La conscience politique : clé de l’émancipation des peuples

samedi 15 avril 2017.
 

"L’ignorance est la source de tous les maux" disait Platon. "L’ignorance est mère de tous les maux" disait Rabelais. Cette lumineuse affirmation a été largement confirmée dans le domaine politique par la tumultueuse histoire de l’humanité.

Un peuple sans conscience politique est condamné à souffrir

Voici une définition de la conscience politique donnée par l’encyclopédie universelle "Conscience politique : présence chez un individu d’une culture, d’une expérience et d’une maturité politiques, autorisant, notamment en matière électorale, des choix réfléchis." Source : http://encyclopedie_universelle.fracademic.com/83697/Conscience_politique

L’absence d’une formation politique conséquente des citoyens a des implications colossales.

Nous appellerons ici conscience politique la capacité pour un individu de se situer dans la société et dans son écosystème en tant que nœud d’un réseau multidimensionnel : filiation biologique et familiale, milieux de ses différents apprentissages (famille, école, etc.), environnement naturel, social et notamment professionnel, culturel économique et politique. et surtout sa capacité d’analyser les rapports de pouvoir existant au sein de la société dans laquelle il vit mais aussi au sein d’autres sociétés.

Cette conscience politique permet d’envisager le monde comme un ensemble de phénomènes interdépendants interagissant, permet d’avoir une vue d’ensemble et distanciée des événements politiques et sociaux sans se laisser aveugler et noyer dans les détails.

Cette conscience nous révèle que nos représentations mentales du monde naturel et social sont le fruit d’une construction historique de notre situation au sein de ce réseau multidimensionnel qui lui-même se modifie au cours du temps.

La compréhension des rapports de domination nécessite une conscience de classe c’est-à-dire d’avoir compris que depuis que l’Homo sapiens a construit des sociétés–états et la division sociale du travail, ceux –ci se répartissent en deux groupes : un groupe dominant et un groupe dominé le plus souvent antagoniques.

Le phénomène guerre, c’est-à-dire la violence armée organisée apparaît alors avec cette division.

Nous ne détaillerons pas ici le processus de domination de classe qui a été traité dans d’autres articles.

Nous confondons ici la notion de groupe et la notion de classe par commodité de langage mais rappelons que la notion de classe au sens marxiste ne se réduit pas à une entité sociologique mais implique un rapport économique d’exportation.

L’absence ou la faiblesse d’une telle conscience constitue une déficience qui conduit à la construction de sociétés pathologiques (je veux dire lorsque cette déficience est le lot de la majorité de la population) Cette pathologie se traduit notamment par le phénomène guerre et on peut mesurer le niveau de pathologie d’une société par le nombre de guerres et de toute forme de conflit armé dont elle est à l’origine.

Les membres d’une collectivité amputés d’une telle conscience politique placent au pouvoir et se laissent gouverner par des Homo sapiens particulièrement prédateurs même s’ils ne se présentent pas forcément ainsi lorsqu’ils sont au seuil du pouvoir.

La prédation prend alors des formes multiples : exploitation sans limite des ressources naturelles, exploitation maximale des forces de travail, multiples formes de domination notamment idéologiques.

Une partie de la population possédant une certaine conscience politique met en place des résistances pour limiter cette prédation.

Cette résistance participe au fait que le groupe dominant n’est pas exclusivement prédateur mais peut apporter à l’ensemble de la société et aux dominés quelques réalisations positives.

Si la simple explication socio–économique en termes de domination de classe semble à peu près suffisante (classe dominante possédant les moyens de production d’échange et de reproduction idéologique, contrôlant les forces de la police et de l’armée, exerçant sa domination sur les classes dominées) pour les sociétés non démocratiques, elle nécessité des améliorations pour les sociétés où le suffrage universel et où les partis politiques existent. C’est le mérite de Jacques Bidet d’avoir contribué à cette amélioration.

