L’Etat français fasciste de 1940 à 1944

jeudi 13 septembre 2018.
 

A) Le déni français de réalité concernant Vichy

La droite française se bat depuis 1945, comme un enfant défend son père dont il a hérité, pour que le régime de Vichy ne soit pas caractérisé de fasciste.

Il est vrai qu’elle avait plébiscité Pétain en 1940 et veut le faire oublier.

10 juillet 1940 : 173 parlementaires de droite sur 174 installent légalement en France le fascisme traditionaliste de Pétain

Il est vrai que l’Eglise catholique comme institution fut le principal soutien de masse du pétainisme et engagera bien des combats avant de reconnaître ses responsabilités.

Il est vrai qu’une partie importante des cadres départementaux de la droite durant la seconde moitié du 20ème siècle a été fournie par les réseaux familiaux émanant du pétainisme.

Il est vrai que la gauche bien-pensante n’a pas bousculé ce mensonge. Pourquoi ?

- premièrement parce que les discours éthérés sur la République passeraient moins facilement si les manuels d’histoire et "experts médiatiques" reconnaissaient que, à quelques très rares exceptions près ses préfets, ses juges, ses généraux sont passés sans mal de l’Etat dit républicain à un Etat fasciste.

- deuxièmement parce qu’à l’heure du glissement libéral de la gauche républicaniste, il serait dangereux de rappeler le rôle central du patronat, des milieux actionnariaux, des partis libéraux dans l’ascension du fascisme. Plus précisément, n’oublions pas le rôle du patronat et de la droite libérale dans le financement des fascistes en Italie, en Autriche, en Allemagne...

La République française a engendré le fascisme français dans un contexte particulier, par ses courants de droite mais aussi par certains politiques venus de la gauche comme Bergery (radical), Déat (socialiste), Doriot (communiste). N’oublions pas que Mussolini venait aussi de la gauche même s’il commença à jouer un rôle préparant le fascisme italien à partir du moment où il fut payé cher, chaque mois, par la royauté britannique.

N’oublions pas que dans la République française des années 1930 les gouvernements de droite (Tardieu, Chautemps...) subventionnèrent grassement le colonel de La Rocque alors que le patronat finançait grassement les ligues.

Les "historiens" français au service idéologique des dominants refusent le qualificatif de fasciste pour le régime du maréchal Pétain, le considérant seulement comme "autoritaire". Pourtant, cette nature fasciste du régime de Vichy est évidente pour les grands historiens de notre planète Terre.

B) L’antisémitisme d’état du régime de Vichy

Cet antisémitisme ne naît pas d’une obligation imposée par l’occupant nazi mais des convictions déjà fort anciennes de plusieurs dirigeants de droite comme le grand orateur de la droite libérale et de l’Eglise catholique entre 1919 et 1939, Xavier Vallat.

Xavier Vallat... symbole de la droite "modérée, républicaine, économiquement libérale" et fasciste si nécessaire

C’est le gouvernement de Vichy qui a entrepris, hors demande allemande, de rédiger ses lois antisémites. C’est Pétain lui-même qui a corrigé à la main et durci le premier projet :

1er octobre 1940 Pétain, fasciste antisémite, durcit la législation antijuive

Même en pleine euphorie du fascisme européen entre 1940 et 1942, peu de pays ont promulgué une loi de discrimination antisémite aussi dure que celle du 3 octobre 1940. Elle enlève aux Juifs leur qualité de citoyen et les évince de nombreuses professions (Justice, Ponts et Chaussées, police, enseignement, postes de responsabilité dans les colonies, corps des officiers de l’armée, institutions étatiques (Conseil d’Etat, corps préfectoral...), responsabilités dans la presse, le cinéma, le théâtre, les spectacles, la radio, tribunaux de commerce, fonction publique...).

Loi du 3 octobre 1940 portant statut des juifs

Cette loi se voit durcie en 1941 par le gouvernement de Pétain. Même l’ordonnance allemande à logique génocidaire d’avril 1941 n’avait pas été aussi loin que la loi française du 2 juin 1941. Par exemple, deux demi-juifs (un parent non juif) mariés et convertis à une autre religion sont considérés juifs par la loi française du 2 juin 1941 ; tel n’est pas le cas pour l’ordonnance allemande.

Statut des juifs Loi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940

L’application de la loi par l’administration française sous direction de Vichy montre que l’antisémitisme sourd de la France pétainiste indépendamment des autorités nazies.

Un juif français vendant et réparant des postes de radio au Maroc (où l’armée nazie n’a jamais mis les pieds) se voit interdire ce métier par le régime de Vichy dans le cadre de l’élimination de l’influence juive dans les métiers culturels.

