Hussites et taborites tchèques : révolution médiévale flamboyante

samedi 10 juin 2017.
 

- 14è : Pensée progressiste en Europe et poussée contestataire tchèque
- 7 juillet 1415 Le réformateur Jan Huss est brûlé vif par le concile
- 30 juillet 1419 : début de l’insurrection hussite
- 14 mars 1420 : Le pape Martin V promulgue la croisade contre les hussites
- 30 mai 1434 : L’armée taborite est exterminée à Lipany

Le pays des Tchèques a connu la plus grande révolution du Moyen Age et des débuts de la Renaissance.

Il ne s’agit pas d’une révolution populaire soudaine et sans lendemain. Nous décelons les indices de sa préparation culturelle durant 60 à 70 ans. Elle est victorieuse des armées lâchées par la réaction féodale et papale durant près de 15 ans. Elle marquera l’Europe pour deux siècles, en particulier dans la Réforme protestante.

Comment expliquer la puissance révolutionnaire du peuple tchèque de 1419 à 1434 ?

- par le fait que les sentiments nationaux commencent à se former en Europe (Jeanne d’Arc en France...) et sont particulièrement mûrs en Bohême.

- par la crise générale de l’Eglise divisée entre plusieurs papes, qui laisse se développer un christianisme nettement contestataire dans cette zone d’Europe centrale

- par les débuts de la Renaissance, l’épanouissement des universités et des travaux universitaires, la circulation des idées, la remise en cause des dogmes non fondés...

- par des classes sociales qui vont pousser jusqu’au bout la lutte pour leurs intérêts ; nobles comme paysans veulent prendre des terres à la riche Eglise propriétaire d’un tiers de toutes les terres. Marchands et artisans défendent leurs intérêts face aux patriciens et aux évêques...

"Plus de 350 ans avant Gracchus Babeuf en France, une plèbe (se dressa) en quête d’une république sociale. Cela donna, il y a six cent ans de cela, des masses issues de tisserands, d’artisans, de paysans, pratiquant la guerre de guérilla pour établir l’égalité sociale la plus complète, dans le collectivisme. C’est une période formidable, d’une importance historique capitale." (site maoïste Les matérialistes.com)

A) 14ème siècle : la Bohême, maillon faible de la société médiévale

A1) La Bohême sur la fin du Moyen Age

La Bohême est essentiellement habitée par des Tchèques, un peuple slave. Cependant, sa position géographique entre Saxe à l’Ouest, Silésie au Nord et Autriche au Sud, explique son intégration dès la fin du 9ème siècle dans l’Empire germanique. Au milieu du 13ème siècle, du minerai d’argent est découvert à Kuttenberg. Dans le contexte d’une raréfaction européenne des métaux précieux alors que l’économie marchande se développe, cet argent permet un essor économique rapide et puissant ainsi qu’une arrivée de marchands et artisans allemands.

Grâce aux ressources ainsi dégagées, le roi Ottocar II fonde dans la seconde moitié du 13ème siècle, un royaume puissant mais éphémère comprenant la Bohême, la Moravie, l’Autriche, la Styrie, et la Carniole.

Durant le règne de Charles 1er (1346-1378), la première université de l’empire germanique est créée à Prague, capitale de la Bohême. Elle attire rapidement des savants de renommée continentale et des milliers d’étudiants. Dans le même temps, le développement économique renforce le poids social des couches urbaines (artisans, marchands, employés des services, ouvriers venus des campagnes). Des paysans s’enrichissent par l’écoulement de leurs produits vers les villes ; beaucoup rachètent leur liberté, le servage se relâche.

Deux couches sociales sont fragilisées par cette évolution économique et sociale :

- la petite noblesse dont les revenus sont mangés par la hausse des prix et la combativité des paysans

- les paysans pauvres qui subissent seuls le poids de la fiscalité imposée par la petite noblesse pour maintenir son niveau de vie.

A2) Montée de la contestation idéologique et religieuse

Dès le 13ème siècle, des hérésies se propagent en Bohême et Silésie. L’aspiration des vaudois à la pauvreté évangélique devient complémentaire des aspirations de la petite noblesse qui voit dans la sécularisation des biens du clergé une solution à son besoin de terres pour contrecarrer sa baisse de revenus. Les paysans pauvres des nombreux domaines ecclésiastiques voient aussi favorablement toute critique contre la richesse du clergé.

La fusion entre cette sensibilité populaire anticléricale et les idées progressistes de certains milieux intellectuels devenait possible.

A3) Montée de la contestation politique contre le roi

De 1378 à 1419, Venceslas IV (Venceslas de Luxembourg) règne sur la Bohême. L’historien français Henri Martin le décrit ainsi lors de la conférence de Reims avec les princes du saint-empire germanique et les princes français pour l’exclusion de l’antipape Boniface. « Les mœurs bassement crapuleuses de Wenceslas choquèrent fort la cour de France, qui mettait au moins de l’élégance dans le libertinage : l’empereur était ivre dès le matin quand on allait le chercher pour les conférences. »

Dans la foulée de la période d’intenses contestations sociales, culturelles, religieuses et politiques des années 1378 à 1385, des opposants à un tel roi se mettent en avant. Ils sont écrasés militairement, complètement éliminés physiquement par les troupes allemandes appelées par Wenzel (Venceslas). Ce fait pèse dans la montée du mouvement national tchèque qui va contribuer au soulèvement hussite.

En 1394 se développe une nouvelle lutte contre Wenceslas suite au martyre en 1393 de Jean Népomucène, un fils de berger devenu prêtre, archidiacre puis vicaire général de l’archevêché et confesseur de la reine. Torturé sur ordre du roi pour révéler des secrets de la confession, il est ensuite jeté dans la Moldava gelée.

