La révolution bourgeoise nationale chinoise de 1911

mercredi 9 janvier 2019.
 

- A) La Chine au début du 20ème siècle
- B) La fondation du Kuomintang
- 30 décembre 1911 Sun Yat Sen élu 1er président de la République chinoise
- 1er janvier 1912 : la Chine devient la première république d’Asie

Le 1er janvier 1912, Sun Yat-sen, un des fondateurs du Guomindang, proclamait officiellement la République de Chine. Quelques semaines auparavant, le 10 octobre 1911, la révolte de la caserne de Wuhan avait provoqué la chute du système impérial chinois, vieux de deux millénaires.

Il était une fois... les révolutions (Jacques Serieys)

A) La Chine au début du 20ème siècle

La chine, au début du XXe siècle, est un géant de près de 400 millions d’habitants qui est théoriquement un état indépendant et souverain. Ses pieds d’argile, ce sont ses structures sociales et politiques archaïques : une économie encore dominée par le féodalisme agraire et un régime impérial absolutiste en complète décadence, qui reste caractérisé pour la postérité par les complots incessants des eunuques de la cité interdite.

L’économie chinoise reposait alors en majeure partie sur l’exploitation acharnée des masses paysannes par une minorité de grands propriétaires terriens. Moins de 10 % de la population possédaient plus de 50 % des terres tandis que près de 70 % des paysans étaient contraints de louer des terres à des tarifs dépassant souvent la moitié des revenus de leur récolte. Nombre de paysans pauvres étaient chaque année chassés de leurs terres, contraints par leurs créanciers à devenir vagabonds ou bandits, dès lors qu’ils ne pouvaient plus payer la location de leurs fermes. La « faim de terre » des paysans pauvres était le nœud de la question agraire en Chine et provoquait régulièrement des soulèvements paysans extrêmement violents, mais sans lendemain, faute d’une direction politique. La bourgeoisie chinoise était en effet, comme la bourgeoisie russe de 1917, une classe que ses propres contradictions, et notamment sa soumission aux impérialismes occidentaux, rendaient incapable d’accomplir une révolution bourgeoise démocratique.

Le régime impérial, lié par des milliers de liens familiaux et politiques à l’aristocratie terrienne sentait confusément que tout changement dans l’ordre social du pays lui serait fatal, et essayait d’empêcher l’entrée en Chine de tout ce qui était étranger. Étant perçu lui-même par son peuple comme étranger (à cause de l’origine mandchoue de la dynastie régnante), le pouvoir impérial se refermait de plus en plus sur la cité interdite, déléguant le pouvoir en province a des gouverneurs locaux plus ou moins corrompus et cédant aux grandes puissances étrangères des concessions économiques ou commerciales sous les coups et les menaces des troupes occidentales. La Grande-Bretagne fit ainsi deux guerres à la Chine pour que celle-ci autorise les trafiquants britanniques à vendre de l’opium en Chine, alors même que cette drogue était interdite en Grande-Bretagne. Presque toutes les puissances occidentales (Royaume-Uni, France, Allemagne, Russie, Japon, etc.) avaient obtenu, par la guerre ou la menace, ce que l’on appelait des « concessions ». Il s’agissait de territoires qui restaient officiellement chinois, mais dans lesquels les impôts, la police, les douanes, etc. étaient gérés par la puissance coloniale concernée. Les nombreux traités établissant cette mainmise occidentale sur la Chine étaient appelés par les chinois les « traités inégaux » et leur existence était perçue par beaucoup comme le symbole même de la soumission de la Chine.

B) La fondation du Kuomintang

La Chine était ravalée au rang d’une demi-colonie que se partageaient les grandes puissances, et ce au prix de dizaines de milliers de vies humaines. Avec les armées étrangères arrivait le capitalisme, toujours à la recherche de nouveaux marchés, de main-d’œuvre et de matières premières, implantant quelques usines d’où sortaient une bourgeoisie « compradore » (c’est-à-dire employée par les marchands occidentaux) et surtout un embryon de classe ouvrière, concentrée dans les usines géantes des concessions. Avec le capitalisme arrivaient les idées occidentales, le libéralisme et le nationalisme. Comme dans les autres pays asiatiques soumis à la tutelle occidentale (Inde ou Indochine notamment), ces idées furent adoptées par une partie des classes intermédiaires (petite bourgeoisie marchande et petite noblesse) qui étaient écartées du pouvoir par la noblesse impériale et tenues à l’écart des postes de décisions économiques par les impérialistes, et qui trouvaient ainsi une base idéologique à leur contestation de l’ordre social existant.

