Cuba n’est pas une dictature !

lundi 27 mars 2017.
 

La propagande anti-cubaine, les attentats anti-cubains, le blocus économique anti-cubain émanant de Washington n’ont jamais cessé. Les raisons invoquées ont souvent changé : dénonciation de la nationalisation de l’électricité au début des années 1960 puis alliance avec l’URSS, puis intervention cubaine en Afrique, enfin non respect des droits de l’homme.

De la Maison blanche à l’Union européenne, la propagande atlantiste dénonce depuis 20 ans Cuba comme une dictature dans laquelle les droits de l’homme ne seraient pas respectés.

Que faisaient ces institutions alors que Cuba combattait sans cesse le non respect des droits de l’homme en Afrique du Sud (apartheid), en Amérique latine (régime fascistes et dictatures militaires), au Moyen-Orient et ailleurs ? Ils soutenaient ardemment ces régimes inhumains...

Font-ils mieux pour se permettre de donner des leçons ? NON. Est-ce que Cuba peut être caractérisé comme une dictature ? NON. Certains reproches sont-ils justifiés ? Telle est la question.

A) Droits de l’homme, démocratie, USA et Cuba (Jacques Serieys)

A1) Jean-Luc Mélenchon et la propagande présentant Cuba comme une dictature

Jour après jour, mois après mois, depuis plus de cinq décennies, toute l’armada médiatique (chaînes de télévision, journaux et revues propriétés de milliardaires...) sous hégémonie idéologique atlantiste (multinationales US, CIA, OTAN...) vomit sa haine contre Cuba pour des raisons de soutien au capitalisme financier transnational et à l’impérialisme yankee. Sous quelle forme s’exprime cette haine ? La grande ile des Caraïbes ne respecterait pas les droits de l’homme.

Ainsi, l’Union Européenne se tait très souvent devant des violations inouïes des droits de l’homme. Elle n’a, par exemple, pas pris le temps de voter une simple condamnation du coup d’état perpétré au Honduras contre un président et une majorité élus démocratiquement. Elle n’est pas non plus intervenue pour protéger les syndicalistes et militants politiques assassinés ou persécutés depuis dans ce pays (environ 200). Elle n’a pas non plus levé le petit doigt lorsque la police équatorienne a tenté un coup d’état contre le président élu Rafaël Correa. Elle n’est pas non plus intervenue contre les tentatives de coup d’état au Venezuela, contre le trucage des élections et les avanies paramilitaires au Mexique ou contre la procédure anticonstitutionnelle de destitution de Dilma Roussef au Brésil, etc. Par contre, elle a attribué par trois fois en sept ans à des opposants cubains son prix Sakharov, récompensant des individus ou des organisations ayant œuvré pour les droits de l’homme et la liberté d’opinion.

En décembre 2011, tous les eurodéputés du Front de gauche et plusieurs socialistes étaient sortis de la salle pour marquer leur désaccord. Les journalistes aux ordres avaient aussitôt attaqué ; tel Libération.fr titrant sur toute la largeur de la page d’accueil « Mélenchon aime la dictature cubaine et ne le cache pas ». Jean-Luc avait réagi d’une part en resituant l’analyse de Cuba dans le contexte latino-américain actuel, d’autre part en argumentant « Cuba n’est pas une dictature », « ce n’est pas non plus une démocratie comme nous l’entendons ».

Après le décès de Fidel Castro, la diarrhée anti-cubaine a trouvé une nouvelle vigueur alors que Pinochet avait fréquemment bénéficié d’une certaine compassion.

Nous allons essayer ci-dessous d’analyser rationnellement ces questions du contexte latino-américain, des droits de l’homme et de la démocratie à Cuba.

A2) Cuba avant 1960 : Quand les Etats-Unis bafouaient les droits de l’homme défendus par Castro et Guevara

Les dirigeants économiques et politiques des USA ont longtemps considéré Cuba comme une colonie dont ils pouvaient jouer à leur guise. Ainsi, ils fomentent en 1934 un putsch militaire contre le régime cubain qui présentait des aspects sociaux (réduction du temps de travail), démocratiques (droit de vote des femmes...) et socialisants (nationalisations de secteurs clés appartenant à de grandes compagnies étrangères). Qui dirige ce putsch ? le colonel Fulgencio Batista qui va profiter grassement de cet état autoritaire et pro-américain (1934 - 1944) pour s’approprier personnellement de colossales ressources financières publiques : Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

Cuba se démocratise un peu en raison de la poussée démocratique et sociale après les défaites du fascisme. Dès 1952, donné largement battu par les sondages lors des élections présidentielles, Batista réussit un nouveau coup d’état militaire appuyé puis reconnu par les Etats-Unis : Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

Le régime putschiste instauré ce 10 mars 1952 suspend la constitution, interdit le droit de grève, réprime systématiquement toute activité politique réelle d’opposition (en particulier les communistes)... Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

L’économie cubaine est rapidement contrôlée par des gangs nord-américains (cosa nostra...) qui font de l’île un cloaque de casinos de jeux, de prostitution, de blanchiment de l’argent du trafic de drogue. Batista lui-même est en relation personnelle avec des parrains mafieux (Meyer Lansky, Lucky Luciano...).

En huit ans, la dictature de Batista cause la mort d’environ 20000 personnes, soit bien bien plus que le régime castriste ultérieur en 55 ans. Quant à la population cubaine, elle connaît sous Batista une aggravation considérable de la misère. Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

A3) Cuba après la révolution castriste de 1960 : Les USA bafouent encore et toujours les droits de l’homme

Aussitôt après la fuite de Batista, chassé par la guerrilla mais aussi par la grève générale ouvrière et par le ras-le bol de toute la population, les USA cherchent à assassiner Fidel Castro. Le président US John F. Kennedy n’a pas manqué d’imagination pour mettre terme à sa vie : stylos empoisonnés, armes bactériologiques, coquillages explosifs sur un site de plongée apprécié par le leader cubain, plat empoisonné... Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

Rien n’aboutissant, une invasion militaire est organisée commençant par un débarquement dans la Baie des cochons. La réaction massive du peuple cubain prouve alors son soutien déterminé à ses dirigeants Castro, Guevara...