Durant plusieurs années, un autre prince allemand, son frère Sigismond, profite de la faiblesse de Wenceslas pour ravager la Bohême et s’emparer de plusieurs forteresses et territoires. Sigismond désolait le pays avec une armée de Hongrois. « Ils y firent des désordres inexprimables, tuant et violant partout où ils passaient. Ils enlevaient, sur leurs selles, de jeunes garçons et de jeunes filles, et les vendaient comme des chevreuils. »

Il faut avoir en tête ce pourrissement des institutions pour comprendre le tableau de la Bohême bien peint par George Sand dans son Ziska « Pendant cette sorte d’interrègne, qui dura encore une quinzaine d’années, si l’anarchie gagna les institutions et paralysa les moyens de développement matériel, il se fit en revanche un grand travail de recomposition dans les idées religieuses et sociales. L’esprit réformateur, qui, sous divers noms et sous diverses formes, fermentait en France, en Hollande, en Angleterre, en Italie et en Allemagne depuis plusieurs siècles, commença à asseoir son siège en Bohême, et à préparer ces grandes luttes ».

B) Pensée progressiste en Europe et poussée contestataire tchèque

B1) Europe : Premiers éclairs d’une pensée rationnelle et démocratique

Le phénomène le plus net se décèle dans les milieux universitaires et intellectuels avec les progrès de l’averroïsme philosophique puis politique (dépassant d’ailleurs les écrits d’Averroès lui-même).

Averroès, philosophe musulman, géant de la pensée D) L’averroïsme E) L’importance historique d’Averroès comme philosophe

C’est en Angleterre qu’apparaissent les prédicateurs et courants contestataires les plus radicaux du 14ème siècle, particulièrement John Wicliff. Or, les liens entre Angleterre et Bohême sont alors importants ; par exemple, le roi anglais Richard II a épousé une fille du roi de Bohême Charles IV.

John Wycliff, Lollards, Tyler, Ball et révolution populaire de Londres en 1381 B) Wyclif. Le millénarisme anglais au 14ème siècle

Il en va de même pour les intellectuels. Ainsi, Hiéronyme de Prague se rendit à Oxford et revint en Bohême avec les écrits de Wicliff qui furent étudiés dans le cadre de l’université de Prague et constituèrent dorénavant une référence théorique pour le mouvement réformateur.

B2) Lente montée des critiques et mécontentements, en Bohême au 14ème siècle

Comme nous l’avons noté plus haut, le territoire habité par les Tchèques connaît au XIVème siècle une période économiquement et culturellement riche. Les villes (50000 habitants à Prague) et les bourgs se développent en concomitance avec une économie de marché vivace. Comme en Flandre, en Angleterre ou en Italie du Nord, ce contexte pousse à une mise en cause d’aspects de la société féodale et de l’Eglise catholique qui détient une grosse part des richesses et un monopole idéologique.

De premiers germes contestataires apparaissent dès le milieu du 14ème. Le premier prédicateur rebelle au dogme papal, se nomme Jan Milíč von Kremsier. Secrétaire particulier du roi Charles IV, archidiacre et titulaire de bénéfices ecclésiastiques importants, son statut social lui donne de l’influence dans la société tchèque. En 1362, il démissionne de toutes ses fonctions et se lance seulement dans la contestation. Prêchant en latin et allemand mais aussi en tchèque, il obtient un tel succès qu’il est tenté par le lancement d’une église parallèle donnant une large place aux laïcs. Il critique la propriété ecclésiastique, les rentes féodales et l’emploi de travailleurs salariés considéré comme relevant de l’usure. Les milieux populaires des villes sont largement touchés par ce discours ; les milieux de marchands soutiennent également.

Après le décès de Jan Milíč de Kroměříž, son élève Matěj de Janov (Mathias de Janow) prend le relais. Confesseur du roi, il est également aidé par son statut social. Excellemment formé comme théologien, (il a par exemple étudié à la Sorbonne de 1373 à 1381), il poursuit un travail de prêche populaire massif. Surtout, il radicalise et structure la pensée de son maître, rejetant le culte des images et celui des Saints, affirmant que la Bible constitue la seule autorité en matière de foi, avec égalité des hommes et des femmes devant la communion.

Il attaque vivement le mode de vie des religieux séculiers, réclame l’abolition des règles monastiques et accuse la pauté de trahir la mission que Dieu lui a confiée.

« Leur bouche s’emploie le matin à louer Dieu, le reste de la journée à dire des balivernes, à boire, à se gorger et à médire d’autrui.

Le matin, ils sont doux et dévôts, le reste du jour cruels et rapaces. Le matin, ils récitent leurs heures avec beaucoup de soin, ils élèvent jusqu’aux nues le service de Dieu ; après le repas, ils s’adonnent aux vains propos et à leur mauvaise conduite, si bien qu’ils oublient Jésus-Christ.

Jusqu’au soir ils goûtent les plaisirs de la terre et s’en excusent en disant qu’il faut bien qu’il en soit ainsi, parce qu’on est homme et que cela se fait partout, même chez les grands, les doctes, chez ceux qui ont l’air honnête et dévot. Et ils justifient leur conduite par des citations de l’écriture, des arguments, des commentaires et par beaucoup d’autre chose semblable. »

Ce type de remise en cause gagne en audience sur la fin du siècle, époque de crise climatique, économique et sociale en même temps qu’une lente montée des mécontentements.

