Les Etrusques, grande civilisation de langue pré indo européenne

jeudi 10 janvier 2019.
 

A) Contexte pré-indo-européen et indo-européen

Les langues pré-indo-européennes (dont l’étrusque) sont parlées par les peuples européens autochtones sur la fin de la préhistoire, la protohistoire. Durant les trois derniers millénaires avant notre ère, leurs locuteurs voient arriver des populations de langue indo-européenne qui se répandent massivement et les dominent peu à peu.

Les langues pré-indo-européennes n’ont souvent laissé au 21ème siècle que des traces hydronymiques (noms de cours d’eau) ou oronymiques (noms du relief). Parmi les langues pré-indo-européennes que nous connaissons par un nombre suffisant d’inscriptions, notons l’étrusque, le minoen, l’ibère et le linéaire A. Le basque constitue le seul parler encore vivant de ce substrat linguistique pré-indo-européen.

Après bien des débats, les spécialistes considèrent à présent très majoritairement que les Etrusques parlaient une langue pré-indo-européenne. Au premier millénaire avant notre ère, leur civilisation apparaît comme la plus florissante parmi les peuples s’exprimant dans ce type de parler.

L’étrusque n’est pas la seule langue pré-indo-européenne parlée dans la péninsule italienne au 1er millénaire avant notre ère. Nous connaissons aussi :

- le Rhètique parlé dans le Trentin, les Dolomites et le Frioul

- le Ligure de montagnards implantés au Nord de l’Etrurie sur les rives du golfe de Gênes, dans les Alpes maritimes, la Provence

- le Sicane d’ autochtones de Sicile, probablement tout comme les Sicules dont les coutumes matriarcales sont étrangères aux coutumes des populations indo-européennes.

- les Oenôtres, les Chônes, les Morgètes et les Itales (noms donnés par les Grecs) dans le Sud de la péninsule

- le paléosarde des habitants de la Sardaigne et de la Corse ...

B) La civilisation étrusque

Durant tout le premier millénaire avant notre ère, les Etrusques représentent une civilisation puissante, intéressante, d’intérêt historique évident ne serait-ce que par son accouchement de la cité de Rome (dominée politiquement par les Etrusques jusqu’en -509 mais dont le parler latin est un indo-européen archaïque.

B1) Localisation

Vers -1000 à -500, les Etrusques dominent un vaste territoire comprenant :

- la Toscane, de la côte tyrrhénienne (de Lucques à Civitavecchio actuels) aux Apennins

- une grosse partie de l’Emilie Romagne actuels

- la partie orientale de la plaine du Pô

- la côte orientale de la Corse

- des territoires non peuplés d’Etrusques mais sous leur domination, dans la plaine du Pô, le Latium, la Campanie.

B2) Une civilisation avancée

Les autres peuples de la péninsule italienne sont essentiellement composés d’agriculteurs éleveurs vivant dans des cabanes groupées en villages.

Les Etrusques connaissent déjà une civilisation :

- urbaine, d’où des institutions politiques et sociales, des artisans et commerçants, une enceinte et des portes fortifiées, ...

- évoluée techniquement sur le plan agricole (drainage et irrigation de qualité), sur le plan métallurgique (extraction, productions, commercialisation du fer, de l’étain, du cuivre), avec un artisanat divers.

- unifiée par des éléments culturels, en particulier la langue et la religion.

Par ailleurs, leurs cités connaissent une évolution politique de la royauté (6ème siècle) vers des institutions plus citoyenne mettant aux prises d’un côté les forces oligarchiques généralement soutenues par la république romaine, de l’autre des forces démocratiques.

B3) La religion des Etrusques

Comme pour les Juifs, il s’agit d’une religion révélée par des prophètes (en particulier Tagès) et consignée dans des livres sacrés. Les divinités se tiennent bien plus éloignées des humains qu’en Grèce ou à Rome.

Comme beaucoup de religions antiques, celle des Etrusques présente un caractère nettement ritualiste encore lié aux éléments naturels, prescrivant à chaque humain ce qui doit être fait dans la vie sociale, pour interpréter le tonnerre, les éclairs comme les entrailles des victimes sacrificielles, pour s’adapter à l’au-delà... Ils croient en un Enfer terrible et un Paradis sublime.

Le panthéon étrusque comprend :

- Voltumna (Vertha, Vertumnus), dieu de la Terre, "le premier des Dieux de l’Etrurie" selon Varron,

- trois démiurges : Tinia (Jupiter), Uni (Junon) et Menrva (Minerve)

- des divinités comparable à celles des Grecs (Turan = Aphrodite ; Turms = Hermès ; Maris = Arès...)

B4) L’art

Plusieurs ouvrages présentent des photographies donnant une idée de la beauté du mobilier, des céramiques, des sculptures, de la peinture étrusque. Dès la première découverte, en 1836, par des archéologues amateurs d’une tombe, à Caere, la magnificence des pièces d’orfèvrerie, des bijoux, du mobilier, de la vaisselle, intégralement en or le plus pur ainsi que d’un mobilier fabuleux a impressionné les contemporains.

Les Romains ont largement hérité de leur urbanisme (plan en damier...) et de leur architecture (construction des temples...).

C) Des Etrusques aux Romains

A leur apogée, les Etrusques sont organisés en trois dodécapoles (ligues) de 12 lucumonies (cités états dirigées par des dynasties royales). Après le déferlement celte en Italie du Nord, les Etrusques se recentrent dans l’Etrurie (actuelle Toscane).

Parmi les grandes cités d’Etrurie formant peut-être les douze de la dodécapole, nous pouvons citer Véies, Cisra, Tarquinia, Vulci, Rusellae, Vetulonia, Populonia, Velzna, Clusium, Perusia, Arretium et Volterrae.

Produisant pour le commerce et habiles marins, les Etrusques jouent un rôle très important durant plusieurs siècles sur les rivages et îles de la Méditerranée occidentale. Ils sont également en relation culturelle et économique avec le Proche-Orient, avec l’Afrique (achat d’ivoire en particulier).

De sa naissance légendaire (-753) à la naissance de la république (-509), Rome subit considérablement l’influence étrusque, probablement même la domination étrusque sous ses derniers rois ( Tarquin l’Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe). D’après l’historien Alain Hus, la "ville éternelle" a subi cette domination à partir de la seconde moitié du VIIe siècle et durant tout le VIe siècle. Denys d’Halicarnasse la qualifie de Tyrrhénis polis (cité étrusque). Les archéologues ont d’ailleurs trouvé sur le site, pour cette période, des inscriptions en latin et en étrusque.

Il est vrai que Rome se développe alors comme une cité étrusque avec son forum, ses édifices publics en pierre, ses remparts et ses égouts. Les insignes de la royauté correspondent parfaitement aux traditions étrusques.

Sur la fin du 6ème siècle avant notre ère, les cités étrusques connaissent partout une évolution de la royauté vers des institutions oligarchiques autour d’un sénat et de magistrats suprêmes. Rome suit aussi cette évolution.

En 474, la marine étrusque est écrasée dans la baie de Cumes (près de Naples) par les flottes alliées de Cumes et de Syracuse. C’est le début de la décadence étrusque, évidemment accélérée par l’extension territoriale de la république romaine.

Jacques Serieys


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