Dans ce type de société, les citoyens ont la possibilité par des moyens pacifiques électoraux de ne pas placer au pouvoir des prédateurs et des agents d’une classe dominante prédatrice. Or l’expérience montre que même dans une société où l’analphabétisme a disparu, où le niveau de scolarisation permet à une large partie de la population d’avoir des moyens d’analyse intellectuelle suffisants, cette absence ou faiblesse de conscience politique, racine de toute aliénation et obstacle à toute émancipation, subsiste. Nous allons en examiner ci-dessous les raisons.

Les conséquences sur la vie concrète des populations sont alors considérables : destruction massive tant des richesses naturelles que celles produites par l’homme, fléaux sociaux, guerres multiformes, corruption massive, etc.

L’Homo habilis devenu homo economicus n’a pas encore accédé au stade de l’homo politicus.

Il paraît probable que l’absence de développement de cette conscience politique au sein d’une grande majorité de population conduira l’espèce humaine à son autodestruction.

Pour l’instant, seule une une très petite frange de la population a atteint ce stade.

Pour l’homo économicus la politique n’est qu’un instrument de domination pour reproduire son hégémonie économique. A contrario, pour l’homo politicus, la politique est un moyen d’éliminer tout pouvoir prédateur et de se libérer ainsi de tous les processus de domination.

L’Homo sapiens dominant possède certes un embryon de conscience politique. Dans la mesure où il connaît les ressorts de sa puissance mais celle-ci reste infra civilisationnelle par son utilitarisme forcené au service d’une caste et écrasant tout esprit de coopération, d’empathie, d’altruisme, par l’apologie de la compétition égoïste et brutale. En ce sens, on peut parler de conscience politique embryonnaire barbare.

La tâche première de tout militant possédant une conscience politique développée est donc de faire prendre conscience à ses semblables de la nécessité d’acquérir comme lui une un sens (conscience) politique dont nous avons donné la définition au début de ce texte. Ce que nous appelons traditionnellement "éducation populaire" s’intègre à cette tâche.

L’acquisition d’une culture en philosophie politique et une réflexion historique sur les expériences et les pratiques politiques passées font partie de cette éducation.

Quelles sont les barrières idéologiques fréquemment rencontrées qui font obstacle à cette prise de conscience dans le contexte politique de la France actuelle ?

1 – La politique réduite à l’activité politique institutionnelle

La confusion entre la politique et la pratique politique et médiatique des hommes et femmes politiques qui en font profession, pour ne pas dire carrière. La confusion entre politique et activités politiques des partis et des élus dont ils sont issus est un premier obstacle à la prise de conscience politique.

Cette réduction du politique à l’activité de représentation tant au niveau local que national au sein des institutions politiques (notamment les assemblées et différents conseils) peut conduire des citoyens à la passivité et au dégoût de la politique.

Il est bien évident que les grands médias vont dans le sens de cette confusion et cette réduction.

Elle est en outre aggravée par la personnalisation conduisant à substituer au débat d’idées des rivalités de comportements théâtralisés à forte charge émotionnelle.

Cette confusion engendre selon le contexte économique et politique du moment les réactions suivantes qui ne manquent pas d’arguments :

– À quoi bon s’intéresser à la politique puisque les gens que nous avons élus tiennent très peu compte de notre avis ? Les partis politiques ont donc peu d’utilité.

À quoi bon lire des programmes politiques puisque ceux-ci ne sont pas respectés par ceux là même qui en font la publicité ?

– Que ce soit la droite ou la gauche, la précarité de l’emploi, le chômage, les conditions de transport, les moyens mis à disposition pour la santé et l’éducation ne se sont pas améliorées : ils se sont même dégradés. Les options politiques ne servent à rien.

Comment faire confiance à des forces politiques aussi divisées et rivales ?

– Les socialistes ne sont pas d’accord entre eux, les écologistes sont également divisés et peu prévisibles ; les communistes font alliance avec les socialistes alors qu’ils combattent la politique gouvernementale des socialistes ; la guerre des chefs règne au sein des partis de droite et extrême droite ; le Front National adopte certaines positions économiques présentées par les médias comme proches du Front de Gauche ; le Front de Gauche divisé concernant son alliance avec le PS, etc. Ainsi, les convictions politiques n’ont plus de sens. Seules comptent des logiques d’appareils permettant d’acquérir le maximum de sièges pour capitaliser le maximum de rentes de situation en termes de revenus et aussi de prestige.