Matěj de Janov défend une sorte d’immanence panthéiste dans lequel le Christ désigne l’ensemble des êtres vivants. Son hymne à la vie et à tout ce qui sert à la reproduire rappelle le dualisme et le pélagianisme, vieux courants souterrains du christianisme, dans lesquels les humains ont un rôle à jouer en faveur du bien, du vrai "chemin" aux côtés de Dieu « La famille chrétienne, pareille aux étoiles, doit briller par ses différentes vertus, afin de s’accointer, dans l’éternité, avec la bienheureuse famille de Dieu dans le ciel. »

Du point de vue rituel, il dénonce le fait que dans la communion, le sang du Christ (représenté par le vin dans le calice) soit réservé aux religieux alors que le sang et le corps du Christ ne peuvent être séparés ni refusés aux croyants.

C) 7 juillet 1415 Le réformateur Jan Huss est brûlé vif par le concile

Jean Huss est un prêtre d’origine très modeste. Homme intelligent et travailleur, il devient doyen de l’université de Prague. Cette fonction lui donne une influence culturelle et religieuse importante. En effet, l’établissement compte une cinquantaine d’enseignants et plus d’un millier d’étudiants. Faculté la plus importante d’Europe centrale sur la fin du 14ème siècle, elle jouit d’un grand prestige dans les territoires slaves et dans tout l’Empire germanique ; de plus, elle entretient des relations avec les grandes universités occidentales comme Paris ou Oxford, d’où la bonne connaissance par Huss des textes d’un Wycliff, par exemple. Enfin, cette académie se distingue par une attitude critique ancienne vis à vis de la papauté ; ainsi, Matthieu de Cracovie, doyen de la faculté de Prague au milieu du 14ème, recteur et professeur de celles de Paris (Sorbonne) et de Heidelberg, est connu pour des pamphlets virulents contre la Curie romaine.

Jean Huss, comme ses collègues (Jérôme de Prague, Jakoubek, Stanislas de Znojmo, Stefan de Palec...) connaissent parfaitement la pensée de l’anglais Wycliff et l’enseignent tout en la modérant.

Prêchant en langue vulgaire, les sermons de Jean Huss attirent souvent des milliers de personnes. En traduisant l’Évangile en tchèque, il contribue à fixer l’écriture de cette langue. Sa popularité croît d’année en année dans toute la Bohême (actuelle république tchèque).

En 1409, Huss et ses collègues obtiennent du roi le décret de Kutna Hora qui accorde une prépondérance aux Tchèques dans le cadre de l’université.

Cependant, le mouvement contestataire tchèque continue à s’amplifier, adoptant de plus en plus une attitude critique vis à vis de l’Eglise, critiquant sa hiérarchie, prêchant une réforme, condamnant les indulgences (achat par les fidèles d’indulgences pour la rémission de leurs péchés), prônant le retour du clergé à la pauvreté évangélique.

Jean Huss fait de l’Évangile la seule règle, le seul texte de référence. Contrairement aux obligations imposées par la papauté, il prend parti pour que tout catholique ait le droit de l’étudier. Progressivement, il assume publiquement les écrits du théologien anglais John Wycliff qui rejette la hiérarchie du clergé, demande l’élection du pape parmi les religieux, considère nécessaire de redistribuer les richesses de l’Église, ne reconnaît pas l’autorité de fait (par la naissance en particulier) mais seulement celle de la sainteté personnelle, rejette toute la tradition théologique lorsqu’elle ne correspond pas au texte évangélique.

Lorsque Wycliff est condamné par la papauté, Huss prend sa défense d’où son excommunication. Leurs aspirations à la morale religieuse comme à la justice sociale ne pouvaient être tolérées dans la tradition catholique des Pères, docteurs de l’Eglise, papes et conciles.

En 1413, Jean Huss est excommunié par le pape. En 1414, il est cité devant le concile de Constance. Il s’y rend, se considérant protégé par un sauf-conduit de l’empereur Sigismond. Il est condamné pour hérésie, emprisonné puis brûlé vif le 7 juillet 1415, ses écrits également voués au bûcher.

D) 30 juillet 1419 : début de l’insurrection hussite

D1) La protestatio Bohemorum

Le supplice de Jean Huss (comme celui de son collègue universitaire Jérôme de Prague l’année suivante), provoque une forte indignation en Bohême dès qu’elle y est connue. Chevaliers et nobles envoient au concile de Constance le 2 septembre 1415 la protestatio Bohemorum, qui stigmatise la condamnation au bûcher et se prononce pour une réforme de l’Eglise. Une première mobilisation tchèque nombreuse se produit an 1415 et 1416.

Sigismond, empereur du Saint Empire germanique (qui comprend la Bohême comme nous l’avons vu plus haut) et frère de Wenceslas, réagit par des lettres de menaces dans lesquelles il déclare son intention de noyer bientôt tous les wycliffites et hussites. Il ne fait que radicaliser la détermination populaire.

La volonté de lutte pourrait s’essouffler lorsqu’une provocation adverse la relance plus fortement.

D2) 30 juillet 1419 De la défenestration de Prague à la victoire de Sudomer

Ce jour-là, les hussites défilent en procession dans le quartier de la "Nouvelle ville" avec leur prêtre Jan Želivský lorsqu’ils sont attaqués par des jets de pierre. Dirigés par Jean Ziska dont les qualités se révèlent alors, ils se défendent, prennent l’hôtel de ville et défenestrent quelques conseillers impériaux.

La conséquence la plus importante de ce soulèvement hussite va être le décès du roi Wenceslas (par infarctus en apprenant la nouvelle, paraît-il). Il avait toléré par périodes les pratiques religieuses des hussites. Son frère et candidat à la Sigismond adopte, lui, une attitude immédiate de fermeté.

