Le libéralisme

dimanche 8 octobre 2017.
 

Voici donc la suite des deux premières parties :

Anticapitalisme et antilibéralisme 1 Le capitalisme http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Anticapitalisme et antilibéralisme 2 L’anticapitalisme http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Avant d’aborder le concept d’anti libéralisme, il est absolument nécessaire de définir d’une manière claire ce qu’est le libéralisme

3- Le libéralisme.

3.1 – Qu’est-ce que le libéralisme ?

Le libéralisme est la représentation idéologique du système capitaliste. Le libéralisme n’est donc pas une structure économique.

Je reprends ici la distinction faite par Jean Marie Harribey, mais Jean-Paul II, dans son encyclique de 1981, Laborem Exercens (Le de travail humain) en abordant le problème du conflit capital – travail, utilise la même distinction :

"Ce conflit, interprété par certains comme un conflit socio-économique à caractère de classe, a trouvé son expression dans le conflit idéologique entre le libéralisme, entendu comme idéologie du capitalisme, et le marxisme, entendu comme idéologie du socialisme scientifique et du communisme,…" (Paragraphe 11) http://www.vatican.va/holy_father/j...

Ce libéralisme se décline habituellement en deux corpus : un volet philosophique et un volet économique qui peut prendre une forme normative : par exemple le libre marché doit réguler tous les échanges économiques.

Il n’est pas question ici de raconter son histoire. Il suffit de se reporter à wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3... pour cela et, par exemple, à Histoire intellectuelle du libéralisme de Pierre Manent, (Ed. Pluriel Hachette littératures), ou encore, Aux origines du néolibéralisme de Serge Audier (Eid. Le bord de l’eau)

3. 2 – Évolution et variantes du libéralisme.

Nous allons rappeler ce que sont les piliers idéologiques du libéralisme dans ce qui suit. Néanmoins, le libéralisme n’est pas uniforme. Comme l’indique justement l’Encyclopédia universalis : "(...) Ainsi, le libéralisme n’étant pas unique ou uniforme, chacune de ses versions trouve son fondement originel dans un événement historique ou chez un penseur qui n’appartient qu’à elle. Là réside sans doute l’ultime singularité de ce que l’on nomme libéralisme : dans son incapacité, en tant que schéma d’intelligibilité aussi bien que comme image de la société « bonne » à se donner un élément fondateur unique, que celui-ci soit un événement historique ou la pensée d’un philosophe prophète."

En fait, la variété des écoles économiques libérales ou les nuances de ses conceptions philosophiques sont liées dialectiquement au développement du Capital au cours des siècles ou de la dernière période. Comme je l’ai indiqué dans le précédent article, le capitalisme selon les pays et les époques se décline dans des formations économiques diverses, en en mettant en jeu des représentations idéologiques variées (voir Robert Fossaert) légitimant ces formations et qui dépendent des rapports de force politique entre dominants et dominés .

La crise de 1929 par exemple, avec ses cortèges de crises sociales et politiques, a discrédité à cette époque le libéralisme et a conduit au colloque de Lippma en 1938 dont l’objectif était d’élaborer une restructuration de l’idéologie libérale : une renormalisation en quelque sorte.

On a coutume de penser la naissance du libéralisme en rapport avec la révolution industrielle capitaliste du 18ème siècle. En réalité, le capitalisme n’est pas né avec la révolution industrielle, il existait, sous sa forme foncière, usurière, marchande ou commerciale bien avant.

"L’accumulation du capital argent, capital usurier, marchand et commercial, s’est réalisée en Europe occidentale du 10ème siècle au 18ème siècle entre les mains d’une classe bourgeoise qui s’émancipait progressivement de la tutelle des classes féodales et de l’État qui finît même par se soumettre l’État et par en faire un instrument pour accélérer l’accumulation du capital à son profit. Sa constitution en tant que classe, avec une conscience nette de ses intérêts, a été réalisée dans les communes libres du moyen Age, où la bourgeoisie a fait son apprentissage de 1a lutte politique. La constitution des États centralisés modernes à partir du 15ème siècle ne résulte pas d’un écrasement mais d’une élévation nouvelle de la bourgeoisie urbaine. Qui brise le carcan étroit de la politique communale pour faire face en tant que tiers-état aux anciennes classes dominantes à l’échelle de la nation..." (E.Mendel).

L’un des mérites du Traité d’économie marxiste d’Ernest Mendel (Ed.10/18) cité ci-dessus, est de décrire assez précisément, en à peine 50 pages, le développement du capital (Tome 1, chap.4) dans différents pays du monde depuis ses origines.

Les idées de liberté individuelle, de remise en cause du pouvoir de l’État par la bourgeoisie, qui sont devenus des pierres angulaires de la pensée libérale, résultent historiquement de son désir d’émancipation de la tutelle féodale royale, dont elle était créancière et de la tutelle religieuse de l’Église. Il ne faut donc pas diaboliser et avoir une vision manichéenne du libéralisme. Il a constitué un progrès indéniable à un moment de notre Histoire. La liberté de commerce, la possibilité de conquérir de nouveaux espaces au delà des mers a nécessité une liberté d’action et d’initiative peu compatibles avec un pouvoir monarchique centralisé et le dogmatisme de l’Eglise.

Sans tomber dans les travers d’une causalité économique trop mécanique, les idées développées par les libéraux sont tout à fait liées aux contraintes des structures économiques et aux rapports de forces qui apparaissent entre les différentes couches sociales à chaque époque et notamment entre la bourgeoisie et les salariés pour ces deux derniers siècles. Il est donc normal que le libéralisme puisse présenter des variantes dans ses conceptions que certains qualifieront d’empirisme ou de pragmatisme.

Ainsi, ce qu’on a appelé l’ordo-libéralisme ou l’idéologie de "l’économie sociale de marché" après la 2ème guerre mondiale (appelé aussi capitalisme rhénan) est lié au contexte de l’époque : compromis fordo-keynésien permettant une répartition relativement équitable entre le capital et les salaires, la réindustrialisation et lié aussi à la nécessité pour le Capital d’avoir des travailleurs qui puissent acheter les produits, et ce, avant la révolution froide ultra-libérale des années 1970-80.

Le néo libéralisme (terme synonyme d’ultralibéralisme) contemporain développera des thèmes idéologiques en rapport avec un capitalisme mondialisé à dominance financière, où l’actionnaire est roi, où les travailleurs sont des abstractions chiffrées sur des écrans d’ordinateurs (société du risque, court-termisme, flexibilisme...).

Pour préciser un peu plus les choses, le capitalisme, au travers ses multinationales et l’internationalisation de ses échanges matériels et financiers doit minimiser la réglementation étatique. L’ affaiblissement de l’État est programmé par deux stratégies : d’une part, la privatisation des entreprises nationalisées qui lui permet, en outre, de restaurer ses ressources financières perdues par la décolonisation et d’autre part, l’obligation des états à emprunter sur les marchés financiers privés. Ce processus est justifié par un alibi philosophique : trop d’État risque d’être attentatoire à la liberté !

C’est ici un exemple, parmi d’autres, qui montre comment le capitalisme comme système économique légitime la variété de ses fonctionnements ou de ses formes, par une variété de préceptes de philosophie politique.

Mais il ne faut pas se laisser abuser par les mots : le néolibéralisme reste pour la quasi-totalité des principes en accord avec le libéralisme classique. Ce n’est que sur le rôle de l’État qu’il existe une différence : l’État ne doit intervenir qu’au minimum dans l’économie. Par exemple, la politique monétaire doit être du ressort d’une banque indépendante des gouvernements. (Ce précepte de l’école de Chicago a été intégré de nombreuses années plus tard par l’union européenne qui stipule dans l’article 123 du traité que la banque centrale européenne est indépendante des états dans la fixation de sa politique budgétaire.)

Il ne faut pas perdre de vue que les sources de la pensée libérale sont multiples, irriguent toute la philosophie politique contemporaine depuis Montaigne et Descartes (qui élaborèrent une conception atomistique du moi) jusqu’à la philosophie des Lumière française, anglaise (Locke, Hobbes...) qui constitua les fondements de la constitution américaine et de la révolution française de 1789.

