7 mars 1921 Soulèvement de Cronstadt

dimanche 12 mars 2017.
 

- 1) 28 février 1921 : les marins de Cronstadt s’insurgent contre le pouvoir bolchevik (PG national)

- 2) Cronstadt (par Karl Radek, dirigeant bolchévik, 1er avril 1921

- 3) 7 mars 1921, 18H45, Kronstadt est attaqué par les bolchéviques... (point de vue anarchiste)

1) 28 février 1921 : les marins de Cronstadt s’insurgent contre le pouvoir bolchevik (PG national)

2) Cronstadt (par Karl Radek, dirigeant bolchévik, 1er avril 1921

Une joie immense s’empara des gardes-blancs du monde entier lorsque, le 2 mars, la nouvelle parvint à l’étranger que les matelots de Cronstadt s’étaient soulevés contre le gouvernement des Soviets. « C’est moi qui t’ai fait, c’est moi qui te tuerai », telle était la légende inscrite au bas d’un dessin paru dans une feuille blanche de Paris représentant un grand escogriffe de matelot, dirigeant son revolver contre Trotsky. « Les odieux matelots de Cronstadt qui avaient porté la révolution dans tous les coins de la Russie, les ennemis forcenés de la bourgeoisie, se sont détachés du gouvernement des Soviets. Sur qui ce gouvernement s’appuiera-t-il désormais ? »

Voilà ce que répétaient tous les organes possibles et imaginables de la contre-révolution russe. Et plus d’un escomptait déjà la fin du gouvernement des Soviets. Or, les choses ne se sont pas passées comme ils l’espéraient. Le soulèvement de Cronstadt ainsi qu’ils le déclaraient fièrement : ils se sont enfuis au pays de Chanaan, en Finlande, où les tombes des trente mille prolétaires assassinés par les gardes-blancs finnois commencent à se couvrir de verdure, ils ont abandonné les matelots aux tribunaux révolutionnaires de la Russie des Soviets.

Cependant l’écrasement par la force de cette mutinerie n’en a pas supprimé la signification. Le caractère vrai du soulèvement de Cronstadt n’éclaire pas seulement la situation actuelle en Russie, elle éclaire en même temps l’un des problèmes les plus importants de la révolution mondiale en général, celui des rapports du Parti Communiste avec la masse du prolétariat et de la forme de la dictature : dictature du Parti ou dictature de classe (pour employer la formule ordinaire, et d’ailleurs inexacte).

I. — Le soulèvement

Le soulèvement de Cronstadt n’a pas été un événement local, bien qu’il portât naturellement de nombreux traits particuliers. Ces derniers consistent d’abord en ce qu’il n’a pas été provoqué par une trop grande misère matérielle. Les matelots de Cronstadt vivent mieux que le reste de l’armée ou de la classe ouvrière, ils sont bien vêtus et les autres conditions matérielles d’existence qui leur sont faites dépassent sans aucun doute la moyenne de celles du prolétariat russe. Le mécontentement local des matelots visait en premier lieu la discipline et l’ordre établis par le gouvernement des Soviets. C’est ce qui est expressément confirmé par l’organe central des gardes-blancs Les Dernières Nouvelles de Milioukov, qui écrit, d’après les dires d’un marin réfugié que le mécontentement s’était déjà manifesté l’année passée et qu’il avait été suscité par les mesures radicales du gouvernement soviétiste pour arrêter la décomposition de la flotte. Partout, mais particulièrement en Russie, les matelots ont toujours été un élément indiscipliné et porté aux excès. C’est une conséquence fatale de leur vie et de l’union organique qui s’établit entre eux et leur navire : dès qu’ils en descendent, ils tirent des bordées.

Par suite de cet esprit d’indiscipline et du grand nombre d’ouvriers hautement qualifiés qu’on compte parmi eux, les marins de Cronstadt ont joué dans les deux révolutions de 1905 et de 1917 un rôle éminent comme agent de destruction de l’Etat bourgeois. Ces ouvriers hautement qualifiés formaient dans la flotte comme un ciment moral changeant l’esprit d’indiscipline de la masse en un facteur révolutionnaire.

Mais ces éléments révolutionnaires prolétariens ont été singulièrement affaiblis pendant ces trois dernières années. Les anciens équipages de Cronstadt ont donné au gouvernement des Soviets des milliers et des milliers de combattants qui dans toutes les armées, dans tous les services, ont pris la part la plus glorieuse à la défense et à la reconstruction de la Russie Soviétiste. Il n’est demeuré à Cronstadt qu’une partie insignifiante de ces anciens militante et tous occupent maintenant des postes de commandement, ils constituent l’armature communiste de la flotte et c’est contre eux que les nouveaux équipages se sont révoltés. Où se recrutent les équipages de la flotte ?