Les témoignages dont nous disposons font penser à une sorte de crise révolutionnaire par la puissance de la mobilisation populaire spontanée, par exemple celui-ci :

« En 1419, le jour de la Saint-Michel, il s’attroupa une grande multitude de peuple dans une vaste campagne appelée les Croix (Cruces), proche de Tabor. Il en vint beaucoup de Prague, les uns à pied, les autres en chariot... La table n’était pas couverte, et les prêtres n’avaient point d’habits sacerdotaux. Maître Coranda, curé de Pilsen, se rendit dans ce même endroit avec une grande troupe de l’un et de l’autre sexe, portant l’eucharistie. Avant que de se séparer, un gentilhomme ayant exhorté le peuple à dédommager un pauvre homme dont on avait gâté les blés, il se fit une si bonne collecte, que cet homme n’y perdit rien, car il ne se faisait aucune hostilité ; les troupes marchaient avec un bâton seulement comme des pèlerins. »

Plusieurs patriciens catholiques, la plupart allemands et représentants du pouvoir impérial, sont expulsés des villes dans ce contexte de véritable insurrection populaire et nationale. La veuve de Wenceslas (reine Sophie), qui assure la régence en accord avec Sigismond, fait appel à des mercenaires allemands pour rétablir l’ordre royal, impérial et catholique.

Des combats éclatent déjà un peu partout. Une partie importante de la capitale est détruite tant les affrontements sont violents et sans pitié.

Des nobles réussissent à obtenir un cessez-le-feu le 13 novembre 1419 en promettant de jouer un rôle de médiateur. Sigismond y consent car le rapport de forces militaire n’évoluait pas en sa faveur. De plus, certaines concessions des hussites ne peuvent que les diviser, par exemple la restitution du symbolique château de Vyšehrad au coeur de Prague sur une hauteur riveraine de la Vitava.

Effectivement, même le petit noble modéré Jan Žižka désavoue ce compromis et sort de Prague avec ses partisans pour rejoindre Plzeň, grosse ville à 86 km au sud-ouest de Prague, représentant un carrefour stratégique au confluent de quatre rivières ( Úhlava, Úslava, Radbuza et Mže). Cependant, trop isolé face aux forces impériales et catholiques, Žižka préfère se replier vers Ústí. Pour y parvenir, il est obligé de livrer combat à l’armée catholique ce qui lui permet de gagner la bataille de Sudomer le 25 mars 1420. Se sentant encore en danger, il préfère marcher droit au Sud pour rejoindre le puissant camp fortifié de l’aile radicale hussite à Tabor.

D3) Les quatre articles de Prague

La protestatio Bohemorum avait constitué un premier écrit formalisant les désaccords entre les Tchèques et l’Eglise catholique. En 1420, les hussites en ajoutent un second. Ils élaborent les "quatre articles de Prague" divulgués en juillet, qui forment la base de leur programme dont ils exigent la reconnaissance par le pouvoir royal. Ces quatre articles sont :

- la communion sous les deux espèces (les communiants devant manger l’hostie et boire le vin),

- la pauvreté des ecclésiastiques,

- la punition des péchés mortels sans distinction selon le rang ou la naissance du pécheur,

- la liberté du prêche.

Ils envoient par ailleurs des émissaires dans toute l’Europe pour expliquer leurs idées et leurs actes.

E) 14 mars 1420 : Le pape Martin V promulgue la croisade contre les hussites

Devenu officiellement roi de Bohême, Sigismond obtient l’aide de la papauté qui lance un appel à la croisade pour écrase les hussites du même type que face aux musulmans et aux cathares.

Les princes allemands lèvent leurs forces féodales car ils voient dans cette expédition une occasion de s’enrichir en pillant les territoires tchèques. Des dizaines de milliers d’aventuriers affluent de toute l’Europe pour s’accaparer également des terres et richesses.

E1) La première croisade contre les hussites (1420- 1421)

L’armée croisée d’environ 150000 hommes marche sur Prague qu’elle assiège à partir du 30 juin 1420.

Les hussites de Tabor décident de fondre sur ces bandits plutôt que de risquer une chute démoralisatrice de la capitale. Sous le commandement de Jan Žižka, ils remportent la grande bataille de Vitkov, colline de Prague dominant l’actuel quartier Žižkov (nom formé en l’honneur de Žižka). Les milices populaires victorieuses entrent alors dans Prague qui exulte. Les partisans de Sigismond ne tiennent plus que ses deux châteaux isolés de Vyšehrad et de Prague. Ce roi et empereur organise une forte expédition pour les ravitailler mais il est lui aussi battu le 1er novembre près de Pankrác, une banlieue de Prague.

Le soulèvement hussite devient alors général en Bohême.

E2) Causes de la puissante mobilisation hussite

Trois éclairages permettent de comprendre le mouvement qui se développe dès lors :

- > la Bohême (territoire des tchèques) fait partie de l’Empire romain germanique. Dans l’Eglise, dans l’administration royale et municipale, parmi la noblesse et le haut clergé, des Allemands jouissent d’une position prépondérante tout en étant nettement minoritaires en nombre. Aussi, le hussitisme présente un aspect national tchèque.

- > Le royaume de Bohême a connu une brillante période au cours du 14ème siècle, permettant à Prague de devenir une ville peuplée et prospère. Vers 1380, la peste comme la crise économique déstabilisent cette société. La noblesse et le haut clergé maintiennent leurs droits féodaux au dépens d’un milieu populaire largement appauvri. Aussi, le hussitisme représente le plus fort mouvement populaire de type révolutionnaire contre les riches, qu’ils soient allemands ou tchèques.

