Première croisade et prise de Jérusalem (15 et 16 juillet 1099)

vendredi 21 juillet 2017.
 

A) Vers la guerre sainte de la chrétienté pour reprendre les "lieux saints"

En 638, les Arabes avaient conquis la Palestine et Jérusalem. Durant plusieurs siècles, les califes laissèrent se dérouler les pèlerinages (ce voyage était réputé laver les péchés), imposant seulement une redevance.

La situation se tend au 11ème siècle, particulièrement sur sa fin.

L’Empire bysantin demande une assistance militaire de la chrétienté occidentale pour affronter les Turcs seldjoukides (concile de Plaisance, 1095).

La papauté encourage de plus en plus la guerre sainte contre les Musulmans (lettre du pape à l’archevêque de Narbonne en 1063...).

En un siècle, le nombre de nombreux monastères dans Jérusalem, leur activité et leur rôle dans l’accueil des pèlerins ont beaucoup progressé d’où l’intérêt de "reconquérir" les "lieux saints.

En 1095, le concile de Clermont accorde l’indulgence plénière des péchés pour tous ceux qui participeront à la reconquête de Jérusalem.

Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II appelle publiquement aux armes toute la chrétienté. Il ne s’adresse pas aux souverains et prend pas en compte leur statut de suzerain des seigneurs à qui il s’adresse. Rome cherchant à s’imposer comme pouvoir supérieur de la chrétienté, a excommunié tous les grands rois et empereurs : : Philippe Ier (roi de France), Guillaume II (roi d’Angleterre) et Henri IV (empire germanique du « Saint-Empire romain »)

B) L’appel à la croisade du pape Urbain II

Ô fils de Dieu ! Après avoir promis à Dieu de maintenir la paix dans votre pays et d’aider fidèlement l’Église à conserver ses droits, et en tenant cette promesse plus vigoureusement que d’ordinaire, vous qui venez de profiter de la correction que Dieu vous envoie, vous allez pouvoir recevoir votre récompense en appliquant votre vaillance à une autre tâche. C’est une affaire qui concerne Dieu et qui vous regarde vous-mêmes, et qui s’est révélée tout récemment. Il importe que, sans tarder, vous vous portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d’Orient et qui déjà bien souvent ont réclamé votre aide.

En effet, comme la plupart d’entre vous le savent déjà, un peuple venu de Perse, les Turcs, a envahi leur pays. Ils se sont avancés jusqu’à la mer Méditerranée et plus précisément jusqu’à ce qu’on appelle le Bras Saint-Georges. Dans le pays de Romanie, ils s’étendent continuellement au détriment des terres des chrétiens, après avoir vaincu ceux-ci à sept reprises en leur faisant la guerre. Beaucoup sont tombés sous leurs coups ; beaucoup ont été réduits en esclavage. Ces Turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu.

Si vous demeuriez encore quelque temps sans rien faire, les fidèles de Dieu seraient encore plus largement victimes de cette invasion. Aussi je vous exhorte et je vous supplie – et ce n’est pas moi qui vous y exhorte, c’est le Seigneur lui-même – vous, les hérauts du Christ, à persuader à tous, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent, chevaliers ou piétons, riches ou pauvres, par vos fréquentes prédications, de se rendre à temps au secours des chrétiens et de repousser ce peuple néfaste loin de nos territoires. Je le dis à ceux qui sont ici, je le mande à ceux qui sont absents : le Christ l’ordonne.

À tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée. Et je l’accorde à ceux qui participeront à ce voyage, en vertu de l’autorité que je tiens de Dieu.

Quelle honte, si un peuple aussi méprisé, aussi dégradé, esclave des démons, l’emportait sur la nation qui s’adonne au culte de Dieu et qui s’honore du nom de chrétienne ! Quels reproches le Seigneur Lui-même vous adresserait si vous ne trouviez pas d’hommes qui soient dignes, comme vous, du nom de chrétiens !

