4 au 25 août 1953 Grève générale en France sur les retraites, le statut des fonctionnaires et les salaires

vendredi 10 août 2018.
 

- 4 août 1953 Début de la grève dans les PTT

- 8 août Grève de 24h dans toute la fonction publique

- 13 et 14 août 4 millions de grévistes (extension dans la métallurgie, mines, banques, assurances, construction navale, bâtiment, chimie...)

- 17 août : réquisition des grévistes par le gouvernement. Répression

- Le mouvement redouble en mobilisation

- 21 au 25 août Reculs du pouvoir et fin de grève dans l’amertume

A) Août 1953 ; une vraie, grande, belle grève générale

Souvenez-vous. Le gouvernement venait d’être constitué par Joseph Laniel, un patron de droite. Pour faire face aux dépenses de la guerre d’Indochine, il avait inventé un plan d’austérité. C’est-à-dire une réforme du statut de la fonction publique et un recul de l’âge de la retraite de tous les fonctionnaires (qui était alors à 58 ans pour les “services actifs”), soit un allongement de sept ans pour beaucoup d’entre eux. Il annonçait un blocage des salaires, et des licenciements chez les postiers non-titulaires.

Le 4 août, la CGT, la CFTC et le Syndicat autonome de la Poste appellent à débrayer une heure contre les décrets annoncés. À Bordeaux, dans la cour de la poste principale, de nombreux facteurs expriment leur désaccord avec la mollesse des dirigeants fédéraux. Un militant anarcho-syndicaliste, Jean Viguié, propose aux postiers rassemblés de lancer une grève générale et illimitée qui, seule, peut faire reculer le gouvernement. La grève est votée et aussitôt, les grévistes téléphonent à leurs collègues, dans tout le reste du pays. Deux jours plus tard, la grève était générale dans les PTT.

La CFTC puis la CGT appellent la fonction publique à une grève d’avertissement de 24 heures, le samedi 8 août. La SNCF, EDF, les gaziers, Air France, la RATP, suivent massivement cette grève. Le dimanche 9 août, le gouvernement Laniel publie un décret qui vise le régime particulier de retraites des cheminots. Les cheminots poursuivent alors la grève. Le 12, Laniel s’adresse au pays : « Je dis non à la grève ! » Et il pose comme préalable à toute reprise des discussions, la fin du mouvement de grève. Le 13, la grève s’étend à la métallurgie et aux mines, aux banques, aux assurances, à la construction navale ; le 14, au bâtiment et à l’industrie chimique. Dans le Midi, les viticulteurs dressent des barrages, menacent de s’emparer des préfectures. Il y a maintenant quatre millions de grévistes. Les ordures ménagères commencent à s’amonceler sur les trottoirs. Laniel reste inébranlable. Le 17, il réquisitionne les employés des services publics, les cheminots, les postiers. La réaction est instantanée : partout en France, spontanément cortèges ou rassemblements se forment. Le CNPF, encouragé par le comportement du gouvernement, refuse d’entendre parler d’augmentations salariales dans le secteur privé.

Alors, dans toutes les villes importantes, des milliers de travailleurs se rassemblent chaque jour devant la Bourse du travail où siègent les comités de grève.

Le 17, le chef du gouvernement, par un discours particulièrement agressif, donne une fin de non recevoir aux tentatives de FO et de la CFTC qui cherchent une solution acceptable pour terminer ce mouvement qui leur échappe. Car à la CFTC, on redoute que cela n’aboutisse à un triomphe communiste. Et les dirigeants de FO, à l’origine du mouvement, craignent d’être arrêtés. Finalement dans la nuit du 20 au 21, le ministre des Travaux Publics “capitule” : aucune sanction ne sera prononcée contre les grévistes qui ont refusé d’obéir aux ordres de réquisition sauf pour ceux qui se seraient rendus coupables de fautes graves. Mais les journées de grève ne seront pas payées. Et les salaires seront discutés plus tard. Le 21 août, à 13 heures, la CFTC ordonne la reprise du travail, suivie à 20 heures par FO. La CGT, ignorant ces mots d’ordre, tente de poursuivre la grève. Mais, finalement, le 25 aout elle invite ses adhérents à reprendre le chemin des usines et des bureaux.

