Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

dimanche 14 mai 2017.
 

Tous les mouvements fascistes dans le monde, sans exception, ont été subventionnés (et souvent créés) par le patronat (au moins une partie très significative de celui-ci). Tel est bien le cas de La Cagoule.

Dans le texte sur Les 200 familles, le fascisme et la violence dans les années 1930, je notais que le patronat crée des bandes illégales et si nécessaire des organisations fascistes, dans le but de protéger les profits et rentes :

- en cas de mouvement social

- en cas de victoire des partis de gauche

- en cas de crise économique

L’Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale (restée dans l’histoire sous le nom La Cagoule) en est un bon exemple.

La CAGOULE, organisation fasciste française, tente un coup d’état pour renverser la République le 15 novembre 1937

Elle naît en juin 1936 alors que :

- le Front populaire est majoritaire au Parlement depuis les élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936

- les grèves se multiplient depuis le 7 mai 1936 se concluant début juin par les Accords Matignon (conventions collectives, congés payés, hausse des salaires de 10 à 15%, réduction du temps de travail, reconnaissance des syndicats).

- la crise économique commencée en 1929 a créé une situation économique, sociale et politique instable

Dans un tel contexte (auquel il faut évidemment ajouter la montée fasciste en Allemagne, Italie, Espagne, Hongrie, Pologne, Autriche, Portugal...), le patronat juge utile de pouvoir utiliser une force armée secrète bien organisée : voilà créée l’Organisation Secrète d’Action Révolutionnaire Nationale.

1) OSARN (La Cagoule) et patronat

Le principal dirigeant de la clandestine OSARN (Eugène Deloncle) est lui-même bien intégré dans le monde des affaires : polytechnicien, ingénieur-expert à la cour d’appel de Paris, directeur de la Caisse hypothécaire maritime et fluviale, membre du Comité central des Armateurs de France, membre du comité technique du bureau Veritas, administrateur des Chantiers de Penhoët et d’une dizaine de sociétés industrielles…

Le meilleur ami de Deloncle se nomme Eugène Schueller, fondateur de la société L’Oréal, financeur principal de la Cagoule ; il accueille dans son bureau les réunions de direction de celle-ci. Sa fille Liliane se mariera avec André Bettencourt (17 ans en 1936), un des activistes de la Cagoule.

Jacques Lemaigre Dubreuil, patron des huiles Lesieur, de Maroc-Presse et propriétaire de gros placements au Printemps finance la sortie du journal national.

Parmi les 200 familles, notons encore les parfums Coty, les ciments Lafarge, les peintures Ripolin, Louis Renault…

Lorsque les renseignements généraux et la police judiciaire enquêteront sur la Cagoule, après sa tentative de coup d’Etat (automne 1937), ils concluront en 1938 que les grandes entreprises françaises finançaient ce groupe terroriste fasciste.

2) L’exemple Michelin

Pour ne pas être trop long, je vais détailler un peu le seul cas de la société Michelin. En 1936 1937, elle comprend un service "G" spécialisé dans le lien professionnel avec l’Allemagne nazie, l’Italie mussolinienne et les franquistes espagnols en pleine guerre civile.

Jean-Pierre Locuty est ingénieur chez Michelin et membre de ce service G. Le 10 septembre il reçoit à Clermont-Ferrand l’ordre de se rendre immédiatement à Paris, couvert par son entreprise.

Là, il rencontre :

- François Méténier, officier, industriel à Chamalières dans le Puy-de-Dôme. Il a créé un groupe clandestin très implanté parmi les ingénieurs et le personnel d’encadrement des usines Michelin : l’Union des enfants d’Auvergne. Disposant de cette force, il participe au processus de développement de la mouvance fasciste française des années 1930 : PNRS (Parti révolutionnaire national et social), UCAD (des comités d’action défensive)... Il devient logiquement un haut responsable de l’OSARN chargé de la préparation des attentats et de la collecte de fonds. Il sera durant la guerre, l’un des principaux dirigeants des Groupes Mobiles, garde personnelle du Maréchal Pétain.