Baie des cochons 17, 18, 19 avril 1961 Le peuple cubain met en déroute le débarquement US

L’invasion militaire n’ayant pas réussi, Washington va mettre au point de nouvelles méthodes pour en finir avec les castristes :

- la menace militaire : La perle des Tropiques va rester sous la menace permanente d’une invasion. N"oublions pas que le camp US de Guantanamo se trouve sur le sol cubain. L’énergie et les finances engagées sur ce terrain manqueront ailleurs, inévitablement.

- la guerre financière menée par les institutions internationales avec par exemple un taux usurier pour le moindre emprunt nécessité par un moment difficile

- les opérations permanentes d’homicides sur la personne de Fidel Castro Il serait trop long de développer ici les 638 tentatives d’assassinat auxquelles celui-ci a échappé (sans compter les essais pour lui nuire médiatiquement comme le produit dépilatoire étalé sur ses chaussures pour qu’il perde la barbe...). La commission Church du Sénat américain a recensé au moins 8 complots d’assassinat entre 1960 et 1965 : cigares favoris de Castro traités avec une toxine botulique pouvant tuer au moindre contact avec la bouche ; stylo équipé d’une seringue hypodermique empoisonnée... N’importe quel pays se comportant ainsi vis à vis d’un président US aurait été porté sur la liste des organisations terroristes et aurait fait les frais d’une invasion militaire par les pays dits "démocratiques". Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

- la guerre politico-idéologique du libéralisme mondial qui soutient les fameuses lois votées par le Parlement US. Ces lois, « Cuban Democracy Act » en 1992 et Helms-Burton en 1996 voulaient imposer au peuple cubain le choix de ses dirigeants et le choix de la politique cubaine par Wall Street et la Maison blanche. Or, ces textes sont absolument contraires au droit international.

- le blocus économique, méthode de déstabilisation de la société cubaine par les USA dont l’impact a été le plus dévastateur. En 1959, 73 % des exportations cubaines étaient destinées au marché états-unien et 70 % des importations en étaient issues. Dans ces conditions l’embargo sur les produits alimentaires de base a profondément détérioré les conditions de vie des habitants.

Ce blocus, comme pour les autres marchandises, est totalement illégal du point de vue du droit international ; de fait, il empêche tout achat de produit cubain par un pays qui commerce avec les USA. Prenons l’exemple de la voiture d’une société allemande, japonaise ou française : si elle contient un gramme de nickel cubain, cette société se verra interdire l’accès au marché US.

Ce blocus viole également les conventions de Genève qui « interdit tout embargo sur les aliments ou les médicaments, y compris en temps de guerre. Or, Cuba ne peut importer aucun médicament ou appareil médical des États-Unis, qui jouissent d’une situation de quasi-monopole dans ce secteur. Par exemple, les enfants cubains ne peuvent bénéficier du dispositif Amplatzer fabriqué aux États-Unis, qui permet d’éviter une chirurgie à cœur ouvert (Salim Lamrani). » . « Entre 1992 et 1994, au moment les pénuries alimentaires ont provoqué une épidémie de neuropathie optique (inflammation du nerf optique) qui a touché près de cinquante mille personnes (Samuel Farber) ».

Décidément, quels défenseurs lamentables des droits de l’homme que ces pays et ces médias qui couvrent de telles avanies les concernant par des mensonges sur Cuba !

A4) Les USA, Cuba et l’Amérique latine

La détermination des USA contre Cuba n’est pas due au souci des droits de l’homme dont Washington ne s’est jamais préoccupé dans sa politique internationale. Elle provient de l’exemple donné par la révolution cubaine : une guérilla rurale qui réussit en lien avec une grève générale ouvrière, des nationalisations de compagnie US sans indemnité et surtout une popularité extraordinaire et maintenue dans les milieux populaires, des Andes à l’Atlantique et de la Terre de feu au Rio Grande.

Pourquoi les yankees sont-ils haïs par de nombreux latino-américains alors que les Cubains bénéficient d’une sympathie considérable ?

- parce que la principale relation des USA avec toute l’Amérique latine passe surtout par l’exploitation des terres, des paysans, des richesses naturelles au profit des multinationales américaines. Dans son ouvrage remarquable intitulé "Les veines ouvertes de l’Amérique latine", Eduardo Galeano a démontré comment décennie après décennie chaque nation est sucée, achetée, ruinée par les Golden boys. Il serait trop long de résumer ; que notre lecteur jette un coup d’oeil sur le livre susmentionné.

- parce que Washington n’a laissé aucune possibilité à aucun peuple de l’Amérique latine pour choisir une politique autre que la sienne sans engager rapidement un coup d’état militaire souvent suivi de l’instauration d’un régime totalitaire sinon fasciste. Quelques articles développent sur ce site ceux du Paraguay, de la Colombie, du Guatemala, du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay, du Chili, de la Bolivie... Nous en proposons deux ci-dessous, de la stratégie préventive (Chili pour empêcher Allende élu d’entrer en fonctions comme président de la république) aux régimes fascisants pérennes (comme le Paraguay).

Les USA voulaient empêcher Allende élu d’entrer en fonctions comme président du Chili (1970)

Alfred Stroessner, général pro-américain de culture fasciste

Quiconque connaît la politique lamentable menée par Washington en Amérique latine depuis deux siècles (1823) ne peut que répéter : Quels défenseurs lamentables des droits de l’homme !

Cuba peut au contraire se prévaloir d’une solidarité humaniste et internationaliste permanente avec ses équipes sanitaires et humanitaires toujours les premières sur chaque tragédie, avec son accueil de tous les proscrits menacés de mort par les escadrons d’assassins sans cesse lancés par Washington aux trousses des syndicalistes et militants anticapitalistes.