Mais il faut en réalité remonter plus loin, à Saint Augustin, (354 – 430) pour trouver l’affirmation de la dimension psychologique du moi, de la subjectivité individuelle, puisque Les confessions de saint Augustin (13 livres) constituent la première œuvre littéraire et philosophique écrite à la première personne et affirmant l’existence d’une individualité. Et c’est là que l’on comprend l’origine philosophique de la croyance aux potentialités, la créativité prétendues innées de l’individu. Saint-Augustin conçoit l’individu comme une étincelle divine à la fois création de Dieu et créatrice de son existence. C’est dans ce christianisme primitif qu’il faut chercher l’origine de toutes les théories innéistes qui ont parcouru et (parcourent encore) notre civilisation pendant 16 siècles, le libéralisme en ayant été un des principaux vecteurs.

La culture politique qui façonne l’esprit des acteurs politiques conservateurs et progressistes depuis 3 siècles est de nature libérale, même si un penseur comme Rousseau a joué un rôle important dans la remise en cause d’un certain nombre de principes libéraux. Nous allons voir plus loin en quoi les anti-libéraux français, ont, pour la plupart, une conception culturelle libérale du monde social, même si l’influence (le plus souvent superficielle) de Marx a existé, ce qui va expliquer leur division, au-delà des "explications" mille fois rabâchées de différences idéologiques ou de stratégie (type : alliance ou non avec les "réformistes"...).

Examinons maintenant les principes du libéralisme et montrons, à chaque fois leur caractère formel.

4- Le libéralisme philosophique.

4A – Les principes.

Les droits naturels fondamentaux pour le libéralisme sont : le droit à la vie ; le droit de propriété ; le droit à la liberté. "Personnalité, Liberté, Propriété [...] sont antérieures et supérieures à toute législation humaine." (Bastiat)

Pour un non libéral, les 2èmes et 3èmes principes n’ont rien de naturels : ce sont des acquis sociaux liés à des formes d’organisation sociales particulière comme le montrent l’ethnologie, la sociologie et l’Histoire de l’Humanité. Nous allons voir en quoi ces principes affirmés par les libéraux sont totalement niés par le fonctionnement même du capitalisme qu’ils défendent

– Droit à le vie ?

Le capitalisme impérialiste utilise la guerre comme moyen pour perpétuer sa domination ; consacre des sommes phénoménales à l’industrie d’armement et laisse mourir de faim ou de maladies des millions d’êtres humains ; le productivisme détruit la bio-diversité.

Droit à la liberté ?

Fernand Braudel rappelle : "La notion de liberté, encore « abstraite », théorique, qui s’était élaborée de la Renaissance et de la Réforme à la Révolution, a acquis une puissance nouvelle en se formulant dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Elle est devenue doctrine avec le libéralisme"... Il ajoute à la page suivante : "Toutefois, le libéralisme, durant toute la première moitié du 19ème siècle, sert de paravent à l’avènement politique d’une bourgeoisie et d’une aristocratie d’affaires, d’une classe possédante". (Grammaire des civilisations. p.363-364).

Sans nier l’apport positif de penseurs libéraux pour défendre les libertés individuelles, il est aussi avéré que les politiques libérales soutiennent les dictatures qui arrangent leurs affaires, limitent la liberté d’expression en contrôlant les médias et les attributions de salles pour les réunions publiques des opposants au pouvoir de l’argent. De quel temps d’expression disposent les syndicats de notre pays pour développer leurs arguments à la radio et télévision ?

En revanche, concernant la liberté d’exploiter la force de travail : le libéralisme a su développer une multitude de théories économiques mais nullement une théorie de l’exploitation, et pour cause !

Droit de propriété ?

Les capitalistes considèrent ce droit comme aussi important que le droit à la vie. Ces derniers peuvent utiliser tous les moyens imaginables pour défendre ce droit, y compris la force policière et l’armée - de pays étrangers compris - contre les habitants de leur propre pays. C’est la légitimation même du système économique capitaliste : la propriété privée des moyens de production et d’échange.

De facto, la propriété patrimoniale sous toutes ses formes est hyper-concentrée dans tous les pays capitalistes. Ainsi en France, 10% des ménages les plus riches sont propriétaires de 60 % du patrimoine total de la France, et les 1 % des ménages les plus riches possèdent 25 % du patrimoine total de la France. On voit bien que ce droit de propriété s’applique d’une manière sélective

Mais la liberté d’entreprendre, pour fonder une entreprise (donc être propriétaire de ses moyens de production) est plus formelle que réelle : 91% de la population active est salariée dans la France des années 2000. http://www.insee.fr/fr/themes/table...

Et créer une entreprise n’est pas si aisée que cela dans notre société libérale. Il faut savoir que "Près de 34% des entreprises créées en 2006 ont cessé leur activité en 2013 contre près d’1/4 pour les entreprises créées il y a 3 ans" (source : créations et défaillances d’entreprises en France. Coface) http://www.informations-economiques...

La morale libérale ne tolère pas l’inégalité devant la loi disent les libéraux.

Pourtant, dans les régimes libéraux, on protège l’immunité parlementaire, le fait qu’il soit nécessaire de payer cher pour avoir un bon avocat. Les juges rencontrent de grandes difficultés à enquêter sur des personnes ayant une fonction économique ou politique importante comme le relate régulièrement le journal en ligne Mediapart. Tout cela montre le caractère théorique de ce principe libéral.

4B – L’idéologie libérale structure le droit civil.

a) Des droits civils de la révolution française.

"Positivement, la Révolution française pose, en matière civile, trois grands principes. (ils sont exposés dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui sert de préambule à la Constitution du 3 septembre l79l) :

1 – le principe de l’égalité civile - art. 1 « Les hommes naissent et demeurent libres eiégaui en droit (c’est une égalité juridique, égalité abstraite, de principe, non une égalité coicrète, économique et sociale, comme on dit aujourd’hui, mais une égalité radicale, naturelle, originelle, pour tout dire « « de naissance », mot capital) ;

2 – le principe de liberté individuelle - art. 19 : « Nul ne peut être inquiété pour.ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas I’ordre public établi par la loi » ; avec une définition de la liberté d’action art.4 « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » ; et I’article 5, qui le complète, énonce : « La Îoi n’a le droit de défendre (interdire) que les actions nuisibles à la société » ;

3 – le respect de la propriété privée. L’abolition de la féodalité débouche sur la consécration solennelle de la propriété, comme droit « inviolable et sacré », par l.a Déclaration des droits dont l’article 17 est ainsi conçu : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique légalement constatée I’exigê évidemmeni et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ». (La réserve finale fonde I’expropriation pour cause d’utilité publique, sous contrôle judiciaire et moyennant le versement d’une indemnité préalable)." (P. 124)

(Source : Droit civil. Introduction – les personnes – les biens de Gérard Cornu – Ed Monschrétien)

b) Le Code civil.

"D’un côté, le Code civil a consacré certains des grands principes du droit révolutionnaire . Qu’il ne leur ait pas donné leur plein aboutissement est une autre question : il n’a pas consacré 1’égalité des sexes en mariage. Sous cette réserve, l’égalité civile constitue I’un des postulats du Code civil. Surtout, le respect de la liberté et de la volonté individuelle a valeur de dogme. On a dit que les auteurs du Code civil s’étaient inspiré d’une conception spiritualiste de I’homme. Le sujet de droit est esprit, raison, volonté.

Le Code exalte le pouvoir de la volonté de I’homme. Il affrrme sa liberté. Le Code civil est un hymne à l’individu. Être tibre et doué de raison, I’individu est la référence de ses valeurs (pour autant qu’il est en possession de ses facultés mentales).

Lui faire confiance est une maxime, I’autonomie de la volonté I’un des fondements de I’ordre civil (art. 1134). Ce n’est pas le lieu de juger cet acte de philosophie, mais de discerner ce ferment dans la pâte.

Le Code civil a conservé les structures traditionnelles : la famille et la propriété (que le droit intermédiaire avait, d’ailleurs, respectées). […]

Le respect de la propriété individueile est une autre inspiration fondamentale. La propriété privée trouve dans le Code (art.544) une consécration solennelle et une place. Éminente, composite mais non disparate. Le Code civil assume en partie la tradition et la Révolution.…" (Cours universitaire de droit civil, même source, P. 130)

4C – La conception libérale de l’individu : atomisme et utilitarisme. L’individualisme méthodologique.

Mais le cœur du fondement de la pensée libérale et dont sont encore tributaires certains "antilibéraux" n’est pas là. Il réside dans sa conception archaïque, métaphysique de l’individu.

