Alexandra Kollontaï, théoricienne bolchevik de l’amour libre

samedi 14 octobre 2017.
 

- A) La vie mouvementée de la flamboyante Alexandra Kollontaï

- B) Place à l’Eros ailé ! (texte pour l’Amour libre)

A) La vie mouvementée de la flamboyante Alexandra Kollontaï

Fille de général née le 31 mars 1872, adhérente du parti de 1898, Alexandra fait preuve durant toute sa vie d’une grande autonomie, refusant un mariage arrangé à 17 ans, épousant à 20 ans le jeune officier dont elle est amoureuse, divorçant par lassitude de la vie de couple, rompant avec son milieu d’origine aristocratique pour s’engager au sein des marxistes révolutionnaires.

Participe à la Révolution d’octobre. Commissaire du peuple à l’Assistance publique dans le premier gouvernement des soviets (actuel ministère de la Santé) ce qui fait d’elle la première femme au monde à avoir participé à un gouvernement. Fondatrice également du Zhenotdel (ministère chargé des affaires féminines) avec Inès Armand.

Elue au Comité Central du Parti bolchevik en août 1917. En désaccord avec des aspects importants de l’orientation politique suivie (étatisation et non collectivisation par exemple, libertés, répression d’autres courants de gauche...). En 1918, elle fait partie de la tendance « communiste de gauche ». En 1920, elle fonde une fraction interne au Parti, « l’Opposition ouvrière » qu’elle dirige avec Alexandre Chliapnikov. Signataire d’un lettre ouverte critique en 1922.

Théoricienne de l’amour libre, elle a écrit des textes de qualité sur la question des relations amoureuses bien peu abordées par les théoriciens révolutionnaires. Tel est le sujet du texte ci-dessous :

B) Place à l’Eros ailé !

I - L’Amour, facteur social et psychique

Vous me demandez, mon jeune camarade, quelle place l’idéologie prolétarienne réserve à l’amour ? Vous êtes confondu du fait qu’à l’heure actuelle, la jeunesse laborieuse « est plus occupée de l’amour et de toutes sortes de questions s’y ratta­chant » que d’autres grands problèmes se posant devant la république des travailleurs. S’il en est ainsi (il m’est difficile d’en juger de loin) cher­chons ensemble l’application de ce fait, la réponse à cette première question : quelle place l’idéologie de la classe ouvrière réserve-t-elle à l’amour ?

On ne peut douter que la Russie des soviets est entrée dans une nouvelle phase de guerre civile. Le front révolutionnaire a été déplacé ; il passe maintenant dans la lutte entre deux idéologies, deux civilisations : bourgeoise et prolétarienne. L’incompatibilité de ces deux idéologies apparaît chaque jour plus clairement ; les contradictions entre ces deux civilisations différentes deviennent chaque jour plus aiguës.

Avec la victoire du principe et de l’idéal communistes dans le domaine de la politique et de l’éco­nomie devait s’accomplir aussi une révolution dans la conception du monde, dans les sentiments et dans toute la conformation d’esprit de l’Huma­nité laborieuse. A l’heure actuelle déjà on remar­que du nouveau dans ces conceptions de la vie et de la société, du travail, de l’art et des « règles de la vie » (c’est-à-dire de la morale). Les rapports des sexes sont une partie importante des règles de la vie. La révolution sur le front idéologique parachève le bouleversement accompli dans la pensée humaine grâce à l’existence depuis cinq ans de la république des travailleurs.

Mais au fur et à mesure que devient plus aiguë la lutte entre les deux idéologies, qu’elle s’étend à un plus grand nombre de domaines, de nouveaux et de nouveaux « problèmes de la vie » surgissent devant l’humanité, et seule l’idéologie de la classe ouvrière est à même d’en fournir une solution satisfaisante.

Au nombre de ces problèmes figure aussi celui que vous soulevez — « le problème de l’amour ». Aux différentes phases de son développement his­torique, l’humanité abordait différemment sa solu­tion. Le « problème » reste, ses clefs changent. Ces clefs dépendent de l’époque, de la classe, de l’ « esprit du temps » (c’est-à-dire de la culture).

Chez nous en Russie, tout récemment encore, dans les années de l’âpre guerre civile et de la lutte contre la désorganisation économique, le nombre de ceux que ce problème préoccupait n’était pas très élevé. D’autres sentiments, d’au­tres passions plus réelles possédaient l’humanité laborieuse. Qui donc dans ces années-là se serait sérieusement préoccupé des chagrins et des souffrances d’amour lorsque le spectre décharné de la mort guettait tout le monde, lorsqu’il était question de savoir : Qui vaincra ? La révolution, c’est-à-dire le progrès, ou la contre-révolution, c’est-à-dire la réaction ?

Devant le visage sombre de la grande révoltée — la révolution, le tendre Éros (« dieu de l’amour ») dut disparaître précipitamment. On n’avait ni le temps, ni l’excédent nécessaire de forces psychiques pour s’adonner aux « joies » et aux « tortures » de l’amour. Telle est la loi de conservation de l’énergie sociale et psychique de l’humanité : Cette énergie est toujours appliquée à poursuivre le but essentiel et immédiat du moment historique. C’est la toute simple, toute na­turelle voix de la nature — l’instinct biologique de reproduction, l’attraction de deux êtres de sexe différent, qui s’est trouvée pour un temps maîtresse de la situation. L’homme et la femme s’unissaient et se désunissaient facilement, beaucoup plus facilement que par le passé.

On venait l’un à l’autre sans grandes secousses dans l’âme, on se séparait sans larmes ni chagrin.

Dans cet amour qui fut pour moi sans joie

Le moment d’adieu sera sans douleur.1

La prostitution disparaissait, il est vrai, mais par contre augmentèrent manifestement les libres relations des sexes sans engagements mutuels et dans lesquelles le moteur principal était l’instinct de la reproduction non enjolivée par les senti­ments amoureux. Ce fait effrayait certains. Mais les rapports entre les sexes dans ces années-là ne pouvaient être autres. Ou bien le mariage était consolidé par un sentiment durable de camara­derie, d’amitié de plusieurs années, amitié que le sérieux du moment raffermissait encore, ou bien les relations matrimoniales surgissaient pour satisfaire un besoin purement biologique, constituaient en somme une passade dont les deux parties se lassaient bien vite et qu’elles s’empressaient de liquider pour qu’elle ne gêne pas l’essentiel, le travail pour la révolution. L’instinct brutal de reproduction, la simple attraction des sexes surgissant et disparaissant tout aussi rapidement sans créer des liens de cœur et d’esprit — c’est « l’Éros sans ailes » qui absorbe bien moins de forces psychiques que l’exigeant « Éros ailé », l’amour tissé d’émotions les plus diverses, tant de cœur que d’esprit. L’Éros sans ailes n’engendre pas les nuits sans sommeil, ne ramollit par la volonté, n’apporte pas de confu­sion dans le travail froid du cerveau. La classe des lutteurs, au moment où le branle-bas de la révolution appelait sans interruption au combat l’humanité laborieuse, ne pouvait se laisser aller à l’emprise de l’Éros aux ailes déployées. Dans ces journées-la, il était inopportun de dépenser les forces psychiques des membres de la collectivité en lutte en sentiments secondaires ne servant pas directement la révolution. L’amour individuel qui est à la base du « mariage par couple » et se concentre sur la personne d’un homme ou d’une femme, exige une dépense énorme d’énergie psychique. Cependant le bâtisseur de la nouvelle vie, la classe ouvrière, était intéressée non seulement à la plus grande économie possible de ses richesses matérielles, mais aussi à épargner l’énergie psychique de chacun pour l’appliquer aux tâches générales de la collectivité. Voilà pourquoi au moment de la lutte révolutionnaire aiguë, la place de l’ « Éros ailé » consumant tout sur son passage fut prise par l’instinct peu exigeant de la reproduction — par l’ « Éros sans ailes ».

