2012 L’agence de notation scolaire PISA est aussi nulle que Moody’s ou Standard and Poors en matière de notation financière

vendredi 22 janvier 2016.
 

Enquête PISA 2009 La France, championne des inégalités scolaires ? (12 articles)

C) PISA et désespoir de commande (Jean-Luc Mélenchon)

L’agence de notation de l’éducation a parlé. La France est dégradée. Mardi 3 décembre, l’OCDE a publié sa traditionnelle étude PISA sur l’éducation. Il s’agit d’un test du niveau des élèves dans 65 pays, essentiellement parmi les plus riches de la planète. L’OCDE mène une enquête de ce genre tous les trois ans et dresse un classement des différents pays. Du temps où j’étais ministre, lisant le rapport Pisa de l’époque, j’ai eu l’occasion de dire combien je trouvais peu sérieuse une méthode d’investigation qui conduisait à une conclusion aussi fumeuse que celle-ci : les élèves français manquent de sens critique par rapport aux consignes qui leur sont données ! Clairement, de tels enquêteurs n’avaient pas du mettre les pieds dans une salle de classe en France depuis longtemps !

Sitôt que PISA eut flétri la France, immédiatement, les déclinistes, bavant de joie mauvaise, se sont répandus sur le prétendu "recul" du niveau des élèves français. « Le Nouvel Observateur » et « L’Express », dont les haines contre-républicaines sont si complémentaires, couraient devant. Les Echos titraient sur la France qui "perd du terrain". Le Figaro affirmait que le système éducatif français était "mal noté" quand Le Monde claironnait que la France serait "nulle en maths". Pour dire cela, tous s’appuient sur le "classement" de l’enquête PISA en mathématiques. Dans ce classement, la France passe de la 22e place en 2009 à la 25e en 2012. Ce que nous contestons, puisque non conforme aux faits et au succès de l’école des mathématiciens français. Ce qui est frappant dans le traitement médiatique, c’est que seuls les aspects négatifs de l’enquête ont retenu leur attention et les gros titres.

Mais qui relève que la France conserve sa 21e place en matière de compréhension de l’écrit ? Qui note comment la note présentant les résultats de l’enquête PISA relève que "la France se situe au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE en compréhension de l’écrit" ? Aucun de ces réjouis des mauvaises nouvelles. Ne comptez pas non plus sur les déclinistes pour vous apprendre que la France a progressé d’une place en matière de culture scientifique. Un peu isolé, le journal L’Expansion apporte quelques nuances. Bien sûr, les titres sont dans la même ligne qu’ailleurs et pointent le prétendu "décrochage" français. Le titre de l’article se demande même si notre pays est vraiment "le cancre" en matière d’éducation. Mais le contenu nous apprend au moins que la France devance la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne et distance les Etats-Unis.

De toute façon, ce classement n’a aucune légitimité scientifique. L’agence de notation scolaire PISA est aussi nulle que Moody’s ou Standard and Poors en matière de notation financière. Pour l’essentiel, les critères retenus pour évaluer et comparer ne sont pas pertinents. Ainsi, l’étude questionne les résultats en fonction de l’âge des élèves (15 ans) et non de leur niveau scolaire. Quoi qu’on pense du redoublement tel qu’il se pratique en France, cette pratique est complètement niée par ce type d’étude fondé uniquement sur l’âge. Car un élève de 15 ans entrant au lycée, n’a en toute logique pas le même niveau qu’un élève du même âge qui a redoublé et se trouve encore au collège. Pourtant, PISA ne fait pas cette différence.

Ensuite, l’étude PISA défend une vision utilitariste de l’éducation. Elle ne teste que des "compétences" et non des connaissances, des savoirs ou des qualifications. Et elle ne porte que sur trois domaines : la compréhension de l’écrit, les mathématiques, la culture scientifique. Passons sur la culture scientifique qui renvoie à des matières distinctes dans l’enseignement secondaire français et qu’il est assez curieux de séparer des mathématiques. Mais relevons que ces trois domaines excluent l’Histoire, la Géographie, les Arts et combien d’autres disciplines qui sont si importantes pour l’école républicaine qui vise à émanciper autant qu’à former et qualifier.