Comment avoir un projet politique efficace dans un tel chaos une telle confusion ?

Le remède contre un tel désarroi est d’expliquer que la politique ne se réduit pas à l’activité des partis et que par exemple les mouvements citoyens constituent aussi une manière de faire de la politique. La politique est l’affaire de tous et n’est pas réservé à des politiciens professionnels ou quelconques experts. Les citoyens la possibilité de changer les institutions pour mettre fin à une telle situation et promouvoir une démocratie continue.

Mais en deçà de ces considérations, une partie non négligeable de la population considère "la politique" comme un monde de vaines gesticulations qui n’a pas pour elle de sens. Elle le considère comme un monde appartenant, en quelque sorte, à une autre planète. Ce monde lui est en fait étranger.

Cette population établit très peu de liens entre les décisions prises par le pouvoir politique et ses conditions de vie concrète : niveau des salaires et pensions, droits à la retraite et aux congés, qualité des services publics d’éducation, de santé et de transports publics, précarisation de l’emploi,etc. Elle n’établit des liens que sur des questions très ponctuelles : fiscalité, action de la police,…

Elle n’éprouve donc aucune motivation pour s’intéresser à la politique. Son monde est celui de sa vie professionnelle, de sa famille, de ses activités domestiques diverses (activités ménagères bricolage, …), de ses activités de divertissement et loisirs (télévision se réduisant souvent aux journaux télévisés, quelques séries et jeux divers, sport). Pour intéresser cette population à la vie politique, certains journalistes et personnages politiques intègrent celle-ci à des émissions de divertissement.

Cette partie de la population a une vision très fragmentaire de la réalité, se laisse aveugler par des détails en négligeant ce qui est important. La réalité perçue est très autocentrée sur la vie personnelle ou familiale. Des cas particuliers sont abusivement érigés en situations générales.

Il existe évidemment des degrés dans ce manque de motivation : certaines personnes n’accordant aucun temps pour connaître par exemple les programme politique, d’autres consentant à accorder quelques minutes ou quelques petites heures à la lecture et à l’audition de prestations politiques au moment des élections. Pour justifier ce manque d’intérêt et de temps accordés à la vie politique, ces gens invoquent le temps passé à entretenir leur habitat, à s’occuper des enfants, etc.

Un argument classique pour justifier ce manque de temps est le temps passé dans les transports, la fatigue après une longue journée de labeur, etc. Nous avons eu l’occasion de traiter ailleurs de cette question. Mais rappelons tout de même que le temps moyen passé par les familles devant leur écran de télévision s’élève à deux heures quatre par jour selon l’âge, le niveau scolaire et culturel,…

D’autre part, l’usage d’Internet via l’informatique nomade est tout à fait possible pendant le transport et peut permettre l’accès à un très grand nombre de ressources politiques.

Le manque de temps ne semble donc pas être un argument fiable. Si ces gens étaient parfaitement conscients de l’impact de leur choix politique sur leur vie concrète, sur le fait que nous vivons temps de guerre ou en temps de paix, pouvait même conditionner la survie de l’espèce humaine, il est extrêmement probable que ces gens accorderaient beaucoup plus de temps à réfléchir sur les enjeux politiques.

2 –Le fatalisme séculaire et naturaliste

Il y a toujours eu des riches et des pauvres, des guerres : comment cela pourrait-il se changer ?

La réponse à un tel argument couramment utilisé nécessite une discussion sur des données historiques et de philosophie politique. (que nous avons traité dans un autre article. Voir annexe)

3 – Le fatalisme économique

Pour faire obstruction à tout argumentaire de l’autre gauche permettant de transformer en profondeur la situation économique et sociale actuelle, les libéraux et sociaux libéraux ont construit deux barrages : La dette publique et l’économie ouverte transnationale.

3.1 La dette publique.

Améliorer la situation actuelle est impossible compte tenu de l’importance de la dette publique.

Le Front de gauche, a développé de nombreuses commentaires pour faire voler ce barrage en éclats. Voir article en annexe.