Mais aujourd’hui, le tableau change. La République des soviets, et avec elle toute l’humanité laborieuse, est entrée dans une accalmie relative. Un travail très compliqué commence où il s’agit de comprendre et de fixer définitivement ce qui a été conquis, atteint, créé. Le bâtisseur des nouvelles formes de la vie, le prolétariat, doit tirer un enseignement de tout phénomène social et psychique ; il doit comprendre ce phénomène, se l’as­similer, se l’assujettir et le transformer en une arme de plus pour sa défense de classe. Alors seulement le prolétariat, ayant saisi non seule­ment les lois qui président à la création des richesses matérielles, mais aussi celles qui dirigent les mouvements de l’âme, pourra entrer armé jusqu’aux dents en lice contre le vieux monde bour­geois. Alors seulement l’humanité laborieuse vaincra aussi bien sur le front militaire et celui du travail que sur le front idéologique.

Aujourd’hui que la révolution en Russie a pris le dessus et s’est consolidée, que l’atmosphère du combat révolutionnaire s’est dissipée et que l’homme a cessé d’être complètement pris par la lutte, le tendre Éros aux ailes déployées, tombé un temps dans le mépris, réapparaît de nouveau et commence à réclamer ses droits. Il prend ombrage de l’insolent Éros sans ailes — de l’instinct de la reproduction non enjolivé par les charmes de l’amour. L’Éros sans ailes cesse de satisfaire les besoins spirituels. Il se forme un excédent d’éner­gie psychique que les hommes d’aujourd’hui, même les représentants de la classe laborieuse, ne savent pas encore appliquer à la vie intellectuelle de la collectivité. Cet excédent d’énergie psychique cherche une issue dans les sentiments amoureux. La lyre aux cordes multiples du dieu ailé de l’amour couvre la voix monotone de l’Éros sans ailes… L’homme et la femme ne s’unissent plus aujourd’hui comme c’était le plus souvent le cas pendant les années de la révolution, ils ne nouent plus une liaison passagère pour satis­faire leur instinct sexuel, mais ils commencent de nouveau à vivre des « romans d’amour », avec les souffrances et l’extase amoureuse qui les ac­compagnent.

Dans la République des Soviets, nous sommes incontestablement en présence d’une croissance de besoins intellectuels, on est plus avide de savoir que par le passé, on s’emballe plus facilement pour les questions scientifiques, pour l’art, pour le théâtre. Cette recherche dans la République des soviets des nouvelles formes à donner aux richesses intellectuelles de l’humanité embrasse iné­vitablement la sphère des sentiments amoureux. On observe un réveil d’intérêt à l’égard de la psychologie du sexe, du problème de l’amour. Ce côté-là de la vie touche plus ou moins chaque individu. On remarque avec étonnement entre les mains des militants qui auparavant ne lisaient que les éditoriaux de la Pravda, les comptes rendus des livres où l’on chante « l’Éros aux ailes déployées ».

Qu’est-ce donc ? Une réaction ? Le symptôme d’une décadence dans la création révolutionnaire ? Pas du tout. Il est temps de rejeter une fois pour toutes l’hypocrisie de la pensée bourgeoise. Il est temps de reconnaître ouvertement que l’amour est non seulement un facteur puissant de la na­ture, non seulement une force biologique, mais aussi un facteur social. L’amour est un sentiment profondément social dans son essence. A tous les degrés du développement humain, l’amour, sous différents aspects et formes, il est vrai, constituait une partie inséparable et indispensable de la culture intellectuelle d’une société donnée. Même la bourgeoisie qui reconnaissait en paroles que l’amour était une « affaire privée », savait en réalité l’assujettir à ses normes de morale de telle façon qu’il assure ses intérêts de classe.

Dans une mesure plus grande encore, l’idéolo­gie de la classe ouvrière doit escompter l’impor­tance des sentiments amoureux, en tant que facteur dont on peut (de même que de tout autre phénomène social et psychique) tirer profit pour la collectivité. Que l’amour n’est point du tout une « affaire privée » qui concerne seulement « les deux cœurs » qui s’aiment, que l’amour renferme un principe de liaison précieux pour la collectivité, cela ressort déjà du fait qu’à tous les degrés de son développement historique, l’humanité a établi des règles précisant à quelles conditions et quand l’amour était « légitime » (c’est-à-dire répondant aux intérêts d’une collectivité donnée) et quand il était « coupable », criminel (c’est-à-dire se trou­vant en contradiction avec cette société-là).

II - Un peu d’histoire

L’humanité a commencé à régler non seulement les relations sexuelles, mais aussi le sentiment même de l’amour depuis les temps les plus reculés de notre histoire sociale.

Sous le patriarcat, la suprême vertu au point de vue de la morale était l’amour déterminé par les liens du sang. En ces temps-là, la famille ou la tribu aurait désapprouvé une femme qui se serait sacrifiée pour le mari qu’elle aime, mais elle accordait, au contraire, la plus haute valeur aux sentiments à l’égard du frère ou de la sœur. D’après les anciens Grecs, Antigone enterre les corps de ses frères tués, en risquant sa propre vie, et cet exploit l’élève au rang d’une héroïne aux yeux de ses contemporains. Un tel acte de la part d’une sœur (non de la femme) aurait été qualifié de « bizarre » dans la société bourgeoise d’aujourd’hui.

Au temps de la domination du patriarcat et de la création des formes primitives de l’État, c’est l’amitié entre deux individus d’une même tribu qui était considérée comme la forme d’amour la plus normale. Il était alors très important pour la collectivité, ayant à peine passé la phase de l’organisation familiale, et faible au point de vue social, de lier entre eux tous ses membres par des liens du cœur et de l’esprit. Les émotions psychiques répondant le mieux à ce but n’étaient point fournies par l’amour sexuel, mais par l’amour-amitié. Les intérêts de la collectivité de cette époque exigeaient la croissance et l’accumulation dans l’humanité des liens psychiques non entre le couple uni par le mariage, mais entre les individus de la même tribu, entre les organisateurs et les défenseurs de la tribu et de l’État (il s’agit ici évidemment des hommes ; quant à l’amitié entre les femmes, il n’en était point question en ce temps-là ; la femme ne représentait point un facteur social).

On chantait les vertus de l’amour-amitié et on le plaçait bien au-dessus de l’amour entre époux. Castor et Pollux sont devenus célèbres non par leurs exploits et leurs services rendus à la patrie, mais par leur fidélité l’un à l’autre, leur amitié indissoluble. L’ « amitié » (ou son apparence) obligeait le mari aimant sa femme à céder sa couche de mari à l’ami préféré ou à l’hôte avec lequel il fallait se lier d’ « amitié ».