L’individu est en fait une construction historique de nature idéologique, voire mythique. Comme le dit M. Benassayag dans son livre , Le mythe de l’individu "l’individu est l’atome et le pivot d’un système social et économique... l’ atome fondateur du rapport capitaliste de production." (Ed. La Découverte/ Poche).

Cette conception libérale de l’individu a plusieurs caractéristiques :

· elle suppose que l’individu préexiste à la société, est dissocié de celle-ci, doué de potentialités intrinsèques (d’où la croyance aux dons innés...) ; est une entité isolée, atomistique, qui certes peut inter-agir avec d’autres atomes, mais existe avec un intérieur (le monde intérieur) et un extérieur qui ne détermine pas sa nature propre.

· L’individu recherche exclusivement, ou presque, son intérêt propre : il est fondamentalement égoïste ;

· dans cette recherche, c’est le prédateur qui gagne, le faible est éliminé : c’est une vision totalement réductionniste de la théorie de la sélection des espèces de Darwin (reprise par les libéraux dès la fin du 19ème siècle). L’homme est alors un loup pour l’homme. Ce règne de la compétition donne naissance à la notion économique de concurrence.

· L’individu agit rationnellement (rôle philosophique de la Raison cartésienne) et est un calculateur.

· L’individu établit des contrats de différentes natures avec les autres pour éviter des agressions permanentes : c’est le règne de la peur qui soutend les rapports sociaux

· l’État n’a donc d’utilité que pour empêcher des agressions et guerres permanentes entre individus et groupes : d’où son rôle exclusivement régalien pour les libéraux.

Pour reprendre la terminologie de J.Bidet, la contractualité inter-individuelle, base même du marché, devient dominante au détriment de la contractualité centrale (contrat entre individus et État), base de la solidarité collective, via, par exemple, les cotisations sociales ou l’impôt.

Les associations n’ont qu’une raison d’exister pour les libéraux : défendre les intérêts des individus. Le vivre ensemble n’a d’utilité que s’il défend l’intérêt individuel.

Cette conception a été analysée par Jacques Généreux, dans son excellent ouvrage : La dissociété Comme l’explique bien Généreux, le libéralisme repose sur une conception non scientifique de la nature humaine : elle ignore toutes les découvertes faites par l’anthropologie , la sociologie, l’ethnologie depuis 150 ans et tronque d’une manière malhonnête la seule découverte qu’elle prend en considération : la théorie darwinienne de l’évolution.

Darwin, et plus tard, d’autres, a montré que la lutte de l’espèce humaine pour sa survie, compte tenu des énormes variations d’environnements, est fondée essentiellement sur la coopération et la solidarité et non sur des luttes intestines entre chefs où le plus fort élimine le plus faible. Pour un exposé apocalyptique du "néodarwinisme social et comportemental" anglo-saxon, voir la contribution Bush-Darwin par Goran Tufegdzic. http://atheisme.free.fr/Contributio...

Néanmoins le libéralisme tente d’avoir recours aux sciences sociales pour se donner une apparence scientifique en ayant recours à la conception de l’individualisme méthodologique. "L’individualisme méthodologique est un paradigme de sciences sociales, selon lequel les phénomènes collectifs peuvent (et doivent) être décrits et expliqués à partir des propriétés et des actions des individus et de leurs interactions mutuelles (approche ascendante). Cette approche s’oppose au holisme, selon lequel les propriétés des individus ne se comprennent pas sans faire appel aux propriétés de l’ensemble auquel ils appartiennent (approche descendante). […]

L’individualisme méthodologique repose sur l’idée, conforme à la tradition nominaliste, que les ensembles sociaux sont des métaphores qui n’existent que dans l’esprit humain et n’ont pas d’autre substance que celle des individus qui les composent. Leur prêter certains attributs des individus (des motivations, une volonté, une possibilité d’action autonome) est donc un abus de langage.

Au sens large, on peut caractériser l’individualisme méthodologique par trois propositions qui postulent que :

1. seuls les individus ont des buts et des intérêts (principe de Popper-Agassi) ;

2. le système social, et ses changements, résultent de l’action des individus ;

3. tous les phénomènes socio-économiques sont explicables ultimement dans les termes de théories qui se réfèrent seulement aux individus, à leurs dispositions, croyances, ressources et relations.

La proposition 3. est celle qui caractérise l’individualisme méthodologique au sens strict, puisque les propositions 1. et 2. sont d’ordre ontologique.

Le terme est créé par Joseph Schumpeter en 1908 afin de pouvoir distinguer l’individualisme politique et l’individualisme méthodologique. Il a été repris et illustré notamment par les économistes Mises et Hayek, de même que par l’épistémologue Karl Popper. C’est Max Weber qui l’introduit dans le domaine des sciences sociales. En France, il est porté notamment par le sociologue Raymond Boudon" Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Indivi...

On a compris : ce soi-disant concept issu des "sciences" sociales est utilisé comme arme de guerre idéologique par les ultralibéraux

Cette manière de voir permet de justifier une croyance véhiculée par le libéralisme : l’intérêt général ne serait que la somme des intérêts particuliers.

D’autre part, outre les critiques mentionnées par Wikipédia, les auteurs de cette notion ignorent totalement les apports contemporains de la théorie de l’émergence développée dans différentes disciplines scientifiques, qui montre que, dans un système complexe, les interactions entre les éléments qui le le constituent font émerger des phénomènes nouveaux dont les comportements ou les lois ne peuvent être expliquées par les comportements ou les lois qui régissent les éléments qui constituent ce système. Le tout n’est pas égal à la somme de ses parties. Voir par exemple le site Matière et révolution sur cette question de l’émergence : http://www.matierevolution.fr/spip....

On peut donc parler d’un "socio– nihilisme libéral" par son aveuglement à ne pas concevoir l’existence de phénomènes collectifs et l’objectivité de l’existence de la société.

Puisque l’individu prime sur la société conçue comme une fiction, prime sur l’État conçu essentiellement comme répressif (mal nécessaire), prime sur les représentations électives (la représentativité est une abstraction) l’ultralibéralisme conduit naturellement à une remise en cause de la démocratie pourtant initialement de conception libérale.

L’affirmation d’une banque centrale indépendante des gouvernements, donc de tout processus démocratique, la prolifération d’institutions financières internationales sans légitimité démocratique, l’existence des paradis fiscaux en sont des exemples concrets.

Ce qui fait donc la force du libéralisme, c’est sa capacité à dissimuler ses fondements qui n’ont aucune validité scientifique.

Des pans entiers de notre droit libéral et institutionnel reposent sur des fondements qui ne tiennent aucunement compte de l’apport des sciences humaines de ces 150 dernières années. L’idéologie qui structure les neurones de nos techniciens libéraux haut de gamme de la finance ultra informatisée date de 3 siècles... Le libéralisme a donc une vision utilitariste et instrumentale du monde. Le technicisme en est une variante.

Charles Taylor, dans son ouvrage Les sources du moi (p 617 et suivantes) explique qu’"à maintes reprises, d’une foule de façons différentes, on (Charles Taylor) a affirmé qu’une société instrumentale dans laquelle, par exemple, un point de vue utilitariste est inscrit dans les institutions qui traduisent un mode d’existence commercial, capitaliste, et finalement bureaucratique, tend à vider l’existence de sa richesse, de sa profondeur ou de son sens. l’accusation expérientielle prend diverses formes : il ne reste plus de place pour l’héroïsme, les vertus aristocratiques ou les objectifs supérieurs de la vie, ce pour quoi il vaudrait la peine de mourir"

Tocqueville s’exprimait parfois en ce sens, et son influence a éveillé les mêmes appréhensions chez Mill. On a également affirmé qu’il ne reste rien de ce qui confère à la vie le sentiment profond et fort d’un but ; il y a une perte de passion. C’est ainsi que Kierkegaard considérait « l’époque actuelle » ; et « les derniers hommes » de Nietzsche constituent le cas extrême de cette décadence puisqu’ils n’aspirent plus qu’à « un misérable confort ». "

De l’utilitarisme au consumérisme et au confort.

Le mot est lâché : confort. L’objectif ultime du libéralisme est la société d’abondance matérielle nécessitant ainsi de produire toujours plus pour consommer plus. Mais ce type de société s’accompagne d’une perte de sens génératrice du retour en force des sectes et de l’intégrisme religieux.