3.2 L’économie ouverte : la mondialisation.

Lutter contre les délocalisations et la concurrence déloyale est impossible compte tenu d’une économie ouverte et mondialisée où règne en maître la concurrence. Là encore, la réponse relève de la bataille argumentaire classique.

3.3 La forteresse capitaliste imprenable.

Certains groupes industriels et financiers ont une puissance financière supérieure à celle de certains états et détiennent des centaines de filiales dans le monde entier. Comment un régime politique peut-il avoir la force de tenir tête et de contrôler de telles pieuvres ?

Agir sur les médias ? Impossible : ils sont pour la plupart propriété privées de groupes industriels et financiers !

Répondre à ces arguments économiques n’est pas très difficile. Il suffit de se donner la peine de lire un livre comme celui de Jacques Généreux : "Nous , on peut !"

Il est parfaitement exact que le capitalisme international est un système tentaculaire d’une grande puissance mais celui-ci est un système très instable, soumis à des contradictions internes importantes et est un système qui échappe au contrôle des capitalistes eux-mêmes incapables d’avoir des politiques économiques du long terme et scientifiquement fondées .

4 – Le fatalisme politique.

Toutes les tentatives de construire d’une société alternative au capitalisme ont échoué en terme de réussite économique et de libertés publiques. Il n’y a donc pas d’alternative possible. À quoi bon donc s’engager dans un mouvement de transformation sociale qui va aboutir à ce que les bons apôtres d’aujourd’hui deviendront les tyrans de demain ?

Il est donc inutile de faire de la politique pour changer le fond des choses. Contentons-nous de quelques améliorations à la marge.

Pour contrer ce très lourd argument, il faut expliquer que ce que propose L’autre gauche n’a pas grand rapport avec l’ex URSS, la Chine, etc. D’autre part, il faut rappeler que même si le PCF s’est laissé aveugler pendant un temps par les illusions soviétiques, il n’est aucunement responsable de ce qui a pu se dérouler dans ce pays. En outre, il a, au contraire, avec le conseil national de la résistance , contribué grandement à la construction du modèle social français et il a payé un lourd tribut en pertes humaines pour défendre nos libertés dans la lutte contre le nazisme.

C’est tout le travail politique de L’autre gauche que de faire comprendre que le modèle économique qu’elle propose n’est pas étatiste mais pluriel même si le secteur public y occupe une place majeure.

5 –La politique, c’est l’affaire des experts : La complexité.

La société est devenue trop complexe pour que le simple citoyen puisse s’intéresser à la politique valablement. Même ceux qui ont fait Sciences-po ou l’ENA ne réussisse pas grand-chose pour améliorer le sort des gens.

On peut évidemment retourner cette jument en constatant que ces soi-disant experts ne sont pas au service du peuple mais des puissants. S’il est effectivement nécessaire à notre époque d’avoir des connaissances de base dans différents domaines pour comprendre et agir sur le monde dans lequel nous vivons, il n’est pas nécessaire d’être un spécialiste de tout, ce qui est impossible.

Par exemple, il n’est pas nécessaire d’être ingénieur en physique nucléaire, pour avoir une opinion valable sur la dangerosité de l’énergie nucléaire.

6 – La confusion des intérêts.

Pourquoi opposer les intérêts des patrons et des salariés et faire de la politique pour défendre ceux des salariés ? Il faut que le patron réalise de bons profits et ait un minimum de charges pour bien payer ses salariés et même pouvoir embaucher ! Il faut donc alléger toujours plus "les charges sociales" patronat !

Pour contrer cet argument, il suffit d’invoquer les dizaines de milliards d’allégements de "charges sociales" et fiscaux depuis 40 ans qui n’ont aboutit à rien en termes de lutte contre le chômage et de progrès de pouvoir d’achat. Mais il convient toutefois de distinguer petit et grand patronat, petit artisan et multinationale dont les prélèvements obligatoires sont proportionnellement fort différents.