- Eugène Deloncle vu plus haut, multidécoré de la Grande Guerre, ingénieur maritime

- Jean Moreau de la Meuse, ingénieur des pétroles, administrateur délégué de la société textile ardennaise, autre haut responsable de l’OSARN, chargé du 4ème bureau ( questions logistiques : matériel, transport et ravitaillement)

Le 11 septembre, en fin d’après-midi, Locuty reçoit de ce dernier deux petites caisses pleines d’explosifs avec des détonateur à retardement. Objectif : détruire deux grands immeubles du quartier de l’Etoile. Une caisse doit servir à faire sauter le local de la Confédération Générale du Patronat Français (Rue de Presbourg), l’autre, le siège de l’Union des Entreprises Métallurgiques (Rue Boissière).

A la CGPF, la réunion qui devait avoir lieu est annulée et l’immeuble explose à 22 heures tuant deux policiers en faction, dont la présence n’a pas été annulée pour cause de bombe. A quelques minutes d’intervalle, l’autre bâtiment vole également en éclats.

Au petit matin du 12 septembre, la grande presse dépendant du patronat lance une grande campagne dénonçant les communistes, les syndicalistes (en particulier la CGT), les anarchistes... Au coeur de cette diarrhée journalistique se distingue le quotidien Le Temps, propriété du Comité des Forges et du Comité des Houillères.

L’enquête mettra du temps à se développer. Locuty est enfin arrêté début janvier 1938 et donne à la police de nombreuses informations.

Elles permettent d’arrêter :

- plusieurs ingénieurs de l’usine Michelin de Clermont Ferrand : De Vogel, Vauclard, Chauche, Vandekerkoven

- le chauffeur personnel de Marcel Michelin : Alfred Borrot

- plusieurs salariés de l’entreprise Michelin de Clermont Ferrand comme Antoine Fustier et Jean Maron.

Presque tous ont travaillé au "Service G" chargé des relations avec les grands fascismes d’Europe (Allemagne, Italie, franquisme...).

" D’autres services (de Michelin) ont aussi fourni des effectifs au CSAR. Ce recrutement a démarré peu après l’arrivée à Clermont-Ferrand d’un représentant (national) du patronat délégué auprès de la direction de Michelin." (Histoire secrète du patronat Le vrai visage du capitalisme français par Benoît Collombat et David Servenay, Editions La Découverte, 2009).

Pierre Michelin, fils du grand patron Edouard, se tue en voiture fin 1937. Les journaux prétendent que des papiers compromettants ont été trouvés dans le véhicule concernant les liens financiers de la société Michelin avec la Cagoule. Plusieurs membres de la direction de la grande entreprise de Clermont Ferrand sont alors limogés dont le directeur général (par ailleurs gendre d’Edouard Michelin).

Conclusion 1

Parmi les dirigeants patronaux, responsables de la Cagoule, notons sans nous y attarder :

- le comte Robert Jurquet de la Salle, grand patron de la Société des cafés Debray, par ailleurs secrétaire général de l’UCAD et acteur du Cercle du Grand Pavois qui agit pour un rapprochement avec l’Allemagne nazie.

- Jacques Duge de Bernonville, ami de Deloncle, secrétaire général de la Compagnie des consommateurs de pétrole(société qui regroupe en particulier les Compagnies de chemin de fer, les messageries maritimes et les Chargeurs réunis pour leurs achats de carburant).

- Pierre Parent, administrateur de l’Union des Mines et vice-président de la Compagnie des Phosphates de Constantine.

...

CONCLUSION 2

Je ne peux terminer cet article sans rappeler que l’implication d’une bonne partie du patronat aux côtés des ligues fascistes pour tenter de déstabiliser les institutions comme cela avait été fait en Italie et Allemagne dépasse largement le cadre des liens entre patronat et Cagoule.

Jacques Serieys


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