L’amitié, « la fidélité à l’ami jusqu’à la mort », était considérée dans le monde antique comme une vertu civique. Par contre, l’amour dans le sens contemporain du mot ne jouait aucun rôle et n’attirait pas l’attention des poètes ou des dramaturges de cette époque. L’idéologie qui dominait alors faisait entrer l’amour dans le cadre des sentiments exclusivement personnels avec lesquels la société n’a pas à compter ; en ce temps-là, en concluant le mariage, on ne se souciait que des avantages matériels qu’il pouvait procurer et l’amour n’était point pris en considération. On lui réservait exactement la même place qu’occupaient d’autres distractions : c’était un luxe que pouvait se permettre un citoyen ayant rempli tous ses devoirs à l’égard de l’État.

Le « savoir aimer », qualité tant appréciée par l’idéologie bourgeoise, pour autant que l’amour ne sorte pas du cadre de la morale bourgeoise, n’entrait pas en ligne de compte dans le monde ancien lorsqu’on déterminait les « vertus » et les qualités de l’homme. On n’apprenait, dans l’antiquité, que le sentiment de l’amitié. L’homme qui accomplissait des exploits et risquait sa vie pour l’ami était célébré à l’égal d’un héros et son acte considéré comme une expression de la « vertu morale ». Par contre, l’homme risquant sa vie pour la femme qu’il aime n’encourait que la désapprobation générale, quelquefois même le mépris. Les écrits anciens qualifient d’erreur les amours de Pâris et de la belle Hélène, qui ont entraîné la guerre de Troie, guerre dont le « malheur » de tous fut la conséquence.

Le monde antique ne voyait que dans l’amitié les sentiments capables de consolider, entre les individus d’une même tribu, les liens spirituels qui rendaient plus stable l’organisme social, encore faible à cette époque. Par contre, plus tard, l’amitié cesse d’être considérée comme une vertu morale.

Dans la société bourgeoise, bâtie sur des principes d’individualisme, de concurrence effrénée et d’émulation, il n’y a point de place pour l’amitié, en tant que facteur moral. Le siècle capitaliste considère l’amitié comme une manifestation de « sentimentalité » et comme une faiblesse d’esprit complètement inutile, nuisible même pour l’accomplissement des tâches bourgeoises de classe. L’amitié devient un objet de raillerie. Castor et Pollux n’auraient provoqué qu’un sourire condescendant à New York ou dans la City de Londres d’aujourd’hui. Et la société féodale non plus ne reconnaissait pas que le sentiment d’amitié fût une qualité à développer et à encourager chez les hommes.

La domination féodale était fondée sur la stricte observation des intérêts des familles nobles. La vertu était moins déterminée par les rapports des membres de la société d’alors entre eux que par les devoirs d’un membre de la famille envers celle-ci et ses traditions. Le mariage était entièrement dominé par les intérêts de la famille et le jeune homme (la jeune fille n’ayant pas voix au chapitre) qui se choisissait une femme à l’encontre de ces intérêts encourait le blâme le plus sévère. Aux temps de la féodalité, il ne convenait pas de placer les sentiments personnels au-dessus des intérêts de la famille, et celui qui n’en tenait pas compte était regardé comme un « paria ». D’après les idées de la société féodale, l’amour et le mariage ne devaient guère être une seule et même chose.

Néanmoins, c’est au temps de la féodalité que le sentiment d’amour entre les êtres de sexe différent acquit, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un certain droit de cité. A première vue, il semble étrange que l’amour ait été reconnu en ce temps d’ascétisme, de mœurs brutales et cruelles, de violence et de règne du droit d’empiètement. Mais, si l’on regarde de plus près les causes qui ont provoqué la reconnaissance de l’amour comme un phénomène social non seulement légitime, mais même désirable, il apparaît clairement par quoi cette reconnaissance était déterminée.

L’amour – dans certains cas et avec le concours de certaines circonstances – peut pousser l’être amoureux à accomplir des actes dont il serait incapable dans un autre état d’esprit. Cependant, la chevalerie exigeait de chacun de ses membres de hautes vertus, d’ailleurs strictement personnelles, dans le domaine militaire, comme l’intrépidité, la bravoure, l’endurance, etc… A cette époque, ce n’est pas tant l’organisation de l’armée que les qualités individuelles des combattants qui décidaient du sort des batailles. Le chevalier amoureux de son inaccessible « dame de cœur » accomplissait plus facilement des « miracles de bravoure », triomphait plus facilement dans les tournois, sacrifiait plus aisément sa vie au nom de la belle. Le chevalier amoureux était possédé par le désir de « se distinguer », afin de gagner, par ce moyen, les bonnes grâces de son aimée.

L’idéologie chevaleresque a tenu compte de ce fait, et tout en reconnaissant que l’amour entraîne chez l’être humain un état psychologique utile aux tâches de classe de la classe féodale, elle lui a donné néanmoins un cadre bien déterminé. En ce temps-là, l’amour des époux n’était pas apprécié ni chanté par les poètes : ce n’est pas sur lui que reposait la famille vivant dans les châteaux-forts. L’amour, en tant que facteur social, n’était goûté que quand il s’agissait des sentiments amoureux du chevalier envers la femme d’autrui, sentiments qui lui faisaient accomplir des exploits. D’autant plus inaccessible était la femme élue, d’autant plus le chevalier devait-il chercher à gagner ses bonnes grâces en déployant des vertus et des qualités requises dans son monde (intrépidité, endurance, ténacité, bravoure, etc.).

D’ordinaire, les chevaliers se choisissaient une « dame de cœur » parmi les femmes les moins accessibles. C’était, le plus souvent, la femme du suzerain, quelquefois la reine. Seul un tel « amour spirituel », l’amour sans satisfactions charnelles, qui poussait le chevalier aux exploits héroïques et le forçait à accomplir des miracles de bravoure, était cité en exemple et considéré comme une « vertu ». Les chevaliers ne choisissaient jamais l’objet de leur adoration parmi les jeunes filles. Quelques haut placée que fût une jeune fille, l’amour que le chevalier éprouvait pour elle pouvait conduire au mariage ; alors disparaissait inévitablement le moteur psychologique qui le poussait aux exploits. C’est cela que n’admettait pas la morale féodale. De là vient que l’idéal d’ascétisme (d’abstinence sexuelle) voisinait avec l’élévation du sentiment amoureux au rang d’une vertu morale. Dans leur zèle de purifier l’amour de tout ce qui était charnel, « coupable », de le transformer en un sentiment abstrait, les chevaliers en venaient à de monstrueuses perversions : ils choisissaient comme « dame de cœur » une femme qu’ils n’avaient jamais vue, ils s’inscrivaient dans les amoureux de la « vierge Marie »… (On ne saurait aller plus loin.)

L’idéologie féodale voyait avant tout dans l’amour un stimulant qui renforçait les qualités nécessaires aux chevaliers ; « l’amour spirituel », l’adoration par le chevalier de sa dame de cœur servaient les intérêts de la caste féodale. C’est cette considération qui déterminait lors de l’épanouissement de la féodalité, l’idée qu’on se faisait de l’amour. Un chevalier, qui n’aurait pas hésité à cloîtrer ou même à tuer sa femme pour une trahison charnelle, pour « l’adultère », était extrêmement flatté lorsqu’un autre chevalier la choisissait comme « dame de cœur » et ne l’empêchait pas de se constituer une cour d’ « amis spirituels ».

