Bernard Clavel est mort. « la gloire et l’honneur de l’homme, sa liberté et sa dignité, c’est l’amour ; sa seule patrie, c’est la Vie. »

lundi 11 décembre 2017.
 

Remontent en mémoire une balade ce printemps en Franche-Comté, avec Hélène, et une halte à Château-Chalon. Là où il vivait. Et aussi ce qu’il écrivait. Au-delà des passages obligés, du Grand Nord au Jura, me restent surtout deux livres, à jamais ancrés dans mon cœur de pacifiste indécrottable. Deux de ces livres qu’on oublie en haut des étagères, mais dont on sait comme une évidence qu’en cas de besoin d’arguments, il n’y aura qu’à…

Le premier « le Silence des Armes » est un hymne de paix. Le plus bel écrit de refus de la violence et de la guerre. C’est drôle comme tout ça se ravive aujourd’hui, alors qu’en deux jours à peine, j’ai vu au cinéma (et nous y reviendrons très vite), Hors la loi et Des Hommes et des Dieux… Un livre de douleur et de pitié. Un livre implacable, qui raconte mieux que n’importe quel documentaire la sauvagerie d’une armée en campagne. Se replonger dans l’horreur de la guerre d’Algérie, dans le traumatisme révélé, dans l’inéluctable dénouement et le rapprocher, peut-être, sûrement, des romans de Mauvignier…

On appelait ça pudiquement des « opérations de maintien de l’ordre ». Ordre… Le héros ne se remettra jamais d’avoir vu et laissé faire. Le village jurassien de Clavel va bientôt se superposer au village algérien ruiné, fumant, plombé de soleil et de mort. Au silence des hommes devrait aussi succéder le silence des armes, forcément. Mais les plaies ouvertes se referment-elles jamais ? Et on verra Jacques, le héros, qui est tout sauf un héros au sens « noble » du terme, dégainer une ultime fois, pour une dernière salve. Restera en suspens la seule question qui vaille : « Était-il donc nécessaire que chaque génération connût sa guerre pour que les hommes en sentent l’absurdité ? »

Inévitablement, on pense à Giono et à son Grand troupeau, à Romain Rolland, tous deux cités dans ces pages, à Dorgelès aussi. Alors, bien sûr, on ne commet pas de tels écrits impunément. Les réactions furent vives, et violentes. Dans un journal fait exprès pour, comme on dit, et simplement nommé le Képi blanc, un caporal Mac Seale condamne le Silence des Armes (et au passage, son auteur, qu’il propose de détruire, rien que ça !). Clavel lui répondra. Et ce sera sa « Lettre à un Képi blanc », longue explication d’un pacifisme assumé. On peut juste se demander pourquoi il faudra à jamais aux hommes de paix se justifier de ne pas vouloir tuer…

Cet amour forcené du silence des armes n’est pas, et de loin, inné chez Clavel. Il a admiré ses oncles rescapés de 14, rejoint le maquis dans le Jura, traité la guerre comme une aventure, avant d’être envahi d’une vérité aveuglante : « la gloire et l’honneur de l’homme, sa liberté et sa dignité, c’est l’amour, sa seule patrie, c’est la Vie. ». La dernière page raconte le Larzac et son arbre de la Paix, planté au milieu du Causse, espérant qu’en cas d’incendie, la Légion saurait protéger cette source de vie. Dernière pirouette, ultime pied de nez en direction du soldat : il l’invite à venir visiter sa cave et goûter le vin de son pays !

Cet écrivain-là, qu’on avait un peu vite rangé « pour la jeunesse », ce réfractaire magnifique, celui qui milita, bien avant que ce n’en fût la mode, pour l’objection de conscience et contre la peine de mort, celui qui refusa la Légion d’honneur, de peur d’y côtoyer trop de ceux qui ont « payé pour l’avoir », cet homme droit nous quitte un peu trop discrètement, à l’heure où les va-t-en-guerre tiennent à nouveau le haut du pavé. Il va nous manquer. Il nous manque déjà.

brigitte blang

Article original : http://prs57.over-blog.com/


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