Le gouvernement tchèque n’a pas été mandaté à la présidence de l’UE pour que l’armée américaine puisse provoquer aux frontières de l’ancienne URSS (par Karel Kostal)

samedi 20 septembre 2008.
 

« Si vis pacem, para bellum ». Le premier ministre ultralibéral tchèque Mirek Topolanek, appelé à présider avec son gouvernement l’Union Européenne en janvier prochain, aime à afficher en public ses rudiments de latin qu’il a acquis au lycée militaire aux temps de la « normalisation » brejnevienne. On ne pouvait rêver d’une plus grande franchise. Quelle « présidence » dissimula moins ses buts que celle-ci ? L’arrivée à la tête de l’UE, par les voies normales de l’alternance, d’un gouvernement qui dit à l’adresse de l’Europe : « prépare-toi à la guerre », est un événement qui révèle au grand jour que le déficit démocratique de la communauté européenne n’est pas qu’un défaut de construction facilement réparable, mais une faille dans laquelle se sont engouffrés les pires adversaires de la paix. Une présidence belliciste se prépare à Prague à l’heure qu’il est !

L’armée américaine installe actuellement un système de défense antimissile en République Tchèque, avec le concours actif du gouvernement de ce pays, malgré l’opposition massive de l’opinion démocratique nationale. 7O% des citoyens tchèques sont hostiles à ce projet. Le président tchèque Vaclav Klaus a cependant demandé personnellement aux autorités américaines d’installer leur bouclier antimissile sur le sol tchèque avant que Bush quitte la Maison Blanche, et son premier ministre Topolanek fait tous ses efforts pour que le bouclier antimissile américain soit installé sur le sol de ce pays avant que débute "sa « présidence » en janvier prochain. La République Tchèque fait partie de l’Union Européenne « élargie ». Aucun peuple d’Europe n’a été informé. Les gouvernements européens se taisent, la Commission de Bruxelles aussi. Ainsi, la République Tchèque sera le premier pays à ouvrir son territoire à l’armée américaine depuis la chute du mur de Berlin.

L’accord signé le 8 juillet à Prague entre la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice et le ministre des affaires étrangères tchèque Karel Schwarzenberg, sur le déploiement d’un radar au sud-ouest de la capitale tchèque, est un accord « bilatéral », et qui concerne « exclusivement » les gouvernements tchèque et américain. La base américaine sera située certes sur le territoire d’un « Etat souverain », faisant partie de l’UE, mais « le contrôle et la direction des opérations antimissile appartiennent exclusivement aux Etats-Unis ». Les gouvernements européens et la Commission de Bruxelles ont également oublié de nous signaler ce détail.

Le gouvernement de Prague a-t-il l’intention de nous « présider » avec le concours du Pentagone ? Le gouvernement ultralibéral Klaus-Topolanek au pouvoir à Prague a-t-il l’intention de devenir en janvier prochain le fer de lance de l’élargissement de l’OTAN vers le Caucase, en passant par la République Tchèque et l’Ukraine ? Le « parti du président Klaus », ODS, se voit-il réellement comme « un 51° Etat des USA », comme l’affirment ses dirigeants, au cours de ces soirées arrosées organisées par l’Institut libéral de Prague ? Tous les signes manifestement convergent en ce sens.

La droite ultralibérale au pouvoir à Prague, qui a épousé les théories de la droite néo-conservatrice américaine des « chocs des civilisations », de la place de « l’Occident », de la défense des « valeurs d la civilisation occidentale », est décidée à professer toutes ces « théories » à la tête de l’Union l’année prochaine. A ses yeux, les pays de l’UE doivent être automatiquement et inconditionnellement solidaires des Etats-Unis, contre le « terrorisme international non occidental », dans tous les cas de figure. C’est exactement ce que cherche la droite américain. La droite américaine a entre ses mains à la tête de la prochaine présidence européenne une vraie marionnette, qu’elle peut mener par le bout du nez. Les premiers soldats américains débarqueront dans cette partie de l’Union « élargie » certainement avant le début de la présidence tchèque. Les provocations vers la frontière ukrainienne toute proche peuvent commencer.

Le gouvernement Klaus- Topolanek, inspiré de la théorie réactionnaire du choc des civilisations, défendue par l’ancien président Havel, appelé à présider cette Europe en janvier prochain, est allé le plus loin dans les efforts de subordination aux Etats-Unis depuis la création de l’Union Européenne. Se prétendant « eurosceptique », ce gouvernement appliquera néanmoins avec zèle le Traité de Lisbonne qui subordonne l’Europe aux USA par l’intermédiaire de l’OTAN, conformément à l’article 27 de ce texte. La présidence tchèque de l’année prochaine sera celle du choc des civilisations.

Si je propose la clarté sur ses points à mes amis français, c’est parce j’estime que le peuple français est parfaitement légitimé à exiger une autre construction européenne que celle que nous proposent les bellicistes de Washington et de Prague, lui qui s’est clairement prononcé pour une Europe démocratique et pacifique, le 29 mai 2005. Ancien exilé politique en France après l’écrasement du printemps de Prague en août 1968, j’en appelle à tous mes amis politiques en France. Les démocrates tchèques actuellement mobilisés contre l’occupation de leur pays par l’armée américaine doivent savoir qu’ils peuvent compter sur notre soutien.


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