- > Ces contextes de ressentiment national, de crise économique et sociale, de combativité populaire se focalisent particulièrement contre l’Eglise catholique propriétaire d’un tiers des terres de Bohême. Des mouvements millénaristes se développent, en particulier en référence aux idées de John Wycliff et des béguins.

Au Moyen Age puis durant la Renaissance, les contestations prennent la forme d’une mise en cause religieuse. Tel est le cas pour les Hussites.

E3) Les divisions entre hussites apparaissent dès le début

Une fois victorieux des croisés et de tous les dominants liés à l’empereur Sigismond, les hussites se heurtent à la difficulté de construire une autre société. Deux problèmes apparaissent dès le début :

- la question de la propriété, de la répartition des richesses. Un nombre important de hussites, particulièrement parmi ceux installés à Tabor, sont favorables à la propriété collective des biens, à l’égalité sociale absolue devant Dieu et sur terre. Jan Žižka profite de sa popularité gagnée sur les champs de bataille pour réprimer ce courant dès 1921.

- la question de la démocratie et de l’égalité politique se pose particulièrement à Prague, où le prêtre Jan Želivský, héros des luttes contre le catholicisme impérial se considère en droit de diriger la ville, au nom de Dieu d’une façon fort autoritaire. Le Conseil communal le fera arrêter le 9 mars 1422 puis décapiter.

E4) La Seconde croisade contre les hussites

Elle compte sur deux grandes armées, l’une partant de l’Empire germanique, l’autre formée sous les ordres de l’empereur Sigismond dans l’Europe centrale. Elles ne vont pas réussir à agir ensemble.

La première, très nombreuse, envahit les terres tchèques et commence, en août 1421, le siège de la ville de Žatec. Les hussites se réconcilient pour attaquer ces mercenaires allemands qui se débandent et s’enfuient à leur approche.

La deuxième, sous les ordres de Sigismond de Luxembourg (l’empereur), perd du temps face aux troupes de Korybutovic dont nous allons parler puis s’empare de la ville de Kutná Hora ; elle subit alors une telle défaite décisive lors la bataille de Německý Brod (Deutschbrod) le 6 janvier 1422 qu’elle ne compte plus dans le rapport des forces en Bohême.

Revenons à Sigismond Korybutovic, un prince russe élevé à la cour de son oncle Ladislas II Jagellon (roi de Pologne) à Cracovie. Vytautas (Vitold), grand-duc de Lituanie, l’a nommé régent de Bohême pour son compte. Sigismond Korybutovic, âgé seulement de 26 ans, bénéficie d’une expérience militaire importante et d’une forte personnalité. Il pénètre en Bohême avec son armée et s’allie aux hussites. Il devient pour quelques mois un "gouverneur de Bohême" reconnu par tous les courants. Cependant, le pape travaille le roi de Pologne pour qu’il oblige Korybutovic à quitter la Bohême, ce qu’il fera à regret le 24 décembre 1423.

F) La guerre civile entre courants hussites

Le phénomène hussite doit être caractérisé comme une révolution, la plus importante du Moyen Age, car elle s’étale sur une quinzaine d’années avec des expériences sociales et politiques avancées, en particulier dans le Sud avec leur pilier inexpugnable de Tabor.

Il s’agit aussi d’une lutte à caractère communautaire face au roi de Bohême et empereur du Saint Empire Sigismond. Des nobles, des patriciens urbains participent de ce mouvement national, en particulier dans la grande ville de Prague mais ne veulent pas accepter l’égalitarisme social auquel aspirent beaucoup de taborites.

Essayons de clarifier ces deux grandes orientations.

F1) Le courant modéré

Il est également nommé :

- utraquiste parce que ses partisans demandaient la communion eucharistique sous les deux espèces (sub utraque specie) pour les croyants (pain et vin).

- calixtin car les hussites demandent l’usage du calice pour les laïques lors de la communion eucharistique

Ces deux requêtes d’ordre religieux présentent une importance car l’usage du calice et la communion sous les deux espèces symbolisent l’égalité des religieux et des laïcs devant Dieu. Ceci dit, en réalité, ils ne veulent pas toucher à l’ordre social sauf une question importante : la confiscation des biens du clergé.

Ils s’appuient essentiellement sur la petite noblesse et les familles aisées des villes.

Leur force provient de leur unité.

F2) Le courant des Taborites

Leur nom vient de leur place forte principale, le gros bourg de Tábor, au sud-sud-est de Prague, transformé en immense camp fortifié.

Ce courant est en fait lui-même assez hétérogène, avec des forces importantes cherchant surtout l’unité de l’ensemble des hussites et ne voulant pas, en conséquence, avancer un programme et des réalisations sociales creusant un fossé entre les pauvres et les plus riches.

Jan Žižka a été choisi avec trois autres chefs militaires comme "capitaine" pour diriger les troupes taborites. De fait, il y joue un rôle éminent et fait partie de ceux qui recherchent l’unité de l’ensemble des hussites. Aussi, début 1922, il réprime à nouveau le courant égalitariste absolu.

F3) La guerre civile

Aussitôt les armées croisées écrasées et Korybutovic parti, la guerre civile s’envenime entre d’une part les modérés dits utraquistes, d’autre part l’aile plus radicale, les taborites.

Les utraquistes de Prague nomment Cenek de Wartemberg à leur tête et mènent le combat face aux taborites. Ceux-ci, commandés alors par Jan Žižka, sortent vainqueurs de la confrontation. Un armistice est conclu.

G) Les croisades anti-hussites après le décès de Žižka

Jan Žižka meurt le 11 octobre 1424, laissant un grand vide à la tête des hussites. Heureusement, il a nommé Procope son héritier spirituel et celui-ci prend la relève.