Chez les grévistes, l’amertume est grande. Un peu partout des ouvriers déchirent leurs cartes syndicales. On parle de trahison, on attribue l’échec du mouvement au manque d’unité entre les centrales syndicales et aux rapports trop étroits des leaders syndicaux avec les partis politiques.

Source de ce texte A : http://www.colycol66.123.fr/spip.ph...

B) Il y a 50 ans, août 1953 : la grève générale des fonctionnaires

Il y a 50 ans, au mois d’août, en pleine période des congés pour les salariés, une grève qui a surpris tout le monde, mais surtout le gouvernement de l’époque, a paralysé les services publics et mis en échec ses plans d’austérité. Le gouvernement était alors dirigé par Joseph Laniel, un patron situé nettement à droite.

Lorsque Laniel arrivé au pouvoir, après une crise ministérielle qui avait duré 36 jours, chose courante sous la IVe République, un gouvernement de droite succédait à d’autres gouvernements de droite.

La guerre froide battait son plein. L’armée s’enlisait chaque jour un peu plus dans la guerre coloniale que la France menait au Vietnam, y engloutissant les hommes par milliers, le matériel et les munitions par milliards. En moins de trois ans, le budget militaire avait doublé et représentait 35% du budget de l’État.

Les décrets-lois

Pour faire face à ce gouffre financier, Laniel envisageait de ponctionner encore davantage la population laborieuse. L’Assemblée nationale lui vota des pouvoirs spéciaux, l’autorisant à gouverner par décrets-lois (des lois qui ne sont ni discutées ni votées par le Parlement) et qui pouvaient lui permettre de remettre en question sans débats n’importe quelle autre loi.

Son gouvernement, dans lequel figurait entre autres François Mitterrand, avait dès lors les mains libres pour préparer les fameux décrets-lois imposant un recul de deux ans de l’âge de départ en retraite de tous les fonctionnaires, qui était alors à 65 ans pour les services sédentaires et à 58 ans pour les services actifs. Un certain nombre « d’actifs » que l’on aurait voulu transformer en « sédentaires » étaient menacés de devoir travailler sept ans de plus. Les salaires étaient par ailleurs bloqués, et de très nombreux postiers auxiliaires, c’est-à-dire non-fonctionnaires, étaient menacés d’être licenciés. La procédure voulait que ces projets soient soumis par le gouvernement au Conseil supérieur de la Fonction publique qui devait se tenir le 4 août.

Ce même jour, la CGT, le Syndicat autonome et la CFTC (la CFDT, qui en fut issue, n’existait pas encore) appelèrent à organiser des pétitions, des délégations et un débrayage d’une heure contre les décrets annoncés. FO s’était contentée le 3 août d’une mise en « état d’alerte » de ses syndicats.

Le 4 août donc, l’activité cessait dans la quasi-totalité des bureaux, des centres et des services postaux mais, comme il était prévu, le travail reprit au bout d’une heure, sauf à Bordeaux.

De Bordeaux, la grève s’étend et devient générale

Là, réunis dans la cour de la poste principale, de nombreux facteurs exprimèrent leur désaccord avec la mollesse des dirigeants fédéraux. Un militant de FO, Jean Viguié, de tendance anarcho-syndicaliste, prit le micro et résuma la situation : « Seule une grève générale et illimitée, dit-il, peut aboutir à faire reculer le gouvernement » et conclut en disant : « Pourquoi ne la lancerions-nous pas ? ». Les applaudissement fusèrent et tinrent lieu de vote.

Par téléphone, les postiers grévistes de Bordeaux avertissaient eux-mêmes leurs collègues, dans le reste du pays. Deux jours plus tard, la grève était générale dans les PTT et gagnait d’autres secteurs, concernés eux aussi par les décrets-lois.