Qu’ils aillent donc au combat contre les Infidèles – un combat qui vaut d’être engagé et qui mérite de s’achever en victoire –, ceux-là qui jusqu’ici s’adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu’ils soient désormais des chevaliers du Christ, ceux-là qui n’étaient que des brigands ! Qu’ils luttent maintenant, à bon droit, contre les barbares, ceux-là qui se battaient contre leurs frères et leurs parents ! Ce sont les récompenses éternelles qu’ils vont gagner, ceux qui se faisaient mercenaires pour quelques misérables sous. Ils travailleront pour un double honneur, ceux-là qui se fatiguaient au détriment de leur corps et de leur âme. Ils étaient ici tristes et pauvres ; ils seront là-bas joyeux et riches. Ici, ils étaient les ennemis du Seigneur ; là-bas, ils seront ses amis !

C) La croisade populaire

Urbain II continue à prêcher cette croisade durant dix mois en Francie occidentale (France actuelle, globalement) ; des contingents arrivent d’autres territoires. Plusieurs historiens expliquent l’afflux important de chevaliers par le fait que l’évolution présente de la féodalité (resserrement des liens vassaliques, mouvement de paix...) limitait leurs possibilités d’aventure, de combat et de réussite sociale. Ceci dit, le départ pour la Croisade représentait une lourde dépense.

Des prédicateurs prennent le relais du pape, en particulier Pierre l’Ermite qui rassemble environ 15000 pèlerins dans l’Est de la France actuelle.

Cette masse non organisée, rassemblée sur le seul ressort de la guerre sainte va rapidement commettre de nombreux massacres.

Dès le début, la Croisade prend un aspect fanatique sanguinaire, par exemple dans la ville de Rouen. « Ils se mirent à rassembler les juifs et les entassèrent en quelques églises ... et les voilà qui, les faisant sortir de là portent l’épée sur tous, indistinctement, n’épargnant ni sexe, ni âge » (chronique du moine Raoul Glaber). Le même type de scène se déroule un peu partout, comme à Metz dans l’Est de la France. Il est tout de même surprenant de constater que les autorités du christianisme n’ont réagi nulle part.

En Rhénanie, les pogroms de communautés juives massifs sont massifs (environ 12000 morts d’après les historiens).

La présence en leur sein de bandes de truands alléchés par les pillages possibles et le manque de discipline parmi les croisés ainsi en chemin vers la "Terre sainte" génèrent sans cesse des excès dans les pays traversés. Ainsi, ils saccagent Semlin en Hongrie, Nisch en territoire byzantin et des villages (y compris chrétiens) en approchant de leur destination. Les autorités de l’empire bysantin veulent canaliser, escorter cette fuerie ; plusieurs milliers de croisés en font les frais.

Pierre l’Ermite atteint Constantinople le 1 aout 1096. Devant les excès commis par les croisés aux abords de sa capitale, l’Empereur Alexis Commène installe les croisés dans la place forte de Kibotos près de la frontière turque pour attendre l’arrivée des chevaliers. Les pèlerins impatients, s’enhardissent de plus en plus et mènent des raids sur le territoire turc.

Le 21 octobre 1096, les pèlerins armés de Pierre l’Ermite et Gauthier-sans-avoir marchent vers la capitale turque de Nicée qu’ils comptent prendre. Près d’Herseck, ils sont surpris par l’armée turque de Qilidj Aslân et écrasés. Trois mille environ réussissent à revenir vers la forteresse de Kibitos où la marine bysantine vient les sauver pour les ramener à Constantinople.

D) La Croisade des seigneurs marche vers Jérusalem

En août 1096, quatre armées de chevaliers prennent la direction de la Palestine :

- celle de la Francie du Nord suit la route du Danube,

- celle des territoires occitans traverse la Lombardie, la Dalmatie et le Nord de la Grèce.

- celle d’Italie méridionale se rapproche par mer.

- celle de Francie centrale passe par Rome.

Début mai 1097, l’armée de la "croisade des seigneurs" se rassemble à Constantinople puis pénètre en Anatolie avec environ 4 500 chevaliers et 30 000 fantassins. Elle commence par prendre Nicée, envoyant de nombreuses têtes de Turcs que les croisés avaient décapités. Le 19 juin 1097 la ville se rend aux Bysantins pour éviter les carnages habituels des croisés.

Le sultan Kilij Arslan rassemble des troupes turques à Dorylée pour stopper l’avancée des croisés. Mais il est battu le 1er juillet 1097 et ses soldats survivants sont massacrés jusqu’à la tombée de la nuit, y compris parmi les fuyards.