C’est tellement vrai que le blog "Big Browser" du Monde finit par montrer la stupidité du classement PISA. Selon l’étude PISA, c’est la Corée du Sud qui obtient les meilleurs résultats en se classant notamment première en mathématiques et en lecture. Mais le blog pointe aussi que la Corée du Sud a aussi… les élèves les plus malheureux de l’OCDE ! En 2012, seuls 60% des élèves coréens se disaient "heureux" à l’école contre 80% en moyenne pour l’OCDE. Ce décalage montre bien les errements de l’étude PISA. Les bachoteurs qui terrorisent les enfants sont félicités par ce classement !

Surtout, l’OCDE n’a, pour nous, aucune légitimité à se prononcer en matière d’éducation. Elle mène une offensive depuis longtemps contre l’école publique. En 1996, l’OCDE, qui réalise PISA, recommandait à ses membres d’adopter une vision marchande de l’éducation. Voilà ce qu’elle écrivait cyniquement : "L’apprentissage à vie ne saurait se fonder sur la présence permanente d’enseignants mais doit être assuré par des prestataires de services éducatifs. Les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres continueront à progresser". Et l’OCDE conseillait avec une désinvolture stupéfiante de duper les citoyens dans la mise en œuvre du nouveau système éducatif : "Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement".

Aujourd’hui, l’OCDE et son étude PISA ont beau jeu de verser des larmes de crocodiles sur le fait que le système éducatif français reproduit les inégalités sociales. Pourquoi les faiseurs de gros titres n’interpellent-ils pas ces inégalités ? On devine. Cette réalité est connue depuis longtemps, notamment des sociologues et des professeurs. C’est vrai pour les enfants d’ouvriers ou d’employés. C’est vrai aussi pour les enfants d’immigrés. PISA affirme que la situation a empiré entre 2003 et 2012. Je veux bien le croire. L’application de la droite pendant 10 ans à respecter les recommandations de l’OCDE pour détruire l’école publique républicaine en porte la responsabilité. Si l’école française reproduit davantage les inégalités sociales aujourd’hui qu’il y a dix ans, c’est parce que notre pays a appliqué les recommandations de l’OCDE !

Le drame est qu’après ces années d’acharnement de la droite, François Hollande n’ait eu que des rustines à proposer. En cinq ans, il n’aura même pas recréé tous les postes détruits par Nicolas Sarkozy. Et dois-je rappeler que j’aurais été le seul candidat dans l’élection présidentielle à proposer l’élargissement de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans.

B) L’agence de notation de l’éducation a parlé : la France est dégradée

Magali Escot, Parti de Gauche

Les infâmes qui évaluent tout pour mieux dépecer font aujourd’hui et comme tous les trois ans assaut sur l’éducation. Pour l’agence de notation internationale à la solde des libéraux, c’est désormais sur son éducation que la France doit être dégradée.

Les déclinistes, les ministres d’hier -Chatel- et d’aujourd’hui -Peillon- s’en donnent main dans la main à coeur joie. Pour se soumettre à PISA, Fillon et Chatel avaient plongé l’école française dans la voie préconisée par l’Union Européenne : le socle commun et la compétence comme valeurs phare au détriment des qualifications et des savoirs. Peillon leur a emboité le pas. Lui aussi s’appuie sur le pseudo rapport PISA pour approfondir "la refondation de l’école", autrement dit pour accentuer le saccage de l’école républicaine.

Ce que PISA évalue, ce sont les compétences des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques. Toutes les autres matières disparaissent. Les enseignants condamnent à juste titre l’unique et absurde prisme choisi reposant sur l’utilitarisme. L’école dans sa dimension émancipatrice, d’acquisitions des savoirs et de qualification, est ainsi gommée. En bref, l’école républicaine est reniée.

Les inégalités à l’école se sont accentuées. Cela ne peut être une surprise que pour ceux qui nient les inégalités grandissantes dans la société. PISA est l’outil de ceux qui naturalisent le désordre social.

La France doit retrouver sa souveraineté en matière d’éducation, évaluer l’école avec ses propres critères républicains, sans se soumettre aux injonctions globalisantes guidées par la vision libérale de l’école. Cette notation ne vaut rien. Ce n’est qu’un PIS-Aller des détricoteurs de tous poils. Pour le Parti de Gauche, c’est l’Ecole du peuple qu’il faut viser.