La Finlande et les provinces Baltiques n’appartenant plus à la Russie, il ne reste que la Russie Méridionale et les côtes de la mer Noire. Dans sa majorité, la marine se compose donc d’éléments paysans ukrainiens. Auparavant les matelots spécialistes étaient principalement des ouvriers métallurgistes ; la nécessité de garder ces derniers dans l’industrie de guerre a eu pour conséquence que beaucoup de jeunes bourgeois qui par suite de la guerre ou de la révolution, avaient dû interrompre leurs études dans les écoles techniques supérieures, ont été attirés dans la flotte par les conditions relativement bonnes qu’elle leur offrait.

Si l’on ajoute encore que l’organisation communiste de Pétrograd a été très affaiblie par le départ de dizaines de milliers de ses membres montant littéralement la garde de la Révolution dans tous les coins de la Russie, on comprend que le travail d’éducation politique des matelots ait fortement souffert. Enfin, il faut dire que les matelots de Cronstadt ont un sentiment très vif de leur force. Ils rayonnent encore de l’auréole de leur passé révolutionnaire ; ils gardent les portes de Pétrograd ; leur petite île est comme le Héligoland de la Russie révolutionnaire.

Telles sont les particularités locales qui ont rendu possible le soulèvement de Cronstadt et lui ont donné sa couleur originale. D’une façon générale et en première ligne, c’est le mécontentement du paysan, du paysan ukrainien, qui s’est manifesté dans cette mutinerie. Après la liquidation des fronts, la plupart des matelots étaient partis en permission chez eux. Partout ils avaient entendu dire qu’il n’y avait plus de danger du coté des gardes blancs, et partout ils avaient été frappés des plaintes contre les réquisitions alimentaires.

En Ukraine on leur parla de la lutte impitoyable menée par le gouvernement des Soviets contre les bandes qui pillent, incendient et coupent les voies ferrées sous le drapeau anarchiste de Makhno. Plus d’un matelot n’est même jamais revenu de permission, certains sont passés du côté de Makhno. Dans un article qu’un matelot fugitif écrit dans le journal de Milioukov, pour caractériser le soulèvement de Cronstadt, il est franchement reconnu que les appels au pillage de Makhno plaisaient beaucoup aux matelots et répondaient d’ailleurs à leur nature. (N° du 17 mars 1921). Un fait caractéristique est que quatre membres du « comité révolutionnaire » de Cronstadt sont des fils de paysans ukrainiens et que le plus important d’entre eux, Petritchenko, avait été surnommé « Petlioura » par ses amis.

Le paysan croit n’avoir plus rien à craindre des propriétaires féodaux. Il exige maintenant du gouvernement des Soviets l’allègement de ses charges. La même tendance a eu sa répercussion sur la petite île de Cronstadt. Le fils de paysan, tenu là-bas sur son bateau dans un ordre sévère, a vu dans les communistes de la flotte, dans les communistes en général, des gens qui exigeaient de lui la soumission et la discipline, alors qu’aucune escadre de l’Entente n’était plus en vue. Et les communistes qui lui imposent cette discipline et cet ordre sont les mêmes qui exigent du paysan son blé. D’autre part le matelot de Cronstadt se sent un révolutionnaire né, il n’a pas la moindre intention d’aider le capitaliste, le général tsariste ou le gros propriétaire à reprendre leur domination. Sa protestation contre les charges imposées aux paysans ainsi que contre la discipline et l’ordre révolutionnaires, n’est pas à son avis une manifestation de tendances contre-révolutionnaires, au contraire elle n’est, pense-t-il qu’une extension de la révolution d’octobre. « C’est nous qui avons fait cette révolution, c’est nous qui avons proclamé le pouvoir des Soviets ; or, qui est-ce qui exerce le pouvoir ? Le Parti Communiste. Ce sont les Soviets qui doivent détenir et exercer le pouvoir, c’est toute la masse. Il faut fonder un pouvoir réel des Soviets ». Cette tendance avait été déterminée par la discussion publique maintenant engagée de toutes les questions accumulées pendant trois années de guerre au sein du Parti Communiste. Dans la presse et dans les réunions communistes, on disait ouvertement qu’au cours des longues années de combat l’organisme des Soviets avait été infecté d’éléments bureaucratiques parasitaires. On entendait souvent parler de la nécessité d’épurer le Parti Communiste de ses éléments arrivistes. Cronstadt avait entendu tout cela, et la psychologie essentiellement paysanne, mais transformée par les conditions de vie des matelots conçut ces défauts comme inhérents à la Russie des Soviets.

