Salades européennes à l’huile de vidange

samedi 3 septembre 2016.
 

Distribution . Des centaines d’aliments en vente en grande surface contiennent des dérivés d’hydrocarbures mais les autorités sanitaires ne jugent pas utile de les retirer des rayons.

De Saupiquet à Amora, de Knorr à Miko... Plus de 200 produits alimentaires en vente dans nos grandes surfaces contiennent de l’huile de moteur sans que personne, parmi les pouvoirs publics français et européens, ne s’en affole vraiment.

de Christelle Chabaud

C’est le Canard enchaîné qui a révélé le scandale dès le 14 mai. Fin février, 2 800 tonnes d’huile de tournesol ukrainienne sont débarquées sur le port de Sète. La marchandise, achetée par la société Saipol (qui est propriétaire du groupe Lesieur et numéro un français de la transformation des oléagineux), vient approvisionner les usines de grands groupes de l’agroalimentaire. Le géant Unilever, par exemple, en obtient 1 500 tonnes. Jusque-là rien d’anormal. Sauf qu’un mois plus tard, selon le journal satirique, un industriel d’Europe du Nord informe Saipol « après analyse que quelque chose cloche dans l’huile de tournesol ukrainienne » : elle contient de l’huile minérale dérivée d’hydrocarbures en principe destinée à alimenter le moteur des voitures.

Sur les 2 800 tonnes arrivées dans l’Hérault, 19 tonnes n’auraient donc rien à voir avec de l’huile alimentaire. La France n’est pas la seule touchée. La cargaison ukrainienne en tout a arrosé une quinzaine de pays européens pour un total de 40 000 tonnes d’huile frelatée.

Paris se cache derrière Bruxelles

Sueurs d’angoisse sur les tempes des agroindustriels et des distributeurs, dont Carrefour et Auchan. Ces derniers tentent d’abord de faire croire que les produits n’ont pas été commercialisés avant que la répression des fraudes n’avoue au Canard enchaîné que, « compte tenu du nombre d’entreprises concernées, il est impossible de connaître le nombre exact » d’aliments contaminés. Doivent-ils symboliquement en rappeler quelques-uns pour devancer les peurs de consommateurs pas encore au courant du contenu de leurs bouteilles Lesieur ? Que nenni. Car si la Commission européenne rend publique l’alerte le 26 avril, elle en minimise l’effet une semaine après. Avec l’aide de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (ANEA), la Commission européenne autorise la vente de tous les produits contenant moins de 10 % d’huile de tournesol frelatée. Selon l’autorité sanitaire, « l’huile en cause est d’un faible niveau de toxicité » : un homme de 60 kg peut donc avaler jusqu’à 1,2 gramme d’huile de vidange « sans danger pour la santé humaine ». En France, lobbies industriels et pouvoirs publics se réfugient derrière l’argumentaire bruxellois. En Grèce, en revanche, le gouvernement préfère interdire la commercialisation de la totalité de l’huile ukrainienne importée depuis le 1er janvier.

Mozzarella à la dioxine

Sur Internet, l’info se diffuse à toute vitesse depuis un mois. Sites, forums, blogs accueillent des réactions de consommateurs en colère d’être pris « pour des poubelles d’aliments toxiques ». Les affaires sur le contenu de nos assiettes se multiplient ces derniers temps. Fin avril en Italie, les carabiniers ont arrêté 25 personnes soupçonnées d’avoir mis sur le marché, sous l’appellation d’« huile d’olive extra vierge », de l’huile végétale frelatée au bêta-carotène (soupçonné d’être cancérigène). L’affaire suivait celles de la mozzarella à la dioxine et des 70 millions de litres de vin contaminé aux acides. Trois affaires pour lesquelles la Commission européenne s’est montrée plus que prudente afin « de ne pas aggraver l’impact économique ».

À Bruxelles, le drame de l’huile de colza frelatée en Espagne dans les années 1980 semble bien être passé aux oubliettes. à cette époque-là, la commercialisation d’une huile de colza frelatée avait provoqué 390 décès, 466 handicaps à vie et de sérieuses lésions sur 24 000 autres consommateurs dans la péninsule ibérique.

Les marques concernées, à boycotter d’urgence et durablement, sont les suivantes :

Lesieur, bien évidemment, puisque leur avidité est à l’origine du problème et toutes les marques du groupe :

Fruit d’or

Epi d’or

Frial

Isio 4

Oli

Carapelli

Saupiquet

Toutes les marques du groupe Unilever, par exemple :

Amora

Alsa

Ben & Jerry’s

Boursin

Carte d’Or

Cornetto

Fruit d’Or

Fruit d’Or Pro-activ

Knorr

Lipton

Magnum

Maille

Maïzena

Miko

Planta Fin

Slim.Fast

....

Les produits les plus susceptibles de contenir de l’huile empoisonnée sont les suivants :

Mayonnaise

Tarama

Sauce Béarnaise

Chips

Vinaigrette allégée

Surimi

Céleri Rémoulade

Soupe de poisson en conserve

Poisson pané

Paupiettes de veau

Thon et sardines à l’huile

Pates à tartiner chocolatées

Gaufrettes à la confiture

Barres céréalières et sucrées pour les enfants

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