Mais tout en chantant et élevant l’amour spirituel, la morale féodale chevaleresque n’exigeait point du tout que l’amour règne dans les relations sexuelles matrimoniales ou autres. L’amour était une chose, et le mariage en était une autre. L’idéologie féodale distinguait entre ces deux notions2. Elles ne furent unies dans la suite que par la morale de la classe bourgeoise qui prit son essor dans les quatorzième et quinzième siècles. C’est pourquoi, au temps du moyen âge, à côté des sentiments amoureux élevés et raffinés, nous nous heurtons à une telle brutalité de mœurs dans le domaine des relations sexuelles. Les relations sexuelles, en dehors du mariage, de même que dans le mariage le plus légitime, privées du sentiment d’amour capable de les transformer, se ramenaient à un simple acte physiologique.

L’Église avait l’air d’anathématiser la débauche, mais en réalité, tout en encourageant en paroles l’ « amour spirituel », elle patronnait les relations bestiales entre les sexes. Le chevalier qui ne quittait pas l’emblème de la dame de cœur, qui composait en son honneur les vers les plus tendres, qui risquait sa vie pour mériter simplement un sourire d’elle, violait tranquillement une jeune fille de la ville ou ordonnait à son gérant de faire venir au château les plus jolies paysannes d’alentour, simplement pour se distraire. De leur côté, les femmes des chevaliers ne manquaient pas l’occasion de goûter aux joies charnelles à l’insu du mari avec les troubadours ou les pages, quelquefois même elles ne refusaient pas leurs caresses à des valets qui leur plaisaient, malgré tout leur mépris pour la « valetaille ».

Avec l’affaiblissement de la féodalité et la création de nouvelles conditions de vie dictées par les intérêts de la bourgeoisie naissante, un nouvel idéal moral de rapports entre les sexes se forme peu à peu. Rejetant l’idéal « d’amour spirituel », la bourgeoisie prend la défense des droits de la chair si foulés aux pieds, et apporte en amour la fusion du principe physique et du principe spirituel.

D’après la morale bourgeoise on ne peut guère, à l’instar de la caste chevaleresque, distinguer entre l’amour et le mariage ; au contraire, le mariage devrait être déterminé par l’inclination réciproque des époux. Il est évident qu’en pratique et pour des calculs matériels, la bourgeoisie violait souvent ce commandement moral, mais la reconnaissance même de l’amour comme fondement du mariage avait de solides raisons de classe.

Sous le régime féodal, la famille était cimentée à la base par les traditions de la noblesse. Le mariage était en fait indissoluble ; sur le couple marié pesaient les commandements de l’Église, l’autorité illimitée des chefs de famille, l’ascendant des traditions, la volonté du suzerain.

La famille bourgeoise se formait dans d’autres conditions ; sa base n’était point la possession des richesses patrimoniales, mais l’accumulation du capital. La famille était alors la gardienne vivante des richesses ; mais pour que l’accumulation s’accomplisse plus rapidement, il était important pour la classe bourgeoise que le bien acquis par le mari et le père soit dépensé avec « économie » et d’une façon intelligente ; il fallait que la femme soit non seulement une « bonne maîtresse de maison », mais aussi l’amie et l’auxiliaire du mari.

Avec l’établissement des rapports capitalistes, seule la famille dans laquelle il y avait collaboration étroite entre tous les membres intéressés à l’accumulation des richesses avait des assises solides. Mais la collaboration pouvait être réalisée d’autant mieux qu’il y avait plus de liens de cœur et d’esprit pour unir les époux entre eux et les enfants aux parents.

La nouvelle structure économique de cette époque – à partir de la fin du quatorzième et du début du quinzième siècle – donne naissance à la nouvelle idéologie. les notions d’amour et de mariage changent peu à peu d’aspect. Le réformateur religieux Luther, et avec lui tous les penseurs et hommes d’action de la Renaissance et de la Réforme (15e-16e siècles) mesuraient très bien la force sociale que renfermait le sentiment de l’amour. Sachant que pour la solidité de la famille – unité économique à la base du régime bourgeois – il fallait l’union intime de tous ses membres, les idéologues révolutionnaires de la bourgeoisie naissante proclamèrent un nouvel idéal moral de l’amour : l’amour qui unit les deux principes.

Les réformateurs d’alors raillaient impitoyablement « l’amour spirituel » des chevaliers qui obligeait le chevalier amoureux à se morfondre dans ses aspirations amoureuses sans espoir de les satisfaire. les idéologues bourgeois, les hommes de la Réforme reconnurent la légitimité des saines exigences de la chair. Le monde féodal divisait l’amour en simple acte sexuel (rapports sexuels dans le mariage ou dans le concubinage) et en sentiment « élevé » platonique (l’amour qu’éprouvait le chevalier pour sa dame de cœur).

L’idéal moral de la classe bourgeoise faisait entrer dans la notion de l’amour aussi bien la saine attraction charnelle des sexes que l’attachement psychique. L’idéal féodal distinguait entre le mariage et l’amour. La bourgeoisie liait les deux notions. Pour elle la notion de l’amour et celle du mariage était d’égale valeur.

Évidemment, en pratique, la bourgeoisie violait son propre idéal, mais alors qu’à l’époque féodale on ne soulevait même pas la question d’inclination mutuelle, la morale bourgeoise exigeait que, même dans le cas où le mariage se concluait pour des raisons purement matérielles, les époux aient l’air de s’aimer.

Les préjugés de la féodalité quant à l’amour et au mariage ont survécu jusqu’à notre époque et se sont accommodés pendant des siècles de la moralité bourgeoise. Aujourd’hui encore, les membres des familles couronnées et la haute aristocratie qui les entoure professent ces conceptions. Dans ces milieux-là, on trouve « ridicule » et choquant un mariage d’inclination. Les jeunes princes et princesses doivent encore se soumettre à la tyrannie des traditions de la race et des calculs politiques et unir leur vie avec un être qu’ils n’aiment pas. L’histoire connaît beaucoup de drames semblables à celui du malheureux fils de Louis XV qui allait à son mariage secret malgré la douleur qu’il éprouvait de la mort de sa première femme ardemment aimée.

La subordination du mariage à ces considérations existe également chez les paysans. La famille paysanne se distingue en cela de la famille bourgeoise de la ville ; elle est avant tout une unité économique de travail. Les intérêts économiques dominent tellement la famille paysanne que les liens psychiques y jouent un rôle tout à fait secondaire. Dans une famille d’artisans du Moyen âge, il n’était point non plus question d’amour lorsqu’on concluait un mariage. Au temps des corporations d’artisans, la famille était aussi une unité de production et reposait sur un principe économique de travail. L’idéal d’amour dans le mariage ne commence à apparaître chez la classe bourgeoise qu’au moment où la famille cesse peu à peu d’être unité de production pour devenir unité de consommation et gardienne du capital accumulé.

