Dachau : Premier camp de concentration nazi 20 mars 1933

lundi 15 mai 2017.
 

Adolf Hitler accède au pouvoir le 30 janvier 1933. Il décide aussitôt la création de camps de concentration. Plusieurs vont effectivement s’ouvrir dans l’année : Dachau (20 mars 1933), Nohra, Lugau, Plaue, Oranienbourg.

Quel est le but défini en conférence de presse par Himmler, avant l’internement de plusieurs milliers de militants à Dachau, le premier d’entre eux ? y "rééduquer" des prisonniers politiques "fonctionnaires communistes, syndicalistes ou sociaux-démocrates".

Quels ordres furent donnés par un des premiers commandants de Dachau, Theodor Eicke ? Ne jamais "faire acte de charité à l’égard des ennemis de l’Etat... Tout sentiment de pitié... serait indigne d’un SS".

Un livre sur ce camp paraît en 1934 ( Dachau, dans le camp des meurtriers) et un autre en 1935 ( Au camp d’assassins de Dachau).

Pourtant, la réaction des "démocraties occidentales", du mouvement ouvrier et des associations progressistes sera faible. Par respect de la légalité ?

Pourtant les banques et le grand patronat des Etats Unis commerceront et aideront énormément l’Allemagne nazie jusqu’à la guerre. Quelques démocrates, "rouges" et syndicalistes de moins, était-ce autant de gagné ?

Pourtant l’Eglise catholique va entretenir d’excellentes relations avec le régime hitlérien. L’aide aux écoles confessionnelles valait peut-être ces accomodements.

Bien des historiens laissent passer l’argument que personne ne connaissait l’ampleur de l’horreur. C’est faux et lâche !

Voici un reportage sur le premier Konzentrationslager, rédigé après visite sur place au camp de Dachau. Il paraît en mars 1934 dans la revue catholique française Lectures pour tous qui sera pétainiste tout comme l’auteur de cette enquête. Ils ne peuvent donc être accusés de partialité. Il ne s’agissait pas d’une revue confidentielle ; sa diffusion et sa mise en page peuvent être rapprochés de Paris Match aujourd’hui. Tout y est dit. L’auteur cite Himmler, Heidrich, les SS, les camps de Dachau, Orianenbourg, Fürstenried, les atrocités... Pour ceux qui n’aiment pas lire, illustrations et commentaires étaient explicites.

Le texte intégral est paru aux éditions Cartouche en 2005. Voici quelques extraits :

Titre : Les camps tragiques

"L’existence des camps de concentration est un fait officiellement avoué et reconnu... Les rumeurs qui circulent sont si horribles qu’on hésite parfois à leur apporter créance. L’opinion publique internationale si prompte à s’indigner, s’est bientôt désintéressée de cette question. Je suis pourtant en mesure d’affirmer qu’après un an de régime hitlérien... les camps de concentration sont toujours aussi nombreux et soumis à un régime aussi cruel.

" Des murs lépreux, des rangées de fil de fer barbelés forment l’enceinte. Du plus lointain de l’horizon arrivent de grands pilônes électriques amenant le courant à haute tension qui parcourt effectivement ce réseau brun qui enserre le camp.

" Les baraquements de bois ont été construits par les prisonniers eux-mêmes pour leur servir de logement, de cuisine, de cantine... On les a rassemblés... la première chose qui me frappe, c’est qu’ils sont à peine vêtus.

" Le Directeur m’explique, en parlant des internés : vous avez devant vous deux députés au Reichtag, la plupart de leurs "collègues subversifs" étant internés au camp d’Orianenbourg près de Berlin, des éditeurs de journaux séditieux, des jeunes gens qui ont dirigé des mouvements marxistes, des avocats, des artistes, des médecins, des pacifistes ! Les uns sont des ouvriers, les autres sont des paysans, beaucoup sont des bourgeois.

" Il y a dans le camp deux mille cinq cents hommes environ. Deux cents sont juifs, ajoute-t-il en me montrant un carré d’hommes séparés des autres. Cent seulement sont d’authentiques criminels... Je distingue aussi des vieillards et de très jeunes gens.

