23 avril 1944 Janine et Madeleine Blum raflées par l’Aveyron pétainiste

mardi 24 avril 2018.
 

Durant la Seconde guerre mondiale, Janine et Madeleine Blum, filles de Léon Blum, se cachent dans le Nord-Aveyron sous de faux papiers. Leur vraie identité est seulement connue par la directrice de leur lycée pour passer le bac. Le 23 avril, elles sont arrêtées dans le lycée et immédiatement déportées vers le camp de concentration de Terezin où Madeleine décèdera le 15 mai 1945.

Elèves de la même classe de 1ere, Janine et Madeleine Blum, respectivement âgées de 17 et 15 ans, étaient en cours d’anglais, ce matin du 23 avril 1944, lorsque la surveillante générale est venue les chercher, à la demande de la directrice de l’établissement. Cette dernière, une certaine Mme Pietri, qui n’était autre que l’épouse du chef de la milice à Rodez, venait de donner suite à la demande de la gestapo de livrer les deux adolescentes juives.

« On savait par les élèves externes qu’il y avait eu des rafles. Aussi, lorsqu’on est venu chercher Janine et Madeleine en classe, quand on a vu la tête que faisaient la surveillante générale et le professeur d’anglais, on a compris », raconte une ancienne du lycée. Plusieurs anciennes copines de classe ont entouré Janine Blum, hier, soixante-cinq ans après les faits. « Si la directrice s’était tue, il ne se serait rien passé », s’indigne l’une. « Vous savez, après leur arrestation, il y a eu du remous dans le lycée et Mme Pietri nous a réunies et a essayé de se justifier, nous expliquant que nous étions des gamines, que ne pouvions comprendre », témoigne l’autre. Didier Blum, fils de Janine, précise que la directrice savait le statut des sœurs Blum, dont les faux papiers étaient restés dans un tiroir parce qu’elles devaient passer le bac à Rodez, diplôme qui méritait le vrai patronyme : « Mes grands-parents avaient prévenu la directrice, lui avaient confié leurs filles… »

Une cérémonie a été organisée à l’occasion du 45ème anniversaire de leur rafle. Pimpante, entourée des siens, Madeleine cache ses émotions derrière son sourire. Elle lâche cependant : « J’ai l’impression d’assister à l’enterrement de ma sœur, qui n’a pas eu de sépulture. » Un de ses fils, Didier, est ravi du retour de sa mère sur le théâtre du drame, de la rencontre avec les anciennes copines. Pour lui, Janine a accompli-là un bénéfique travail de deuil, celui de sa déportation, celui de sa sœur. Ce travail va se poursuivre aujourd’hui avec une visite de la ferme, perdue sur les hauts de Saint-Geniez où, prévenus par M. Baal, prof de philo et correspondant ruthénois des petites internes qui a filé donné l’alerte à vélo, les parents de Janine et Madeleine, avaient pu se cacher. Une demi-heure après leur fuite précipitée, la gestapo viendra les chercher dans la cité des Marmots. Trop tard. Il y avait aussi de braves gens.

Une plaque commémorative et nominative a été dévoilée à l’antenne universitaire Champollion. « Cela s’est passé en Aveyron aussi ! »

Une plaque sur le mur extérieur du collège Fabre pour témoigner de l’arrestation des sœurs Blum.

Une plaque sur la façade du centre universitaire Jean-François Champollion pour rappeler le bilan des rafles de juifs, organisées entre 1942 et 1944, chasses aux juifs qui permirent d’arrêter puis déporter 46 personnes, dont 8 enfants. Sur ce nombre, 37 furent emprisonnées près de deux semaines dans les anciennes casernes Burloup avant d’être expédiées vers les camps d’extermination. Très peu sont revenus. Aujourd’hui, le nom et le prénom de chacun peuvent être lus.

Simon Massbaum, président de l’Association pour la mémoire des déportés juifs de l’Aveyron : « Avec cette plaque, on ne pourra plus dire qu’on ne sait pas. »

Serge Klarsfeld, président de l’association des fils et filles de déportés juifs de France : « Notre projet est de restituer son identité à chaque victime. Le travail est achevé pour 11 400 enfants juifs. Il le sera bientôt, soit en 2010, pour 65 000 adultes. Au total, près de 80 000 personnes seront réapparues. »

Jean-Michel Lalle, vice-président du conseil général : « Le devoir de mémoire est toujours d’actualité. » Et, insistant sur la nécessité de ne pas occulter le passé, aussi gênant soit-il : « Il ne faut pas se cacher cette cruelle réalité. Cela s’est passé en Aveyron aussi. En Aveyron aussi ! »

J.-P.L.


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