Mais, tout en proclamant le droit des « deux cœurs aimants » à s’unir, même à l’encontre des traditions de la famille, tout en raillant « l’amour spirituel » et l’ascétisme, tout en affirmant que l’amour est la base du mariage, la morale bourgeoise lui traça néanmoins d’étroites limites. L’amour n’était légitime que dans le mariage ; ailleurs, il était considéré comme immoral. Un tel idéal était dicté par des considérations économiques : il s’agissait d’empêcher la dispersion du capital parmi les enfants collatéraux. Toute la morale bourgeoise avait pour fonction de contribuer à la concentration du capital. L’idéal d’amour était constitué par le couple marié s’appliquant à augmenter le bien-être et les richesses du noyau familial isolé du reste de la société. Là où se heurtaient les intérêts de la famille et de la société, la morale bourgeoise décidait en faveur de la famille. (Par exemple : la condescendance non du droit, mais de la morale bourgeoise à l’égard des déserteurs, la justification morale d’un administrateur délégué ruinant, pour augmenter le bien-être de sa famille, ses actionnaires qui lui avaient confié leurs fonds, etc.). Avec l’esprit utilitaire qui lui est propre, la bourgeoisie cherchait à tirer profit de l’amour en faisant de ce sentiment un moyen de consolider les liens de la famille.

Il va de soi que le sentiment d’amour se trouvait bien à l’étroit dans les limites que l’idéologie bourgeoise lui avait tracées. les « conflits d’amour » naissaient et se multipliaient à l’infini, et ils trouvèrent leur expression dans le nouveau genre littéraire que la classe bourgeoise fit naturellement dans les romans. L’amour sortait constamment des limites matrimoniales sous forme de liaisons libres ou d’adultère, que la morale bourgeoise condamnait, mais qui fleurissait en pratique.

L’idéal bourgeois de l’amour ne correspond pas aux besoins de la couche la plus nombreuse de la population – aux besoins de la classe ouvrière. il ne correspond pas non plus aux genre de vie des travailleurs intellectuels. De là cet intérêt, dans les pays au capitalisme très développé, pour les problèmes du sexe et de l’amour ; de là ces recherches passionnées pour résoudre cette question angoissante qui date de plusieurs siècles : comment établir les rapports entre les sexes de façon à augmenter la totalité du bonheur humain, sans nuire aux intérêts de la collectivité ?

La même question se pose naturellement aussi à la jeunesse laborieuse en Russie. Un coup d’œil rapide sur l’évolution des relations matrimoniales et d’amour vous aidera, mon jeune camarade, à vous pénétrer de cette vérité que l’amour n’est point une « affaire privée » comme cela semble à première vue. L’amour est un précieux facteur social et psychique que l’humanité manie instinctivement dans l’intérêt de la collectivité durant toute l’histoire. Il appartient à l’humanité laborieuse, armée de la méthode scientifique du marxisme et mettant à profit l’expérience du passé, de comprendre quelle place, dans les relations sociales, la nouvelle humanité doit réserver à l’amour. Quel est donc l’idéal d’amour qui répond aux intérêts de la classe qui lutte pour sa domination ?

III - L’amour-camaraderie (poly-amour)

La nouvelle société communiste laborieuse s’édifie sur le principe de camaraderie, de solidarité. Mais qu’est-ce que la solidarité ? Ce n’est pas seulement la conscience de la communauté d’intérêts, mais c’est aussi les liens de cœur et d’esprit établis entre les membres de la collectivité laborieuse. Le régime social bâti sur la solidarité et la collaboration exige cependant que la société en question possède à un très haut degré de développement « la capacité potentielle de l’amour », c’est-à-dire la capacité des sensations sympathiques.

A défaut de telles sensations, la solidarité ne peut être assurée. C’est pourquoi justement l’idéologie prolétarienne cherche à éduquer et à renforcer chez chaque membre de la classe ouvrière le sentiment de sympathie à l’égard des souffrances et des besoins de ses camarades de classe, ainsi que la compréhension des aspirations d’autrui et la conscience de sa liaison avec d’autres membres de la collectivité. Mais toutes ces « sensations sympathiques » – délicatesse, sensibilité, sympathie – découlent d’une même source commune : la capacité d’aimer, d’aimer non plus dans le sens étroitement sexuel, mais dans le sens plus large de ce mot.

L’amour est un sentiment qui lie les individus entre eux : il est donc pour ainsi dire un sentiment d’ordre organique. Que l’amour soit une très grande force de liaison, la bourgeoisie le comprenait et le saisissait très bien. C’est pourquoi, en cherchant à consolider la famille, l’idéologie bourgeoise fit une vertu morale de l’ « amour entre époux » : être un « bon père de famille » était, aux yeux de la bourgeoisie, une très grande et très précieuse qualité de l’homme.

Le prolétariat, de son côté, doit escompter le rôle social et psychologique que le sentiment d’amour, aussi bien dans le sens étendu du mot qu’en ce qui concerne les rapports entre les sexes, peut et doit jouer pour renforcer des liens, non dans le domaine des relations matrimoniales et de famille, mais dans celui du développement de la solidarité collective.

Quel est donc l’idéal d’amour de la classe ouvrière ? Quels sont les sentiments que l’idéologie prolétarienne met à la base des rapports entre les sexes ?

Nous avons déjà constaté, mon jeune ami, que chaque époque possède son propre idéal d’amour, que chaque classe cherche, dans son propre intérêt, à mettre dans la notion morale de l’amour son contenu propre. Chaque degré de civilisation apportant à l’humanité des sensations morales et intellectuelles plus richement nuancées, fait teindre en une couleur particulière les tendres ailes de l’Eros. L’évolution dans le développement de l’économie et des mœurs sociales était accompagnée des modifications qu’on apportait à la notion de l’amour. Certaines nuances de ce sentiment se renforçaient, d’autres, par contre, s’atténuaient ou disparaissaient complètement.

De simple instinct biologique — l’instinct de la reproduction — propre à tous les êtres vivants supérieurs ou inférieurs divisés en sexes, l’amour, évoluant depuis les milliers d’années qu’existe la société humaine, s’enrichissant sans cesse de nouvelles sensations psychiques, devint un sentiment très compliqué3. De phénomène biologique, l’amour devint un facteur social et psychologique. Sous la pression des forces économiques et sociales, l’instinct biologique de la reproduction qui détermina les rapports des sexes aux premiers degrés du développement de l’humanité s’est dirigé dans deux sens diamétralement opposés. D’une part, le sain instinct sexuel — l’attraction physique l’un vers l’autre de deux êtres de sexe différent dans le but de la reproduction — sous la pression de monstrueux rapports économiques et sociaux, surtout sous la domination du capitalisme, dégénéra en une luxure malsaine. L’acte sexuel devint un but en soi, un moyen de se procurer « une volupté de plus », une paillardise exacerbée par les excès, les perversions, les aiguillons nocifs de la chair. L’homme s’unit à la femme non pas parce qu’un sain courant sexuel l’attire puissamment vers cette femme-là, mais parce qu’il cherche la femme, sans éprouver aucun besoin sexuel, et il la cherche dans le seul but de provoquer ce besoin, grâce à l’intimité de cette femme. Il se procure ainsi une volupté par le fait même de l’acte sexuel. La prostitution repose là-dessus. Si l’intimité de la femme ne provoque pas l’excitation attendue, les hommes, blasés par les excès sexuels, recourent à toutes sortes de perversions.

C’est là une déviation de l’instinct biologique vers une luxure malsaine, qui l’éloigne de sa source première.

