Etat fasciste oustachi de Croatie

jeudi 8 août 2019.
 

Les ouvrages d’histoire citent rarement le régime oustachi de Croatie. Pourtant, aucun Etat fasciste n’a été plus meurtrier dans son pays (1 habitant sur six à 1 habitant sur sept tué dans des conditions souvent abominables). Pourtant, aucun Etat fasciste n’a bénéficié d’un soutien engagé aussi fort de l’Eglise catholique.

1) Les Oustachis

Le mouvement des oustachis constitue un exemple d’organisation d’extrême droite devenant plus tard le pilier d’un Etat fasciste.

Il se crée le 7 janvier 1929 sur quelques fondamentaux très clairs : identité nationale croate, racisme (antisémité, antiserbe...), catholicisme clérical, refus de la démocratie politique.

Il bénéficie alors du soutien de deux régimes fascistes : la Hongrie de l’amiral Horthy et l’Italie de Mussolini.

2) L’Etat fasciste clérical de Croatie

En avril 1941, les Oustachis profitent des victoires militaires du 3ème Reich pour fonder l’Etat indépendant de Croatie qui adhère le 15 juin à l’Axe Rome Berlin Tokyo. Rapidement, leur armée s’engage aux côtés des armées nazies dans les Balkans comme en URSS (Stalingrad...).

Quelles sont les principales caractéristiques idéologiques de ce régime ?

- une identité culturelle fondée sur le dogme catholique hérité du combat contre les mécréants, contre la rupture de l’unité de l’Eglise (orthodoxes, protestants), contre les Lumières, contre les Droits de l’Homme, contre la démocratie politique, contre le socialisme. Le clergé catholique croate constitue le relai essentiel du régime dans la population.

- la sacralisation de l’identité nationale croate et de l’unité croate

- un équilibre entre rôle du chef Ante Pavelitch et statut du roi Tomislav II qu’ils intronisent (il s’agit d’un petit-fils de roi d’Espagne, arrière-petit-fils de roi d’Italie, petit-fils du "comte de Paris", époux d’Irène fille du roi Constantin Ier de Grèce et de la princesse Sophie de Prusse)

3) Le camp de concentration de Jasenovac

- le camp de concentration , géré par les seuls oustachis de sa création à sa fermeture, troisième camp d’extermination en Europe par le nombre de morts après ceux d’Auschwitz et de Treblinka. "Ce camp se distingue des autres à plus d’un titre. Tout d’abord parce que les victimes n’étaient pas nécessairement uniquement juives... Et il se distingue aussi par la façon dont on y tuait les gens, à l’aide de marteaux, de couteaux, de pierres", autant de manifestations d’un "pur sadisme" (Shimon Peres, juillet 2010)

L’Etat indépendant de Croatie représente le premier Etat fasciste à mettre en place une politique d’épuration ethnique avec de très nombreux massacres et deux camps d’extermination très actifs.

4) Le massacre de la grotte de Kletchka

Juillet Aout 1941, les forces armées du gouvernement ustasha de l’Etat libre de Croatie, Etat fasciste ayant pactisé avec l’Axe sous la bienveillance militante du Vatican, massacrèrent 453 villageois des bourgs de la Krajina serbe pour le seul fait que ceux ci refusaient de se convertir au catholicisme et de renier leurs origines et leur culture. Les forces fascistes exécutèrent les 453 martyrs à l’arme blanche, jetant les corps dans la grotte de Kletchka située dans les alentours de la ville de Ogulina en Croatie actuelle.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Crimes_de_l’%C3%89tat_ind%C3%A9pendant_de_Croatie

http://fr.wikipedia.org/wiki/Camp_d...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Oustachis

http://books.google.fr/books?id=QwB...

complément 1 L’Eglise catholique et les Oustachis

L’ATTITUDE, pendant la Seconde Guerre mondiale, de l’Eglise catholique croate et de son chef d’alors, le cardinal Alojzije Stepinac, face au régime pronazi d’Ante Pavelic, nourrit encore aujourd’hui une tension entre le Vatican et les Serbes orthodoxes. La mémoire du cardinal a été encore défendue par l’archevêque de Zagreb, Mgr Franjo Kuharic, et par le pape Jean-Paul II lui-même au cours de la messe de dimanche. De surcroît, Rome a ouvert son procès en béatification.

complément 2 : 1941-1945, le génocide dans les Balkans que tout le monde a oublié

On entend beaucoup parler des Serbes et de la Serbie ces derniers temps. Tensions au nord du Kosovo à cause de la volonté des autorités non-reconnues du Kosovo de s’emparer des "frontières" pour étouffer la minorité serbe, candidature de la Serbie a l’UE,etc...

Pourtant en ce mois d’Aout 2011 tout le monde semble avoir oublié qu’il y a exactement 70 ans débutait l’un des pires genocide des Balkans, celui des Serbes et des Juifs de Croatie et de Bosnie, exécuté par les Oustachis de l’ "Etat indépendant de Croatie".