"Toute une culture – celle de la technologie de la société industrielle avancée – s’est consacrée au prix d’un immense travail, au développement du confort. Et sa caractéristique est d’avoir pu atteindre une extraordinaire facilité de son usage : il suffit d’appuyer sur un bouton. Le principe de la pédagogie d’intégration au système capitaliste est alors cet usage magique – par l’enfant – du fonctionnel. Lénine disait que le communisme c’est l’électricité plus des Soviets. Le capitalisme, c’est l’électricité plus la magie fonctionnelle." (Le capitalisme de la séduction. P. 33 de Michel Clouscard ; édition Delga)

C’est la magie du marché régie par la concurrence libre et parfaite qui permettrait d’atteindre cet idéal du consommateur roi et repu. J.Généreux indique que les économistes Knigth en 1921, puis Arrow et Debreu, dans les années 1950, ont montré quelles devaient être les conditions requises pour que cette concurrence libre se réalise (La dissociété, p322). Le problème est que ces conditions ne se réalisent jamais complètement... !

Curieusement, l’objectif d’un marxisme rudimentaire est le même : société d’abondance où l’homme pourrait satisfaire tous ses besoins matériels nécessitant ainsi un développement "sans freins" des "forces productives", selon la féerique théorie de l’extinction progressive de l’État qui se fondrait dans le nirvana d’un communisme lumineux d’une société sans classes et repue . : même productivisme et consumérisme avec un tout autre moyen : une économie planifiée et régulée par un état en extinction...

4D – L’individu prédateur.

Revenons à la conception libérale de l’individu. Pourquoi une telle conception ? J. Généreux, dans son ouvrage, oublie de le rappeler. Cette vision guerrière et prédatrice de l’individu correspond tout simplement à la réalité de comportement des premiers capitalistes.

Revenons aux réalités historiques connues, rappelées par Mendel, dans l’ouvrage pré-cité : "L’apparition d’une classe autochtone de marchands au sein d’une économie foncièrement naturelle suppose une accumulation primitive de capital argent". Celle-ci provient de deux sources principales : la piraterie et le brigandage d’une part ; l’appropriation d’une partie du surproduit agricole ou même du produit nécessaire du paysan d’autre part". (Le capital marchand, p 125)

Il rappelle aussi que : "De même que l’accumu1ation primitive du capital marchand, l’accumulation primitive du capital commercial s’est effectuée avant tout par voie de brigandage et de piraterie. Scott constate que vers 1550 une forte pénurie de capitaux régna en Angleterre. En quelques années. les entreprises de piraterie contre la flotte espagnole toutes organisées sous forme de sociétés par actions, modifièrent la situation. La première entreprise de piraterie de Drake. qui date des années 1577-1580, fût lancée avec un capital de 5000 livres auquel participa la reine Elisabeth. Elle rapporta environ 600 000 livres de profit dont la moitié pour la reine. Béard estime que les pirates ont introduit quelque 12 millions de livres en Angleterre durant le règne d’Elisabeth. On connaît l’épouvantable barbarie des conquistadores espagnoles aux Amériques. En l’espace de cinquante ans, ils exterminèrent 15 millions d’Indiens s’il faut en croire Bartholoméo de Ias Casas, et 12 millions selon des critiques plus « conservateurs »", ( p133).

Je ne développerai pas plus ici les raisons historiques de cette conception de l’homme prédateur cela a été fait sur le site de Jacques Généreux dans mon article intitulé : 26- Hobbes et l’émergence du libéralisme

L’émergence de la violence entre individus par désir mimétique, comme suite de l’article précédent a été traitée dans : 28 - La rivalité mimétique : Abel n’est pas Caïen La conception de la rivalité mimétique chez René Girard : sa portée et ses limites http://neomoderne.fr/news/le-social...

On comprend donc aisément quelle est l’origine de cette conception libérale prédatrice de l’individu et du chacun pour soi qui est présenté 4 siècles plus tard, par nos néo-brigands, pardon, néo-libéraux comme une conception moderne...

Mais les pirates des temps modernes ne s’emparent pas des bateaux chargés de leur or et de leurs trésors mais s’emparent du trésor public des sociétés nationales, en toute discrétion par vagueas de privatisations et... en toute légalité : le peuple l’a voulu ! En est-on si sûr ?

Fraude fiscale massive, paradis fiscaux, corruption à grande échelle, commerce effréné des armes, privatisation des autoroutes et des ressources naturelles sont des formes contemporaines de brigandage économique.

Jacques Généreux a parfaitement montré dans ses deux ouvrages La dissociété et l’Autre société que cette conception utilitariste, égoïste et prédatrice de l’individu était scientifiquement erronée.

On peut sur ce point se reporter à une émission de France Inter concernant l’altruisme : http://www.franceinfo.fr/societe/mo... ou une interview de Matthieu Ricard concernant son livre : Plaidoyer pour l’altruisme. http://www.huffingtonpost.fr/2013/0...

4E – Quelle solidarité ?

Pour le libéral, la solidarité, la sollicitude vis à vis de ses semblables, sont des vertus individuelles qui s’exercent directement ou au moyen de libres associations, "les sociétés de secours mutuels". "Pourquoi venir en aide directement à son prochain, lorsqu’on a déjà payé l’État pour le faire ? En pratique, l’État tue la compassion selon les libéraux. Mais cette fausse solidarité permet de faire mousser les hommes au pouvoir selon cette conception." Voilà le type d’argument utilisé par le libéralisme. Il en résulte que l’impôt n’est pas conçu par les libéraux comme bon moyen de solidarité.

Or l’Histoire a montré les limites d’une telle conception individualiste de la solidarité héritière, finalement, de la charité chrétienne. Concernant les associations de charité publique, c’est leur insuffisance qui a conduit à la création des cotisations sociales et à utiliser la fiscalité pour la solidarité (maladie, chômage, services publics accessibles à tous), compte tenu de l’importance des budgets à dégager.

De même, les caisses de retraite financées par les cotisations sociales ont succédé aux sociétés de secours mutuels issues des confréries, des corporations et du compagnonnage nées à la veille de la Révolution Française, puis aux associations nées plus d’un siècle plus tard avec la loi de 1898, sur la mutualité. Enfin, le recours aux fonds de pensions, avec ses faillites ruineuses et répétées au USA notamment ont montré aussi leurs limites.

Ce refus de concevoir la solidarité par le moyen d’un organe public central tient au fait suivant : le libéralisme organise, à l’image même du marché, la société au travers le prisme de la contractualité interindividuelle et non au travers celui de la contractualité centrale. Sous-jacente à l’opposition entre la solidarité inter-individuelle et la solidarité par l’impôt se profile deux affirmations de la liberté. La contractualité interindividuelle marchande, qui figure la liberté des « Modernes » (celle de Benjamin Constant), celle de la contractualité centrale organisationnelle, à laquelle on rapporte la liberté des « Anciens » (Rousseau). Ainsi, sur cet exemple, on constate le lien entre une pratique économique du libéralisme : le moins-disant fiscal et l’idéologie individualiste sous-jacente.

4F – La séparation des pouvoirs.

La séparation des pouvoirs est un principe dégagé par John Locke dans son « second traité du Gouvernement Civil » (1690) .Elle est formalisé par Montesquieu dans son ouvrage "L’esprit des lois" (1748). Ces idées sont reprises dans la constitution française et américaine, notamment. L’article XVI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, citée par le préambule de la Constitution d’octobre 1958 dispose que : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » La Constitution américaine instituée en 1787 organise un régime présidentiel structuré selon une séparation stricte des trois pouvoirs qui est tempérée par l’existence de moyens de contrôle et d’actions réciproques conçus selon la doctrine des "checks and balances" (procédures de contrôles et de contrepoids).