A5) Le système politique cubain

Le socle de la vie politique cubaine présente :

- un grand avantage sur le nôtre. Il s’appuie sur une démocratie participative à la base réelle. Les citoyens d’une commune se réunissent avant toute élection pour proposer un nombre de candidats correspondant aux postes à pourvoir. D’autres candidats potentiels sont proposés par « les assemblées qui se composent de représentants des mouvements des travailleurs, de la jeunesse, des femmes, des étudiants et des paysans, ainsi que de membres des Comités de défense de la Révolution » note Wikipedia. Ensuite, les électeurs font connaître à bulletin secret les candidats auxquels ils accordent leur soutien. Quiconque n’obtient pas la majorité n’est pas élu et son poste reste à pourvoir lors d’un second tour à venir après nouvelle assemblée générale et nouvelles propositions. D’après la constitution, un élu peut se voir démis de ses fonctions en cours de mandat.

- des défauts évidents ; par exemple les candidatures aux élections sont filtrées par une "commission des candidatures" en fonction « de critères comme le mérite, le patriotisme, les valeurs morales et le passé révolutionnaire » (http://www.ipu.org/parline-f/report...).

Quel système représentatif ? Quels pouvoirs législatif et exécutif ?

Contrairement aux Etats Unis, Cuba reconnaît et applique le suffrage universel. Tous les cinq ans, les citoyens âgés d’au moins 18 ans élisent un député par circonscription. Ces députés forment l’Assemblée nationale du Pouvoir populaire pour un mandat de cinq ans. Celle-ci élit ensuite les membres du Conseil d’État, et en nomme le Président, qui exerce les fonctions de chef d’État et de gouvernement.

Un système en évolution

En février 2013, une commission sur la réforme de la Constitution a été installée. Raul Castro a annoncé depuis qu’il ne demandera pas en 2018 le renouvellement de son mandat comme président et que la modification de la constitution doit être effective avant cette échéance. Le PCC a annoncé qu’une nouvelle loi électorale entrerait effectivement en vigueur avant la fin du mandat de M. Castro.

Plusieurs débats sont en cours :

- sur le rôle du Parti communiste Cubain, défini par l’article V de la constitution comme « avant-garde organisée de la nation cubaine », et comme « la force dirigeante suprême de la société et de l’Etat ». Même des intellectuels marxistes cubains souhaitent une évolution. « L’idée de parti d’avant-garde est dévoyée dès lors qu’il devient un parti de pouvoir », explique par exemple le sociologue Aurelio Alonso.

- sur la suppression des commissions de candidatures et l’instauration d’une « citoyenneté démocratique et socialiste » (Ovidio D’Angelo Hernández, Observatoire critique cubain).

- sur la mise en place d’un pluripartisme.

Lors de chaque congrès du Parti Communiste Cubain, des débats essentiels ont traversé les adhérents et une large part de la société. Tel avait été le cas pour le 6ème congrès (2011) et le 7ème (2016). Lors de ce dernier, Fidel Castro avait insisté sur la menace climatique pour conclure Si l’espèce humaine survit durant un laps de temps beaucoup plus grand, les futures générations en sauront beaucoup plus que nous, mais il leur faudra d‘abord résoudre un grand problème. Comment nourrir les milliards d’êtres humains dont les réalités se heurteraient irrémédiablement aux limites d’eau potable et de ressources naturelles dont ils ont besoin ? ... J’aurai bientôt 90 ans. ... Je serai bientôt comme tous les autres. Notre tour viendra à tous, mais les idées des communistes cubains resteront comme preuve que sur cette planète, si on travaille avec ferveur et dignité, on peut produire les biens matériels et culturels dont les hommes ont besoin, et nous devons lutter sans trêve pour les obtenir, À nos frères d’Amérique latine et du monde, nous devons dire que le peuple cubain vaincra. Il se peut que ce soit l’une des dernières fois que je parle dans cette salle... Nous poursuivrons notre marche et nous perfectionnerons tout ce qui doit être perfectionné, avec une loyauté éclatante et la force unie, comme Marti, Maceo et Gomez, dans une marche irrésistible. (Applaudissements)

A6) Désinformation et difficultés objectives d’un socialisme plus démocratique à Cuba

-> Commençons par pointer la désinformation permanente émanant de la CIA et véhiculée par les journalistes occidentaux. Ainsi, nous avons assisté en 2016 à une scène stupéfiante. Depuis un mois, nous étions abrutis par la propagande insistant sur la dizaine de milliers de prisonniers politiques cubains. Lors de la conférence de presse de Raul Castro (mars 2016), en présence d’Obama et devant toute la grande presse mondiale, la question des prisonniers politiques lui est posé. Raul explique qu’il n’y a pas de prisonnier politique à Cuba, qu’on veuille bien lui donner un nom dans les semaines à venir si jamais un cas ne lui était pas connu. Dans les jours suivants, les médias qui s’étaient aventurés trop loin dans la dénonciation de la dictature cubaine enfermant ses opposants cherchent vaillamment un nom, au moins un nom, auprès des exilés cubains, auprès des ambassades, auprès des opposants... Mais aucun nom de prisonnier politique n’est donné, ni dans les jours suivants, ni dans les semaines suivantes, ni dans les mois suivants...

Nous devons en prendre acte : concernant Cuba, même les journalistes européens réputés intègres se laissent embrigader par les faucons fascisants de Washington. Quant à la droite française, peuchère, elle ne s’est guère amélioré depuis son vote des pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Que cela touche d’entendre un Bruno Lemaire prétendre que le "régime castriste est une dictature de la pire espèce qui a opprimé des dizaines de milliers de Cubains". Il est vrai que François Hollande, premier secrétaire du PS en 2003, n’avait pas plus nuancé son propos en dénonçant dans le Nouvel Observateur "l’arsenal complet" de la "dictature" cubaine : "pouvoir personnel, voire familial, refus d’élections libres, censure, répression policière, enfermement des dissidents, camps de travail, peine de mort".

Le fait que Washington mente et soit pire ne justifie pas que nous passions sous silence la réalité cubaine. Cuba mérite notre solidarité mais notre esprit critique doit rester entier.