En 1941, alors que la deuxième guerre mondiale sévit depuis deux ans avec ses nombreux morts et combats, les Nazis attaquent la Yougoslavie et mettent en place en Croatie un Etat indépendant qui va devenir satellite de l’Allemagne, l’Etat indépendant de Croatie. Ses autorités, les Oustachis, se fondent sur une politique basée sur le modèle nazi et prônent un Etat croate ethniquement pur, qui sera débarrassé des "éléments indésirables", Serbes et Juifs. Le tristement célèbre Ante Pavelic, chef des Oustachis, ne cherche pas à dissimuler les massacres qu’il compte mener contre ces populations. Des lois raciales sont édictées [Loi pour la protection du peuple et de l’état (17 avril 1941), loi sur l’appartenance à la race (30 avril 1941), loi sur la protection du sang aryen et de l’honneur du peuple croate (30 avril 1941)] qui mettent en place de fortes discriminations envers les Serbes et les Juifs : Ceux-ci sont chassés des centres des villes, victimes d’expropriations, et doivent porter des signes distinctifs. Ceux qui refusent l’oppression ainsi que les Croates qui défendent les victimes sont accusés de haute trahison et emprisonnés ou fusillés.

Les Oustachis déclenchent rapidement des massacres. Le 2 juin 1941, le ministre de la justice de l’Etat indépendant de Croatie, Milovan Zanic, annonce que " les massacres déjà commis s’inscrivent dans un plan national de massacre des populations serbes et juives. [la Croatie], est seulement pour les Croates et pour personne d’autre. Il n’y a pas de méthode que nous, Croates, puissions négliger dans le but de faire ce pays vraiment nôtre et de le nettoyer des Serbes (et des éléments "hostiles"). (...) Nous ne cachons pas notre pensée, c’est la politique de notre État, (...) nous ne ferons pas autre chose, mais seulement ce qui est écrit dans les principes oustachis."

Certains hauts responsables oustachis vont même plus vite que les autorités centrales de Zagreb : Le gouverneur oustachi de la région de Banja Luka, Gutic, lance des appels à la haine et signe des papiers autorisant " Tout Croate à exterminer les Serbes partout où on les rencontrera".

Durant le seul mois de Juin 1941, on compte 100 000 hommes, femmes et enfants serbes tués par les soldats oustachis et les paramilitaires qui les aident.

D’’autres massacres encore plus vastes ont eu lieu en Herzégovine durant la même période. Dans la banlieue de Ljubinje, les oustachis ont entrepris le 2 juin un massacre en masse. Trois jours plus tard, les oustachis ont égorgé quelque 180 paysans du village de Korita, près de Gacko. Le 30 juin, à Ljubusko, nouveau massacre. En juin, c’était le massacre des Serbes sur le territoire de la Dalmatie du Nord. Encore plusieurs dizaines de milliersde morts.

Fin Juillet et debut Aout 1941 ont lieu les massacres de Vrgin-Most qui seront de l’aveu même des soldats italiens alliés des Oustachis un déclenchement de la barbarie la plus affreuse. Des femmes de villages serbes sont affreusement violées puis mutilées, plusieurs milliers de civils exécutés. Lors du raid du 3 Aout, on comptera 5 survivants sur les 5000 Serbes qui ont été arrêtés par les Oustachis. Bien qu’alliée de ces derniers, l’armée italienne décidera d’intervenir et de prendre le contrôle de la région pour faire cesser cette barbarie, ce qui fâchera passablement les autorités centrales de Zagreb.

Concernant les camps de concentration, la Croatie sera le seul " Etat" d’Europe à mettre en place une politique concentrationnaire sans l’aide des Nazis. Et une différence remarquable entre les camps nazis et croates est que les exécutions dans les camps croates avaient le plus souvent lieu à l’arme blanche ou même....a la hache comme dans le funeste camp de Jasenovac, l’Auschwitz des Balkans, dans lequel furent exécutes 360 000 personnes, comprenant des Serbes, des Juifs, des Tziganes et des opposants, ce qui en faisait selon les historiens le camp le plus meurtrier après ceux d’Auschwitz et de Treblinka.

Le bilan de ce génocide varie. Déjà en 1941, un rapport intitulé Documentation sur les actions illégales et brutales commis par les oustachis sur la population yougoslave, commandé par l’État-major de l’armée italienne, fait état de plus de 80 000 Serbes tués entre Avril et Aout 1941.

Le bilan total du génocide se chiffre lui en centaines de milliers de morts et de disparus : 744 000 selon un rapport du président Roosevelt lors de la conférence de Téhéran, dont 330 000 environ rien qu’a Jasenovac selon le United States Holocaust Memorial Museum.

Force est néanmoins de constater que si le thème du génocide de 1941-1945 est bien connu des historiens des Balkans et de certains historiens américains, on en parle relativement peu. Et il a fallu attendre Avril 2011 pour qu’un officiel croate, le président Josipovic, fasse enfin des excuses pour les crimes commis par l’Etat indépendant de Croatie.

source du complément 2 : https://www.agoravox.fr/actualites/...


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