12 novembre 1890 Le cardinal Lavigerie fait avancer d’un petit pas l’Eglise catholique, du royalisme vers l’acceptation de la république

mercredi 20 janvier 2016.
 

Depuis le début du 19ème siècle, la papauté et toute l’Eglise catholique mènent une bataille idéologique systématique pour le rétablissement des royautés. Monseigneur Lavigerie pense de même.

Cependant, de 1870 à 1890, la société française évolue tout autrement :

* les citoyens se prononcent de plus en plus massivement pour les candidats républicains et un véritable mouvement de masse se construit par les "comités républicains". Les élections municipales du printemps 1890 viennent de le confirmer.

* les royalistes se ridiculisent par leurs divisions. Leur soutien au général Boulanger s’est terminé également dans le ridicule.

En 1890, la plupart des prélats français sont des royalistes bornés et limités dans leur compréhension de l’évolution de la société. Certains d’entre eux, dont Lavigerie (déjà distant vis à vis de l’ultramontanisme intransigeant), comprennent que l’action antirépublicaine de l’Eglise contribue fortement à une radicalisation de la gauche avec le risque de plus en plus concret d’une alliance entre d’une part les républicains comme Clémenceau et d’autre part les socialistes. Or, l’Eglise considère cela comme un danger bien plus important que la république bourgeoise.

Tout en restant royaliste de coeur et de conviction, le cardinal d’Alger Charles Martial Lavigerie comprend l’intérêt d’un compromis de fait entre l’Eglise et les républicains "opportunistes" représentant une majorité de la bourgeoisie grande et moyenne.

Au même moment, le pape Léon XIII a évolué de la même façon.

Au même moment aussi, les républicains opportunistes sont en position de faiblesse en raison de la poussée ouvrière et du scandale de Panama. Ils prêtent l’oreille dès 1889 aux propos discrets du cardinal d’Alger.

Le 12 novembre 1890, Monseigneur Lavigerie profite d’un toast en présence de notabilités de l’armée et de l’administration pour marquer publiquement l’acceptation du cadre politique républicain.

L’union, en présence de ce passé qui saigne encore, de l’avenir qui menace toujours, est en ce moment, en effet, notre besoin suprême. L’union est aussi, laissez-moi vous le dire, le premier vœu de l’Église et de ses Pasteurs à tous les degrés de la hiérarchie.Sans doute, Elle ne nous demande de renoncer ni au souvenir des gloires du passé, ni aux sentiments de fidélité et de reconnaissance qui honorent tous les hommes. Mais quand la volonté d’un peuple s’est nettement affirmée ; que la forme d’un gouvernement n’a rien en soi de contraire, comme le proclamait dernièrement Léon XIII, aux principes qui seuls peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées ; lorsqu’il faut, pour arracher enfin son pays aux abîmes qui le menacent, l’adhésion, sans arrière-pensée, à cette forme de gouvernement, le moment vient de déclarer enfin l’épreuve faite, et, pour mettre un terme à nos divisions, de sacrifier tout ce que la conscience et l’honneur permettent, ordonnent à chacun de nous de sacrifier pour le salut de la patrie.

C’est ce que j’enseigne autour de moi ; c’est ce que je souhaite de voir enseigner en France par tout notre clergé, et en parlant ainsi je suis certain de n’être point désavoué par aucune voix autorisée.


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