La Conférence de Kienthal impose le courant internationaliste en pleine Première guerre mondiale (résolutions du 29 avril 1916)

dimanche 26 mars 2017.
 

La Première guerre mondiale a éclaté début août 1914.

Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats (23 juillet 4 août 1914)

Les grands partis socialistes de la Deuxième Internationale ont alors abandonné leur orientation de Guerre à la Guerre, de stratégie révolutionnaire contre leurs gouvernements au profit de l’Union sacrée dans chaque pays

Août 1914 : La trahison militariste et nationaliste de la 2ème Internationale

Les opposants à cette boucherie se sont retrouvés une première fois à Zimmerwald sur une orientation majoritairement pacifiste :

5 au 8 septembre 1915 : la Conférence de Zimmerwald maintient le drapeau du socialisme internationaliste contre les nationalismes militaristes

Cinq mois plus tard, en janvier 1916, le Projet de Manifeste pour une nouvelle conférence est difffusé

Janvier 1916 Projet de Manifeste pour la Conférence de Kienthal

Du 24 au 30 avril 1916, la Conférence de Kienthal se réunit dans un contexte très différent de celui de Zimmerwald.

Des grèves ouvrières, des mutineries commencent à éclater dans tous les pays en guerre. Les courants internationalistes gagnent en audience, en particulier en Allemagne.

Aussi, le contenu du Manifeste de Kienthal va être plus radical que celui de Zimmerwald : « Le prolétariat ne peut pas ne pas aspirer à assurer l’indépendance des nations. Mais il doit le faire non en soutenant le militarisme capitaliste qui le ronge, mais par la lutte ouverte contre lui. Notre voie n’est pas la guerre au côté des gouvernants mais la révolution contre eux. »

1) Résolution de Kienthal : Armistice immédiat. Préparation de la Révolution socialiste

En conclusion des délibérations, la résolution suivante a été adoptée à l’unanimité en votation finale :

1 1. La guerre actuelle est la conséquence des antagonismes impérialistes, résultant du développement du régime capitaliste. Les forces impérialistes s’emploient à exploiter dans leur intérêt les problèmes de nationalité demeurés sans solution, les aspirations dynastiques et tout ce qui survit du. passé féodal. Le vrai but de la guerre est de provoquer une nouvelle répartition des possessions coloniales et de déterminer la soumission des pays en retard dans leur développement économique.

2. La guerre ne pouvant supprimer ni le régime capitaliste ni ses manifestations impérialistes, ne peut non plus éliminer les causes de guerres futures. Elle renforce l’oligarchie financière, elle est incapable de résoudre les anciens problèmes de nationalité et de mettre fin à la lutte pour l’hégémonie mondiale. Elle complique au contraire tous ces problèmes et crée de nouveaux antagonismes qui augmentent encore la réaction économique et politique, renferment les germes de guerres futures.

3. C’est pourquoi, en affirmant que la guerre se propose une paix durable, les gouvernements et leurs agents bourgeois social‑nationalistes ne tiennent pas compte des conditions nécessaires à la réalisation de ce but ou faussent sciemment la vérité. Dans un régime capitaliste, les annexions, les alliances économiques et politiques des États impérialistes, pas plus que les tribunaux d’arbitrage obligatoire, les limitations des armements, et ce qu’on appelle démocratisation de la politique étrangère, ne peuvent assurer une paix durable.

4. Les annexions réalisées par la violence excitent la haine parmi les peuples, produisent de nouvelles causes de conflits et de heurts. Les alliances politiques et les coalitions des puissances impérialistes, c’est là un moyen propre à prolonger, à étendre la guerre économique en provoquant de conflagrations mondiales toujours plus graves.

5. Les projets tendant à supprimer les dangers de guerre par la limitation générale des armements, par l’arbitrage obligatoire, supposent l’existence de sanctions efficaces généralement reconnues, l’existence d’une force matérielle capable d’équilibrer les intérêts antagonistes des États ‑ et d’imposer à ceux-ci son autorité. Mais de telles sanctions et une telle autorité n’existent pas et le développement capitaliste qui aggrave encore les antagonismes entre les bourgeoisies des différents pays ou de leurs coalitions, ne nous donne aucun espoir pour l’avènement d’une telle puissance médiatrice. Le véritable contrôle démocratique sur la politique étrangère suppose une démocratisation complète de l’État moderne ; le prolétariat trouverait en lui une arme utilisable dans sa lutte contre l’impérialisme mais jamais un moyen décisif susceptible de transformer la diplomatie en un instrument de paix.

