"Les mains de Jeanne-Marie" Rimbaud valorise les femmes de la Commune

samedi 2 septembre 2017.
 

L’empire de Napoléon 3 a cru dévoyer la combativité sociale et démocratique des Français en déclarant la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Las ! Les armées allemandes écrasent les meilleures armées françaises qui se rendent lamentablement à Metz et Sedan, certaines unités d’élite n’ayant même pas tiré un coup de fusil.

Le peuple français se lève alors pour défendre son territoire. Paris résiste tout l’hiver malgré la famine, le froid et les privations. En mars 1871, le gouvernement français veut signer une capitulation avec le Kaiser ; aussi, il essaie de prendre au peuple parisien ses canons. Les Parisiens résistent.

A la demande de Thiers et de son prétendu "gouvernement français" Guillaume 1er, empereur d’Allemagne, décide de libérer des forces armées françaises d’active pour écraser Paris.

Durant deux mois, les Parisiens se défendent et essaient de fonder un nouveau type de république, effectivement sociale et démocratique.

Le 21 mai 1871, profitant d’un poste accidentellement non gardé de la Porte de Saint Cloud, l’armée pénètre dans la capitale. Le peuple construit immédiatement des barricades (environ 500) dans chaque rue , chaque quartier pour résister.

Partout, l’armée fusille de façon sommaire les Communards.

Partout, les Communards se battent avec l’énergie du désespoir. Les femmes combattent, portent la poudre, les allumettes et le pétrole (d’où leur appellation de Pétroleuses).

La dernière barricade tombe le 28 mai à 13 heures. L’armée reçoit l’ordre de fusiller au moindre indice, à la moindre dénonciation. Plus de 20000 Parisiens et Parisiennes sont ainsi victimes d’une répression atroce. Plus de 10000 seront encore condamnées à mort ou à la déportation (dans des conditions, comme en Nouvelle-Calédonie, qui valaient souvent la mort).

Retenu à Charleville, Rimbaud n’a pu participer à la Commune, mais il la soutient. Ci-dessous les huit dernières strophes (sur 16) de son poème "Les Mains de Jeanne-Marie".

Les Mains de Jeanne-Marie

Le jeune Rimbaud ou l’exigence d’une vraie vie

Ce sont des ployeuses d’échines,

Des mains qui ne font jamais mal,

Plus fatales que des machines,

Plus fortes que tout un cheval !

.

Remuant comme des fournaises,

Et secouant tous ses frissons,

Leur chair chante des Marseillaises

Et jamais les Eleisons !

.

Ça serrerait vos cous, ô femmes

Mauvaises, ça broierait vos mains,

Femmes nobles, vos mains infâmes

Pleines de blancs et de carmins.

.

L’éclat de ces mains amoureuses

Tourne le crâne des brebis !

Dans leurs phalanges savoureuses

Le grand soleil met un rubis !

.

Une tache de populace

Les brunit comme un sein d’hier ;

Le dos de ces Mains est la place

Qu’en baisa tout Révolté fier !

.

Elles ont pâli, merveilleuses,

Au grand soleil d’amour chargé,

Sur le bronze des mitrailleuses

À travers Paris insurgé !

.

Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,

À vos poings, Mains où tremblent nos

Lèvres jamais désenivrées,

Crie une chaîne aux clairs anneaux !

.

Et c’est un soubresaut étrange

Dans nos êtres, quand, quelquefois,

On veut vous déhâler, Mains d’ange,

En vous faisant saigner les doigts !


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message