Dans cette conception générale, il y a un mélange d’anarchisme repoussant toute bureaucratie et toute centralisation, de socialisme-révolutionnaire, et de syndicalisme affirmant que l’ouvrier, tout comme le paysan, est maître de ses produits. Toutes ces tendances se sont résumées dans cette revendication de la réélection des Soviets, réélection qui les libérait de l’influence du Parti Communiste et de tout Parti en général. Le côté syndicaliste a séduit une partie des ouvriers de Cronstadt, pour qui la domination directe du prolétariat sur toutes les usines c’est l’appropriation du produit de son travail par l’ouvrier, le droit légal de soulager sa misère par la vente des instruments de travail et éventuellement de ses produits. De plus, les gens de Cronstadt ne se sentaient pas isolés. Ils avaient entendu parler de mouvements paysans au sujet desquels on avait répandu des nouvelles exagérées (ils recevaient des journaux blancs de Finlande) ; ils avaient entendu parler de la misère et des grèves qui sévissaient à Pétrograd, parmi les ouvriers qui avaient espéré après la fin de la guerre un soulagement de leur situation. Dans cette atmosphère, les organisations clandestines des socialistes-révolutionnaires de droite et de gauche, des anarchistes, des mencheviks et tout à l’arrière-plan, non aperçue des matelots, la conjuration contre-révolutionnaire monarchiste du commandant de l’artillerie Kozlovski, toutes ces organisations agirent efficacement. Les matelots ne pensaient pas se soulever, ils s’assemblèrent en des réunions orageuses où ils se rencontrèrent avec le commissaire de la flotte Kouzmine, très considéré par eux, et avec Zinoviev. Le jour même du soulèvement, Kalinine, président du Comité Central Exécutif, qu’ils traitèrent avec les plus grands égards leur parla, sur la place de l’Ancre, à Cronstadt. A midi, les délégués des matelots se réunirent pour discuter sur la réélection du Soviet. Pendant la discussion, la nouvelle arriva que de grands détachements de troupes marchaient contre eux. Ce n’était qu’une provocation, le moyen choisi par les socialistes-révolutionnaires ou bien par les monarchistes pour transformer le conflit en un choc à main armée. Afin de s’assurer contre toute surprise, les matelots établirent des patrouilles, on leur insinua que cela ne servirait de rien, que le Soviet de Pétrograd attaquerait quand même, puisque les communistes ne voulaient pas admettre la réélection ; il faut, leur disait-on, prendre des gages pour la réélection des Soviets à Pétrograd, en faisant arrêter les communistes et en ne permettant plus à personne de Pétrograd de venir à Cronstadt. Les matelots bloquent Pétrograd et arrêtent les communistes.

La lutte est provoquée. Le gouvernement des Soviets ne pouvait naturellement pas tolérer l’arrestation de ses représentants, la main mise des révoltés sur la forteresse qui garde les approches de Pétrograd. La station radiotélégraphique du dreadnought Petropavlosk envoie des télégrammes chiffrés a Reval et en Finlande. Il est tout a fait clair qu’il y a à Cronstadt un Etat-Major pour lequel la réélection des Soviets n’est qu’un prétexte, et qui est capable de livrer Cronstadt à l’Entente. Les gardes-blancs de Finlande s’efforcent d’établir le contact avec Cronstadt. Le gouvernement des Soviets ordonne aux matelots de déposer les armes, mais ils espèrent que leur exemple sera suivi à Pétrograd et à Moscou. Leurs chefs leur promettent que dans quelques jours le gouvernement sera obligé de procéder à de nouvelles élections générales qui aboutiront à un gouvernement des Soviets sans parti, un gouvernement des Soviets qui mettra tout à sa place et qui contentera tout le monde. Le paysan ne devra plus donner ses produits, et l’ouvrier n’aura néanmoins pas faim. Enfin les matelots sont persuadés qu’après s’être soulevés contre le gouvernement des Soviets ils auront à répondre de leur conduite, et ils se raidissent dans leur résistance. Le gouvernement ne peut pas attendre plus longtemps, il ne le peut pas pour la simple raison que lorsque la débâcle se produira dans le golfe de Finlande et la Neva, les contre-révolutionnaires pourront pousser les matelots à la lutte directe contre Pétrograd. Et la destinée suit son cours : le nœud gordien doit être tranché par l’épée. Les troupes amenées du front, conduites par le bataillon d’attaque des élèves commandants rouges et des délégués au Congrès du Parti, partent une nuit sur la glace qui commence déjà à craquer du golfe de Finlande. « Jamais encore l’infanterie n’a combattu des navires de guerre sur la glace », clamaient les soldats de l’armée rouge. L’exemple de Vorochilov, de Zatonsky et de Boubnov, etc., l’exemple des élèves des écoles militaires, entraîna les troupes et au point du jour elles étaient sur la terre ferme de Cronstadt dons le feu des combats de rues contre les insurgés. La résistance fut acharnée, mais pas autant qu’elle aurait pu l’être avec les moyens dont disposait Cronstadt. Pendant les derniers jours la foi en la victoire avait été ébranlée chez les matelots et très probablement même la foi en la justice de leur cause. Cela surtout parce que la contre-révolution d’abord masquée à l’arrière-plan se montrait de plus en plus à nu. Le socialiste-révolutionnaire Tchernov imposa aux matelots la revendication de la Constituante. De Finlande arrivaient comme représentants de la Croix-Rouge, des gardes-blancs russes authentiques avec à leur tête ce capitaine de vaisseau Wilkins que les vieux matelots connaissaient comme un tyran du soldat et qui n’avait pu se soustraire à leur vengeance en 1917 qu’en fuyant à l’étranger. Tout cela éclaira la masse et mina sa confiance en la justice de sa cause. Les gens de Kozlovsky exigeaient de plus en plus ouvertement l’obéissance à leurs ordres, car sans discipline la défense des positions ne pouvait être assurée. Leurs espions de Petrograd les informaient que leur soulèvement non seulement n’avait pas entraîné les ouvriers, mais au contraire les avait singulièrement refroidis, de sorte que même les usines où la fermentation avait été la plus grande avaient repris le travail en entendant le canon de Cronstadt.