-> Le premier problème à poser est celui des limites objectives pour réaliser un socialisme démocratique dans un seul pays, qui plus est un pays dont l’économie était exportatrice, très intégrée dans le marché mondial (nickel, sucre, tourisme...), qui plus est dans le contexte du blocus américain. Depuis une vingtaine d’années, le gouvernement cubain essaie de créer les conditions pour qu’une économie privée de type familial, artisanal, se développe sur l’île. Il serait erroné de voir là une adaptation au capitalisme. Un tel secteur dans un pays comme Cuba est parfaitement justifié et justifiable, y compris en rapport aux textes marxistes fondateurs. Une planification démocratique peut parfaitement articuler cette propriété privée limitée avec de grands objectifs économiques. Aussi, le progrès de ce secteur doit être considéré comme un pas vers plus de démocratisation.

-> Cuba se fait fort de défendre les droits de l’homme en insistant sur les progrès considérables qu’a réalisé la société cubaine en matière de droits sociaux. Ces progrès sont tout à fait réels (éducation, santé, protection sociale, droits des travailleurs...), magnifiques même dans les conditions concrètes subies par l’île. Cependant, elles ne résolvent pas la question des libertés démocratiques.

-> Notons que la réalité démocratique actuelle ne correspond pas au socialisme que voulaient construire Castro et Guevara aux débuts de la Révolution cubaine. Pourquoi ce hiatus ? Le gouvernement cubain explique cela par les conséquences du blocus américain. Sur le fond, c’est exact mais pour des raisons généralement non invoquées par La Havane. Il est évident, par exemple, que ce blocus a obligé Cuba à se lier et commercer avec l’URSS dès les débuts du castrisme et que cela n’a pas joué dans le sens d’une amélioration de la citoyenneté active.

-> Si l’avenir de la révolution castriste dépend d’abord du peuple cubain, il me paraît certain que seul un progrès du rapport de force international face aux USA peut y aider. La révolution bolivarienne vénézuélienne l’a déjà prouvé en apportant un peu d’air frais durant quelque temps pour cette île qui doit importer tout son pétrole.

B) Droits sociaux et/ou libertés démocratiques ? (Janette Habel)

Le gouvernement cubain répond sur plusieurs registres. Pour justifier les restrictions apportées aux secondes, il invoque le « blocus américain », cause du monolithisme idéologique et politique du parti unique imposé par l’agression... tout en expliquant cependant qu’à Cuba les droits de l’homme - identifiés aux seuls droits sociaux - sont respectés. Avant même d’examiner la validité du premier argument, précisons qu’il est tout simplement ignoré par les médias occidentaux. Pour ces derniers, l’impérialisme est un concept ringard. Oubliée, la présence imposée depuis près d’un siècle de la base militaire américaine de Guantánamo. Quant aux sanctions économiques, loin d’être un handicap, elles seraient au contraire une aide au régime castriste dénoncé comme un « goulag tropical ». Selon cette interprétation, l’embargo serait une faveur faite à Fidel Castro par des dirigeants américains imbéciles œuvrant contre leurs propres intérêts. L’ignorance historique venant compléter cette analyse, l’approche unilatérale des droits de l’homme est ainsi légitimée.

Il n’est pas possible, dans le cadre de ce texte, de démontrer le caractère fallacieux de cette affirmation. L’efficacité de l’embargo est confirmée par tous les investisseurs étrangers. Rappelons seulement que le veto américain interdit à La Havane l’accès aux institutions financières internationales, l’obligeant à emprunter à des taux d’usure. L’étranglement financier de l’île est sans doute le problème majeur. J’affirme, quant à moi, que les agressions militaires engagées quelques mois après la victoire castriste puis les sanctions économiques maintenues pendant quatre décennies ont atteint leur objectif en ne laissant à la jeune révolution cubaine d’autre choix pour survivre dans le contexte de la guerre froide que l’intégration dans le camp soviétique, ce pour quoi elle allait payer un prix dramatique trente ans plus tard.

L’adoption, en 1992, du « Cuban Democracy Act » (dite loi Torricelli) et de la loi Helms-Burton en 1996 ont encore aggravé les conséquences des sanctions. Aucune étude sérieuse, en particulier nord-américaine, ne met en doute l’efficacité économique de cette politique [2]. La confusion de nos censeurs français vient du fait que Fidel Castro en tire - c’est de bonne guerre - un bénéfice politique. D’une part, en faisant de l’embargo la cause unique des difficultés économiques du pays, ce qui est partiellement - mais pas totalement - vrai tout en escamotant ses responsabilités propres ; d’autre part, en renforçant le sentiment national cubain. Il est aidé pour ce faire par le texte de la loi Helms-Burton, dite « Cuban Liberty and Democracy Act », qui prétend imposer au peuple cubain le choix de ses dirigeants et un régime fondé sur une économie de marché, grâce à l’internationalisation d’une législation dont le caractère extraterritorial viole les règles du droit international. C’est en ce sens mais en ce sens seulement que la dénonciation de l’embargo « aide » Fidel Castro à justifier l’absence de libertés démocratiques alors que le processus révolutionnaire est aujourd’hui enlisé.

Une fois ce contexte rappelé, que valent les arguments du « líder máximo » ? Le premier - selon lequel la démocratie sociale serait plus importante que la démocratie politique dans les pays pauvres - pour séduisant qu’il soit, ne résiste pas à l’examen. Sous réserve de définir ce que l’on entend par démocratie (la crise de la démocratie représentative occidentale invite à réfléchir à des formes nouvelles de participation populaire), on peut démontrer que nombre d’erreurs commises à Cuba auraient pu être évitées si le débat démocratique entre des choix politiques ou des stratégies alternatives avait été possible, si des voix discordantes avaient pu se faire entendre pour défendre des propositions contradictoires. Citons pour mémoire René Dumont qui critiqua très tôt les structures étatiques adoptées dans l’agriculture en proposant des formes coopératives. Puni pour son audace, il fut accusé d’appartenir à la CIA. Or, depuis 1993, ces coopératives agricoles sont à l’ordre du jour, mais le prix à payer pour les erreurs passées et le temps perdu est colossal. Rappelons également le seul grand débat public de l’histoire révolutionnaire organisé par Che Guevara, alors ministre de l’Industrie.