Une confusion d’intérêts encore plus grave est celle de la défense des intérêts de la nation (celle de l’intérêt général et notamment de l’intérêt des salariés) au niveau d’un pays et des intérêts de la classe dominante. Celle-ci, assisté de ses commis politiques, entreprend des guerres de conquête, des conflits armés avec d’autres nations pour s’accaparer, par exemple, de ressources minières, pour mettre en place des dictatures locales ou détruire des régimes politiques indésirables (quelque soit leur nature démocratique ou non) pour servir ses intérêts.

Un conditionnement psycho – idéologique d’envergure est alors déployé par les médias au service de cette classe. Ainsi est entretenue cette confusion pour convaincre la population de faire la guerre "la fleur au fusil".

Il s’agit ici évidemment d’une expression parmi d’autres de l’absence de conscience de classe et plus généralement des rapports de domination. Elle repose souvent sur une conception idyllique du patronat qui partagerait généreusement ses profits avec ses salariés. Et si ce partage se fait mal, c’est-à-dire que les salaires restent faibles, c’est la faute de la concurrence entre entreprises voire même entre salariés immigrés et salariés français ! Il ne s’agit pas ici de développer une position morale et manichéenne : le patronat est lui-même soumis à des contraintes de système économique et idéologique.

Au niveau d’un pays, cette confusion repose sur une conception neutraliste de l’État qui n’est pas perçu dans un rapport de classes mais comme un simple instrument technique pour l’administration d’un pays

7 – Tout va mal, mais c’est pire ailleurs !

Un autre barrage idéologique à toute entreprise de modification de l’ordre social et économique relève du discours suivant : certes, il y a chez nous des inégalités, de la précarité, du chômage etc., mais regardez ce qui se passe dans plus de 100 autres pays : c’est bien pire ! La France reste tout de même cinquième puissance économique mondiale et son système de protection sociale n’est pas en ruine. Mettre au pouvoir, des gens comme Mélenchon et appliquer les mesures proposées par le Front de gauche, c’est se heurter à des intérêts très puissants qui ont des ramifications internationales : c’est le chaos économique assuré, puis le désordre social qui peut déboucher sur une dictature d’extrême droite voire militaire ! Alors merci : essayons de travailler avec les partis majoritaires existant en essayant de les améliorer !

Il serait abusif de considérer que les citoyens qui adoptent une telle position soient démunis de toute conscience politique car ils ont une certaine conscience des rapports de force et de la relativité de leurs conditions d’existence.

Un tel discours est souvent la traduction d’une peur : celle de perdre un certain nombre d’acquis sociaux mais aussi patrimoniaux. À l’image de l’idéologie capitaliste dominante, c’est une vision de court terme.

On comprend ainsi le rôle de conservatisme politique des médias par la diffusion quasi journalière de reportages sur les situations de misère et de guerres dans de nombreux pays étrangers.

Ces mêmes médias accordent très peu d’importance au nombre de suicides et tentative de suicide en France : 10 000 décès par an environ, 70 000 hospitalisations et entre 176 000 et 200 000 tentatives de suicides par an, "Avec 16,2 suicides pour 100 000 habitants, la France se situe dans le groupe des pays européens à taux élevés de suicide (après la Finlande, la Belgique et les pays de l’Est) avec un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne, qui s’établit à 10,2 suicides pour 100 000 habitants)" Source : ministère de la santé http://www.sante.gouv.fr/etat-des-l...

Toujours pour relativiser cette idée : "en France, c’est mieux qu’ailleurs", indiquons que la France se place au 20ème rang mondial pour l’indice de développement humain (IDH) et onzième en Europe. http://data.lesechos.fr/pays-indica...

D’autre part son IDH a régressé depuis 2007 http://data.lesechos.fr/pays-indica...

Mais il est vrai que si le Front de gauche donne l’image d’un mouvement politique instable et divisé, sans programme lisible et cohérent, annonçant ainsi d’emblée une crise gouvernementale future, il conforte la position précédemment décrite.