C’est alors que Cronstadt fut pris d’assaut. Comme on enterrait déjà les morts, les journaux blancs de Paris, de Berlin et de Prague commencèrent à arriver en Russie, et on vit alors combien le Gouvernement des Soviets avait eu raison de ne point considérer l’insurrection comme le commencement de la troisième révolution mais de la flétrir simplement comme une nouvelle tentative d’attaque contre-révolutionnaire.

II. — Le nouveau plan de la contre-révolution

Dès que les contre-révolutionnaires russes reçurent la nouvelle du soulèvement, ils oublièrent l’abîme qui les sépare de Cronstadt. Savinkov, l’aide de Kerensky, qui fit massacrer 10 000 paysans et ouvriers sur le front de Galicie lorsque ceux-ci se refusèrent à prendre part à l’offensive criminelle de Juin 1917, Savinkov, qui dans son journal de Varsovie, la Svoboda publiée sur les fonds du gouvernement polonais, se vantait en ces termes (numéro du 24 Février) : « Je lutte contre les bolcheviks, je lutte aux côtés de ceux qui les ont déjà combattus avec Koltchak, Denikine, Wrangel et même Petlioura, si étrange que cela puisse paraître », Savinkov, l’ami de Balakhovitch, le héros des pogroms juifs de Biélorussie, écrit dans son journal que « les matelots de Cronstadt ont racheté tous leurs péchés par leur dernier soulèvement. » Lorsque le croiseur Aurora tire sur Petrograd (nouvelle controuvée), c’est là une manifestation de repentir du crime commis le 25 octobre 1917 en tirant sur le Palais d’Hiver où siégeait le ministère Kerensky. Le Roul de Berlin, organe de l’aile droite du Parti cadet, écrit : « Le soulèvement de Cronstadt est sacré, car c’est un soulèvement contre l’idée de la révolution de Novembre ». La Société des Industriels et Financiers russes de Paris, lorsqu’elle apprit les nouvelles de Cronstadt, décida de ne point se tourmenter pour les revendications extrémistes, cause primitive de la mutinerie, puisque, seul point essentiel, « les matelots étaient pour le renversement du Gouvernement communiste » (Les Dernières Nouvelles de Paris du 5 Mars).

Les banques russes, l’ancien ministre des finances tsariste Kokovtsev à leur tête commencèrent à ramasser de l’argent pour Cronstadt. Goutchkov, le chef du parti impérialiste Russe, se mit en contact avec les gouvernements anglais et américain pour obtenir des vivres.

Les gouvernements français et américain enjoignirent immédiatement à leurs agents d’Helsingfors et d’Estonie de faire tout leur possible pour ravitailler les émeutiers de Cronstadt.

Les contre-révolutionnaires comprirent avec une clarté et une largeur d’esprit extraordinaires le sens profond des événements de Cronstadt. L’organe de Milioukov Les Dernières Nouvelles ainsi que la Cause Commune de Bourtzev ne se bornèrent pas à accorder immédiatement et catégoriquement leur appui aux matelots de Cronstadt, ils édifièrent aussitôt tout un plan tactique sur l’acceptation des revendications de Cronstadt. Cette tactique consistait à reconnaître que toute attaque contre-révolutionnaire est vouée à l’échec dès qu’elle opère ouvertement avec les forces de l’Entente et les hommes de l’ancien régime et qu’elle a à sa tête les représentants des grands propriétaires et du capitalisme. Les masses populaires ne croient pas aux intentions pures et désintéressées des alliés, elles savent très bien que lorsque les forces alliées marchent contre la Russie des Soviets c’est avec l’intention d’en faire une colonie. La cause de la défaite de Denikine, Koltchak, etc., a consisté, selon Milioukov, surtout en ce que, comme représentants de la noblesse ils répugnaient aux paysans. La première conclusion que Milioukov tire de ce fait est que le mouvement contre-révolutionnaire ne saurait vaincre en Russie que s’il vient de l’intérieur et s’il est dépourvu, du moins en apparence, de toute tendance féodale. Mais, se basant sur les événements de Cronstadt, Milioukov fait un deuxième pas : il reconnait que ni pour les paysans, ni pour les ouvriers ou les soldats de l’Armée Rouge, la revendication d’une Constituante ne constitue plus une force d’attraction. Les matelots se sont soulevés au nom du vrai Pouvoir des Soviets, mais en même temps ils ont crié : A bas les communistes ! Ce « A bas les communistes ! » fait accepter à Milioukov le « vrai Pouvoir des Soviets ».

