Les peuples turcs, de la Sibérie à Manzikert

lundi 15 juin 2020.
 

- A) Les Turcs en Asie centrale

- B) Les Turcs, d’Asie centrale en Anatolie : bataille de Manzikert (26 août 1071)

- C) Le peuplement turc de l’Anatolie après Manzikert

- D) Arrivée des Croisés catholiques et maintien de l’Etat seldjoukide

A) Les Turcs en Asie centrale

Les peuples turcs sont originaires d’Asie centrale et de la Sibérie. Durant l’Antiquité et le premier millénaire de notre ère, il s’agit de nomades non différentiables des Mongols et des Toungouses. Cela explique les caractéristiques proches des langues mongoles, toungouses et turciques.

La répartition géographique actuelle des langues turciques valide ces racines des Turcs en Asie centrale avec par exemple :

- le Ouighour (10 millions de locuteurs)

- l’ouzbek (15 millions)

- le kazakh (12 millions)

- le tatar (7 millions)

- le kirghiz (4 millions)

- le tchouvache (2 millions)

- le bachkir (2 millions)

La répartition des langues turciques en six grandes branches est encore plus parlante

PNG - 72 ko

B) Les Turcs, d’Asie centrale en Anatolie : bataille de Manzikert (26 août 1071)

Au 10ème siècle, les Turcs seldjoukides passe des steppes sibériennes en Transoxiane puis dans la région de Boukhara (Ouzbékistan actuel). La tribu se convertit alors à l’islam sunnite.

Au 11ème siècle, les seldjoukides passent en Iran (capitale Ispahan) puis en Mésopotamie à l’appel du calife.

Alp Arslan ( "Lion Héroïque") est le fondateur de la puissance turque au Moyen Orient. En 1064, il pénètre en Cappadoce (centre de l’Anatolie) et fait de Césarée sa capitale. Il conquiert l’Arménie et la Géorgie. Le 26 août 1071, il écrase l’armée bysantine de Romain IV Diogène lors de la bataille de Manzikert, au Nord du lac de Van. Alp Arslan unifie administrativement ses territoires, s’entourant d’un conseil d’état, s’appuyant sur un excellent grand vizir nommé Nizam al-Mulk, développant un réseau de madrasa... Chaque province est dirigée, pour un temps déterminé, par un émir qui prélève un impôt sur les habitants afin de payer des troupes. Son armée comprend sa garde personnelle, des alliés (Turcomans, Arméniens, Daïlamites de l’Elbourz...) et surtout les troupes des émirs.

C) Le peuplement turc de l’Anatolie après Manzikert

Sous le règne d’Alp Arslan puis de ses successeurs, un afflux de nomades puis paysans turcs s’implante en Anatolie. L’ancien peuplement grec est repoussé vers le Nord et l’Ouest. De nombreux mercenaires turcs entrent dans le même temps au service des puissances du Moyen Orient, en particulier l’empire bysantin, marchandant leur soutien.

Des tribus entières s’installent également au Proche-Orient :

- les Saltoukides à Erzurum (haute Arménie),

- les Danichmendides dans la région des fleuves Kizilirmak et Yesilirmak puis au Nord-Ouest de l’Anatolie

- les Mengudjekides sur le haut Euphrate

- les Ortokides en Anatolie orientale

- les Zenguides et Ayyoubides en Syrie...

Le renforcement de la puissance turque en Anatolie s’explique aussi par l’habileté de ses chefs comme Süleyman bin Kutalmış qui se fait apprécier des paysans transplantés par Bysance (Valaques, Slaves, Syriens...), qui libère les esclaves ruraux en échange d’un impôt, qui joue un jeu politique complexe entre l’empire bysantin et le sultan seldjoukide.

D) Arrivée des Croisés catholiques et maintien de l’Etat seldjoukide

La société seldjoukide aux 11ème et 12ème paraît assez bien organisée autour du sultan et de son divân (bureau) dirigé par le vizir mais les querelles dynastiques sont très fréquentes, l’Etat étant considéré comme le bien d’une famille et aucune règle ne fixant les passations de pouvoir. Les provinces sont généralement dirigées par un frère ou fils du sultan épaulé par un vali (gouverneur).

En réalité :

- les steppes d’Anatolie centrale sont occupées par des tribus turques et mongoles, fort indépendantes, restées chamanistes avec un vernis musulman. Ces tribus nomades disposent de lieux déterminés d’estivage et d’hivernage ; elles paient un impôt annuel proportionnel à leurs troupeaux.

- des paysans autochtones grecs et arméniens travaillent leurs parcelles et paient un impôt soit au sultan s’ils se trouvent sur une terre domaniale, soit à un militaire, soit à l’intendant du wakf, soit à une fondation pieuse, soit au propriétaire foncier. De même, un nombre important de pauvres (turkmènes...) au statut de métayer ou journalier se place au service de l’aristocratie rurale.

- les villes constituent des centres commerciaux et artisanaux où se côtoie une population diverse (Grecs, Turcs, Arméniens, Juifs...).

- sur les frontières, les oudj recrutent particulièrement des turkmènes pour défendre le territoire et opérer des razzias chez l’ennemi.

En 1096, des Croisés débarquent en Anatolie.

Première croisade et prise de Jéusalem (15 et 16 juillet 1099)

Par delà les péripéties militaires, notons seulement que les croisades stoppent l’expansion géographique turque mais n’empêchent pas le maintien des seldjoukides puis l’apparition des Ottomans.

Jacques Serieys


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message