La grande armée porteuse de croix avance à présent accompagnée d’un trésor inouï pris sur le chemin, en particulier à Kilij Arslan (or, argent, immense troupeau de chevaux, d’ânes, de brebis et de boeufs).

Le 20 octobre 1097, les Croisés atteignent la grande ville d’Antioche. Le siège s’éternisa ; le mauvais temps survint ; le manque de nourriture devint lancinant. Des rescapés de la croisade populaire, conduite par Pierre l’Ermite, mangèrent les cadavres des Turcs. Des chevaliers mangèrent des chevaux. Des chevaliers et des soldats commencèrent à déserter dont Pierre l’Ermite, qui fut rattrapé et ramené par Tancrède, perdant ainsi de son prestige.

Une nouvelle armée turque de secours est battue à Harrim le 9 février 1098.

Le 2 juin 1098, les Croisés réussissent à pénétrer dans Antioche grâce à Firouz, un chevalier arménien qui dirigeait la Tour des Deux Sœurs. Tous les Turcs présents dans la ville furent massacrés de même qu’un certain nombre de chrétiens locaux (dont le frère de Firouz) qui avaient pourtant aidé à prendre la ville.

Le lundi 28 juin 1098, une nouvelle armée turque de secours est écrasée par la Croisade commandée par Bohémond de Tarente.

Durant leur campagne en Syrie, les Croisés fanatisés commettent à nouveau de nombreux actes de barbarie, massacrant dans des conditions horribles toute la population de certaines villes. Les témoignages locaux en rendent compte ; le plus étonnant c’est que des écrits "chrétiens" les confirment par vantardise religieuse. « A Maara, les nôtres faisaient bouillir des païens adultes dans les marmites, ils fixaient les enfants sur des broches et les dévoraient grillés » (Raoul de Caen). « Les nôtres ne répugnaient pas à manger non seulement les Turcs et les Sarrasins tués mais aussi les chiens ! » (Albert d’Aix).

E) La prise de Jérusalem (15 et 16 juillet 1099) révèle la monstruosité du fanatisme religieux

Le 7 juin 1099, les croisés entreprennent le siège de Jérusalem. Le 15 juillet 1099, ils lancent l’assaut. La ville est prise et les "infidèles" (musulmans et juifs) font l’objet d’une tuerie parmi les pires de l’histoire.

- « Les pèlerins s’élancèrent... et massacrèrent sans pitié tous les Sarrasins qui s’y trouvaient. Le sang coula en si grande quantité qu’il forma des ruisseaux dans la cour royale et que les hommes y trempaient leurs pieds jusqu’aux talons. Les petits enfants augmentaient l’horreur de ces scènes par leurs cris horribles et leurs larmes amères. Mais c’était inutilement qu’on implorait la pitié des chrétiens » (Albert d’Aix)

- « Les Croisés accomplissaient les justes décrets de Dieu afin que ceux qui avaient profané le sanctuaire du Seigneur par leurs actes superstitieux le purifiassent par leur propre sang. » (Guillaume de Tyr)

- « Les chrétiens tuent, c’est un véritable massacre ; la ville est couverte de sang et de cervelle » (Graindor de Douai dans la Chanson de geste La Conquête de Jérusalem)

- Soixante dix mille personnes se réfugient dans la grande mosquée al-Aqsa. Elles sont toutes mises à mort, de même que les imams et les religieux du sanctuaire.

- « Une fois les croisés entrés dans la ville, tous les musulmans qui n’avaient pas fui furent passés au fil de l’épée. Les juifs furent brûlés dans leurs synagogues. Les tueries durèrent jusqu’au matin suivant. » (Wikipedia : Siège de Jérusalem 1099)

- "Les Francs restèrent une semaine dans la ville, occupés à massacrer les musulmans. Les personnes qui avaient quitté la Syrie arrivèrent à Bagdad au mois de ramadan et y firent un récit qui arracha les larmes de tous les yeux. Elles pleuraient, et le peuple entier pleurait avec elles. Elles racontèrent les malheurs qui avaient frappé les musulmans de nobles et vastes contrées, le massacre des hommes, l’enlèvement des femmes et des enfants, le pillage des propriétés. Telle était la douleur générale qu’on ne pensât plus à observer le jeûne", rapporte le chroniqueur arabe Ibn al-Athir


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