Le Gouvernement communiste tombé, tombera du même coup la seule force qui soutienne la Russie des Soviets dans sa lutte contre le capital mondial, la seule force capable, à présent surtout qu’elle a conquis la paix, de reconstruire la vie normale, la seule capable, comme partie la plus mûre de la masse des paysans et du prolétariat révolutionnaires, de conduire la barque à travers tous les écueils et d’assurer enfin l’œuvre de la Révolution. Des Soviets sans communistes ne représenteraient plus que les masses ouvrières hésitantes, fatiguées et dispersées et seraient obligés de laisser agir sans contrôle toutes les forces bourgeoises qui étaient utilisées sous le plus sévère des contrôles par le Gouvernement des Soviets communistes. L’émigration contre-révolutionaire commencerait à refluer en Russie, elle remplirait de ses gens toutes les administrations de ces Soviets sans-parti, et elle s’emparerait en fait du pouvoir. Et alors le moment serait venu de donner à cette force réelle les formes juridiques que la contre-révolution jugerait nécessaires. L’organe de Milioukov va même, dans une polémique avec un doctrinaire socialiste-révolutionnaire, jusqu’à défendre les Soviets non seulement comme organes d’administration, mais encore comme pouvoir gouvernemental : « Les Soviets ne sont pas seulement des organes consultatifs ou législatifs, ils sont les organes du pouvoir de l’Etat dans son ensemble. Et ce n’est que comme tels qu’ils peuvent remplacer l’Etat bolchevik et former la base d’une organisation plus normale des provinces sans rompre avec la population. Il va sans dire qu’ils ne sauraient remplir ce rôle durable qu’après leur réélection » (numéro du 8 mars 1921). Milioukov, le fondateur et le leader idéologique du Parti Cadet libéral, qui semblait être un doctrinaire aveugle du parlementarisme européen, a compris que lorsque l’écrasement du Parti Communiste aura détruit la seule force qui permet de maintenir la Russie comme un grand facteur mondial révolutionnaire, la Russie Soviétiste sans la dictature des Communistes sera la proie de la contre-révolution. Il indique donc comme but décisif à la contre-révolution l’anéantissement du Parti Communiste, tout en s’écriant : « Ne repoussez pas les masses paysannes et ouvrières par des revendications de retour aux formes de l’Etat bourgeois. Peu importe la forme c’est le fond qui importe. »

Dans la Russie paysanne, après l’anéantissement du Parti Communiste les travailleurs des campagnes consolideront leur pouvoir sous la forme des Soviets, comme classe bourgeoise et conservatrice et le reste suivra de lui-même.

III.— Les enseignements du soulèvement de Cronstadt

La tactique de la contre-révolution russe tendant à briser le pouvoir de la Russie des Soviets et à renverser le Parti Communiste, en menant au combat contre ce Parti les masses petites-bourgeoises, paysannes et demi-prolétariennes, ce plan de la contre-révolution russe s’efforçant de tromper au nom d’un gouvernement réellement soviétiste et d’une « troisième révolution » ne sera pas réalisé. Le Parti Communiste est assez souple et prudent, il est assez en contact avec les masses pour le faire échouer. En profitant du répit extérieur, pour diminuer les proportions de l’armée rouge et soulager ainsi le paysan des charges qui pèsent sur lui, en le contentant en même temps au moyen de l’industrie et du commerce extérieur, ce Parti saura resserrer ses liens avec le paysan. Il suscitera l’initiative des masses prolétariennes, afin d’améliorer leur situation matérielle et d’attirer au premier rang, dans le Parti, les couches les plus arriérées. Dès à présent, quelques semaines à peine après le Congrès du Parti Communiste, avant que toutes les conséquences de sa nouvelle politique se soient montrées, on sent déjà un nouveau souffle qui anime les masses populaires. On sent d’une manière palpable que le gouvernement des Soviets a ruiné le plan de la contre-révolution tendant à se redresser sur le dos de la petite-bourgeoisie. Mais le fait que la contre-révolution russe, dans sa lutte pour le pouvoir, en est arrivée à employer la revendication des Soviets sous laquelle elle a été écrasée, à l’employer contre le Parti Communiste, ce fait est d’une signification historique universelle.

