, en marchant vers la Nation, et je flaire quelque chose d’intéressant. Je ne serai pas déçu. Je vois Jean-Luc monter sur la petite plate- forme. Je m’approche, mais la clameur de la rue est trop forte, je ne capte pas grand chose. Mais quelle magie.

La magie de la parole sans micro. La magie du verbe sans micro. La magie des prises de parole sans mégaphone. De mon temps (je veux dire : au temps de ma jeunesse), ça se passait comme ça. Le souvenir des cafés pragois, bondés, où nous attendons les nouvelles des « sessions extraordinaires » du CC du PCT, et où nous apprenons que le « le dernier stalinien tchèque « Novotny vient d’être renversé par le partisan des « réformes démocratiques », Alexander Dubcek, de nationalité slovaque. Les discussions se poursuivent tard dans la nuit partout, sans mégaphone. Nous ne savons pas encore que le printemps est là. En ce mois de janvier 1968, il fait – 20 dehors. Nous sommes à Prague.

Au printemps 1968, la jeunesse européenne profite des trous dans le rideau de fer pour arriver à Prague à la rencontre du « socialisme dans la liberté ». La jeunesse est-allemande est particulièrement friande de cette nouveauté. L’essentiel de nos rassemblements et débats se passe sans mégaphone.

Les souvenirs des prises de paroles, dans les rues de Prague, en ce mois d’août 1968, face aux tanks soviétiques, sont tenaces. « Bas les pattes devant la Tchécoslovaquie socialiste. » « Rentrez chez vous, vous n’avez rien à faire ici, et si vous voulez combattre, allez au Vietnam. » Sans mégaphone. Très dangereux. Les soldats russes tirent en l’air. Ils s’énervent. Ils savent que nous avons raison, nous, ils savent qu’ils ont tort, eux.

Jaurès a-t-il parlé sans micro ? C’est ce je crois comprendre à la lecture de ce chef d’oeuvre injustement oublié, l’Eté 1914, de Roger Martin du Gard. C’est étrange, il semble bien, mais je peux me tromper, que la voix de Jaurès n’a jamais pas été enregistrée. Pourtant , Enrico Caruso enregistre Verdi et Donizetti, à Carnegie Halls, à partir de 1904. Cela se passe avant le premier éditorial de Jaurès de l’Humanité. Arthur Nikisch enregistre à Leipzig la 5° de Beethoven en 1913. Ces enregistrements sont parfaitement audibles aujourd’hui, avec la technique moderne.

Où est passée la voix de Jaurès ? Je vais me renseigner.

Karel Kostal


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