Le Che s’est sans doute trompé en défendant une centralisation excessive de l’économie mais sur l’essentiel - la mise en cause du système soviétique et les risques qui en découlaient pour Cuba, risques confirmés quarante ans plus tard - il fut le plus lucide. La critique publique qu’il fit de l’URSS à Alger en 1965 éclaire les conditions de son départ de Cuba. La démocratie politique est donc fonctionnelle pour peu qu’elle permette une information pluraliste, condition d’une réelle prise en charge populaire, et des débats sur les grands choix économiques. Un régime qui se réclame du socialisme ne peut s’en passer sous peine de nourrir la passivité des salariés et son corollaire, la chute de la productivité du travail : des maux qui accablent l’économie cubaine depuis des années (comme ils ont accablé le régime soviétique) et qui compromettent de plus en plus les droits sociaux autrefois conquis.

Deuxième question : la réalité et la gravité de l’embargo justifient-elles l’absence de libertés démocratiques ? En d’autres termes, Cuba est-il un pays en guerre justifiant un régime d’exception ? Dans une proclamation récente, l’Assemblée nationale populaire affirme que « le blocus économique imposé à Cuba par les Etats-Unis constitue un crime de génocide ». Or, la guerre d’usure économique que les Etats-Unis mènent contre l’île n’est pas assimilable à une extermination. L’emphase et l’excès en la matière sont nuisibles et l’exactitude et la rigueur des termes indispensables. Ce d’autant plus que Washington n’a plus pour politique (à la différence des agressions militaires menées dans les années soixante), de renverser le castrisme par une intervention militaire, et ce de l’aveu même de Fidel Castro. Le but reste le même mais la tactique utilisée est plus subtile. Le « Track 2 » [3] fait miroiter les avantages comparatifs de l’ « american way of life » et met en évidence les carences de la société cubaine.

On ne peut répondre de manière efficace à cette offensive idéologique ni par la répression, ni par le double langage, ni par le contrôle ou la manipulation de l’information alors même que de nombreux Cubains écoutent Radio Martí, qui émet depuis la Floride, et que les voyages sont de plus en plus nombreux. « L’information demeure essentielle à la bonne marche de la société. Pas de démocratie réelle sans une information de qualité », souligne Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique. Une information fiable est une condition nécessaire à la mobilisation des citoyens.

En affirmant que les droits sociaux sont pérennisés alors que les écoliers manquent de livres et de matériel, les hôpitaux de médicaments et que le plein emploi est compromis par les restructurations des entreprises d’Etat, le discours officiel perd sa crédibilité : les Cubains appellent cette langue de bois le teque-teque. Les ravages du manque de libertés démocratiques crèvent les yeux. Dans la jeunesse tout d’abord (près de 50 % de la population), dont l’ardeur révolutionnaire est étouffée par le teque-teque des médias. Selon la presse officielle, le désintérêt pour la politique est une des causes principales de la crise des Jeunesses communistes dont le recrutement est en chute libre. Chez les intellectuels ensuite, dont le statut et les moyens dépendent souvent de leur conformisme. L’accès à Internet est restreint et canalisé par des institutions, les voyages sont sous contrôle, la censure ou plutôt l’autocensure omniprésentes. L’embargo ne peut expliquer l’expulsion du prestigieux Centre d’Etudes sur l’Amérique (CEA) de militants membres du PCC en 1996, ni les licenciements politiques de l’Université de certains enseignants, ou le limogeage de scientifiques, ni les exclusions du Parti communiste telle celle du chercheur Haroldo Dilla pour publication d’un article jugé idéologiquement incorrect.

Dans un essai autobiographique [4], l’écrivain Lisandro Otero, qui vit aujourd’hui au Mexique, raconte comment la publication d’un article dans le Monde diplomatique en avril 1992 lui coûta son poste et son emploi. L’article n’était pourtant pas le fait d’un contre-révolutionnaire. Il préconisait « une ouverture de l’espace politique et plus de tolérance à l’égard d’une pluralité d’idées ». Sur le plan international enfin, les effets de cette politique sont désastreux. C’est avec cynisme que le Foreign Council peut affirmer en 1999 que « le communisme cubain est mort comme force politique propulsive dans l’hémisphère occidental ». Certes, la faute n’en incombe pas seulement au castrisme, mais il en est en partie responsable. Il est donc temps de dépasser un cadre d’analyse qui omet l’existence de l’impérialisme dans un cas et la responsabilité castriste de l’autre. Une société socialiste suppose plus et pas moins de démocratie, même si celle-ci reste à redéfinir. Rien ne peut justifier l’absence de débats publics au sein et hors du parti. Les droits de l’homme comportent deux volets indissociables, les droits sociaux et les droits démocratiques, l’égalité et la liberté, « l’égaliberté », selon l’expression d’Etienne Balibar. Le socialisme comme principe d’organisation de la société doit définir une conception citoyenne de la démocratie et des droits sociaux. Sous peine d’être voué à l’échec. Telle est la leçon du XXe siècle...

HABEL Janette

C) Cuba n’est pas une dictature ! (Cyprien J)

Source : http://initiativescitoyennes.over-b...

Une propagande anti-cuba ?

Il est coutume d’entendre parler de dictature, d’atteinte à la liberté d’expression, de totalitarisme et d’autoritarisme, dès lors que l’on évoque ce pays socialiste découvert par Christophe Colomb, le 27 octobre 1492. Cuba fut le coeur des Révolutions d’Amérique Latine, depuis sa première guerre d’indépendance en 1868 jusqu’au renversement du général Fulgencio Batista, le 1er janvier 1959 où Fidel Castro pris le pouvoir pour instaurer progressivement un régime socialiste (rien à voir avec le Parti Socialiste français).

Depuis Fidel Castro, (au pouvoir depuis 1959, mais chef de l’Etat de 1976 à 2008), l’opinion internationale ne cesse de qualifier son gouvernement de dictature semblant oublier ce qu’était le pays avant son arrivée et sous l’emprise impériale des Etats-Unis d’Amérique. L’orientation politique clairement définit contre le capitalisme qui agresse le pays et répand la misère partout où il passe, est fièrement défendue par le peuple lui-même qui n’hésite pas à faire preuve de résistance et revendiquer leur légitime indépendance. Qu’en est-il réellement ?