Les centrales syndicales, qui n’entendaient pas que le mouvement leur échappe, appelèrent les fonctionnaires et les travailleurs de l’État à une grève d’avertissement de 24 heures le 7 août, un vendredi. Cette journée fut très suivie. A côté des postiers, les cheminots, les gaziers, le métro parisien, les mineurs, les ouvriers des Arsenaux et ceux de la Régie des tabacs avaient cessé le travail. Le lundi 10, la grève paralysait la Poste et les mines. Le lendemain, jour de publication des décrets-lois au Journal officiel, la grève rebondissait chez les cheminots.

La journée d’action du 7 août, proposée par les directions syndicales, devait, à leurs yeux, encadrer et fixer des limites au mouvement. Elle eut l’effet inverse, elle aboutit à sa généralisation dans tout le pays, à tous les services et entreprises publics.

À son point culminant, la grève fut suivie par quatre millions de travailleurs. Elle dura jusqu’au 25 août. Il n’y avait plus de trains, plus de courrier. Le téléphone, alors manuel entre Paris et la province, était paralysé, le gouvernement dut utiliser les lignes intérieures de l’armée. Les chèques postaux étaient bloqués, les ordures ménagères s’entassaient sur les trottoirs des villes. Par milliers, des vacanciers, des touristes bloqués sur leur lieu de villégiature et ne purent rejoindre ni leur domicile ni leur travail. Mais cette grève restait populaire. De nombreux salariés étaient d’ailleurs persuadés qu’ils n’allaient retourner au travail que pour être appelés à se mettre en grève à leur tour.

Dans un premier temps, le gouvernement tenta de faire preuve de fermeté. Des ordres de réquisition fondés sur un décret datant de 1938, relatif à la sécurité du territoire en temps de guerre, furent adressés à des cheminots et à des postiers... et finirent en feu de joie. Des tribunaux prononcèrent des condamnations. De la prison ferme, huit jours pour cinq agents du Central téléphonique international de Paris, six jours avec sursis pour deux facteurs-chefs de Lyon, entre autres. Aucune de ces peines ne fut appliquée. Le moral des grévistes n’en fut pas entamé.

Les syndicats pour la reprise du travail

Mais pour le gouvernement comme pour les syndicats, il s’agissait de régler cette affaire avant la fin du mois d’août, avant que le reste des salariés ne retourne au travail. Les dirigeants syndicaux surent se montrer « responsables ». D’ailleurs des contacts avaient été pris dès le 15 août entre le gouvernement, la CFTC et FO. Le 20, un accord était signé. Le gouvernement reculait sur les retraites et les salaires les plus bas. Cela satisfaisait les directions CFTC et FO qui appelèrent à la reprise du travail.

La CGT, qui avait été tenue bien malgré elle à l’écart des négociations et voulait s’imposer comme un partenaire à part entière (on était, rappelons-le, en pleine période de « guerre froide »), appelait à continuer la grève. L’Humanité dénonçait « la trahison des dirigeants scissionnistes qui tentent de briser la grève au profit du gouvernement et des capitalistes ».

La grève restait puissante dans les secteurs décisifs. L’ordre de reprise de FO et de la CFTC fut sans effet. Pour autant, la CGT n’envisageait pas l’extension, ni l’élargissement de la grève. Pour la CGT, et le PCF qui l’animait et la dirigeait, il s’agissait de faire un baroud d’honneur démonstratif de leur influence.

Démonstration faite, la CGT appela à la reprise du travail le 25 août, sans que les travailleurs obtiennent rien de plus. Mais le gouvernement avait dû remiser ses fameux décrets-lois et promettre d’augmenter les bas salaires. C’est ainsi que les fonctionnaires ont réussi, en pleine période de congés payés, à faire reculer un des gouvernements les plus ouvertement réactionnaires et antiouvriers de l’époque.

Alain VALLER

Source de ce texte B : http://www.lutte-ouvriere-journal.o...


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