Les libéraux déploient avec leurs médias une multitude de techniques pour rendre illisible les différences et oppositions de classe. La diversion vers les problèmes sociétaux en est une. (Voir article en annexe)

Avant même de développer quelconque argumentaire économique ou autre, tout militant éclairé doit pouvoir faire face et surmonter ce que l’on pourrait appeler un véritable barrage idéologique dont nous avons énuméré ci-dessus les principaux arcs-boutants.

C’est précisément en mettant en évidence l’absence de sens politique des citoyens que l’on peut franchir ce barrage sans trop de difficultés

À ceux qui déplorent ou s’insurgent contre l’incompétence, l’inefficacité, le non-respect des engagements, la corruption, etc. des personnalités politiques actuelles et passées, il est bon de poser les questions suivantes. Qui a placé au pouvoir les représentants politiques qui ont causé (pour ne pas dire organisé) la dette publique et qui ont permis le développement d’un libre-échange mondialisé ? Qui a placé au pouvoir ces élus qui ne respectent pas leurs programmes et qui se laissent corrompre ? Qui a placé au pouvoir des élus qui ont voté des lois ayant accru leur pouvoir (Cumul des mandats, etc.) et leurs privilèges ?

Ce sont précisément ces mêmes citoyens qui se plaignent de la situation qu’ils ont eux-mêmes créée par leur ignorance c’est-à-dire par leur absence de conscience politique.

Ces gens n’avaient pas un pistolet sur la tempe pour les forcer à mettre au pouvoir des prédateurs dont le discours normatif et injonctif à l’égard des salariés est toujours le même depuis des décennies : plan de stabilisation, rigueur, restriction des dépenses publiques,austérité, etc. alors que sur la même durée, les inégalités en termes de revenus et de patrimoine n’ont cessé d’augmenter.

C’est la conjonction de deux facteurs qui est responsable d’un tel état de fait chronique : l’absence de formation économique et politique critique de la population et notamment des classes populaires et l’action des médias sur leur esprit.

Cette action se décline sous quatre formes : dépolitisation, diversion et divertissement, formatage multiforme à l’idéologie libérale, neutralisation des alternatives politiques crédibles au service de l’intérêt général.

La seconde tâche essentielle du militant éclairé est donc de contrecarrer cette action médiatique par la mise en œuvre de stratégies adaptées s’appuyant sur une véritable puissance organisationnelle.

Voir nos articles concernant les médias comme appareil de reproduction idéologique de la classe dominante :

La télé implémentation du biologiciel libéral dans les 45 millions de cerveaux connectés aux médias. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’inconscient médiatique : une cécité collective. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La seule bataille politique qui vaille actuellement est la bataille médiatique. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La diversion comme arme de la guerre cognitive http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

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Précisions sur le terme " conscience politique" utilisé dans ce texte.

- > La conscience politique se réduit-elle à la conscience de classe ?

Non. La conscience de classe constitue un élément majeur de la conscience politique mais celle-ci est plus vaste.

Les rapports de domination , n’existent pas seulement entre classe dominante et classe dominée.

Ils peuvent exister dans toute organisation humaine.

Par exemple, dans un autre article intitulé :"Le Front de gauche doit améliorer sa puissance organisationnelle. Première partie" http://www.gauchemip.org/spip.php?a... nous avons examiné les 16 relations de pouvoir pouvant exister dans les organisations ce qui a permis de déterminer quatre types de structure organisationnelle possibles, en s’appuyant sur les travaux de Vincent Lemieux.

- > La conscience politique c’est aussi la capacité de créer des structures organisationnelles démocratiques et fonctionnelles en tenant compte de cette connaissance apportée par la théorie des organisations.

Le front de gauche ne semble pas avoir atteint ce stade de développement de conscience politique sur cette question. Son déficit en ce domaine de l’organisation est un frein considérable à son développement.

La capacité de se situer comme individu ou comme organisation au sein d’un ensemble dont les éléments sont interdépendants (qui existe par exemple dans la pensée bouddhiste) n’est pas propre à la conscience de classe mais relève d’une pensée systémique.

- > La conscience politique est-elle synonyme de pensée critique ?

La conscience politique implique l’esprit critique mais l’esprit critique est insuffisant car il faut lui adjoindre une culture politique et une capacité d’analyser les relations de pouvoir.