La dictature de Batista et la Révolution Cubaine :

Batista est arrivé au pouvoir par un coup d’état en 1952. Il est alors soutenu par Washington et aidé par l’armée nationaliste de Cuba. Ce sera le début d’une période de déchéance totale, un abandon du peuple et une exploitation des ressources du pays par l’Amérique du Nord qui le soutien pleinement. Sous la dictature de Bastista, le pays sombre dans la prostitution et devient un véritable "bordel" pour streap-teaseuse (entre autres), attirant dès lors une faune touristique en manque "d’exotisme". La bourgeoisie s’en donne à coeur-joie... De nombreux casinos ouvrent sous la protection dangereuse des mafias américaines et la violence s’installe peu à peu jusqu’à creuser les inégalités au sein de la population. La répression militaire est de mise dans le pays et de nombreux mouvements de résistance se font réprimer au point de répandre le sang par la torture et la mutilation...

De ce régime militaire dictatorial, naît la Révolution Cubaine. Le 26 juillet 1953, Fidel Castro à la tête d’un groupe Cubain, assiège la Caserne Moncada à Santiago de Cuba mais échoue en se faisant incarcérer dans la prison de l’ïle des Pins où il sera amnistié sous la pression populaire pour aller s’exiler au Mexique. Suite à l’échec de l’attaque de la Caserne de Moncada, Fidel Castro décide de créer le M-26 (Mouvement du 26 juillet) et avec son frêre Raul Castro et Ernesto Guevara (dit "el Che"), ainsi que d’autres guerilleros s’embarquent alors à bord du bâteau Gramna au départ du Mexique et jusqu’aux rives sud-est du pays (le 2 décembre 1956 jusqu’à la Sierre Maestra), pour tenter de renverser ce gouvernement qui réduit le peuple cubain à une misère insupportable, et ainsi retrouver l’indépendance. La "guerilla" est en route et peu à peu, soutenue par la population locale, ils parviennent enfin (le 1 janvier 1959) à faire partir le dictateur Batista qui s’enfuit alors en République Dominicaine...

Ce combat est celui d’une douzaine d’hommes survivants de l’attaque orchestrée par l’armée de Batista lors de leur débarquement. Ernesto Guevara (el Che) alors médecin décide de prendre les armes et de diriger l’expédition de la guerrilla, qui prendra l’initiative de rassembler les paysans locaux qui soutiennent son combat. Il en profite pour apporter son aide médicale aux villages isolés, mais également pour apprendre aux nouvelles recrues à lire et à écrire. Ensemble ils vont permettrent peu à peu, malgré les conditions difficiles et le climat peu hospitalier, de vaincre la dictature de Batista. En 1959, Fidel Castro devient alors le chef du gouvernement cubain.

Le régime socialiste de Castro :

Il est important de savoir qu’avant l’arrivée de Fidel Castro, le pays comptait près de la moitié de sa population d’analphabètes (24% en moyenne nationale), les terres aux mains des américains (44% leur appartenait) ne pouvaient plus être travaillées par les paysans locaux qui ne pouvaient alors plus nourrir leurs familles. Le chômage (près de 650 000 chômeurs) important durcissait la vie quotidienne d’une population surexploitée et menaçée par l’implantation générale d’entreprises américaines. La corruption était généralisée et le racisme bien présent. La population cubaine installée dans la misère, n’avait plus les moyens de se faire soigner ni même d’envoyer leurs enfants à l’école. L’insécurité répandue donnait un taux de criminalité important tandis le pays s’engouffrait peu à peu dans le modèle américain...

Fidel Castro a permis, par sa Révolution Cubaine, de redonner l’espoir aux peuples d’Amérique Latine. Il permit notamment de réduire à environ 4% le taux d’analphabète, en proclamant l’école obligatoire et gratuite pour tous (y compris les fournitures scolaires) et en construisant plus de 10 000 écoles rurales à travers tout le pays. Il permit également l’accès aux soins pour tous, en instaurant la gratuité des médicaments, si bien qu’aujourd’hui Cuba est l’un des pays au monde les mieux équipés sur le plan de la santé. Il donne la possibilité à la population cubaine de pouvoir se loger décemment en baissant de près de 40% les loyers. Le partage des richesses fait partie de sa politique, souhaitant instaurer une "ligne éthique" en fermant toutes les maisons de jeu et redonnant des droits aux femmes par le principe d’égalité hommes/femmes. Enfin, le racisme prit fin sous sa gouvernance à l’instar de la criminalité quasiment nulle aujourd’hui. Sans oublier non plus, les nationalisations des plantations de sucres et de tabac, permettant alors de reprendre ce que les Etats-Unis avait volé au peuple cubain...

La réforme agraire du 17 mai 1959, défend l’idée que "la terre appartient désormais à ceux qui la travaille". Ainsi, Fidel Castro nommé président de l’INRA (Institut National de la Réforme Agraire), et Ernesto Guevara premier ministre de l’industrie (le 23 janvier 1961), vont permettre de collectiviser les terres et de diversifier les cultures, construire des routes et des ponts dans les villages isolés, permettre un système de crédit pour les paysans, nationaliser les entreprises (ce qui relancera l’industrie du pays), etc... Ceci dans le but de parvenir peu à peu à faire en sorte que le pays retrouve son indépendance sur le plan de l’agriculture et de l’industrie et ainsi contrer sa dépendance économique au sucre. Malheureusement, l’industrie s’effondre peu à peu du fait de l’incapactité à garantir des prêts à long terme par les banques ayant été nationalisées, alors même que l’Amérique tente de rompre tous liens commerciaux et diplomatiques avec le pays. C’est le début de l’embargo (le 07 février 1962).

