Les guerres d’Indochine et d’Algérie, revues et corrigées par la préfecture du Gers

vendredi 27 février 2009.
 

Dans des documents mis en ligne sur son site Internet, la préfecture du Gers livre une version très contestable des guerres d’Algérie et d’Indochine.

Les préfectures, nouveaux relais de l’histoire officielle ? À la lecture de documents mis en ligne par celle du Gers sur les guerres d’Indochine et d’Algérie, la question mérite, pour le moins, d’être posée. Complètement unilatéraux, ces textes, intitulés Algérie, la déchirure et Histoire des guerres d’Indochine, présentent, sous un sigle de l’ONAC (Office national des anciens combattants et victimes de guerre), les mouvements de libération nationale algérien et indochinois comme des belligérants à égalité avec l’armée française. Les exactions de cette dernière sont soigneusement tues. Au point que les bilans de ces guerres par lesquels se concluent les textes ne comptabilisent… que les militaires français tombés au front.

Voilà, par exemple, comment sont résumés les sanglants évènements de mai 1945 dans la région de Sétif et Guelma, théâtre d’une répression féroce et massive qui s’abattit sur les populations civiles : « Le 8 mai 1945, alors que les peuples engagés dans la lutte contre l’Allemagne nazie fêtent dans l’allégresse la victoire, à Sétif, en Algérie, la manifestation organisée par les Européens est prise violemment à partie par des éléments nationalistes et dégénère en émeute, qui gagne tout le Constantinois. Il y a de nombreux morts. La répression qui s’ensuit est sans pitié. L’ordre, certes, est rétabli mais le fossé entre les deux communautés se creuse davantage en dépit de la volonté du gouvernement français de doter l’Algérie d’institutions démocratiques. »

Les indépendantistes, tout au long du texte, sont dits « en proie au terrorisme », baptisés « rebelles algériens », voire « fell », pour « fellaghas ». « La tactique du FLN est de se mêler à la population, de gré ou de force », peut-on lire, elle consiste à « répandre la terreur dans les populations » par des « massacres, assassinats » qui « font dresser les pieds-noirs contre les Arabes ». L’armée, elle, se contente de conduire des « opérations de ratissage » et « nos hommes » (les soldats français – NDLR) « s’épuisent en longues marches ».

La Bataille d’Alger, paroxysme de la répression, est ainsi racontée : « La ville d’Alger connaissant une recrudescence d’attentats et d’enlèvements, le général Massu, commandant la 10e DP, reçoit l’ordre de réduire la casbah d’Alger, repaire des insurgés. Entre le 20 janvier et le 31 mars 1957, les militaires capturent 1 800 fellaghas et un de leurs principaux chefs tandis qu’ils mettent la main sur une quantité impressionnante de bombes et de grenades. »

Pas une seule fois, n’est écrit le mot « torture ». Le document se contente d’évoquer « les méthodes parfois utilisées », qui « suscitent un certain malaise dans l’opinion ». Mêmes recours à l’euphémisme et à la réécriture prudente mais décomplexée, même silence sur les agissements de l’armée française dans le document consacré à l’Indochine. L’histoire d’État est décidément bien amnésique.

Rosa Moussaoui


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