- > La conscience politique consiste-t-elle en la capacité de bien choisir, après réflexion, un candidat à une élection politique, ou de choisir un parti politique ?

Non car l’action politique ne saurait se réduire à des campagnes électorales ou une activité de représentation. D’autre part, encore faut-il que le candidat ou le parti choisi défendre l’intérêt général et non pas les intérêts d’une caste, d’un clan, d’une classe de privilégiés.

La culture scientifique contribue-t-elle à la formation d’une conscience de politique ?

Oui, mais cela ne saurait suffire comme nous l’avons expliqué dans un autre article. (Voir annexe)

- > La conscience politique suffit-elle à transformer la société ?

Non. Avoir connaissance et conscience des rapports de classe, , de pouvoirs, être capable de se situer au sein d’une société est une chose, vouloir la transformer pour améliorer les conditions de vie en son sein en est une autre. Cette finalité de transformation sociale nécessite un projet politique qui prolonge la conscience politique qui devient alors conscience politique émancipatrice.

Ce projet politique repose sur un projet de société fondée sur une philosophie politique progressiste (voir le livre de Jacques Généreux : "L’autre société") et un programme de gouvernement s’appuyant sur des institutions démocratiques rénovées au service de l’intérêt général. Le programme "L’humain d’abord" (qui demanderait à être affiné) du FdG en sont des exemples.

La conscience politique s’inscrit dans un processus de formation F, le projet politique dans un projet P, nécessitant une organisation unitaire et puissante O, rendant possible une large audience A auprès de la population. On retrouve ainsi le système PAFO décrit dans un article Figurant dans l’annexe.

Annexe : quelques-uns de nos articles en rapport avec le texte ci-dessus

1 – Au cœur de l’idéologie fataliste libérale

La violence dans l’Histoire est-elle inscrite dans le cœur de l’Homme ? http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’intérêt personnel au centre de l’activité économique : une invention du 16ème siècle avec l’émergence du capitalisme http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

2 – Conscience de classe et au-delà

La notion de classes sociales antagoniques serait-elle obsolète ? Quels rapports de classe aujourd’hui ? http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Partis politiques et classes sociales. Gauche élitaire et gauche populaire http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Les mécanismes de l’exploitation et de la domination. Référence à un livre et à mes articles d’archive sur les mécanismes de la domination (en trois parties, total environ 65 pages). http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Les articles archivés http://archives.netoyens.info/www.a... http://archives.netoyens.info/www.a... http://archives.netoyens.info/www.a...

La violence des riches (Et de la considération du travail des intellectuels organiques alliés de la classe des salariés exploités) http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Les modes de production (résumé du travail de Robert Fossaert http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Les crises du capitalisme font partie de sa nature http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

3 – Pilonnage médiatique : charges sociales et dette publique

Quel impact des exonérations de cotisations sociales patronales sur l’emploi ? http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La dette publique un outil puissant de domination de l’oligarchie financière sur l’État. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Les enjeux de la dette. Mon commentaire : ne pas oublier les rapports de classes. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

3 janvier 1973 Modification du statut de la Banque de France, pas décisif vers la financiarisation de l’économie (mercredi 2 novembre 2011). http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

4 – Éducation populaire

Pour une formation de haut niveau des militants du Front de Gauche. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Un livre au service du peuple : Jacques Généreux explique l’économie à tout le monde http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Nous, on peut ! Le livre–remède contre l’impuissance et la sinistrose chronique !http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Science et culture. Repères pour une culture scientifique commune : un livre–phares. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Le Front de gauche doit améliorer sa puissance organisationnelle. Troisième partie http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Une 6ème République pour mettre en œuvre une démocratie continue. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La longue marche vers la victoire. Épisode 4 (fin) Les clés de la victoire : la dynamique PAFO http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

La France dans la toile de la mondialisation 3 http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

5 – Crise politique

La décomposition du système politique de la France. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Le Front de gauche en quête d’identité dans un contexte de crise économique et politique généralisée. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

L’élite de la nation au service de la France ou de l’oligarchie financière ? http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Hervé Debonrivage


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