Protégeons-nous de la "Garde Hongroise", des partisans de la « Grande Hongrie » et des nostalgiques de Horthy

mardi 28 août 2018.
 

Je fais appel à mes camarades qui comme moi sont abasourdis de voir le chef du parti d’extrême droite Jobbik, Gabor Vona, se présenter au parlement hongrois vêtu d’un gilet noir brodé au dos d’un lion figurant les contours de la « Grande Hongrie » dans ses frontières d’avant 1920, à la tête d’un groupe de 47 députés de ce parti fraîchement élus, qui tous arborent l’écusson des milices pronazies de l’entre-deux guerres.

Le parti ultralibéral Fidesz de Viktor Orban, ayant remporté le 25 avril 262 sièges sur 386, a promis de « mener des réformes de fond ». Tâche grandiose s’il en est, quand on sait que le parti socialiste MSZP a déjà procédé au plus grand nombre de privatisations des pays de l’UE, au cours des huit années au pouvoir. Quand on sait que la Hongrie est devenue aussi « l’un des pays des plus corrompus de l’Union Européenne", selon les statistiques officielles de Bruxelles. Dans la répartition des rares présidences de commissions parlementaires laissées à l’opposition, les socialistes se sont dépassés, ayant abandonné au Jobbik celle des affaires sociales, mais aussi de la sécurité. Les affaires sociales et la sécurité du pays devaient être donc dans les mains d’un parti qui se réclame ouvertement de Hitler et Horthy, et qui arbore la tenue complète de la Garde, casquette et bottes lacées, lors des défilés de rue. Sur proposition du parti socialiste MSZP. Devant le tollé, suscité par ces maneuvres politiciennes, alors que le pays s’enfonce, les socialistes se sont vu dans l’obligation de reprendre ce poste, laissant à l’extrême droite le contrôle du budget. La politique budgétaire de la Hongrie sera donc conduite par des nostalgiques du III Reich. Le silence de "L’Europe qui protège" me permet de penser que cette décision est jugée politiquement correcte par Messieurs les importants de L’Union Européenne. La fraction hongroise du Parti socialiste européen a conscience d’avoir accompli son devoir, elle ne craint pas le jugement de la postérité.

L’antisémitisme du parti Jobbik est notoirement connu. Ses membres sont persuadés qu’ils incarnent « le pouvoir divin face à celui des juifs et des franc-maçons ». Les députés de ce parti se réunissent régulièrement dans un temple calviniste proche du parlement, pour raconter des plaisanteries sur les chambres à gaz au sortir de l’office. Pour ces raisons, il est utile de rappeler que l’amiral Horthy, qui rendait les juifs « collectivement responsable de la mort de Jésus », était calviniste. La question juive ayant trouvé sa « solution » en été 1944, sous Horthy précisément, il s’agit à présent, plus modestement, de rallumer des fours crématoires pour les Tsiganes de Roumanie. L’extrême droite hongroise prétend combattre aussi « le pouvoir diabolique de l’argent ». Chez les nostalgiques du règne de la noblesse terrienne magyar d’avant 1918, c’est une touchante confusion.

La droite hongroise veut « effacer la honte du Traité de Trianon », et l’extrême droite veut « rétablir la Grande Hongrie d’avant 1920 ». Ici encore c’est l’extrême droite qui aspire la droite. Tout homme qui pense s’interroge immédiatement. Qu’est-ce que cela signifie ? Nous savons que c’est en effet au Grand Trianon que fut signé en juin 1920 un traité de paix qui imposait à la Hongrie "vaincue" des mutilations humiliantes et injustes. La Hongrie a perdu deux tiers de son territoire. Nous savons également que c’est le peuple "vaincu" de la Hongrie qui a payé les  »réparations »,imposées par les "vainqueurs". S’agit-il pour autant de "récupérer » aujourd’hui la Transylvanie, qui fait partie de la Roumanie ? S’agit-il d’ »annexer » la Voïvodine, qui fait partie de la Serbie ? S’agit-il de « démanteler » la Slovaquie ? L’Ukraine doit-elle "céder » à la future « Grande Hongrie » la Ruthénie, 9O ans après Trianon ?

Ces déclarations bellicistes, où la démence s’accouple à l’analphabétisme, ont peut-être pour objectif de détourner l’attention des vrais problèmes. Lajos Kosa, vice-président du Fidesz, déclare que « l’économie hongroise est dans une situation bien pire que le gouvernement avait pensé ». « Maintenant que le navire est en train de sombrer, il faut prendre des mesures d’urgence, quoi qu’il en coûte ». Nous savons ce que signifie « prendre des mesures d’urgence quoi qu’il en coûte », les socialistes l’ont déjà fait, au cours des dernières années. Mais le vice-président du parti vainqueur des élections est peut-être trop sûr de lui quand il affirme : « L’exemple de la Grèce montre que les dirigeants européens sont prêts à payer ce qu’il faut pour prévenir une crise fatale ». Ce n’est pas sûr. Les dirigeants ni les banquiers européens n’ont peut-être pas envi de financer les efforts destinés à rétablir la couronne de Saint-Etienne.

Partout en Europe la droite est aspirée par l’extrême droite, comme dans les années 30. La désagrégation de la partie « élargie » de l’Union Européenne est désormais aussi visible qu’en Belgique. La leçon hongroise doit être retenue par tous. Le peuple hongrois au bord de l’abîme n’a personne vers qui se tourner. Il n’a nulle part où aller. Dans cette « Europe qui protège », il est seul au monde.

Karel Kostal, 20 juin 2010


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