Cuba subit alors un véritable isolement économique (au total, une perte de quelques centaines de milliards de dollars), ce qui empêche son développement malgré les aides financières de l’Union Soviétique à cette époque. Suite à la chute du mur de Berlin, la Russie ne peut plus assurer son soutien au pays et les relations entre Cuba et les Etats-Unis sont tendues au point qu’à l’arrivée de Nixon à la présidence de 1969, ce dernier demande à la CIA de renverser le régime castriste par différents moyens (armes biologiques, invasions militaires, tentatives d’assassinat, etc...). Les conséquences de ces multiples offensives, ayant toutes échouées, ont conduit à la mort de milliers de cubains. Toutefois, le pays ne se décourage pas et continue tant bien que mal d’instaurer un socialisme cubain, dans l’intérêt du peuple.

Le pays retrouve sa liberté ?

Le constat est flagrant, Cuba a retrouvé son indépendance et les conditions sociales sont meilleures depuis l’arrivée de Fidel Castro. Le peuple cubain peut se nourrir, se loger, se soigner et une véritable lutte contre les disciminations est en place. Ce qui n’était pas le cas sous la domination de Batista. Par ailleurs il est à noter (contrairement à l’idée bien trop répandue) que Cuba ne réprime pas plus la liberté de la presse que cette dernière ne l’est aujourd’hui en Europe par exemple, dominée par des puissants groupes financiers et manipulée par les politiques tenanciers de la pensée-unique. Aussi, pointer du doigt ce pays en le considérant comme une dictature est preuve d’une belle hypocrysie, d’une mauvaise foi et d’un manque flagrant d’informations sérieuses.

Pourquoi s’acharnent-on sur Cuba, alors même que nous sommes en France les premiers à ne pas respecter les droits de l’Homme et à être manipulés par nos médias ? Pourquoi ne pas remarquer avant tout la domination américaine et son désir impérialiste de gouverner le monde pour y répandre un capitalisme destructeur ? Pourquoi, s’insurge-t-on sur le parti unique de Cuba qui a permis l’indépendance du pays, et sans lequel, il serait toujours sous la domination des Etats-Unis ? Pourquoi leur faisons-nous le reproche de vouloir conserver leur souveraineté nationale ? Un parti unique ne veut pas dire pour autant qu’il n’y ait pas de plurialisme, puisqu’en réalité le pays dénombre de multiples mouvements différents riches d’une grande diversité d’opinion. L’idée étant de préserver l’unité nationale, c’est à dire rester souverain.

L’hégémonie des Etats-Unis, participe activement à déteriorer l’image de Cuba en le faisant passer pour un pays dictatorial et mettant en danger les droits de l’homme. Mais qu’en est-il de cette Amérique du Nord qui n’a toujours pas aboli la peine de mort dans tous ses Etats ? Qui laisse en libre circulation des armes régulièrement utilisées contre sa population ? Qui maintient ses prisons de tortures comme celle de Guantanamo ? Qui n’ont de cesse d’intervenir militairement dans certains pays où il savent pouvoir en exploiter les ressources (le pétrole notamment, mais aussi l’uranium...) ? Qui multiplient les coups d’états, notamment en Amérique Latine (voir le Paraguay en 2012 et Honduras en 2009) ? Qui dénombre une multitude de faits racistes en son pays ? Qui plonge sa propre population dans une misère sociale déplorable ? Qui intervient militairement, au sein de la funeste organisation nommée OTAN, en Afganistan, en Irak, etc... et ainsi cause des massacres innombrables au sein de la population civile ? Allons... la liste serait trop longue, je cesse donc !

Avant de pointer du doigt les soit-disant problèmes de son voisin, il serait peut-être judicieux de regarder avant tout les siens. L’on se rend-compte alors que l’hypocrysie et la manipulation médiatique est bien présente et constitue un danger pour nos démocraties. La population de Cuba trouve son équilibre à sa manière et ne demande qu’à être souveraine en son propre pays, sans être sous la domination des impérialistes de ce monde. Cuba est en cela, en sa politique intérieure, un exemple en matière de lutte contre le capitalisme. Le socialisme qui s’y trouve, garantit le pouvoir d’achat de la population cubaine et lui permet de mieux vivre, plus sereinement. Cessons de croire tout ce que nous déversent les médias de masse et considérons les faits, non tels que peuvent l’imaginer les puissants de ce monde mais tel qu’ils reflètent la réalité de la vie quotidienne de la population cubaine... Et conservons à l’esprit, qu’aucun pays n’est parfait !

Cyprien J.

D) Cuba : une dictature ? (André Chassaigne, 27 juillet 2015)

Je participais sur RMC, ce mercredi 22 juillet, au « Conseil des Grandes Gueules » qui réunit, chaque mercredi, de 12 h à 13 h, trois invités politiques pour débattre de l’actualité du jour à la sortie du Conseil des Ministres.

Après l’habituel échange sur les affaires courantes (cette semaine : agriculteurs en colère, interdiction du flashball, buralistes et paquets de cigarettes neutres) j’ai dû commenter, suivant le déroulé habituel de l’émission, une « déclaration choc de l’actualité » qui m’était réservée : Obama se réjouissant du rétablissement des relations diplomatiques des Etats-Unis avec Cuba. Immédiatement m’a été posée « la question qui tue » : « Est-ce que Cuba est une dictature ? ».

Sans hésiter, j’ai répondu « non, absolument pas ». Si la question ne m’a pas « tué », la réponse a quant à elle fait l’effet d’une bombe à fragmentation, d’abord dans le studio, et ensuite paraît-il sur certains réseaux sociaux.

« Mais enfin, André Chassaigne, comment pouvez-vous dire une chose pareille ! ». Ces quelques mots du journaliste, sincèrement choqué, ont suffi pour que je mesure les dégâts faits dans les têtes par la propagande distillée depuis des années par les forces libérales et leurs porte-voix médiatiques. Une bataille ininterrompue qui a secrété au fil du temps une vision complètement déformée de la réalité cubaine, avec l’objectif de déconsidérer aux yeux du monde l’édification d’une société nouvelle et d’un état souverain par un peuple de 11,2 M d’habitants, et sur une île si proche des Etats-Unis.

