2 juillet 1920 : Le général Toukhatchevski et la Révolution russe

dimanche 17 juillet 2016.
 

Mikhaïl Nikolaïevitch Toukhatchevski naît le 16 février 1893 dans une famille russe noble ayant fourni de nombreux officiers. Elève de l’académie militaire Alexandrovsky, il est sous-lieutenant lorsque commence la Première guerre mondiale. Fait prisonnier en février 1915, il est détenu en Allemagne, en particulier dans le fort d’Ingolstadt en même temps que Charles De Gaulle. Toukhatchevski laisse le souvenir d’un patriote, très opposé au tsarisme et porteur d’une conception du monde athée progressiste.

Durant l’été 1917, il réussit à s’évader et à rejoindre les lignes russes. La révolution éclate ; Toukhatchevski y adhère et entre dans la Commission militaire du Comité exécutif panrusse des Soviets.

1) Toukhatchevski s’impose comme officier au moment où la Révolution russe est au bord de la défaite

En mai juin 1918, la Légion tchèque se soulève et coupe Moscou d’immenses territoires sur la Volga, dans l’Oural et en Sibérie.

25 et 26 mai 1918, la Légion tchèque se soulève et sépare la Sibérie de l’URSS

A partir du 15 juin 1918, la situation politique et militaire devient extrêmement périlleuse.

- Des milliers de soldats japonais occupent l’Est de la Sibérie à partir de Vladivostok

- Les SR de droite organisent deux grands soulèvements l’un autour de Tambov (17 juin), l’autre à Ekaterinbourg (20 juin).

- L’Allemagne apporte un soutien considérable à l’armée blanche de Krasnov qui forme le "gouvernement du Don" sur environ 500 kilomètres de profondeur en Ukraine orientale.

- Une escadre franco-anglaise débarque à Mourmansk au Nord.

...

Dans le but de défendre la route de la Volga vers Moscou, Lénine et Trotski choisissent Mikhaïl Nikolaïevitch Toukhatchevski, âgé de 25 ans, pour former et commander la 1ère armée rouge.

2) Face au soulèvement de Mouraviev

En juillet 1918, les SR de gauche décident aussi de pousser à des soulèvements à Moscou comme ailleurs.

Toukhatchevski se trouve alors à Simbirsk, grande ville sur la moyenne Volga, pour grouper les troupes bolcheviks dont il a besoin pour sa 1ère armée en formation. Malheureusement pour lui, le colonel Mouraviev qui commande ici, rejoint le soulèvement SR dont les objectifs sont proches de ceux des pays en guerre contre l’Allemagne.

Voici le récit qu’il fait de l’épisode :

" Mouraviev me convoqua, mais à peine fus-je arrivé sur le quai que je fus aussitôt arrêté. Les yeux brûlants de folie, Mouraviev me déclara " Je lève l’étendard de l’insurrection, je fais la paix avec les Tchécoslaovaques et je déclare la guerre à l’Allemagne." Le soulèvement bouffon de Mouraviev commença de cette manière brutale et inattendue. Il avait rallié à l’estomac les gardes rouges qui l’accompagnaient. Abrutis par lui, ils ne comprenaient rien à rien et suivaient Mouraviev qu’ils considéraient comme un "vieux chef de guerre soviétique". La division blindée stationnée à Simbirsk passa du côté de Mouraviev de façon tout aussi irréfléchie.

" Dès que Mouraviev s’en alla tenter de prendre le Soviet d’assaut, les soldats de l’Armée rouge voulurent me fusiller sans traîner. Ils furent très étonnés lorsque, certains m’ayant demandé pourquoi j’étais arrêté, je leur répondis "Parce que je suis un bolchevik." Abasourdis, ils me répondirent "Mais nous aussi on est des bolcheviks !" La conversation s’engagea. Je les informai du soulèvement des SR de gauche à Moscou et leur expliquai la trahison de Mouraviev. Les soldats restés là élirent aussitôt une délégation et l’envoyèrent à la division blindée pour en discuter."

Des bolcheviks font imprimer un appel aux soldats.

" Pendant ce temps, Vareikis (bolchevik) et Mouraviev menaient une âpre discussion dans la salle de réunion du Comité exécutif provincial des soviets. A la fin, furieux du refus de Vareikis de lui transmettre le pouvoir, Mouraviev frappa la table d’un grand coup de poing, hurla "Eh bien alors, je vais discuter avec vous d’une autre manière" et se dirigea vers la porte. Sur le seuil, un groupe de soldats l’appréhendèrent et le décrétèrent d’arrestation. Il cria Trahison ! dégaina son mauser, tira mais fut abattu sur le champ.

" Cette trahison, si vite et si heureusement liquidée, provoqua un mal énorme dans l’armée... Des rumeurs mensongères sur des mouvements tournants, des trahisons, circulèrent largement... Des troupes commencèrent à reculer, même sans combat."