" Comme un immense troupeau de bêtes pourchassées, ils sont tous réunis, misérables, figés dans un grotesque garde-à-vous. Invinciblement leurs dos se courbent, leurs têtes tombent...

" Ils couchent dans des baraques mal closes, sur des brancards empilés les uns au-dessus des autres... quatre ou cinq lits superposés. Chaque homme a tout juste la place de n’y être pas étouffé. L’été, la chaleur doit être intolérable. L’hiver, un vent glacial traverse les murs de planches mal jointes et passées au goudron.

" Pendant sept heures au moins, ils doivent faire des travaux de terrassement.

" La nourriture des prisonniers se borne à de la soupe et du thé, à du pain gris et à des pommes de terre (pâte grise qui serre la gorge et étouffe). Pour jouir de ce régime - et ce n’est là qu’un des traits les moins écoeurants du règlement- les prisonniers doivent payer une pension de un mark (six francs) par jour...

" La vue des prisonniers inspire une pitié infinie. Ils sont épuisés par la fatigue et par les coups. Leurs corps, amaigris par les privations et l’absence de nourriture substantielle, portent la marque des mauvais traitements qui sévissent. Sur les membres nus s’étalent les cicatrices. Les visages pâles, les joues creuses et mal rasées,les regards traqués, témoignent de l’effroyable misère matérielle et morale de ces hommes.

" Presque tous ceux qui sont là y ont été amenés sans jugement. Ils ignorent la cause de leur incarcération. Ils ne savent pas s’ils sortiront jamais de cet enfer...

" Je remarque à l’écart de notre groupe un vieilard qui gesticule et parle tout seul... - Quatorze d’entre nous ont été tués d’une manière horrible. C’est comme au Moyen Age. - Que faisiez-vous avant ? - Professeur de sociologie.

" Un homme me montre, à travers sa chemise déchirée, des plaies à peine refermées - J’ai été roué de coups, battu presque jusqu’à la mort.

" - Et là-bas sont les cachots, ajoute un autre ; nous entendons parfois hurler dans la nuit.

" Des mains se tendent. - Que pouvons-nous faire pour vous aider ? - Nichts. Il ajoute - Ou alors ce serait si terrible que je n’ose vous le dire. Et il s’enfuit à longues enjambées.

"Nous descendons aux cachots... Enfin voici la cave... tout au fond brille, solitaire, la petite lueur d’une lampe à acétylène. Malgré moi, je baisse la tête sous cette voûte écrasante. Alors seulement j’aperçois de grands trous d’ombre de chaque côté du couloir... Je distingue nettement des cachots derrière de lourds barreaux de fer. C’est là que sont enfermés les récalcitrants et les têtes dures. Mis au régime du pain et de l’eau, ils sont en outre, condamnés à l’obscurité. Le soupirail qui éclaire et aère chaque cachot n’est ouvert qu’une demi-heure par jour. Ces malheureux, traités plus affreusement que des bêtes féroces, sont enchaînés par les mollets. Comment supporter cette atmosphère de tombeau ? Je n’ai vu que des loques humaines effondrées dans le fond de ces geôles...

"Je n’ai jamais eu sous les yeux de spectacle plus horrible que celui de ces agonisants. Je n’oublierai jamais de quel ton un grand garçon pâle aux yeux déjà marqués par la mort m’a dit : "Il vaudrait mieux nous achever tout de suite".

" Notre visite était terminée. Je crois d’ailleurs que mes nerfs n’auraient pas pu en supporter d’avantage... L’homme qui préside aux destinées de ce camp tente de me donner quelques précisions. - ... Nous pratiquons ici la purification intérieure. Il s’agit d’extraire le virus pacifiste et marxiste de ces pauvres têtes malades.

"Dachau a l’aspect de toutes les bourgades de Bavière. Rien n’indique la présence, si proche, du camp de concentration et de ses horreurs. Le voisinage des détenus n’influe pas sur la bonne humeur des Bavarois qui vivent là tranquilles et heureux pourvu qu’ils aient de la bière bonne et pas trop chère"...

"Quand je revois la porte du camp de Dachau, je crois y lire les mots que Dante plaçait au seuil des enfers : "O vous qui entrez, laissez toute espérance".


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