G1) Procope (dit le Grand pour le différencier d’un autre général taborite Procope le Petit, par la taille) ou le Tondu (en tchèque Prokop Holý ou Prokop Veliký)

Il est né dans une famille bourgeoise riche de Prague, a été élevé dans le château de Jenštejn, et a bénéficié d’une éducation très poussée (séjours en Espagne, France, Italie, Palestine). Il choisit alors de devenir prêtre et se range parmi les hussites les plus radicaux appelés les Picards.

Refusant le compromis, il suit Žižka en 1420 lors de sa "longue marche" par Plzeň puis Usti et enfin Tabor. Il devient rapidement le guide spirituel du mouvement taborite jouant également un rôle militaire.

Après le décès de Žižka, il prend la direction de petites expéditions face à la 3ème croisade qui réussissent. À partir de 1426 il devient le commandant incontesté des Taborites, particulièrement leur dirigeant politique et diplomatique.

G2) Les troisième (1425 1426) et quatrième croisades (1427 1430)

Les troupes des féodaux allemands sont à nouveau rassemblées par la papauté pour écraser les hussites à présent privés de leur chef militaire.

Cependant, deux nouveaux dirigeants de grande valeur s’imposent, d’une part Procope dont nous venons de parler, d’autre part Sigismond Korybutovic. Celui-ci s’est vu proposer par les utraquistes la couronne de Bohême et l’a acceptée contre la volonté du grand duc de Lituanie, du roi de Pologne (qui saisit ses biens), de l’empereur du Saint empire et surtout contre la volonté du pape qui l’excommunie.

Korybutovic passe outre, rejoint Prague avec 1500 soldats polonais puis monte sur le trône bohémien. Il réussit à atténuer la discorde entre utraquistes et taborites devenant le commandant suprême des armées hussites. Se sentant fort, il réussit une expédition en Moravie où les idées hussites bénéficient d’un grand écho dans la paysannerie. Surtout, il conduit ses troupes à la victoire lors de la bataille de Ústí nad Labem le 16 juin 1426, victoire qui clôt la troisième croisade.

Korybutovic commet alors l’erreur (du point de vue de la révolution hussite) de tenter auprès de l’empereur Sigismond de Luxembourg un compromis entre catholiques et hussites. Les taborites pragois se révoltent et emprisonnent Korybutovic dans le château Valdštejn.

Ces difficultés n’empêchent pas les hussites de remporter une nouvelle grande victoire militaire au détriment de l’armée catholique des féodaux allemands à Tachov.

G3) La cinquième croisade (1431 1433)

En 1430, la papauté comme les rois, comme tous les féodaux sont décidés à en finir avec les hussites qui leur tiennent tête depuis plus de dix ans.

Les hérétiques pourchassés de toute l’Europe rejoignent Tabor comme des Vaudois du Sud de la France et des Alpes, des bégards venus particulièrement des Pays Bas et même des héritiers des révolutions écrasées des années 1378 à 1385 comme le hussite anglais Peter Payne.

Les paysans et milieux populaires urbains d’Allemagne, de Pologne, de Moravie commencent à être largement touchés par l’exemple tchèque et la contagion des idées égalitaires. L’hégémonie féodale risque d’être battue en brèche à assez court terme.

La papauté comprend qu’elle a encore plus intérêt que les féodaux à en finir avec la révolution hussite car elle ébranle et risque de détruire son monopole idéologique et sa puissance matérielle. Aussi, le Concile de Bâle prend contact avec le clergé hussite pour des négociations qui débutent officiellement le 3 mars 1431.

Dans le même temps, les féodaux catholiques rassemblent la plus forte armée jamais réunie face aux hussites comprenant un millier de chariots de guerre et 150 canons pour s’adapter à leurs méthodes de combat. Cette armada commandée par le comte Frédéric Ier de Brandebourg et accompagnée du cardinal Cesarini, légat du pape, franchit la frontière de Bohême le 1er août 1431 et parvient à Domažlice le 14 août.

C’est alors que l’armée hussite de Procope, comprenant des Tchèques mais aussi 6000 hussites polonais vient livrer bataille. A nouveau, les mercenaires croisés s’enfuient en plein combat.

G4) La papauté obligée de négocier

La dernière victoire des hussites détermina le concile à rechercher vraiment un compromis avec eux ; les cardinaux avaient probablement en tête de faire traîner les discussions en souhaitant que la guerre civile contre les taborites ressurgisse.

Cependant, ils étaient pris dans une crise de direction de l’Eglise qui ne les plaçait pas en position de force.

A Constance (1414-1418), le Concile s’était déclaré institution permanente de l’Église, aux réunions régulières et contrôlant de la papauté (décret Frequens du 9 octobre 1417). Le nouveau Concile doit débuter à Bâle le 3 mars 1431 mais le pape violemment anti-hussites Martin V meurt juste avant. Un nouveau pape (Eugène IV) est élu ; il dissout rapidement le concile (18 décembre 1431) en prétextant une participation insuffisante. Avec l’appui de l’empereur Sigismond, celui-ci continue à siéger.

De décembre 1431 à décembre 1433, l’Eglise catholique est dirigée par deux institutions qui ne se reconnaissent pas : la papauté et le concile. Principal point de désaccord : la relation aux hussites que la papauté veut toujours éradiquer.

G5) 30 novembre 1433 : Accord de paix entre le catholicisme et les hussites

C’est le concile qui prend l’initiative d’engager sérieusement des discussions avec les hérétiques tchèques.

Le 15 octobre 1432, les membres du concile envoient une invitation formelle aux hussites pour négocier la paix. Ceux-ci composent une délégation de haut niveau comprenant :

- Procope le Grand

- Jean de Rokycana qui va être élu par la diète archevêque de Prague.