Dans la réalité des faits, certains gouvernement de droite n’ont pas respecté ce principe. Par exemple, le texte de la constitution française de 1958 ne prévoit pas de séparation stricte des pouvoirs : le Gouvernement dispose de l’initiative législative ; l’Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement ; le chef de l’État dispose du pouvoir de dissoudre cette chambre. Citons un extrait de texte de la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon http://www.ldh-toulon.net/spip.php?... "Concernant le pouvoir judiciaire, celui-ci est sous la tutelle de l’exécutif et du garde des sceaux : la nomination des procureurs généraux en Conseil des ministres ainsi que la présidence du Conseil supérieur de la magistrature (organe censé garantir l’indépendance de la justice) par le Président de la République restent problématiques et transforment l’autorité judiciaire en chasse gardée présidentielle. La loi du 9 mars 2004 (Perben II) allait instituer le Garde des Seaux comme chef hiérarchique des parquets, fait totalement inusité dans toutes les démocraties parlementaires. Le nouvel article 30 du Code de procédure pénale lui donne la plénitude des pouvoirs pour toute instruction générale et individuelle ... « Le ministre de la justice conduit la politique d’action publique déterminée par le gouvernement. Il veille à la cohérence de son application sur le territoire de la République. A cette fin, il adresse aux magistrats du ministère public des instructions générales d’action publique. Il peut dénoncer au procureur général les infractions à la loi pénale dont il a connaissance et lui enjoindre, par instructions écrites et versées au dossier de la procédure, d’engager ou de faire engager des poursuites ou de saisir la juridiction compétente de telles réquisitions écrites que le ministre juge opportune. » (Article 30 du Code de procédure pénale) .La politique pénale n’est plus que gouvernementale et non impulsée par la loi. Opposants politiques, syndicalistes, militants des droits de l’homme n’auront plus qu’à bien se tenir ... La répression pénale servira aussi à calmer leurs ardeurs revendicatives et le pouvoir en place ne va pas s’en priver comme en témoignent quelques faits récents " Mais, en réalité, cette subordination remonte loin.

Bertrand De Jouvenel, dans son célèbre ouvrage Le Pouvoir (Ed. Livre de poche Pluriel p374) cite Faguet : "La subordination de la magistrature au gouvernement est l’une des conquêtes de la Révolution. En même temps qu’elle proclamait les Droits de l’Homme, elle en supprimait le dépositaire et elle en paralysait le défenseur." (Emile Faguet. Le libéralisme. 1903)

5 - Le libéralisme économique.

5A. Quelques piliers.

Nous n’entrerons pas dans le détail ici des différentes écoles : il suffit encore de se reporter à wikipédia.http://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3...

La description des principes de l’école néoclassique que nous détaillerons pas ici repose sur les idées suivantes : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89...

Les agents sont rationnels, leurs préférences peuvent être identifiées et quantifiées, · les agents cherchent à maximiser leur utilité, tandis que les entreprises cherchent à maximiser leur profit, · les agents agissent chacun indépendamment, à partir de l’information dont ils disposent.

On constate que cette conception est étroitement liée aux présupposés philosophiques décrits ci-dessus : une conception utilitariste et atomistique de l’individu.

Liberté de la concurrence : en fait concentrations industrielles et financières aboutissant à la constitution de monopoles impose ses prix et ses standards de fabrication, concentration dans la presse mettant en cause le pluralisme (la "concurrence" des idées), hypermarchés détruisant le petit commerce,...

Saine compétition : en réalité on assiste à des subventions des états quand certaines entreprises sont non compétitives sur le marché mondial mettant ainsi en péril les capacités d’exportation des pays pauvres, compétition faussée par un libre-échange aveugle qui favorise le moins disant social, environnemental et fiscal, opacité de la circulation des flux financiers, utilisation des paradis fiscaux,...

Rôle de la raison, du calcul, de la prévision. D’un côté organisation optimisée et informatisée : rationalisation des processus, des coûts, etc mais de l’autre asservissement aux cours aléatoires de la bourse, à la subjectivité des comportements moutonniers et irrationnels sur les marchés financiers... : le rationnel délibérément détruit par l’aléatoire d’une économie de casino et de rentier. Patrick Artus, dans son ouvrage Le capitalisme est entrain de s’auto-détruire décrit bien cette situation où le court-termisme règne en maître aveugle.

Minimiser le rôle de l’État dans l’économie.

Avec le néolibéralisme, l’État doit jouer un rôle minimum et être assujetti et la puissance privée pour les raisons que nous avons vues ci-dessus.

Ce libéralisme économique a beau jeu de se parer des atours de la scientificité en ayant recourt à des outils mathématiques, notamment dans le domaine de la finance

On ne peut alors s’empêcher de penser à ce texte de Félix Guattari : « Chaque fois, c’est le même tour de passe-passe : à travers la défense d’un ordre transcendant fondé sur le caractère prétendument universel des articulations signifiantes de certains énoncés —le cogito, les mathématiques, le “discours de la science”— on cherche à cautionner un certain type de stratification de pouvoirs qui garantit à ses scribes leur statut, leur confort matériel et leur sécurité imaginaire » (Lignes de fuite, p. 165)

5B. Quand les médias découvrent un capitalisme qui serait anti-libéral....

Certains journalistes semblent découvrir aujourd’hui que les "principes de base" du libéralisme ne sont pas respectés par le "néocapitalisme" ! Par exemple, le magazine social libéral Marianne, qui s’est affiché comme champion toutes catégories, de l’anti-sarkozisme et de l’anti-prédation économique, avait titré dans son numéro du 24 au 30 mars 2007 : "comment le néocapitalisme antilibéral remet en cause tous les acquis de la civilisation humaniste (p16). Il existerait un néocapitalisme antilibéral ! Mais Marianne veut concilier le libéralisme et le… Capitalisme dans son numéro spécial du 10 novembre 2011 "oui, un nouveau capitalisme est possible" en rédigeant pas moins de 40 pages de propositions pour un capitalisme authentiquement libéral à visage humain…

On pourrait multiplier ce genre d’exemple.

Fernand Braudel, dans son ouvrage Grammaire des civilisations, écrivait déjà, en 1963 (1er tirage chez Belin ; titre original : le monde actuel, Histoire et civilisations) "Or, à partir d’un certain stade du développement capitaliste, toutes ces règles anciennes, enseignées, répétées à satiété, ont été démenties par les faits : les monopoles, les crypto-oligopoles, les oligopoles sont devenus au XX ème siècle la règle dominante pour de vastes secteurs, les plus progressifs d’ailleurs ; ils faussent la sacro-sainte concurrence ; l’Etat intervient (que l’on songe au New Deal et hors des Etats-Unis à tant de plans quinquennaux) ; enfin, les crises longues ont montré leur visage à partir de 1929 ; le chômage et l’inflation ont eu aussi la partie belle et s’annoncent, après tout, comme des phénomènes regrettables, assuré- ment, mais normaux de la vie économique et sociale " (p519Ed. Arthaud Flammarion).

Et le colonialisme est-il le fait d’un capitalisme humaniste ? Mais ce genre d’interrogation "nouvelle" n’est pas propre à Marianne.

Par exemple, à France Culture l’ouvrage Le libéralisme contre le capitalisme de Valérie Charolles (Fayard - 2006) était à l’ordre du jour. Questions autour du capitalisme mondial : qui a la main ? (L ’économie en questions 26/03/07). http://www.franceculture.fr/emissio... Les différents intervenants découvrent seulement aujourd’hui des phénomènes économiques qui datent de 30 ans : la suprématie de la finance, des marchés financiers sur la production. En réalité, cela fait bien longtemps qu’entre certains principes affirmés par le libéralisme et la réalité du fonctionnement du capitalisme, il y a eu non seulement un fossé mais aussi une inversion !

Il existe plusieurs types de plans d’explication à cette inversion entre les principes affichés, : un rôle mystificateur de l’idéologie ; instrumentalisation des idéologies par le groupe dominant prédateur qui fait feu de tout bois (religions incluses) ; distinction entre principes abstraits affirmés par la métastructure et les réalités concrètes liées aux rapports structurels de classes (J.Bidet).

5C. Les contradictions internes du libéralisme.

Cette distorsion que semblent découvrir certains médias entre les valeurs initiales développées par le libéralisme, pour une bonne part matrice des principes avancés par la révolution de 1789 et l’ultralibéralisme n’est en réalité pas nouvelle, comme le rappelle dans son livre "Aux origines du néolibéralisme" Serge Audier.

