Les vœux hors-sol du candidat Macron

mardi 4 janvier 2022.
 

Emmanuel Macron a présenté les derniers vœux du quinquennat en dressant un bilan rapide et embelli de son action politique. Malgré la pandémie, il a tenté de dessiner un paysage d’« optimisme » et de « tolérance » qui tranche avec celui qu’il propose depuis cinq ans.

Un énième point sur la situation sanitaire, un bilan dressé « à la cavalcade », une citation cachée de Marc Bloch et quelques poncifs dignes des plus belles chansons de la variété française. Emmanuel Macron a présenté vendredi soir ses traditionnels vœux pour l’année 2022 – les derniers du quinquennat – en proposant un pot-pourri de ses dernières allocutions.

Dans quelques semaines, le président de la République sera officiellement candidat à sa réélection. En attendant, il profite des derniers exercices que lui offre sa fonction pour peaufiner son entrée en campagne et vanter son action politique. « 2022 sera pour la France une année décisive, d’action encore et toujours », a-t-il insisté.

Avant son allocution télévisée, le chef de l’État s’était déjà mis en scène dans une vidéo rétrospective, publiée sur les réseaux sociaux. Des blagues avec McFly et Carlito, des images léchées, une musique de blockbuster, mais rien sur le renoncement des engagements pris auprès de la convention citoyenne pour le climat, sur la stratégie de ventes d’armes à l’international ou sur la situation des migrants à Calais.

Emmanuel Macron continue de dessiner une réalité parallèle. Il appelle à rester « unis, bienveillants, solidaires » et à « respecter nos différences », parle de « l’esprit de tolérance » et d’« une certaine idée de l’Homme », se dit « résolument optimiste pour l’année qui vient » et souhaite que l’on « reste du côté de la vie ». Des formules d’autant plus creuses qu’elles dissonent avec celles qui ont ponctué 2021.

Qu’a entendu la candidate La République en marche (LREM) aux départementales de l’Hérault, écartée parce qu’elle portait le voile, derrière l’expression « respecter nos différences » ? Qu’ont pensé les universitaires taxé·es d’« islamo-gauchistes » par leur ministre Frédérique Vidal en le voyant évoquer « une certaine idée de l’Homme » ? Qu’ont pensé les milliers de jeunes précaires en l’écoutant expliquer que « la France, malgré les épreuves, est plus forte aujourd’hui qu’il y a deux ans » ?

S’il a pris soin, campagne présidentielle oblige, de brasser tous les sujets, le chef de l’État a tout de même consacré l’essentiel de son propos à la crise sanitaire, en insistant sur « l’arme du vaccin et les acquis de notre expérience collective ». « Les devoirs valent avant les droits », a-t-il indiqué à l’attention des non-vaccinés, comme il l’avait fait devant des migrants sans-papiers en mai.

Prévenant que « les semaines à venir [seraient] difficiles », Emmanuel Macron a tout de même estimé qu’il y avait « de vraies raisons d’espérer ». « 2022 peut-être sera l’année de sortie de l’épidémie, je veux le croire avec vous ; l’année où nous pouvons voir l’issue de ce jour sans fin », a-t-il affirmé, en saluant les « mesures proportionnées » prises par son gouvernement ces derniers jours, alors même qu’elles constituent un risque immense pour les hôpitaux.

La deuxième partie de son allocution portait sur la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) qui démarre à minuit. « Vous pouvez compter sur mon engagement total pour faire de ce moment […] un temps de progrès pour vous », a assuré le président de la République, en affichant de nouveau comme première priorité « la maîtrise de nos frontières ».

Le chef de l’État a conclu ses vœux pour l’année 2022 en évoquant pour la première fois les élections présidentielle et législatives, simplement pour dire qu’il « veillerai[t] tout particulièrement » à ce que ces deux scrutins puissent « se dérouler dans les meilleures conditions possible », malgré la pandémie. « J’agirai jusqu’au dernier jour du mandat pour lequel vous m’avez élu », a-t-il répété.

« Nous aurons donc cette année des choix majeurs à faire pour notre nation. Ces choix, nous les ferons avec la conviction que la France a un chemin singulier, unique, à poursuivre, a-t-il souligné, en s’inscrivant dans une forme de continuité, sans pour autant insulter l’avenir : « Pour ma part, quelle que soit ma place et les circonstances, je continuerai à vous servir. »

C’est à ce moment-là qu’il a choisi de faire sienne une formule de Marc Bloch, tirée de L’Étrange défaite : « Et de la France, notre patrie, nul ne saura déraciner mon cœur. » Un choix qui a suscité quelques réactions moqueuses de ses adversaires politiques : « Titre prémonitoire pour lui en 2022 ? », a notamment tweeté le député La France insoumise (LFI) Alexis Corbière.

Hormis ses soutiens qui ont logiquement applaudi leur champion, les vœux d’Emmanuel Macron ont déchaîné les critiques des oppositions, elles aussi en campagne. Toutes ont pointé l’« autosatisfaction » (Bruno Retailleau, Les Républicains – LR) d’un président de la République « déconnecté des réalités » (Marine Le Pen, Rassemblement nation – RN).

« Les vœux 2022 du président Macron sont ceux d’un président déjà candidat mais toujours hors-sol, d’un président enfermé dans le déni », a également écrit le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Julien Bayou. « Une chose est sûre : Macron n’est pas vacciné contre la déconnexion. Il vit dans un monde parallèle », a renchéri le candidat PCF Fabien Roussel.

Ellen Salvi


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message