- l’abbé de Tabor Nicolas de Pelhřimov

- le « hussite anglais » Peter Payne...

Ce groupe est complété le 4 janvier 1433 ; les utraquistes et des modérés parmi les taborites montrent rapidement leur souhait de dépasser l’affrontement militaire pour trouver un compromis. Ils estiment la négociation inévitable pour éviter la poursuite des croisades qui épuisent le peuple tchèque.

Le 30 novembre, une délégation du concile signe à Prague des Compacta (accords) négociés avec la délégation hussite. Les avancées obtenues par les tchèques ne sont pas négligeables au plan religieux (prédication libre, communion sous les deux espèces, correction publique des péchés) comme économique ( acceptation des sécularisations déjà accomplies). Les Hussites modérés ratifient les Compacta à la diète de Prague le 2 janvier 1434.

G6) Reprise de la guerre civile. Les taborites sont battus

La radicalisation des taborites les pousse à refuser tout compromis avec Rome, d’autant plus que du point de vue social, les compacta ne changent guère la société féodale contre laquelle lutte la paysannerie pauvre.

L’Eglise catholique, les féodaux et les utraquistes s’unissent. Ils rassemblent une armée sous la direction de Diviš Bořek de Miletínek, un ancien lieutenant de Jan Žižka. Leur but consiste à évidemment dans l’écrasement des radicaux hussites.

Ces radicaux subissent probablement à ce moment-là une première retombée du mouvement révolutionnaire liée à l’épuisement et à la confusion créée par les compacta. En nombre de fantassins comme de cavaliers ou en matériel, ils vont au combat en position d’infériorité. Ils s’appuient toujours sur les milieux populaires tchèques et portent leurs aspirations, que ce soit les taborites (plutôt ruraux) ou les "orphelins tchèques" (urbains) de Jan Čapek de Sány et d’Ondřej Keřský. Procope reste parmi eux.

La fameuse bataille de Lipany (30 mai 1434) va sceller le sort définitif des aspirations hussites.

Il semble que l’armée catholico-féodalo-utraquiste a été mieux commandée et plus homogène que celle de leurs adversaires. En plein combat, les "orphelins tchèques" quittent les rangs et s’enfuient. Les combattants taborites se battent avec l’énergie du désespoir, d’autant plus que leurs ennemis les liquident physiquement sans exception : blessés, prisonniers... Procope meurt en luttant jusqu’au bout les armes à la main tout comme son fils. Sept cent encore en vie sont entassés dans une grande grange et brûlés vifs, évènement qui rappelle la fin militaire de l’hérésie cathare.

Malgré cette extermination de leurs soldats, les taborites trouvent encore le ressort de mobiliser une nouvelle armée pour tenir leurs territoires prioritaires, en particulier dans la région de Tabor. En 1437, ils disposent encore de 4500 hommes sous les armes.

De nouveaux compromis avec l’Eglise catholique contribuent à détendre un peu la situation. Un nombre significatif de hussites convaincus s’exile. Certains vont continuer le combat avec panache comme Jan Roháč de Dubé.

H) Conclusion à la gloire des hussites, particulièrement des taborites

H1) Le processus de radicalisation de la révolution hussite

Les croisades successives organisées par la papauté et les féodaux allemands donnent, de fait, une place centrale à l’armée parmi les hussites. Ce sont les paysans pauvres qui fournissent l’essentiel des soldats, sans cesse prêts à mourir face à des forces plus nombreuses et fortement armées. Comme lors de toutes les révolutions (anglaise, américaine, française...) la guerre pousse à la radicalisation sociale et politique des milieux populaires. D’autant plus que la réalité quotidienne vécue par les hussites, c’est bien "Vaincre ou mourir" car ils n’ont aucune illusion à se faire sur le génocide prémédité par les féodaux et la papauté.

Au fil des années, deux perspectives apparaissent, soit la révolution hussite se répand en Europe, soit elle reste largement isolée auquel cas, elle ne peut qu’être battue un jour par les forces féodales et papales. Un homme aussi intègre, intelligent et convaincu que Procope le comprend et cherche, après douze ans de guerre incessante, un compromis avec la papauté pour sauver l’essentiel du mouvement hussite. En faisant cela, il provoque une fracture définitive entre modérés qui s’allient aux barons et courants radicaux appuyés sur les milieux populaires qui vont combattre jusqu’au bout.

Une fois posé ce cadre général, je voudrais insister sur le message porté par les taborites en plein Moyen Age.

H2) Ziska (par le poète autrichien Alfred Meissner 1822 1885 qui connaissait bien le sujet)

Ils habitent dans des maisons toutes pareilles,

Prêts à s’entr’aider.

Tous unis, portant les mêmes vêtements,

Ils sont assis ensemble autour d’une même table.

Il n’y a chez eux, ni mien, ni tien,

Tous les biens sont communs...

Fraternité ! Les uns cultivent la terre

Et les autres vont joyeux à la guerre

Rêvant à la conquête du monde !...