Représentant les aspirations des ces couches intermédiaires de la société, le Kuomintang, parti nationaliste et républicain fondé par le docteur Sun Yat-Sen en 1905, devint bientôt le principal parti politique d’opposition progressiste au régime impérial. Ses conceptions idéologiques étaient assez confuses, mélange de libéralisme et de socialisme, elles furent résumées par Sun Yat-Sen lui-même dans la doctrine des « trois principes du peuple » : socialisme, démocratie et nationalisme. C’est ce parti qui, sans vraiment diriger le mouvement, devait être le principal inspirateur de la révolution de 1911.

Le régime impérial, craignant d’être envahi par une puissance impérialiste et ayant été humilié militairement un grand nombre de fois au cours du XIXème siècle, décida dans les années 1890 de moderniser son armée en faisant former ses officiers en Occident et en achetant du matériel moderne. Cela voulait dire aussi que le corps des officiers allait être ouvert aux classes moyennes afin de former les cadres techniques dont la nouvelle armée allait avoir besoin. Cette armée allait jouer un rôle de premier plan dans la politique intérieure du pays pendant toute la première moitié du XXème siècle. Confronté à une contestation montante et affaibli par sa propre décadence, le pouvoir impérial avait promis en 1908 d’établir un régime constitutionnel au plus vite. Malgré ces promesses, la clique dirigeante du pays ne cessa de repousser toutes les réformes jusqu’à ce qu’une mutinerie menée par de jeunes officiers en octobre 1911 ne s’étende à tout le pays en quelques semaines, renversant le gouvernement et fondant la République de Chine.

Source : http://www.marxiste.org/theorie/his...

C) 1er janvier 1912 : la Chine devient la première république d’Asie

En 1911 éclate la première révolution chinoise. Elle donne naissance, le 1er janvier 1912, à la première république en Asie, portant l’affirmation d’une identité nationale face à l’impérialisme occidental et d’une modernisation du pays pour le redresser. L’événement déclencheur en est, le 10 octobre 1911, le soulèvement d’une caserne de Wuhan, capitale de la province du Hubei. L’insurrection rallie en six semaines quinze autres provinces à la cause républicaine. Un jeune médecin Sun Yat-sen, figure de proue de l’opposition politique civile, rentre d’exil. C’est lui qui proclame la République de Chine dont il est élu président. Nankin en devient la capitale provisoire. Mais le pays reste divisé. À Pékin, le pouvoir tombe entre les mains du général Yuan Shikai, ancien conseiller impérial qui se pose en rival des républicains du Sud. Il n’a d’autre ambition que de créer une nouvelle dynastie et réinstaure l’empire le 12 décembre 1915. La mort, qui l’emporte en juin 1916, réduit à néant son rêve impérial.

Le dépeçage de la Chine se poursuit  : la Mongolie extérieure tombe sous la coupe de la Russie tsariste et déclare son indépendance le 1er décembre, établissant le khanat de Mongolie autonome. La Grande-Bretagne s’empare du Tibet et en expulse les autorités chinoises en 1912. La Chine entre dans une longue période de guerre civile qui ne s’achèvera qu’avec la victoire des communistes, en 1949. La république serait-elle aussi inapte que l’empire à trouver des solutions à la crise profonde de l’économie et de la société  ?

En dépit d’un enlisement rapide, la révolution de 1911 fit faire un bond à la Chine. Le système impérial est définitivement renversé et des institutions républicaines mises en place. On assiste surtout à un mouvement profond pour le renouvellement des pensées, marqué par le développement de la presse, des clubs, des associations, des partis politiques. À la question  : quel ordre social va succéder à celui de l’empire confucéen  ? Les réponses sont variées et les options vont s’affronter.