« L’utopie " marchéiste " de Hayek et ses attaques contre I’idée de justice sociale marquent en tout cas l’aboutissement de choix théoriques et politiques qui se situent décidément bien loin de l’agenda du libéralisme " tel que Lippmann l’avait formulé. L’histoire du néolibéralisme, contrairèment à ce que prétendent tant de récits mythologiques, est sinueuse, complexe, discontinue, traversée par des courants divergents : il n’est pas vrai que les thèses ultimes de Hayek marquent I’aboutissement prévisible des idées qui avaient été collectivement élaborées, malgré les désaccords, à la fin des années 1930 lors du Colloque Lippmann. Au reste, à I’intérieur de la nébuleuse du libéralisme européen, les thèses de Hayek trouveront de fortes objections, en particulier chez l,un des participants au Colloque Lippmann, à savoir Aron. »

Le libéral Raymond Aron a été assez fermement opposé aux thèses de Hayek

« La plus grande erreur des libéraux, me semble-t-il, est d’avoir cru que le libéralisme politique et le libéralisme économique allaient de pair. Je pense que Ie libéralisme politique, si l’on définit ainsi le système électoral, parlementaire, de compétition pour I’exercice du pouvoir, conduit de manière presque fatale à un système d’économie partiellement dirigée et partiellement socialiste. Personnellement, je crois que si I’on voulait, à l’époque moderne, avoir un s,vstèmc économique libéral tel que Ie souhaitent M. Von Hayek ou M. Jacques Ruffi il faudrait la dictature politique. » (R. Aron Introduction à la philosophie politique. Démocratie et révolution. Ed. De Fallois. P. 158)

6 – L’idéologie libérale en action.

6A - Un mode d’action complexe.

A1. L’apport de Michel Foucault.

Mais le mode d’action de l’idéologie libérale a ses particularités. Maurizio Lazzarato dans son article Biopolitique/Bioéconomie (9 pages), http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IM... nous rappelle la démarche originale de Michel Foucault pour l’analyse du libéralisme. Voici un extrait :

"Le libéralisme comme gouvernement des dispositifs de pouvoir hétérogènes. Foucault explique les modalités de fonctionnement de la rationalité gouvernementale de façon tout aussi originale. Elle ne fonctionne pas selon l’opposition de la régulation publique (État) et de la liberté de l’individu qui entreprend, mais selon une logique stratégique. Les dispositifs juridiques, économiques et sociaux ne sont pas contradictoires, mais hétérogènes.

Hétérogénéité, pour Foucault, signifie tensions, frictions, incompatibilités mutuelles, ajustements réussis ou manqués entre ces différents dispositifs. Tantôt le gouvernement joue un dispositif contre l’autre, tantôt il s’appuie sur l’un, tantôt sur l’autre. Nous sommes confrontés à une espèce de pragmatisme qui a toujours comme mesure de ses stratégies le marché et la concurrence. La logique du libéralisme ne vise pas le dépassement, dans une totalité réconciliée, de différentes conceptions de la loi, de la liberté, du droit, du processus que les dispositifs juridiques, économiques et sociaux impliquent. La logique du libéralisme s’oppose, selon Foucault, à la logique dialectique. Cette dernière fait valoir des termes contradictoires dans un élément homogène qui promet leur résolution dans une réconciliation.

La logique stratégique a pour fonction d’établir les connexions possibles entre des termes disparates, et qui restent disparates. Foucault décrit une politique de la multiplicité qui s’oppose aussi bien au primat de la politique revendiqué par Arendt et Schmitt, qu’au primat de l’économie de Marx. Au principe totalisant de l’économie ou du politique, Foucault substitue la prolifération de dispositifs qui constituent autant d’unités de consistance, de degrés d’unité chaque fois contingents. Aux sujets majoritaires (sujets de droits, classe ouvrière, etc.), il substitue les sujets « minoritaires », qui opèrent et constituent le réel par l’agencement et l’addition de bouts, de morceaux, de parties chaque fois singuliers. La « vérité » de ces parties ne se trouve dans le « tout » ni politique, ni économique. À travers le marché et la société se déploie l’art de gouverner, avec une capacité toujours plus fine d’intervention, d’intelligibilité, d’organisation de l’ensemble des rapport juridiques, économiques et sociaux, du point de vue de la logique de l’entreprise." (article publié initialement dans la revue Multitudes, n°22, automne 2005.)

C’est cette prolifération de dispositifs tant économiques, que juridiques, idéologiques, culturels,...qui, à la fois disloque et maille la société selon une stratégie d’asservissement, est difficile à combattre par les organisations traditionnels dont dispose le groupe des dominés.

6B. L’apport de Félix Guattari : la notion d’équipements collectifs.

"Aucun groupe humain, aussi primitif qu’on puisse le considérer, ne saurait s’organiser, en effet, indépendamment d’une série d’« Équipements collectifs » dont le premier est à chercher pour du côté de sa capacité, particularisée au niveau de chaque ethnie ou de son équivalent moderne, de repérage et d’expression, par le moyen de diverses ,. machines de signes,, de son contour cosmique et social, de la forme de ses relations internes, de sa « politique extérieure », toutes choses que nous avons rangées ici sous la rubrique des modes collectifs de sémiotisation. La forrnution sémiotique de la force collective de travail, dans le cadre des systèmes capitalistiques, ne dépend pas uniquement d’un pouvoir central imposant par la contrainte des rapports d’exploltation. Elle implique également I’existence d’une multitude d’opérateurs intermédiaires, de machines d’initiation et de facilitation sémiotique qui puissent capter l’énergie moléculaire de désir des individus et des groupes humains.

Ces machines, de toute nature et de toute taille, concourent à une même fonction productive- sémiotique-libidinale que nous appellerons : fonction générale d’Equipement collectif, Avant d’être particularisée dans des institutions et des Equipements collectifs, au sens habituel, cette fonction est implantée au cæur des modes de sémiotisation, de subjectivation et de praxis des groupes humains. Elle établit tout un réseau de connexions entre :

– ce que nous avons décrit ailleurs sous le nom de machines désirantes moléculaires ;

– des rapports interpersonnels molaires (rapports de sexe, de classe, d’âge, etc.) ;

– des rapports économiques (division du travail au niveau des procès de production, stratification des rapports de production, etc.) ; des formations de pouvoir politiques et social

Beaucoup plus que de simples éléments d’une superstructure idéologique et politique, les Equipements collectifs devraient être considérés comme des machines produisant les conditions de possibilité de toute infrastructure économigue capitalistigue.

Avant que soit institué le couple valeur d’échange-valeur d’usage, la fonction d’Equipement coilectif produit un couple valeur de désir-valeur d’usage en déterritorialisant successivement :

1) des valeurs de désir infra-individuelles qu’elle transforme en valeurs d’usage sexuelles, familiales, amicales, de voisinage, etc. ;

2) des valeurs d’usage qu’elle transforme soit en valeurs d’échange capitalistiques, soit en valeurs d’agencement collectif (susceptibles de se connecter à nouveau à des valeurs de désir)."

Source : Lignes de fuite. Félix Guattari Ed. de l’Aube. (P. 27 – 28)

6B- Les moyens de l’action idéologique du libéralisme.

B1. De l’usage des médias.

Les grands moyens d’information (radio, presse, TV), l’édition, les sociétés de productions audio-visuelles sont de plus en plus concentrés et sous le contrôle de groupes industriels et financiers puissants. Non seulement l’information de nature explicitement politique est encadrée étroitement par divers procédés (contraintes économiques imposées, formatage et sélection des étudiants journalistes dans les écoles de journalisme puis auto-censure "naturelle",...) et les moyens de diffusion dans les librairies, par exemple, sont filtrants ( il est très difficile de trouver des livres critiques, autres que des pamphlets superficiels à la mode, dans les étalages) mais aussi les productions ludiques, de distraction (dessins animés, jeux télévisés, jouets,...) sont imprégnés par un modèle culturel libéral. Le sociologue Jean Baudriard a bien analysé cette structuration libérale au niveau symbolique et de l’imaginaire.

D’autre part, les libéraux ont su investir l’outil Internet par utilisation de blogs politiques par exemple.

Je n’insisterai pas trop sur cet aspect car j’ai eu l’occasion de rédiger plusieurs articles sur ce site concernant l’action des médias pour reproduire le système économique actuel. On peut tout de même se référer à l’article "les médias au service des oligarchies et des puissants" de Bernard Dugué http://globalepresse.com/2013/09/25...

B2. De l’usage de la contrainte économique.

L’endettement, le chômage, la précarité engendrent une vulnérabilité psychologique rendant les gens plus dociles mais aussi permettant une plus grande soumission à la pression de conformité exigée par le système TINA (there is no alternative) décrit par Chomsky. Il en réulte que le coût psychologique de l’opposition au système et à l’idéologie libérale est de plus en plus élevé, d’autant que les solidarités collectives sont affaiblies.

B3. De l’utilisation des think tanks.