C’est l’instinct révolutionnaire du prolétariat occidental qui s’est exprimé lorsque, dans sa solidarité avec la Russie des Soviets, considérée comme foyer de la Révolution mondiale, ce prolétariat s’est écrié : « Right or wrong, my country » (Qu’elle ait tort ou raison, c’est ma patrie prolétarienne), sans se laisser impressionner par aucun racontar sur le Parti Communiste, sur son « terrorisme ». ou sur son « opportunisme ». Il a compris que la question n’était pas de savoir dans quelle mesure le communisme pourrait être réalisé en Russie — car le communisme ne saurait être réalisé ni promptement ni isolément dans un pays agraire — mais que la seule chose qui importe est que la Russie ait été arrachée des mains de la contre-révolution européenne, que cent millions de paysans et les forces économiques du plus grand pays d’Europe ne puissent plus être employées pour soutenir économiquement et militairement le capitalisme combattant pour son existence, mais soient au contraire employés à soutenir le prolétariat mondial luttant pour un nouvel ordre social. Le prolétariat mondial comprit donc que, s’il en était ainsi, le Parti Communiste aura toujours raison s’il conserve le pouvoir entre ses mains. Tous ses actes doivent être jugés de ce point de vue, soit que, pour vaincre, la contre-révolution attaquant à main armée, ce Parti rassemble impitoyablement toutes les ressources du pays, soit qu’il fasse certaines concessions aux éléments petits-bourgeois pour les détacher des propriétaires et du capital, agents de la contre-révolution. L’avant-garde du prolétariat, avec son instinct révolutionnaire, a bien compris tout cela et elle voit maintenant combien avaient raison ceux qui disaient : « On ne saurait à la fois soutenir la révolution russe et combattre le Parti Communiste. » Ce que les Hilferding, Dittmann, Longuet, Bauer, ont essayé de faire, c’est-à-dire d’adopter deux attitudes diverses à l’égard du Parti Communiste et à l’égard de la Russie Soviétiste ou de la Révolution russe — cela devant la tactique de la contre-révolution russe pendant les événements de Cronstadt — apparaît comme une tromperie et dans le cas le plus favorable, comme une tromperie de soi-même. « Vive la Révolution russe ! Vive la Russie des Soviets ! A bas les Communistes russes ! A bas les dictateurs de Moscou ! » ont crié les Hilferding et les Bauer, les Longuet et les Grimm. « A bas les dictateurs de Moscou ! » leur répondent le ministre des Finances du tsar Kokovstev et le héros des Dardanelles Milioukov, la Bourse de Paris et le général Wrangel. Et ils ajoutent : « Une fois le Parti Communiste russe battu, la contre-révolution pourra, pour quelque temps du moins, se draper dans le manteau des Soviets. » Il ne s’agit pas du manteau, il s’agit de celui qui le porte, et Paris vaut bien une messe. Les Hilferding, les Dittmann, les Adler, les Bauer, les Longuet et tous ces héros de l’Internationale deux-et-demie apparaissent dans ce cas non pas comme l’aile droite du mouvement révolutionnaire ouvrier, mais comme l’aile gauche de la contre-révolution mondiale capitaliste. Le futur historien du grand combat qui mène à l’affranchissement du prolétariat mondial ne manquera pas de souligner ce fait, que le jour où les Communistes de Russie comblaient de leurs corps la brèche ouverte dans la muraille de Pétrograd par les matelots de Cronstadt, la Freiheit écrivait : « Zinoviev, le corrupteur du prolétariat russe » ; que Monsieur Longuet et Monsieur Bauer exprimaient leurs sympathies non pas aux Communistes qui faisaient de leurs corps un nouveau rempart autour de Pétrograd sur la glace du golfe de Finlande, mais aux instruments inconscients de la contre-révolution mondiale à Cronstadt.

Les événements de Cronstadt obligent le prolétariat d’Occident à tirer encore d’autres conclusions. Ils donnent la note finale à notre discussion avec la fraction des Communistes qui voulait opposer à la dictature russe, à la dictature du Parti Communiste, l’idée de la dictature de la masse du prolétariat tout entier. Les Laufenberg et les Wolffheim, qui pensèrent pouvoir opposer en 1919 la dictature de la masse à la dictature du Parti, sont ouvertement passés dans le camp de la contre-révolution. Dans leur dernière brochure, Moscou et la Révolution allemande, ils se proclament ouvertement adversaires non seulement du Parti Communiste de Russie, mais encore de la Russie Soviétiste, dénonçant le Gouvernement des Soviets aux masses ouvrières allemandes comme une mauvaise réédition du tsarisme. Les Rühle et consorts poussèrent leur haine contre l’idée du Parti révolutionnaire jusqu’à s’allier aux Dittmann et Cie pour combattre le soi-disant « despotisme » du Parti Communiste russe. Ils ont été dénoncés même par les éléments communistes d’Allemagne, qui étaient jusqu’à présent moralement d’accord avec eux, comme des contre-révolutionnaires. Mais cette évolution ne saurait être menée à bonne fin que si l’Internationale Communiste, dans toutes ses sections, saisit dans les événements de Cronstadt, dans la tactique de la contre-révolution russe, outre les traits spécifiquement russes, les leçons valables pour tous les pays.