3) Le rétablissement bolchevik sur l’Oural puis le long combat contre Koltchak

Comme commandant d’armée, Toukhatchevski déploie une énergie énorme pour transformer des troupes révolutionnaires disparates et éparpillées au sein de multiples petites unités en une armée organisée, équipée et disciplinée, capable d’affronter les armées blanches encadrées, elles, par les anciens officiers et sous-officiers tsaristes, armées par la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Etats-Unis.

24 décembre 1918 L’armée blanche sibérienne de Koltchak prend Perm et marche vers Moscou

4) Sur le front polonais

En 1919, il est clair que les révolutions finlandaise, hongroise, bulgare et surtout allemande... ont dans l’immédiat échoué. Dans les débats du parti bolchevik sur les perspectives mondiales Toukhatchevski défend une position dure : « La Russie soviétique est le propagateur de la révolution dans le monde entier ». Kokochine remarque dans Armée et politique (Moscou, MO, 1995, p. 78-79) " Il est vrai que celui-ci a toujours été un farouche partisan du volontarisme et de l’option de la guerre révolutionnaire dans les débats des années 1920".

En 1920, l’armée franco-polonaise envahit l’Ukraine :

- pour des raisons économiques car les grandes sociétés capitalistes françaises veulent s’emparer des richesses du sous-sol.

- pour des raisons nationalistes polonaises.

Le 25 avril 1920, 150000 soldats polonais équipés et appuyés par la France se lancent à l’assaut de l’Union soviétique bien au-delà de la ligne Curzon prévue par les traités. L’armée rouge, bien inférieure en nombre, recule.

Le 7 mai, l’armée polonaise atteint et prend Kiev, capitale de l’Ukraine.

Au même moment, le général Wrangel, massivement aidé par le capitalisme international marche vers le Nord et occupe le Donbass (Est de l’Ukraine).

Le 23 mai, le comité central du Parti Communiste de Russie adopte les thèses sur « le front polonais et notre mission » qui font de cette guerre « la mission prioritaire de la Russie ouvrière et paysanne » :

Par son offensive, la bourgeoisie polonaise a mis son destin en jeu. Elle ne peut exister aux côtés de la Russie soviétique… L’issue du combat actuel ne peut faire de doute. L’aristocratie et la bourgeoisie polonaises seront détruites. Le prolétariat polonais transformera son pays en pays socialiste (thèse 8).

Parce qu’il s’agit d’un combat non pour la vie mais pour la mort, il aura un caractère particulièrement violent (thèse 9).

Il est nécessaire de considérer cette guerre avec la Pologne non comme une mission partielle du front ouest mais comme la mission centrale de toute la Russie ouvrière et paysanne (thèse 10).

(Enfin, les) travailleurs et travailleuses, paysans et paysannes doivent comprendre et considérer que cette guerre avec la Pologne est leur guerre, une guerre pour l’indépendance de la Russie socialiste, pour son alliance (sojuz) avec la Pologne socialiste et avec l’Europe prolétarienne et le monde entier (thèse 11). Source : Le PCUS et les forces armées de l’Union soviétique, Moscou, Voenizdat, 1981, p. 137-141 cité par http://www.cehd.sga.defense.gouv.fr

Toukhatchevski prend le commandement du Front Nord-Ouest comprenant les 3ème armée, 4ème armée, 15ème armée, 16ème armée, 3ème corps de cavalerie (105 000 hommes et 595 canons).

Le 2 juillet, il adresse à ses soldats un message tout à fait sur l’orientation des thèses sur "le front polonais".

Dirigez votre combat vers l’ouest. C’est à l’ouest que se dessine le destin de la révolution mondiale. Sur le cadavre de la Pologne blanche se trouve la voie de l’incendie mondial. À la pointe de nos baïonnettes, nous apportons la paix et le bonheur à l’humanité travailleuse. À l’ouest ! Pour une bataille décisive, pour une victoire tonitruante.

Durant ce mois de juillet 1920, l’armée rouge reconquiert très rapidement les territoires ukrainiens. Le 14 juillet elle prend Vilnius (avec l’aide des Lithuaniens), le 19 juillet, c’est au tour de Grodno et le 25 de Bialystok.

Se pose alors la question de poursuivre ou non jusqu’à Varsovie. Trotsky s’oppose à une pénétration en Pologne sans un véritable rapport de force émanant de Polonais. Lénine veut précipiter la situation. Finalement, ordre est donné aux armées de Toukhatchevski de marcher sur Varsovie. Au moment où la campagne se joue entre le 12 et le 16 août, Staline se débrouille pour que les armées du Front Sud-Ouest qui auraient pu aider Toukhatchevski quittent ce secteur. L’armée rouge est battue. Des milliers de prisonniers sont sauvagement exterminés.

11 et 12 juin 1937 : Staline fait fusiller les chefs militaires de la Révolution russe (Toukhatchevski, Iakir, Ouborevitch, Kork, Eideman, Feldman, Primakov)

http://www.cehd.sga.defense.gouv.fr...

http://www.zacharz.com/bataillevars...


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