6. C’est pour ces raisons que la classe ouvrière doit repousser les propositions fantaisistes des pacifistes bourgeois et des socialistes nationalistes qui remplacent de vieilles illusions par de nouvelles : ils leurrent ainsi les masses en les détournant du chemin de la lutte de classe et en faisant le jeu de la politique jusqu’auboutiste.

7. Si le régime capitaliste est incapable d’assurer une paix durable, seul le socialisme créera des conditions nécessaires à sa réalisation. En effet, en abolissant la propriété privée des moyens de production, le socialisme élimine en même temps que l’exploitation des masses par les classes possédantes, l’oppression des peuples et, par ce fait même, les causes de la guerre. C’est pourquoi la lutte pour une paix durable n’est, en somme, que la lutte pour la réalisation du socialisme.

8. Chaque fois que la classe ouvrière renonce à la lutte de classe en se solidarisant avec ses exploiteurs, en subordonnant ses aspirations à celles des gouvernements et des classes dirigeantes, elle s’éloigne de son but : la réalisation de la paix durable. En agissant ainsi, la classe ouvrière confie aux classes capitalistes et aux gouvernements bourgeois une tâche qu’elle seule peut mener à bonne fin ; pire encore, elle livre à la boucherie de la guerre ses meilleures forces, et voue ainsi à la destruction les éléments les plus sains et les plus capables qui, en temps de guerre comme en temps de paix, devraient être appelés en premier lieu à la lutte pour le socialisme.

9. Conformément aux décisions des congrès internationaux de Stuttgart, de Copenhague et de Bâle, l’attitude du prolétariat à l’égard de la guerre ne saurait être déterminée par la situation militaire ou stratégique des pays belligérants. Le devoir vital du prolétariat est donc de demander dès maintenant l’armistice immédiat pour entamer les pourparlers de Paix.

10. Selon que cet appel trouvera un écho dans les rangs du prolétariat international, suscitant une action vigoureuse dont le but est le renversement de la domination capitaliste, la classe ouvrière réussira à bâter la fin de la guerre et à influer sur les conditions de la paix. Si la classe ouvrière ne répond pas à cet appel, les conditions de la paix future seront fixées par les gouvernements, les diplomaties, les classes dirigeantes, sans aucun égard aux intérêts et aux aspirations des peuples.

11. Dans la lutte révolutionnaire des masses pour les aspirations socialistes et pour la libération de l’humanité du fléau capitaliste militariste, le prolétariat doit, en même temps, s’opposer à toutes les velléités annexionnistes. Le prolétariat ne considère pas la configuration politique du monde telle qu’elle était avant la guerre comme répondant aux intérêts des peuples, mais il s’oppose à tout remaniement arbitraire des frontières, même dans le cas où, sous le prétexte de libérer les peuples, on voudrait constituer des États mutilés, pourvus d’une indépendance fictive et soumis à un véritable vasselage. Le socialisme lui-même tend à supprimer toute oppression nationale par l’union politique et économique des peuples sur des bases démocratiques ‑ union irréalisable dans le cadre de la société capitaliste. Mais ce sont précisément les annexions ‑ quelle qu’en soit la forme ‑ qui rendent cette tâche difficile, lorsqu’en démembrant les peuples, en les écartelant, et en les incorporant aux grands États capitalistes, on rend plus pénibles les conditions de la lutte prolétarienne.

12. Aussi longtemps que le socialisme n’apporte pas la liberté et l’égalité des droits de tous les peuples, le constant devoir du prolétariat est de lutter résolument contre toute oppression nationale, contre toute violence à l’égard des peuples plus faibles, pour obtenir par la lutte de classe leur autonomie sur une base entièrement démocratique, ainsi que la protection des minorités nationales.

13. Les indemnités de guerre exigées par les puissances impérialistes ne sont pas conciliables avec les intérêts du prolétariat. De même que les classes dominantes de chaque pays cherchent à faire peser les dépenses de guerre sur les épaules de leur propre classe ouvrière, elles tenteront aussi de rejeter le poids des indemnités de guerre sur le prolétariat des pays vaincus. Cet état de choses nuirait aussi bien aux travailleurs du pays vainqueur, car l’aggravation des charges économiques et sociales de la classe ouvrière d’un pays donné aurait sa répercussion inévitable sur celle des autres ays et rendrait plus difficiles les conditions de la lutte de classe internationale. L’action du prolétariat d’une nation ne consiste pas à rejeter les charges économiques et financières de la guerre sur les ouvriers d’une autre nation, mais à les faire peser sur les possédants de tous les pays par l’abolition de la Dette publique.

