3 janvier 1973 Modification du statut de la Banque de France, pas décisif vers la financiarisation de l’économie

lundi 16 janvier 2017.
 

Réponse à l’article Les enjeux de la dette

Vous avez tout à fait raison d’attirer l’attention sur la modification du statut de la Banque de France en 1973 qui constitue en réalité une véritable bombe économique et politique dont les dégâts, en effet, se font encore sentir.

La Loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France (aussi appelée loi Pompidou-Giscard du 3 janvier 1973, et parfois, péjorativement, loi Rothschild, allusion au fait que Pompidou fut directeur général de la Banque Rothschild), est une loi votée en France sous l’impulsion de Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre de l’Économie et des Finances, sous la présidence de Georges Pompidou.

L’article 25 de cette loi est le suivant : « Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France. » Cet article a également été repris par l’article 104 du traité de Maastricht et par l’article 123 du traité de Lisbonne. L’article de wikipédia sur cette question est très instructif : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_n%...

Pour justifier cette mesure d’apparence technique, VGE explique "qu’il s’agissait à l’époque de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une entité privée ou publique."De son propre aveu, c’est donc une véritable financiarisation de l’économie qui est mise en place par ce moyen.

Mais au-delà de ces décisions technico- économiques que vous décrivez à juste titre, il faut bien comprendre qu’il existe des intérêts de classe qui en sont la cause profonde.

Par exemple, lorsque la loi de 1973 est votée, Georges Pompidou, Giscard d’Estaing sont particulièrement liés, par leurs liens familiaux, amicaux et professionnels, à l’oligarchie financière et industrielle.

On peut se reporter à Wikipédia pour avoir une description de ces liens : c’est tout à fait probant Parlons quelques instants de son épouse Anémone Giscard d’Estaing : "Son père, François Sauvage, comte romain de Brantes, était le fils de Marguerite Schneider, elle-même fille de l’homme politique et industriel Eugène I Schneider et de Paul Sauvage, 1er marquis romain de Brantes. Les Sauvage de Brantes ont accédé à la noblesse par bref pontifical du 19 mai 1898, par lequel le pape Léon XIII accorda à Paul Sauvage de Brantes le titre de marquis de Brantes." (http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne-A... )

Il ne faut pas oublier que derrière des mots comme banque, marché, finance se cache une réalité sociologique et politique : les quelques milliers de familles fortunées, qui ne se réduisent pas aux patrons du CAC 40, dont les intérêts de classe sont défendus par leurs amis politiques qui instrumentalisent l’État à cet effet.

On peut se reporter aux ouvrages de sociologie de Michel Pinçon et Monique Pinçon Charlot : Grandes fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France (éditions Payot) et sociologie de la bourgeoisie (éditions La Découverte).

C’est la raison pour laquelle j’ai mentionné la notion de "chaîne d’or" utilisée par Ernest Mandel pour qualifier la dette publique comme moyen d’assujettissement de l’État aux intérêts de la grande bourgeoisie. (http://www.gauchemip.org/spip.php?a... ).

Hervé Debonrivage


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