Les think tanks (réservoirs à idées ou groupes de réflexion) ne doivent pas être considérés à la légère En effet, c’est dans cette multitude de lieux que se rencontrent hommes d’affaires, patronas de la banque, de l’assurance et de l’industrie, patrons ou rédacteurs en chef de grands médias, personnalités de la haute administration, économistes et sociologues patentés adulés par les médias, personnalités politiques des assemblées ou membres des gouvernements actuel et passés, etc.

Ce sont dans ces lieux que se nouent les connivences entre le pouvoir économique et financier, le pouvoir administratif, le pouvoir médiatique et le pouvoir politique. Il est très instructif de visiter les sites Internet et les pages de Wikipédia pour chacun de ces think tanks : on y découvre une liste de personnalités qui parfois peut surprendre. Ils constituent, en quelque sorte, l’antichambre des cabinets ministériels et des assemblées locales ou nationales.

Commençons par les deux berceaux de l’ultralibéralisme. Le plus célèbre est la Société du Mont Pèlerin https://www.montpelerin.org/montpel... créé en avril 1947 par l’économiste autrichien naturalisé anglais Friedrich Hayek et dont l’origine remonte au colloque de Lippman en 1938. (Plus de détails sur Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C... )

Moins connu, mais tout autant influent, l’Institut of Economics Affairs http://www.iea.org.uk/ créé par Arthur Seldon et Anthony Fischer en 1955 fut avec le précédent, le laboratoire d’idées du néolibéralisme qui furent reprises et diffusées par l’université de Chicago sous l’impulsion de l’économiste Milton Friedman. Elles furent à l’origine des politiques économiques de la banque mondiale, de Ronald Reagan aux USA de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne aussi de la mise en place du consensus de Washington au début des années 1990 à destination, tout d’abord, des pays ayant des difficultés financières, notamment en Amérique latine. http://fr.wikipedia.org/wiki/Consen...

Les préceptes de l’école de Chicago ont été véhiculés en France par les "nouveaux économistes." Le groupe des nouveaux économistes a été fondé en 1977 par Jacques Garello

On peut se reporter à une émission de France Culture sur les écoles de Chicago et le néolibéralisme http://www.franceculture.fr/emissio...

Actuellement, Adam Smith Institute est un think tank qui joue un rôle important non seulement dans la diffusion des idées libérales mais aussi dans leur élaboration au niveau international. Voir par exemple des articles de ce site : http://www.adamsmith.org/research?f...

Voici la liste des principaux think tanks libéraux français

Institut de l’entreprise (Association de réflexion économique associée au MEDEF ) http://www.institut-entreprise.fr

Institut Montaigne http://www.institutmontaigne.org/

Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondapol

Cercle des économistes ; tendance plutôt sociale libérale. http://www.lecercledeseconomistes.a... Travaille en collaboration avec radio classique, Euronext et le magazine les Echos

Cercle Frédéric Bastiat http://www.bastiat.net/fr/

Fondation Concorde http://www.fondationconcorde.com

Fondation Prométhée http://www.fondation-prometheus.org...

Institut Choiseul http://www.choiseul.info

Institut Charles Coquelin http://www.freewebs.com/institutcha...

L’Ami Public http://www.amipublic.com

Le Club des Vigilants http://www.clubdesvigilants.com

Croissance Plus http://www.croissanceplus.com

Entreprise et Progrès http://www.entreprise-progres.net

Génération Entreprise http://www.generationentreprise.org Fondée en 1997 par un groupe de jeunes

Institut Turgot http://www.turgot.org

Cercle économique Sully http://lecercleeconomiquesully.haut... blog associé : http://chantalcutajar.blogspirit.com/

Institut des libertés http://institutdeslibertes.org/

Cercle Alexis de Tocqueville http://www.gouverner.net/

Un autre lieu de rencontre de libéraux et sociaux libéraux où l’on pense et où l’on dîne ensemble est le club Le Siècle.

Là encore, la liste des participants est particulièrement intéressante. http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Si%... http://www.lesiecle.asso.fr/

Mais on peut trouver bien d’autres organisations libérales en consultant Wickilibéral à http://www.wikiberal.org/wiki/Organ... http://www.wikiberal.org/wiki/Think_tank

Le journal du Net a publié un annuaire des think tanks avec leurs caractéristiques essentielles : http://www.journaldunet.com/managem...

Il existe aussi des tanks internationaux dont le plus célèbre est le groupe de Bilderberg http://www.syti.net/Organisations/B...

Mais il serait aventureux de voir derrière tout cela une sorte de théorie du complot,où tout ce travail de réflexion serait centralisé dans une sorte de QG politique. Avec une telle conception conspirationiste, hommes politiques et financiers appuieraenit de concert sur des manettes guidant l’économie mondiale et tireraient les ficelles actionnant les marionnettes du grands guignol politique de la société spectacle. Faut faire très attention à ce genre d’interprétation qui n’est pas sans rappeler la technique du bouc émissaire utilisé par l’extrême droite au cours de l’histoire.

La grande bourgeoisie et ses alliés disposent effectivement de nombreux réseaux et de lieux de réflexion, mais l’idéologie de la concurrence et de la compétition interdit un esprit de coopération nécessaire à la coordination d’actions idéologiques harmonisées à grande échelle.

Ce qui est en revanche vrai, c’est que la grande bourgeoisie a bien une conscience de classe et est capable de faire preuve d’une certaine solidarité lorsque ses intérêts vitaux sont remis en cause.

Un certain nombre de libéraux voudraient prêter aux anti libéraux l’adoption d’une telle théorie du complot, ce qui reste totalement marginal

B4. De l’utilisation d’Instituts nationaux ou internationaux officiels.

Ces instituts, en principe neutres, apportent en réalité une "expertise" de nature essentiellement libérale fondée sur l’économie néoclassique. On peut citer par exemple : L’OCDE (L’Organisation de Coopération et de Développement Économiques) http://www.oecd.org/fr/

L’IFRI (Institut français des relations internationales) http://www.ifri.org/

Le COE ( Centre d’Observation Économique) est l’un des premiers centres français de conjoncture et de prévision économique, créé en 1957 par la CCIP (chambre de commerce et de l’industrie de Paris) afin de compléter l’information de ses membres et ressortissants. Membre de l’AIECE , Association des Instituts Européens de Conjoncture Economique , le COE enrichit ses analyses grâce à des relations privilégiées avec des instituts étrangers. Il appartient au réseau EUREN. http://www.coe.ccip.fr

Et évidemment, les ressources documentaires et analyses du FMI et de la banque mondiale complètent cet ensemble.

B5. De l’utilisation des syndicats patronaux.

Ces organisations patronales jouent un rôle considérable pour influencer en amont ou infléchir les politiques gouvernementales dans le sens le plus ultralibéral possible

MEDEF http://www.medef.com/

Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) http://www.cgpme.fr/index.php

Pour avoir une liste plus complète voir Wikipédia : organisation patronale. http://fr.wikipedia.org/wiki/Organi...

UNICE devenue Busivess Europe http://www.businesseurope.eu/Conten... ? Fédération de syndicats nationaux européens

B6. De l’usage des programmes scolaires et universitaires.

a) La première cible évidente est évidemment l’enseignement de l’économie

C’est l’économie néoclassique qui est l’économie enseignée très majoritairement dans l’enseignement secondaire et supérieur comme l’indique une émission de septembre 2013 à France Culture http://www.franceculture.fr/player/... Seulement 5 % du temps d’enseignement est consacré à l’histoire des systèmes de pensée économique.

Conscients et mécontents de ce formatage les adhérents de l’association PEPS – économie, protesteant contre ce l’on pourrait appeler totalitarisme idéologique et proposent un enseignement pluraliste de l’économie dans l’enseignement secondaire et supérieur. http://pepseco.wordpress.com/ Heureusement les enseignants ont tous de même une certaine liberté de manœuvre et peuvent de leur propre initiative proposer une vision un peu plus pluraliste.

b) La seconde cible eest l’enseignement de l’Histoire.

Examinons l’exemple de la colonisation. On peut télécharger en ligne un texte de Françoise Lantheaume "les manuels d’histoire et la colonisation" http://lidil.revues.org/2283 On peut y lire : "Ainsi, l’enseignement de l’histoire a accompagné la construction de l’Etat-nation et de l’empire, a légitimé la colonisation parée des vertus de la civilisation des Lumières et de son universalité, puis a revu le récit qu’elle en proposait à l’heure de la décolonisation, de l’Europe, et de l’immigration permanente. L’histoire de la colonisation triomphante est devenue une épine dans le pied de l’ex « plus grande France » réduite à l’hexagone." L’auteur présente les différentes stratégies utilisées par les éditeurs et les auteurs pour traiter de la colonisation. Après une période apologétique se déploient des dispositifs variés qui atténuent largement les dégâts humains et matériels de la colonisation parfois sous couvert d’une polyphonie ou plutôt d’une cacophonie de points de vue.