D’autre part, l’attraction physique des deux sexes s’est compliquée, au courant des siècles de vie sociale de l’humanité et des changements de civilisation, de toute une gamme de sentiments. Dans sa forme actuelle, l’amour est un état psychique très complexe, depuis très longtemps déjà détaché de sa source première, l’instinct biologique de reproduction, et qui souvent se trouve même en contradiction avec lui. L’amour est un conglomérat de toute sorte de sentiments : amitié, passion, tendresse spirituelle, pitié, inclination, habitude, etc., etc. Il devient difficile, étant donnée une telle complexité, d’établir le lien di­rect entre « l’Eros sans ailes » (attraction phy­sique des sexes) et « l’Éros aux ailes déployées » (attraction psychique). L’amour-amitié dans lequel il n’existe même pas un atome d’attraction phy­sique, l’amour spirituel envers la cause, l’idée, l’amour impersonnel de la collectivité — tout cela témoigne que le sentiment d’amour s’est déta­ché de sa base biologique et à quel point il s’est idéalisé.

Mais ce n’est pas tout. Souvent, entre les diver­ses manifestations de l’amour, surgit une contra­diction flagrante, la lutte commence. L’amour envers « la cause aimée » (non pas envers la cause tout simplement, mais justement envers la cause aimée) ne cadre pas avec l’amour envers l’élu ou l’élue du cœur)4 ; l’amour envers la col­lectivité entre en conflit avec le sentiment d’amour envers la femme, le mari, les enfants. L’amour-amitié est en contradiction avec l’amour-passion, Dans un cas, l’amour est dominé par l’harmonie psychique ; dans l’autre, il a pour base « l’har­monie des corps ».

L’amour a revêtu de multiples aspects. Au point de vue des émotions d’amour, ce que res­sent l’homme d’aujourd’hui chez lequel des siè­cles d’évolution culturelle ont développé et éduqué les différentes nuances de ce sentiment, se trouve à l’étroit dans ce qu’exprime le mot, trop général et vague, d’amour5.

La multiplicité du sentiment d’amour crée, sous la domination de l’idéologie et des mœurs bour­geoises capitalistes, une série de pénibles et in­solubles drames moraux. Déjà à partir de la fin du XIXe siècle, la multiplicité du sentiment d’amour devint le thème favori des écrivains psychologues. « L’amour envers deux » et même « envers trois », préoccupait et embarrassait par son « énigme » les nombreux représentants réfléchis de la culture bourgeoise. Cette complexité de l’âme, ce dédoublement du sentiment, notre grand penseur publiciste A. Herzen, a cherché à les élucider dans les années du siècle passé, dans son roman intitulé : A qui la faute ? Tchernychevski, également, a cherché a résoudre ce pro­blème, dans sa nouvelle sociale : Que faire ? . Le dédoublement du sentiment d’amour, sa mul­tiplicité ont souvent préoccupé les plus grands écrivains de la Scandinavie : Hamsun, Ibsen, Bjørnson6, Geijerstam. Ce thème, on le rencon­tre souvent dans les écrits des littérateurs français du siècle dernier. Romain Rolland, très proche du communisme, s’en occupe aussi bien que Maeterlinck, très éloigné de nos conceptions7.

Les génies poétiques comme Goethe et Byron et les pionniers aussi hardis dans le domaine des rap­ports entre les sexes, tels que George Sand, ont cherché à résoudre dans la pratique de la vie ce problème compliqué, cette « énigme de l’amour ». L’auteur du roman A qui la faute ?, Herzen, s’en est rendu compte à la lumière de sa propre expérience, ainsi que de nombreux autres penseurs, poètes, hommes d’État… Mais sous le poids de « l’énigme de la dualité dans l’amour » fléchissent maintenant des hommes qui ne sont pas « grands » du tout, mais qui cherchent vainement la clef de sa solution dans les limites de la pensée bourgeoise. Et cependant, cette clef est entre les mains du prolétariat. La solution de ce problème appartient à l’idéologie et au genre de vie de la nouvelle humanité laborieuse.

Nous parlons, ici, de la dualité du sentiment d’amour, des complexités de « l’Éros aux ailes déployées », mais une telle dualité ne peut être confondue avec les relations sexuelles d’un homme avec plusieurs femmes, ou d’une femme avec plusieurs hommes. La polygamie à laquelle le sen­timent ne participe pas peut entraîner des consé­quences néfastes (épuisement précoce de l’orga­nisme, augmentation des chances dans les condi­tions actuelles de contracter une maladie véné­rienne, etc.), mais de telles liaisons ne créent pas des « drames moraux ». Les « drames », les con­flits ne surgissent que lorsqu’on est en présence de l’amour dans toutes ses nuances et manifes­tations diverses. Une femme peut aimer un homme par « l’esprit » seulement, au cas où ses pensées, ses aspirations, ses désirs s’harmonisent avec les siens ; et elle peut être attirée vers un autre par un puissant courant d’affinité physique. A l’égard d’une femme, un homme éprouve un sentiment d’une tendresse pleine de ménagements, d’une pitié pleine de sollicitude, et dans une autre il trouve un appui, la compréhension des meilleures aspirations de « son moi ». A laquelle de ces deux femmes doit-il accorder la plénitude de l’Éros ? Et pourquoi doit-il s’arracher, se mutiler l’âme si la plénitude de son être ne peut être atteinte que s’il maintient ces deux liens ?

Sous le régime bourgeois, un tel dédoublement de l’âme et du sentiment entraîne d’inévitables souffrances. Pendant des siècles, l’idéologie bâtie sur l’instinct de la propriété, inculquait aux hom­mes que le sentiment,d’amour doit avoir comme base le principe de propriété. L’idéologie bourgeoise enfonçait dans la tête des hommes que l’amour donne le droit de posséder entièrement et sans par­tage le cœur de l’être aimé. Un tel idéal, une telle exclusivité dans l’amour découlait naturellement de la forme établie du mariage par couples et de l’idéal bourgeois « d’amour absorbant » entre deux époux. Mais cet idéal peut-il correspondre aux in­térêts de la classe ouvrière ? N’est-il pas impor­tant et désirable au contraire du point de vue de l’idéologie prolétarienne que les sensations des hommes deviennent plus riches et plus multiples ? La multiplicité de l’âme ne constitue-t-elle pas jus­tement un fait qui facilite le développement et l’éducation des liens de cœur et d’esprit par les­quels se consolidera la collectivité laborieuse ? Plus sont nombreux les fils tendus de l’âme à l’âme, du cœur au cœur, du cerveau au cerveau, plus est solide l’esprit de solidarité et plus faci­lement se réalise l’idéal de la classe ouvrière : la camaraderie et l’unité.

L’exclusivité dans l’amour de même que « l’ab­sorption » par l’amour ne peuvent pas, du point de vue de l’idéologie prolétarienne, constituer l’idéal d’amour déterminant les rapports entre les sexes. Au contraire, le prolétariat en constatant la multiplicité de « l’Eros aux ailes déployées » ne s’effraie point de cette découverte et n’en éprouve point d’indignation morale à l’instar de l’hypocrite bourgeoisie. Au contraire, le prolétariat cherche à imprimer à ce phénomène (qui est le résultat de causes sociales compliquées) une direction qui corresponde à ses buts de classe au moment de la lutte et de l’édification de la société communiste.

La multiplicité de l’amour n’est pas, par elle-même, en contradiction avec les intérêts du pro­létariat ? Au contraire, elle facilite le triomphe de l’idéal d’amour dans les rapports entre les sexes qui se forment et se cristallisent déjà à l’intérieur de la classe ouvrière : l’amour-camaraderie.