Le 5 juillet 1941, Xavier Vallat présente en conseil des ministres son projet d’aryanisation économique puis le défend « Il s’agit pour moi d’avoir la possibilité de mettre sous contrôle gouvernemental tout bien juif qui me paraît devoir être nanti d’un administrateur provisoire... » Le 22 juillet est adoptée cette loi commençant par « En vue d’éliminer toute influence juive dans l’économie nationale... »

Par un décret du 26 décembre 1941, le gouvernement de Vichy décrète la limitation du pourcentage de Juifs parmi les sages-femmes à 2%. A aucun moment, le parti nazi, les chefs de l’armée allemande à Paris où autre institution allemande n’est intervenu dans cette décision significative.

C) La collaboration entre nazisme et pétainisme

Dans son ouvrage La délation sous l’occupation, André Halimi signale que plusieurs millions de lettres de dénonciation en permanence affluent de tout le pays, de tous les milieux, sur tous les bureaux de ceux qui peuvent donner suite.

Dans Les hommes de Pétain, Philippe Valode ajoute « C’est en bonne intelligence que tout l’appareil répressif français (police et Milice) se met à la disposition de l’Occupant et de ses administrations spécialisées : Gestapo, police secrète d’Etat, Abwehr (service de défense de l’armée), SD, service de sécurité du Parti nazi. »

L’historien le plus précis concernant le fascisme français de la "Révolution nationale", 1940 à 1944, est Zeev Sternhell

Spécialiste international des courants réactionnaires, de l’extrême droite et du fascisme, cet universitaire israélien a posé dans son ouvrage Ni droite, ni gauche L’idéologie fasciste en France quelques questions qui n’ont pas reçu de réponse à mon avis de la part des enfumeurs :

- > Le régime de la révolution nationale est-il compréhensible autrement que comme l’aboutissement logique de la révolte intellectuelle contre l’héritage universaliste, individualiste, hédoniste et laïque des Lumières françaises puis du mouvement républicain progressiste du 19ème siècle ?

- > N’est-ce pas le nationalisme de la Terre et des Morts qui constitue le coeur de la Révolution nationale ?

- > Toute la législation de Vichy n’a-t-elle pas précisément pour objectif de détruire, dans un grand élan révolutionnaire, les acquis d’un siècle et demi d’efforts de démocratisation, libéralisation et laïcisation de la société française ?

- > La défaite devait-elle engendrer nécessairement la mise en place d’une dictature brutale, antisémite, fondement d’un "ordre nouveau" qui verrait surgir une nation purifiée ?

- > En quoi l’idéologie de Vichy, du premier Vichy, le "bon" Vichy, celui de Pétain, celui des six mois entre Juin et décembre 1940... sans parler du Vichy de la Milice, diffère-t-elle de l’idéologie fasciste ?

- > En quoi exactement ce régime se distingue-t-il dans son essence du régime mussolinien ? En quoi son projet de société, et les structures du pouvoir, sont-ils autres qu’en Italie fasciste ?

- > Où la répression est-elle plus dure et où y a-t-il entre 1940 et 1942 davantage de camps de concentration pour étrangers, réfugiés politiques et autres indésirables : en Italie ou en zone libre ?

- > Un juif se sent-il davantage en sécurité à Nice occupée par les Italiens ou à Marseille ? en Lybie, colonie italienne..., ou en Afrique du Nord sous Darlan, dauphin du Maréchal ?

- > Le culte des valeurs traditionnelles -la terre, la famille, la religion- ...est aussi puissant à Vichy qu’en Italie ou en Allemagne nazie, sans parler de la Garde de fer roumaine... Il en est de même en ce qui concern le culte du chef, tout comme le soutien des élites.

- > Le mécanisme de la prise du pouvoir par les fascistes italiens n’a pas été plus violent que celui par lequel Pétain est devenu chef de l’Etat français... Comme plus tard en Allemagne, c’est la crise de la démocratie libérale, la faiblesse de ses structures greffées sur une extraordinaire atmosphère de détresse morale et psychologique qui ont rendu possible l’emprise du fascisme... C’est à la faveur d’une crise comparable, déclenchée par la défaite, mais longuement mûrie depuis le début du siècle, tout comme en Italie et en Allemagne, que les élites françaises ont remis le pouvoir aux mains du Maréchal et se sont mises à son service. Le culte du dictateur comme la serviabilité des élites, ou l’extraordinaire effort de formation de la jeunesse destiné à donner naissance à l’"homme nouveau" ne se distinguent guère de ce qui se pratiquait dans les pays voisins.


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