On pourrait aborder aussi les thématiques suivantes : la place du mouvement ouvrier et de la commune de Paris, les méthodes de traitement de l’évolution des pays dits communistes.

Mais cela pose de manière générale le problème du rôle du pouvoir politique dans l’enseignement de l’Histoire. On peut se reporter à ce sujet à l’article – dossier de Laurent Wirth : "Pouvoir politique et enseignement de l’Histoire". http://www.histoire-politique.fr/in...

c) Quel enseignement de l’esprit critique au sein de l’École ?

L’école développe-t-elle réellement l’esprit critique des élèves malgré les injonctions et les déclarations qui peuplent multiples textes pédagogique et administratifs et ornent les discours des divers intervenants du monde de l’éducation ? Rien n’est moins sûr !

En effet, comment expliquer qu’après de nombreuses années d’enseignement, tous les outils d’analyse et de raisonnement enseignés dans les disciplines scientifiques et littéraires ne soient pas réinvestis dans la vie sociale et politique ? Comment expliquer qu’environ seulement 10 à 15 % de la population soient capables de développer un esprit critique en profondeur sur les systèmes économiques et politiques actuels ?

On ne peut être qu’étonné de la naïveté, de la superficialité de jugement dans le domaine politique et social de personnes ayant parfois un niveau d’études très élevé. C’est probablement là qu’il faut trouver l’une des raisons de la reproduction du système économique et idéologique dominant. Il se trouve qu’aucune recherche interdisciplinaire universitaire ne se soit faite sur cette thématique : quels sont les mécanismes de neutralisation du développement de l’esprit critique et du non réinvestissement des outils conceptuels et d’analyse acquis durant toute la scolarité dans la vie concrète et politique ? Ce ne sont certainement pas des réponses du genre : "les gens n’ont pas le temps de penser, ne sont pas motivés, sont exténués par leur travail et leur vie domestique,… pour penser" qui sont satisfaisantes et qui ne font qu’éluder le problème.

En effet ces mêmes gens sont capables de faire preuve de beaucoup d’imagination et de raisonnement dans leur domaine professionnel, dans l’aménagement de leur vie domestique (bricolage, organisation des vacances, budget familial, etc.), dans des activités de loisirs bref, dans ce que Pierre Bourdieu appelait l’intelligence pratique.

B7. De l’utilisation des lobbys.

Chacun sait que le lobbying est "une pratique consistant à organiser un groupe de pression auprès d’autorités politiques afin de défendre des intérêts économiques, professionnels" (dictionnaire Reverso). Il ne s’agit pas ici forcément de syndicats professionnels mais de groupes de pression organisés par des groupes industriels, financiers parfois d’envergure multinationale. Dans la grande majorité des cas, les positions adoptées s’appuient sur une analyse ultralibérale du fonctionnement économique tendant à limiter au maximum la réglementation étatique et la régulation démocratique.

C- Les thématiques du libéralisme véhiculées par les médias.

Un certain nombre de thèmes sont diffusés en boucle à large échelle sur une durée importante : ils sont le plus souvent de caractère normatif : il faut alléger les "charges" sociales pour les entreprises, il faut réduire les effectifs des fonctionnaires, il faut "assouplir" le code du travail pour "libérer les énergies", il faut reculer l’âge de la retraite car on ne pourra plus les payer et l’on vit plus vieux.... Il est assez facile de répertorier ces dogmes libéraux qui servent à programmer les cerveaux : ils constituent un bio-logiciel de domination des esprits. On peut se reporter à notre article : La télé implémentation du biologiciel libéral dans les 45 millions de cerveaux connectés aux médias. http://www.gauchemip.org/spip.php?a...

Sylvain Timsit, sur son site Syti.net fait un inventaire critique de la propagande libérale appelé "les mensonges du libéralisme" http://www.syti.net/Liberalisme.html Il étudie aussi les techniques de manipulation médiatique :http://www.syti.net/Topics.html

Mais faire ce travail comporte un désagrément pour la personne qui se donne cette peine : lors de dialogues avec bon nombre de personnes, elle ressentira un sentiment de malaise si son interlocuteur restitue ce logiciel dont elle pourra alors prévoir le déroulement : elle aura l’impression d’avoir en face de soi un robot programmé et non un être vivant doué de conscience et de réflexion personnelle.

L’aspect encore tragique de cette affaire, c’est que le "robot humain" défend les idées qui l’envoie à la casse. La mise en forme et action de ce logiciel utilise textes, sons , images véhiculant de nombreuses ressources émotionnelles (et notamment la peur, le sentiment de culpabilité. Ce logiciel est l’un des moyen utilisés par la grande bourgeoisie, via ses médias, pour permettre l’existence d’une servitude volontaire chez les dominés, mais ce n’est pas le seul.

Il appartient aux forces antilibérales de démonter ce logiciel mais aussi de mettre en évidence les techniques de manipulation émotionnelle utilisées, car l’argumentation fondée sur les faits ou la logique ne suffit pas à le désengrammer du système neuronal.

L’inventaire des moyens d’action idéologique établi précédemment permet de prendre la mesure de la "puissance de feu" mise en action pour effectuer cette programmation.

7 – Sommes–nous tous des libéraux ?

La présentation critique précédente du libéralisme ne doit pas néanmoins nous faire sombrer dans une attitude dogmatique ou manichéenne.

Nous avons déjà indiqué que le libéralisme a joué un rôle libérateur par rapport à la féodalité et la toute-puissance de l’église catholique et a établi un certain nombre de principes fondant la république française. Et il ne faudrait pas tomber dans le piège de laisser à la droite le monopole des acquis positifs de ce libéralisme.

Serge Audier a raison de rappeler dans son livre "Aux origines du néolibéralisme" : "Cette tendance à la captation du libéralisme par les intellectuels de la droite ultra-libérale et conservatrice doit-elle conduire à leur laisser le monopole de cet héritage ? Ce serait oublier que le libéralisme, malgré ses impasses, ses dévoiements et surtout son incomplétude, est une grande tradition qui est aussi liée aux combats pour l’émancipation et pour la démocratisation de la société. Les droits fondamentaux de I’individu, la tolérance, la pluralité et la séparationdes sphères d’activité, la distinction entre la société civile et l’État, les contre-pouvoirs, l’économie avec marcbés. Ces éléments peuvent faire partie d’un projet démocratique fidèle aux idéaux du socialisme républicain. Au demeurant, l’histoire même du socialisme républicain et démocratique montre que ce courant a entretenu des liens profonds avec le legs libéral." (p. 242)

L’auteur explique ensuite que toute l’action idéologique de Hayek et des ultralibéraux a été de faire croire que les anti libéraux ou les socialistes étaient contre toute autonomie de l’individu, étaient des étatistes, des ennemis de la liberté individuelle en établissant une disjonction absolue entre libéralisme et socialisme. Les expériences désastreuses du socialisme étatique a évidemment renforcé cette propagande.

Dans les deux chapitres précédents sur le capitalisme et l’anticapitalisme, nous avons défini dans le groupe dominé quatre sous-groupes. À notre époque, les deux premiers G1 et G2 pouvant être considérés comme d’idéologie libérale et les deux derniers G3 et G4 ne l’étant pas. Mais remarquons que, du point de vue de la dynamique historique, les libéraux, avant la révolution française, étaient positionnés en G4 comme opposantis au régime féodal affirmant alors des valeurs républicaines qui sont actuellement partagées par l’ensemble des quatre sous-groupes à un faible pourcentage près. C’est ce partage de ce système de représentationis communes fondées sur les valeurs républicaines et démocratiques qui assurent une certaine cohésion sociale et empêche notre pays d’être plongé d’une manière permanente dans une guerre civile.

Toutes raisons pour lesquelles il nous a semblé nécessaire, avant d’aborder l’anti libéralisme d’aujourd’hui d’avoir fait, dans cette partie, une présentation assez approfondie de ce qu’est le libéralisme car le mot anti libéralisme ne peut avoir un sens clair que si l’on a clairement défini au préalable ce qu’est le libéralisme.

Hervé Debonrivage


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