L’humanité du patriarcat se représentait l’amour sous forme d’affection entre les parents (l’amour des sœurs et des frères, l’amour envers les parents). Le monde antique mettait au-dessus de tout l’amour-amitié. Le monde féodal faisait un idéal de l’amour « spirituel » du chevalier, amour détaché du mariage et qui n’était pas lié à la satisfaction de la chair. L’idéal d’amour pour la morale bourgeoise était l’amour d’un couple uni par le mariage légitime.

L’idéal d’amour de la classe ouvrière découle de la collaboration dans le travail, et de la solidarité dans l’esprit et la volonté de tous ses membres hommes et femmes, il se distingue naturellement par sa forme et par son contenu de la notion d’amour d’autres époques de civilisation. Mais qu’est-ce donc que « l’amour-camaraderie » ? Cela ne signifie-t-il pas que la sévère idéologie de la classe ouvrière, forgée dans une atmosphère de lutte pour la dictature ouvrière s’apprête à chas­ser impitoyablement le tendre Éros ailé ? Non pas. L’idéologie de la classe ouvrière non seulement ne supprime pas « l’Éros aux ailes déployées » mais au contraire, elle prépare la reconnaissance du sentiment d’amour en tant que force sociale et psychique.

L’hypocrite morale de la culture bourgeoise arrachait impitoyablement des plumes aux ailes à couleurs chatoyantes de l’Éros en l’obligeant à ne visiter que le « couple légalement marié ». En dehors du mariage, il n’y avait pour l’idéologie bourgeoise que l’Éros sans ailes, l’Éros déplumé – l’attraction passagère des sexes sous forme des caresses achetées (la prostitution) ou volées (l’adultère).

Au contraire, la morale de la classe ouvrière rejette nettement la forme extérieure qui préside aux relations d’amour entre les sexes. Pour les tâches de classe du prolétariat il est complètement indifférent que l’amour prenne la forme d’une union durable ou qu’il trouve son expression sous forme de liaison passagère. L’idéologie de la classe ouvrière ne fixe point de limites formelles à l’amour. Mais par contre elle se soucie déjà du contenu de l’amour, des nuances de sentiments et d’émotions qui lient les deux sexes. Dans ce sens l’idéologie de la classe ouvrière poursuivra bien plus impitoyablement « l’Éros sans ailes » (luxure, satisfaction unilatérale de la chair au moyen de la prostitution, transformation de l’ « acte sexuel » en un but en soi, ce qui le range parmi les « plaisirs faciles », etc.) que ne le faisait la morale bourgeoise. « L’Éros sans ailes » est en contra­diction avec les intérêts de la classe ouvrière. En premier lieu il entraîne inévitablement les excès et l’épuisement physique, ce qui diminue la ré­serve d’énergie de l’humanité. En deuxième lieu il appauvrit l’âme en empêchant le développe­ment des liens psychiques et des sensations sym­pathiques. En troisième lieu il repose sur l’iné­galité des droits dans les rapports des sexes, sur la dépendance de la femme envers l’homme, sur la fatuité ou l’insensibilité de l’homme, ce qui nuit au sentiment de camaraderie. L’action de « l’Eros aux ailes déployées » est tout à fait différente.

Évidemment à la base de « l’Eros aux ailes dé­ployées », de même qu’à celle de l’Eros sans ailes se trouve l’attraction physique des sexes, mais la différence c’est que dans un être éprouvant un sentiment d’amour à l’égard d’un autre, s’éveillent et se manifestent justement les qualités d’âme dont les constructeurs de la nouvelle culture ont besoin : sensibilité, délicatesse, désir d’aider autrui. L’idéo­logie bourgeoise exigeait que l’homme ou la femme fasse montre de ces qualités rien qu’à l’égard de l’élu ou l’élue, à l’égard d’une seule femme ou d’un seul homme. Ce qui est surtout cher, par contre, à l’idéologie prolétarienne, c’est que ces qualités-là soient éveillées et éduquées dans l’hom­me et qu’elles se manifestent non seulement dans ses rapports avec l’objet aimé mais aussi dans ses rapports avec tous les membres de la collec­tivité.

Les nuances et les sentiments qui prédominent dans « l’Eros aux ailes déployées » sont indiffé­rents au prolétariat : que ce soient les tendres tons de la complexion amoureuse ou les chaudes couleurs de la passion, ou la communauté et l’har­monie d’esprit. Une seule chose importe : c’est que dans toutes ces nuances et manifestations d’amour il existe des éléments psychiques qui développent le sentiment de camaraderie.

La reconnaissance des droits réciproques et l’art de respecter l’individualité d’un autre, même dans l’amour, le ferme appui mutuel et le souci d’aspi­rations collectives, tel est l’idéal de l’amour-camaraderie que se forge l’idéologie prolétarienne à la place de l’idéal d’amour conjugal « absorbant » et « exclusif » de la morale bourgeoise.

L’amour-camaraderie, c’est l’idéal dont le prolé­tariat a besoin dans la période difficile et grosse de responsabilité où il lutte pour instituer sa dictature ou pour la maintenir. Mais on ne peut douter que dans la société communiste une fois réalisée, l’amour, « l’Eros aux ailes déployées », se présentera sous une tout autre forme, revêtira un aspect tout différent de celui qu’il a aujour­d’hui, un aspect complètement inconnu de nous. Les « liens sympathiques » entre les membres de la nouvelle société se développeront et se fortifieront entre temps, la « capacité d’aimer » grandira et l’amour-solidarité deviendra un animateur, comme la concurrence et l’égoïsme l’étaient pour le régime bourgeois. Le collectivisme d’esprit et de volonté vaincra l’individualisme se suffisant à lui-même. Le « froid de la solitude morale », que les hommes cherchaient souvent à éviter en régime bourgeois, dans l’amour et le mariage, disparaîtra : les hommes seront liés entre eux par d’innombrables fils, tant de cœur que d’esprit. Les sentiments des hommes se modifieront pour faire place à l’intérêt grandissant envers la chose publique. L’inégalité entre les sexes et toutes les dépendances de la femme envers l’homme disparaîtront sans laisser de traces, complètement ensevelies dans l’oubli.

Dans cette société nouvelle, collectiviste par son esprit et ses émotions et que caractériseront l’union joyeuse et les relations fraternelles entre les membres de la collectivité laborieuse et créatrice, l’Éros prendra une place honorable en tant que sentiment multipliant la joie humaine. Quel sera cet Éros transfiguré ? La fantaisie la plus hardie est impuissante à en saisir l’aspect. Ceci seul est indiscutable : plus fortement sera soudée la nouvelle humanité par des liens durables de so­lidarité, plus elle sera intimement unie dans tous les domaines de la vie, de la création, et des rap­ports mutuels, et moins il restera de place pour l’amour dans le sens contemporain du mot. L’amour contemporain pèche toujours par ce fait qu’il absorbe toutes les pensées et tous les senti­ments des « cœurs aimants » et isole et détache de la collectivité le couple aimant. Un tel détache­ment du « couple aimant », un tel isolement moral deviendra non seulement inutile, mais psycholo­giquement irréalisable, dans une société où les intérêts, les tâches, les aspirations de tous les mem­bres seront intimement liés. Dans ce monde nou­veau, la forme reconnue, normale et désirable des rapports entre les sexes aura probablement pour base la saine, la libre, la naturelle attraction des sexes (sans perversions et sans excès) ; elle aura pour base « l’Éros transfiguré ».