H3) L’épitaphe de Ziska (dévasté par les impériaux catholiques mais noté par plusieurs rédacteurs

Le plus intéressant est inscrit sous sa statue « L’an 1424, le jeudi, veille de la Saint-Gal, mourut Jean Ziska du Calice, chef des républiques qui souffrent pour le nom de Dieu. »

Epitaphe sur le tombeau :

« Ci-gît Jean Ziska, qui ne le céda à aucun général dans l’art militaire, vigoureux vainqueur de l’orgueil et de l’avarice des ecclésiastiques, ardent défenseur de sa patrie. Ce que fit en faveur de la république romaine Appius Claudius l’aveugle, par ses conseils, et Marcus Furius Camillus par sa valeur, je l’ai fait en faveur de la Bohême. Je n’ai jamais manqué à la fortune, et elle ne m’a jamais manqué. Tout aveugle que j’étais, j’ai toujours bien vu les occasions d’agir. J’ai vaincu onze fois en bataille rangée. J’ai pris en main la cause des malheureux et des indigents, contre des prêtres gras et sensuels ; et j’ai éprouvé le secours de Dieu dans cette entreprise. Si leur haine et leur envie ne s’y étaient opposées, j’aurais été mis au rang des plus illustres personnages. Cependant malgré le pape, mes os reposent dans ce lieu sacré. »

George Sand signale deux autres épitaphes un peu éloignées, peut-être caractéristiques des anticléricaux dits Picards « Ci-gît Ziska... Il a précipité dans le Styx, avec sa foudre vengeresse, les moines, cette peste criminelle. — Il reviendra encore pour punir les bonnets carrés. » « Jean Ziska repose sous ce marbre ; il fut la terreur des tonsurés de Rome. »

H4) Tabor dans l’histoire générale du socialisme et des luttes sociales (Moses Beer)

De 1418 à 1431, et même au-delà, Tabor fut le véritable centre du mouvement hérétique et social de toute l’Europe... L’esprit de fraternité animait tous les taborites. Toute différence de classe et toute inégalité sociale étaient abolies chez eux. Tous les biens étaient mis en commun. La piété et la joie, le travail pour la communauté, les assemblées et fêtes populaires en plein air caractérisaient tous les taborites. Lorsque vint l’époque de la lutte, les taborites se divisèrent en deux parties, en communautés domestiques et en communautés militaires. Tandis que ces dernières faisaient la guerre, les premières s’occupaient du ravitaillement. Division du travail analogue à celle que César observa chez les Suèves et chez les Germains, en général.

C’est dans cette atmosphère tout imprégnée d’idées de rédemption chrétienne et d’attentes apocalyptiques qu’éclata vers la fin de 1419, un mouvement chiliastique qui s’empara des masses et les transporta dans un état d’extase, qui les rendit accessible à toutes les idées communistes extrêmes, telles qu’elles étaient apparues au cours du Moyen Age sous l’influence de Joachim de Flore et d’Amalric de Bène. Les béguards, qui, à cette époque, s’étaient déjà ralliés au mouvement hérétique, annoncèrent à Tabor la résurrection prochaine de Jésus, qui viendrait instaurer le Royaume millénaire, la société communiste de l’avenir. Tous les martyrs morts pour la cause du communisme et de l’hérésie allaient ressusciter, et parmi eux Jean Huss et Hiéonyme...

Ce serait une ère d’égalité et de liberté absolues, qui ne connaîtrait ni rois, ni contrainte sociale d’aucune sorte. L’Etat, l’Eglise, la théologie et toute la science scolastique disparaîtraient. Parmi les extrémistes tchèques, ce fut le prêtre Martinek Huska, surnommé l’Eloquent, qui répandit particulièrement ces idées.

Il se constitua, parmi les éléments les plus radicaux, un groupe qui se livra à l’amour libre. On les appelait les adamites, parce que, dédaigneux de tous les usages de la civilisation, ils vivaient complètement nus.

Le traité de paix de 1433, qui donnait satisfaction aux calixtiniens et aux modérés créa une situation très dangereuse pour les taborites radicaux. Se soumettre, c’eût été pour eux trahir leurs convictions ; se lancer dans l’opposition, c’était déclarer la guerre à leurs anciens alliés, militairement et économiquement plus forts, d’autant plus qu’ils pouvaient désormais compter sur l’appui des éléments catholiques et de l’Empire germanique.

En fait, le traité de paix de 1433 créa une coalition noble et bourgeoise contre les éléments communistes du mouvement taborite. Ceux-ci n’en restèrent pas moins dans l’opposition. La guerre était donc inévitable et l’issue n’en était pas douteuse. Elle éclata à peine six mois après la conclusion du traité. 18000 taborites de gauche (dont 5000 "orphelins") avaient en face d’eux une armée de 25000 hommes. La bataille décisive eut lieu le dimanche 30 mai 1434 à Lipar, près de Brod. La bataille fit rage toute la journée et une partie de la nuit, jusqu’au lundi à 3 heures du matin et se termina par la défaite des taborites de gauche. 13000 d’entre eux, entre autres leur chef Procope, couvraient de leur corps le champ de bataille. Malgré cette défaite, les survivants reprirent les armes au mois de décembre suivant, mais ils ne constituaient plus une force sérieuse.

La conséquence de cette trahison des taborites modérés à la cause du mouvement hussite fut la suivante : les concessions auxquelles l’Eglise avait été contrainte furent annulées les unes après les autres. La paix de 1433 n’aboutit à aucune réforme. En 1483, le servage fut imposé aux paysans tchèques.

Les survivants des taborites fondèrent en 1457 la secte des Frères bohêmes et des Frères moraves... Ils étaient pacifistes, partisans des réformes sociales, industrieux et charitables.

Le seul résultat des guerres des hussites fut l’implantation des enseignements de Wiclef et de Huss en Allemagne, où ils donnèrent naissance au mouvement de la Réforme et exercèrent une grande influence sur l’insurrection paysanne de 1525.

Sitographie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d’%C3%9Ast%C3%AD_nad_Labem

https://fr.wikisource.org/wiki/Jean...

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8...

http://lesmaterialistes.com/tempete...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Proco...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crois...

https://books.google.fr/books?id=Bb...


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