Ce qu’il y a de spécifiquement russe dans ces événements, c’est que, premièrement, la couche prolétarienne est bien plus mince en Russie qu’en Occident ; deuxièmement, les couches petites-bourgeoises sont bien plus puissantes en Russie qu’en Angleterre on en Allemagne, par conséquent leur influence sur la classe ouvrière est bien plus forte qu’elle ne le sera ailleurs, et pour cette raison, les oscillations petites-bourgeoises de la classe ouvrière sont bien plus grandes en Russie qu’en Europe. En Occident la lutte sera bien plus difficile, parce que la bourgeoisie y est plus fortement organisée qu’elle n’était en Russie. Les difficultés du ravitaillement seront dix fois plus grandes qu’en Russie, et il y aura là-bas des situations où de larges masses ouvrières se montreront hésitantes, penseront même capituler devant la bourgeoisie, et où la dictature du prolétariat ne saurait se maintenir que comme la dictature, ferme comme l’acier, de son avant-garde communiste. Or, comme la déclaration des centristes, disant qu’ils sont pour la dictature, mais contre le terrorisme, signifie seulement que ces éléments ne sont pas disposés à lutter par tous les moyens pour la victoire des masses ouvrières, qu’ils sont prêts à lâcher et à trahir, dans toutes les situations difficiles, le cri de « Pour la dictature de toute la classe ouvrière contre la dictature du Parti Communiste », n’est qu’une preuve que ces éléments ne sont prêts à combattre que lorsque les couches les plus arriérées de la classe ouvrière seront aussi aux postes de combat, c’est-à-dire lorsque la lutte sera facile, qu’il ne sera plus nécessaire de verser son sang et de souffrir de la faim et du froid. Dans notre brochure, La Dictature de la Classe ouvrière et la Dictature du Parti Communiste, publiée pendant l’été de 1919, en réponse à Laufenberg et à Wolffheim, nous écrivions :

Le Parti Communiste ne renoncera pas, après la conquête du pouvoir, à ses organes de combat. Il concentrera étroitement ses membres, les meilleurs représentants de la dictature ; il les consultera toujours sur la question de savoir quelles mesures il faudra prendre pour les organes du pouvoir. Le Parti Communiste marchera toujours à l’avant des masses et de leurs organisations pour assurer la dictature. Car la dictature du prolétariat ne sera pas conquise en une fois et pour toujours : jusqu’à la victoire définitive, elle devra être conquise et reconquise chaque jour. La masse ouvrière, aujourd’hui divisée en couches inégalement aptes à combattre, doit être animée de la ferme décision de lutter, au cours de la révolution en marche, pour que la dictature du prolétariat devienne possible. Mais cet esprit de combat est très relatif dans sa généralité. Certaines parties du prolétariat auront toujours, pendant l’organisation de la dictature du prolétariat, une attitude hostile ou tout au moins indifférente. Et la masse, qui jubilera le jour de la victoire, pourra bien hésiter, les jours des grandes difficultés, des défaites, et même désespérer de la victoire et songer à la capitulation.

La Révolution prolétarienne n’apporte pas un soulagement immédiat de la misère, et dans certaines circonstances, elle peut même entrainer une aggravation provisoire de la situation du prolétariat. Les adversaires du prolétariat profitent de cette situation pour réclamer le gouvernement des ouvriers par eux-mêmes ; c’est alors qu’il doit y avoir un Parti Communiste centralisé, puissant, disposant des moyens de gouvernement du prolétariat et décidé à conserver le pouvoir pendant un certain temps, même seulement comme Parti de la minorité révolutionnaire, en attendant que les conditions de la lutte s’améliorent et que le moral de la masse s’élève.

Naturellement, si la majorité de la classe ouvrière se laisse aller aux désillusions trompeuses qui lui font croire qu’elle pourrait vivre mieux, même dans les chaînes de l’esclavage capitaliste, qu’en combattant pour son affranchissement, et si cette majorité se manifeste dans une situation difficile, d’une manière active contre la dictature du prolétariat tombant constamment sur le dos du Parti Communiste, alors, certes, celui-ci ne pourrait conserver ses positions. Mais aussi longtemps que l’on peut espérer une amélioration de la situation, ce Parti doit se raidir pour garder ses positions. Alors, les conditions s’amélioreront, la classe ouvrière sera de nouveau derrière lui et il pourra mener le combat jusqu’à la victoire définitive. L’affranchissement de la classe ouvrière ne peut être que son œuvre propre, celle de la majorité combattante du prolétariat ; mais, dans sa lutte pour l’affranchissement, il peut y avoir des situations où la minorité révolutionnaire de la classe ouvrière doit prendre sur elle toute la charge du combat et où la dictature des ouvriers ne saurait se maintenir, provisoirement du moins, que comme la dictature du Parti Communiste. Et cette situation s’est présentée plus d’une fois en Russie.