Mais nous sommes au tournant où se rencontrent les deux civilisations. Et dans cette période transitoire où les deux mondes s’empoignent chau­dement sur tous les fronts, y compris le front idéologique, le prolétariat est intéressé à faciliter par tous les moyens l’accumulation la plus rapide des « sensations sympathiques ». Dans cette période, l’idéal moral déterminant les relations sexuelles n’est point le brutal instinct sexuel, mais les multiples sensations éprouvées aussi bien par la femme que par l’homme, d’amour-camaraderie. Pour correspondre à la nouvelle morale prolétarienne qui se forme, ces sensations doivent reposer sur les trois postulats suivants :

Egalité des rapports mutuels (sans la suffisance masculine et sans la dissolution servile de son individualité dans l’amour de la part de la femme) ;

Reconnaissance par l’un des droits de l’autre et réciproquement, sans prétendre posséder sans partage le cœur et l’âme de l’être aimé (sentiment de propriété, nourri par la civilisation bourgeoise) ;

Sensibilité fraternelle, art de saisir et de com­prendre le travail psychique de l’être aimé (la ci­vilisation bourgeoise n’exigeait cette sensibilité dans l’amour que chez la femme).

Mais, tout en proclamant les droits de « l’Eros aux ailes déployées » (de l’amour), l’idéologie de la classe ouvrière subordonne en même temps l’amour des membres de la collectivité laborieuse, les uns envers les autres, à un sentiment plus puissant, à un sentiment de devoir envers la col­lectivité. Quelque grand que soit l’amour unissant deux individus de sexe différent, quelque nom­breux que soient les liens de cœur et d’esprit exis­tent entre eux, les mêmes liens avec la collectivité doivent être plus forts et plus nombreux et pour ainsi dire plus organiques. La morale bourgeoise disait : tout pour l’homme aimé. La morale prolétarienne prescrit : tout pour la collectivité.

Mais j’entends déjà votre question, mon jeune ami : Soit, dites-vous, que les relations d’amour sur la base de l’esprit fraternel deviennent l’idéal de la classe ouvrière, mais cet idéal, cette nouvelle « mesure morale » de l’amour, ne pèsera-t-elle pas lourdement sur les sentiments d’amour ? Ne chiffonnera-t-elle pas, ne mutilera-t-elle pas les tendres ailes de « l’ombrageux Eros » ? Ayant li­béré l’amour des chaînes de la morale bour­geoise, ne lui en créons-nous pas de nouvelles ?

Oui, mon jeune ami, vous avez raison. L’idéologie du prolétariat, tout en rejetant la « morale » bourgeoise dans le domaine des relations matrimoniales, se forge inévitablement sa propre mo­rale de classe, ses nouvelles règles des rapports entre les sexes, qui correspondent mieux aux tâches de la classe ouvrière, qui éduquent les sen­timents de ses membres et qui par là constituent, jusqu’à un certain point, des chaînes pour le sentiment. Dans la mesure où il s’agit d’amour patronné par l’idéologie bourgeoise, le prolétariat arrachera incontestablement un grand nombre de plumes aux ailes de l’Éros, tel que cette idéologie se le représente. Mais regretter que la classe la­borieuse marque également de son sceau les rapports entre les sexes afin de faire correspondre le sentiment d’amour à la tâche qui est la sienne, ce n’est pas regarder l’avenir. Il est évident qu’à la place d’anciennes plumes arrachées aux ailes de l’Éros, la classe ascendante en fera croître d’autres, d’une beauté, d’une puissance et d’un éclat encore inconnus. N’oubliez pas, mon jeune ami, que l’amour change inévitablement d’aspect et se transforme avec la base économique et culturelle de l’humanité.

Si dans les rapports d’amour s’atténue l’aveugle, l’exigeant, l’absorbant sentiment passionnel, si celui de propriété y disparaît, ainsi que le désir égoïste de s’attacher « pour toujours » l’être aimé, s’il y disparaît enfin la fatuité de l’homme et la renonciation criminelle à son « moi » de la part de la femme, par contre, d’autres éléments précieux de l’amour se développeront. Le respect de la personnalité d’autrui grandira, l’art de compter avec les droits des autres se perfectionnera, la sensibilité réciproque grandira et se développera en même temps la tendance à manifester l’amour non seulement en baisers et embrassades, mais aussi dans l’unité d’action et de volonté dans la création commune.

La tâche de l’idéologie prolétarienne n’est point de chasser l’Eros des rapports sociaux, mais simplement de fournir son carquois de flèches nouvelles de développer le sentiment d’amour entre les sexes selon la plus puissante force psychique nouvelle : la solidarité fraternelle.

Maintenant j’espère, mon jeune ami, qu’il vous apparaîtra clairement que l’intérêt particulier suscité par la question d’amour dans la jeunesse laborieuse n’est point un symptôme de « décadence ». Maintenant, vous pourrez trouver vous-même la place que l’amour doit prendre non seulement dans l’idéologie du prolétariat, mais aussi dans la vie quotidienne de la jeunesse laborieuse.

Notes

1 Citation d’un poème de Lermontov, Le pacte (1841).

2 Au XIIe siècle, sur l’initiative des femmes des chevaliers et des chevaliers eux-mêmes, dont la conduite commençait à se trouver souvent en contradiction avec la morale dominante, on en vint à organiser ce qu’on appelait des « tribunaux d’amour » où les « femmes » étaient les juges. Dans un des jugements concernant la question de savoir si le véritable amour peut exister dans le mariage, le « tribunal d’amour » adopta la décision suivante : « Nous ici présents, trouvons et affirmons que l’amour ne peut étendre ses droits à deux êtres unis par le mariage. Deux amants se donnent librement tout ce qu’ils possèdent sans y être contraints par aucune considération ni par la nécessité ; les époux au contraire, étant liés par la maison, sont forcés de subordonner la volonté de l’un à celle de l’autre, à ne rien se refuser réciproquement en vertu de ce seul fait. Que cette décision adoptée après une mûre réflexion, et exprimant l’opinion d’un grand nombre de nobles dames soit reconnue comme une vérité établie et indiscutable ». (Décision du tribunal en date du 3 mai 1174). (Note d’A. Kollontaï)

3 Une autre source biologique, naturelle, de l’amour est l’instinct de la maternité, les soucis de l’enfant de la part de la femme, s’entremêlant et se croisant, entre eux, les deux instincts ont créé une base naturelle pour le développement, à l’aide des relations sociales, des sensations complexes de l’amour. (Note d’A. Kollontaï)

4 Ce conflit a lieu souvent, surtout chez la femme, à l’époque transitoire contemporaine. (Note d’A. Kollontaï)

5 A la nouvelle humanité de trouver de nouveaux mots pour exprimer les multiples nuances des sensations psychiques qu’on ne traduit que sous une forme grossière par des mots tels que : amour, passion, emballement, complexion amoureuse, amitié. L’état d’âme compliqué résultant du chassé croisé de ces différents sentiments ne s’expriment pas du tout par ces notions et ces vagues définitions. (Note d’A. Kollontaï)

6 Halte-Hulda. (Note d’A. Kollontaï)

7 Aglavaine et Sélysette. (Note d’A. Kollontaï)


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