Face à la conviction, souvent de bonne foi, que le peuple cubain est sous le joug d’une dictature familiale le maintenant dans la misère, il faut donc prendre le temps d’expliquer ce qu’il en est. Rappeler tout d’abord le contexte particulier qui a pu conduire, ce que je n’ai pas nié, à des atteintes aux libertés :

- Les 4 siècles de colonialisme et la lutte historique pour l’indépendance de l’île, de la guerre contre l’occupant espagnol à sa vassalisation, dès 1898, par les Etats-Unis qui n’ont jamais pu admettre que Cuba sorte de sa sphère d’influence, jusqu’à occuper illégalement l’espace stratégique que représente la baie de Guantanamo.

- Le processus révolutionnaire dans un pays qui avait été rongé par l’exploitation et l’injustice, avec une détermination et une exigence d’unité qui ont conduit au rôle dirigeant du Parti et à la présidentialisation du système politique, en lien avec la mobilisation populaire pour maintenir la souveraineté de Cuba.

- Une île des Caraïbes à 150 km seulement de la plus grande puissance capitaliste et impérialiste, qui a multiplié agressions militaires, attentats contre Fidel Castro, actions terroristes et plans de déstabilisation.

Quant aux difficultés économiques et à la pauvreté de la population, il faut aussi prendre en compte les conditions dans lesquelles Cuba a dû se développer :

- Un blocus économique et financier, en violation du droit international, que les Etats-Unis n’ont eu de cesse de renforcer, destiné à asphyxier l’économie et tout développement social pour donner « le coup de grâce » à la révolution cubaine.

- Les conséquences de la disparition de l’Union Soviétique avec un effondrement de 33 % du PIB cubain en 1990, dû à la pénurie de pétrole et de pièces de rechanges ainsi qu’à l’arrêt de multiples investissements.

- Le coût des aléas climatiques, qui se chiffre à plusieurs milliards après un cyclone (10 milliards de dollars pour la seule année 2008 sur un PIB de 60 milliards).

Et surtout, il faut souligner, dans ce contexte, les résultats malgré tout remarquables de la révolution cubaine. Loin d’être exhaustif, j’en retiens trois :

- Le parti pris de la jeunesse et des personnes âgées, avec une politique d’éducation universellement reconnue et des résultats exemplaires en matière de santé.

- La production agricole qui se développe dans le respect de l’environnement, tout en enregistrant désormais une forte croissance après des années catastrophiques.

- Au risque de surprendre, et malgré ses imperfections, je citerai aussi une pratique démocratique qui bouscule notre vision figée du modèle d’une « démocratie occidentale » conduisant à l’alternance de grands partis défendant l’ordre libéral et au renoncement de la population par une abstention massive.

Les arguments ne manquent donc pas pour ceux qui connaissent vraiment Cuba. Mais si ces explications parviennent à ébranler, elles ne suffisent pas toujours à convaincre.

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » écrivait René Char. Il faut donc être lucide sur l’état actuel de Cuba, ne rien cacher des réalités et donc en aucun cas occulter les erreurs et les échecs. Raùl Castro lui-même a maintes fois exprimé sa volonté « d’éradiquer les erreurs commises en plus de cinquante ans depuis le 1er janvier 1959, et les nouvelles qui peuvent se produire à l’avenir ».

Certes, la critique est plus difficile à exprimer pour l’observateur extérieur que je suis sans s’ériger en donneur de leçons ! Pour autant, il faut bien parler de la bureaucratie paralysante au service d’une centralisation excessive, de l’absence de motivations due à un collectivisme stérilisant les énergies, des difficultés à se nourrir et de la réalité d’un quotidien faisant de la débrouille un sport national, de cette obsession des autorités qui fait de tout opposant un espion américain, d’un culte excessif des figures légendaires que sont Fidel Castro et davantage encore Che Guevara. Car, dire aussi ces réalités permet de chercher le pourquoi, d’analyser et réfléchir aux évolutions possibles, et au final de mieux comprendre les choix actuels du pouvoir cubain. Je pense plus particulièrement à « l’actualisation du modèle économique » mise en chantier en 2011, avec des réformes murement réfléchies, engagées « sin prisa, pero sin pausa » (sans précipitation mais sans pause), et une évaluation permanente de leur effet sur le mieux vivre de l’ensemble de la population.

L’actualité nous conduit aussi à nous interroger sur la prédiction largement admise que le régime s’écroulera dès que les Américains et leurs dollars mettront à nouveau les pieds sur l’île, pourrissant de l’intérieur la « pureté révolutionnaire ». Le risque n’est en effet pas à écarter quand on connaît la définition de la liberté et de la conception du bonheur des peuples, portée par les banques et les entreprises américaines ! C’est la perspective d’une île livrée à un capitalisme conquérant, d’une jeunesse cubaine se jetant dans le miroir aux alouettes de la société marchande, de dirigeants se reconvertissant comme tant d’apparatchiks communistes après l’effondrement du bloc soviétique.

Si j’ai conscience des difficultés à s’adapter à une situation nouvelle, je ne m’associe pas à cette chronique d’une mort annoncée. La société cubaine d’aujourd’hui est construite sur des bases solides. L’éthique de ses dirigeants et la maturité du peuple cubain génèrent une intelligence collective pas prête d’être balayée par les vents de l’ouest venus du grand voisin yankee !

Dans la nouvelle phase du développement cubain, au cœur de l’affrontement idéologique des systèmes politiques, la « main invisible » du marché et le mécanisme de rentabilité maximale des capitaux ne seront pas en terrain conquis. Dans cette évolution du monde et le constat de l’échec patent, malgré ses multiples recyclages, de la vieille théorie économique libérale, Cuba dispose d’un atout appréciable : elle n’est pas isolée. Les gouvernements progressistes latino-américains ont initié des politiques qui valorisent un nouveau type de développement où l’humain, la souveraineté nationale et la coopération réduisent le rôle du marché au profit d’un nouvel ordre économique et social. A l’heure d’une intégration européenne dévastatrice pour les peuples et la souveraineté des états, l’ALBA (Alternativa Bolivariana para las Americas) fait la preuve que des voies de coopération d’un type nouveau, équilibré et solidaire sont possibles, à l’opposé de l’intégration libérale. En s’attaquant à une dictature, bien réelle celle-ci, celle de l’argent, ils nous ouvrent un chemin…


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