Nous sommes persuadé qu’à la lumière des événements de Cronstadt, les éléments communistes qui n’ont pas encore su apprécier le rôle du Parti pendant la révolution, apprendront enfin à estimer à leur valeur véritable ces explications, ainsi que la résolution du 2e Congrès de l’Internationale Communiste au sujet du rôle du Parti. On n’aurait pas assez profité de cet enseignement, qui nous prouve que le Parti du prolétariat a pu conserver le pouvoir en ses mains, alors que contre lui s’est soulevée la contre-révolution petite-bourgeoisie même sous la forme du mécontentement des ouvriers s’il n’était retenu que par la Russie. Il faut se rendre compte que si le Parti Communiste ne saurait triompher finalement qu’appuyé sur la masse des travailleurs, il y aura cependant des situations en Occident où il faudra, pendant un certain temps, garder le pouvoir avec les seules forces de l’avant-garde. Il faut comprendre qu’en toutes circonstances, le Parti Communiste est l’âme de la révolution et qu’il constitue comme la clé de voûte de la dictature du prolétariat.

La lutte que mène à présent le Parti Communiste de Russie pour le renforcement de son influence sur les masses ouvrières non encore communistes, pour le réveil de l’initiative dans ces masses, apparaît comme le complément de sa ferme décision de conserver le pouvoir par tous les moyens. Et cette décision doit servir d’exemple aux Communistes des autres pays. Voilà le plus grand enseignement des événements de Cronstadt, leur enseignement international.

Karl RADEK

Moscou, 1er avril 1921.

3) 7 mars 1921, 18H45, Kronstadt est attaqué par les bolchéviques...

Kronstadt, héroïque et généreuse, rêvait de libérer la Russie grâce à une Troisième révolution qu’elle se sentait fière d’avoir amorcée. Elle ne formulait pas de programme défini. Ses slogans étaient la liberté et la fraternité universelle. Elle considérait la Troisième révolution comme étant un procédé conduisant graduellement à l’émancipation, le premier pas dans cette direction consistant en une élection libre pour des soviets indépendants, sans contrôle d’aucun parti politique, et représentant l’expression de la volonté et des intérêts du peuple. Les marins proclamaient à tous les ouvriers du monde leur grand idéal, sans réserve et d’une manière naturelle, et appelaient le prolétariat à joindre ses forces dans la lutte commune, confiants que leur cause trouverait un soutien passionné, et qu’en tout premier lieu, les ouvriers de Petrograd s’empresseraient de leur venir en aide.

Entre temps Trotsky avait rassemblé ses forces. Les divisions les plus dignes de confiance en provenance des fronts, des régiments kursanti [élèves officiers], des détachements de la Tchéka et des unités militaires formées exclusivement de communistes étaient rassemblés maintenant dans les forts de Sestroretsk, Lissy Noss, Krasnaïa Gorka et dans les endroits fortifiés environnants. Les plus illustres experts militaires russes furent expédiés sur place pour préparer les plans relatifs au blocus et à l’attaque de Kronstadt, et le tristement célèbre Toukhachevski fut nommé commandant-en-chef pour le siège de Kronstadt.

Le 7 mars, à 18 h 45, les batteries communistes de Sestroretsk et de Lissy Noss tirèrent les premiers coups de feu contre Kronstadt.

C’était le jour anniversaire de la Journée des femmes ouvrières. Kronstadt, assiégée et attaquée, n’oublia pas ce grand jour férié. Sous le feu d’innombrables batteries, les vaillants marins envoyèrent leurs vœux par radio aux femmes ouvrières du monde, ce qui caractérisait tout à fait la psychologie de la cité rebelle. La radio disait :

« Aujourd’hui est un jour férié universel, la Journée des femmes ouvrières. Au milieu du tonnerre des canons, nous envoyons de Kronstadt nos vœux fraternels aux femmes ouvrières de l’univers. Puissiez-vous bientôt vous libérer de toute forme de violence et d’oppression. Longue vie aux femmes ouvrières révolutionnaires ! Longue vie à la Révolution sociale dans le monde entier ! »

Le cri de Kronstadt qui fendait le cœur : « Que le monde entier le sache », publié après que le premier coup de feu ait été tiré, dans le n° 6 d’Izvestia, n’était pas moins caractéristique : « Le premier coup de feu a été tiré … Debout, le sang des ouvriers lui arrivant aux genoux, le maréchal Trotsky fut le premier à ouvrir le feu contre Kronstadt la révolutionnaire qui s’est élevée contre l’autocratie des communistes pour établir le véritable pouvoir des Soviets. (…) »

Alexandre Berkman, La rébellion de Kronstadt (trad. Marianne Lehmann), pp. 42-44

Mise en ligne sur Bellaciao le 7 mars 2012


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