14. La lutte contre la guerre et l’impérialisme s’intensifiera de plus en plus par suite des souffrances et des ruines causées par les fléaux de l’époque impérialiste. Le socialisme développera et dirigera le mouvement des masses contre la cherté de la vie, pour les revendications des travailleurs agricoles, contre le chômage, les nouveaux impôts et contre la réaction politique jusqu’à ce qu’il aboutisse à la lutte internationale pour le triomphe final du prolétariat.

2) Résolution de Kienthal sur Le Bureau Socialiste International et la guerre

La conférence a voté à l’unanimité la résolution suivante :

Considérant que le Comité du Bureau socialiste international a gravement manqué à son devoir, le plus nettement et le plus explicitement établi par les résolutions des congrès internationaux, en se refusant obstinément de convoquer la réunion plénière du Bureau, malgré les instances répétées des différentes sections nationales :

Que, de cette manière, le Comité exécutif non seulement n’a rien fait pour remédier à la crise profonde traversée par l’Internationale mais au contraire l’a approfondie, en se faisant le complice du reniement des principes, de la politique de la soi‑disant défense nationale et de l’« union sacrée » qui a réduit l’Internationale à un état de dispersion et de honteuse impuissance ;

Que cette complicité du Comité exécutif a trouvé son expression la plus frappante dans le fait que son président a cru pouvoir cumuler en sa personne la qualité de ministre d’État d’une puissance belligérante et celle de président du B.S.I., abaissant par là l’organe central de l’Internationale ouvrière au rôle indigne d’un instrument servile, d’un otage d’une des coalitions impérialistes ;

Considérant que ce n’est qu’après vingt mois de guerre, devant l’indignation croissante des masses se libérant du cauchemar chauviniste, que le Comité exécutif s’est avisé de la nécessité de convoquer le Bureau ;

Considérant que cette tentative est accompagnée de la sanction donnée d’avance à la lutte fratricide des peuples, justifiée par la soi‑disant défense nationale ;

Que le Comité exécutif, tout en accordant l’absolution à tous ceux qui ont abandonné le drapeau socialiste, s’acharne en même temps à combattre les éléments révolutionnaires de l’Internationale qui se sont retrouvés dans la mêlée et se sont tendu la main pour inaugurer la lutte contre la guerre impérialiste ;

Que, de la sorte, cette tentative de reprendre les relations entre les sections nationales revêt le caractère d’une paix séparée entre les social‑nationalistes ;

Qu’étant donnés les contacts totalement contraires aux principes du socialisme qui se sont établis pendant la guerre dans la plupart des pays belligérants entre les gouvernements et les dirigeants du socialisme nationaliste, il est à craindre que le Comité exécutif du B.S.I. pourrait, dans certaines conditions, convoquer le Bureau au moment où cette convocation correspondrait aux visées politiques de l’une ou des deux coalitions impérialistes,

La seconde conférence socialiste internationale de Zimmerwald

* Invite les sections affiliées à la Commission socialiste internationale de Berne à suivre avec une attention soutenue les démarches du Comité exécutif ;

* Exprime sa profonde conviction que l’Internationale ne pourra se relever comme véritable puissance poli e de la débâcle qu’à mesure que le prolétariat mondial, se libérant des influences impérialistes et chauvines, reprendra la voie de la lutte sociale et de l’action des masses.

1

Pour le cas où la séance plénière du Bureau serait convoquée, les délégués des partis adhérant à Zimmerwald devront dévoiler les intentions réelles des représentants du socialisme nationaliste tendant à détourner le prolétariat de ses buts, et opposer à cette duperie concertée les principes fondamentaux sur la base desquels l’opposition internationaliste s’est constituée dans tous les pays.

2

Au cas où le Comité exécutif convoquerait une réunion du Bureau, la C.S.I. de Berne devrait s’efforcer de réunir la Commission élargie pour se concerter au sujet d’une attitude identique des zimmerwaldiens.

3

La Conférence reconnaît le droit des sections socialistes nationales adhérant à Zimmerwald de demander la convocation du Bureau socialiste international. Archives Lenine Archives Trotsky Haut de la page


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