De 1912 aux années 1930, la nouvelle république s’efforce de suivre le modèle occidental. Pour la bourgeoisie chinoise et une partie de l’élite intellectuelle qui mènent la révolution de 1911, le modernisme se conjugue avec le capitalisme qui façonne le monde contemporain. Dans le même temps, la révolution russe a soulevé bien des espoirs. D’autant que la jeune Union soviétique renonce officiellement, en 1919, aux avantages obtenus en Chine par la Russie du tsar. On est bien loin de l’attitude du monde capitaliste qui, par le traité de Versailles, fait passer la province du Shandong de l’autorité de l’Allemagne vaincue à celle de l’insatiable voisin japonais. La décision enflamme les rues de Pékin, le 4 mai 1919, et fait rebondir au cœur des débats l’interrogation  : la modernisation implique-t-elle l’occidentalisation  ? La République pliera-t-elle à son tour sous le joug colonial ou saura-t-elle donner une vitalité nouvelle à l’unité et à l’indépendance du pays  ? Le salut national ne passe-t-il pas par la révolution sociale  ? Le 1er juillet 1921, le Parti communiste chinois (PCC) est fondé à Shanghai. À partir de 1925, les syndicats, le mouvement paysan et le PCC prennent conjointement leur envol et l’on parle alors de «  seconde révolution  ». Entre février et mai 1925, des grèves éclatent dans les filatures de Shanghai. Les élites chinoises, inquiètes de la montée en puissance du mouvement populaire qui réclame la fin des concessions, s’appuient sur les forces occupantes pour le contrer. La répression déclenche une grève générale anti-impérialiste  : deux cent mille ouvriers cessent le travail en mai et juin dans les usines anglaises et japonaises.

La mort de Sun Yat-sen, en mars 1925, laisse le champ libre à l’homme fort du Guomindang, le général Tchang Kaï-chek. Ce dernier obtient l’appui des communistes pour se lancer dans la «  reconquête de la Chine du Nord  ». En janvier 1927, la concession britannique de Hankou est reprise par les Chinois, première revanche sur les occupants occidentaux depuis les guerres de l’opium. Mais cette victoire de la révolution nationale est le prélude d’une année noire pour la révolution sociale. À Shanghai, en mars 1927, les syndicats et les communistes mènent une insurrection victorieuse avant d’être massacrés par les troupes de Tchang Kaï-chek. Leur défaite est consommée en décembre avec l’écrasement de la Commune de Canton.

La première révolution en instaurant la république avait clos un chapitre de l’histoire chinoise  : l’ère impériale. La deuxième en a ouvert un autre  : celui du lien entre guerre nationale et révolution sociale. En proclamant la création de la République populaire, en 1949, Mao Zedong n’oubliera pas ces liens  : «  Notre nation ne sera plus soumise à l’insulte et à l’humiliation. Nous nous sommes dressés (…) L’ère dans laquelle le peuple chinois était considéré comme non civilisé est à présent terminée.  »

Le 100e anniversaire de la révolution de 1911 est célébré aussi bien à Pékin qu’à Taipei qui considèrent Sun Yat-sen comme le « père fondateur » de la République dont il est intronisé premier président. 
Il ne tiendra son poste que quelques semaines, obligé de céder la place à Yuan Shikai. Les premières élections de la République de Chine ont lieu en décembre 1912 et en février 1913. En raison des critères du droit de vote et du taux d’alphabétisation, moins de 1 % de la population est autorisée à voter. 
Le Guomindang, parti républicain et nationaliste fondé par Sun, gagne la majorité des sièges à l’Assemblée nationale mais ne peut faire face aux ambitions de Yuan. Quelques mois plus tard, Yuan interdit 
le Guomindang et dissout le Parlement. À cette époque, les capitalistes chinois se limitent à une poignée de grandes familles liées à l’industrialisation qui se développe dans des régions du littoral comme Shanghai. En contrepartie se constitue un noyau de classe ouvrière, estimée à 650 000 travailleurs 
entre 1915-1920, et à 1,5 million au début des années vingt (pour au moins 250 millions de paysans).

Source : Dominique Bari, L’Humanité


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