A) L’école française est toujours en mal d’égalité

L’enquête Pisa 2012 constate encore un recul des performances des élèves français depuis dix ans. Notre système scolaire, plus que jamais marqué par une montée des inégalités scolaires, ne peut échapper à une profonde transformation.

Le constat était redouté par le gouvernement. Il a été confirmé. Dévoilée hier, l’enquête internationale Pisa sur les systèmes éducatifs a entériné un nouveau «  recul  » de la France dans cette étude qui évalue les «  connaissances  » et «  compétences  » des élèves âgés de 15 ans, en maths, compréhension de l’écrit et sciences. Côté classement, l’Hexagone tombe dans la moyenne des 34 pays membres de l’OCDE. Mais, surtout, Pisa réitère le constat déjà fait dans ses précédentes études  : notre pays est l’un des plus marqués par les inégalités scolaires qui n’ont cessé de se creuser depuis une décennie.

Un mal-être en classe très préoccupant

Dans l’édition 2012 de cette enquête, publiée tous les trois ans, la France se situe en 25e position en maths, avec un score de 495 points, en baisse de 16 points par rapport à 2003. En compréhension de l’écrit, le pays est classé 21e, au-dessus de la moyenne, et renoue avec son niveau de 2000 avec 505 points (contre 496 en moyenne ailleurs). Elle poursuit ainsi sa remontée, entamée en 2009, après un recul sensible en 2003 et 2006. En sciences, enfin, elle reste stable depuis 2006, à la 26e place, dans la moyenne.

Mais le point qui retient toute l’attention reste ce fossé qui, selon l’OCDE, s’est creusé entre les meilleurs élèves et les plus faibles. Par rapport à 2003, en maths, la France compte à peu près autant d’élèves performants mais beaucoup plus d’élèves en difficulté. Preuve que le système s’est dégradé par le bas. «  Le problème de la France n’est pas sa situation, qui reste celle d’un pays moyen, mais le fait qu’il y a énormément d’inégalités  », insiste Éric Charbonnier, spécialiste de l’éducation à l’OCDE. Notre pays est même celui où «  l’équité  » face à l’école s’est détériorée le plus depuis 2003, avec la Nouvelle-Zélande.

La corrélation entre le milieu socio-économique et la performance y est extrêmement marquée. Un élève issu d’une famille défavorisée n’a qu’une chance sur cinq de se retrouver parmi les plus «  performants  ». À Shanghai, il en a une sur deux. Par rapport aux autres pays, les élèves issus de l’immigration (nés à l’étranger) présentent également plus d’écarts de réussite en France, où ils sont 2,3 fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté.

Autre constat inquiétant  : ces élèves défavorisés font état d’un mal-être en classe très préoccupant. En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 78 % des enfants de milieu populaire déclarent se sentir chez eux à l’école. En France, ils ne sont que 38 %. «  L’angoisse née de l’échec et de l’exclusion ne peut constituer une bonne base pour des apprentissages sereins  », souligne la FCPE, principale fédération de parents d’élèves.

La mauvaise foi de l’UMP

Évidemment, personne hier n’a voulu endosser la responsabilité de ce bilan. Pourtant, les élèves évalués en 2012 par Pisa sont entrés en CP en 2002 et ont passé toute leur scolarité sous des gouvernements de droite, marqués par près de 100 000 suppressions de postes. D’où une certaine mauvaise foi de l’UMP lorsqu’elle évoque un «  échec collectif  » et un gouvernement qui a «  entretenu les Français dans le fantasme selon lequel tout était question de moyens  ». Analyse que le PS n’a pas manqué de fustiger  : «  Les dirigeant de droite ne parviennent pas à cacher l’échec patent de dix ans de leur politique éducative destructrice, guidée par des coupes budgétaires aveugles et le renoncement à l’ambition d’égalité républicaine.  »

Aux yeux du gouvernement, les résultats de Pisa ne sont pas un camouflet. Et justifient, au contraire, la «  refondation  » de l’école entamée par Vincent Peillon. Hier, le ministre de l’Éducation nationale a mis en avant la relance de la scolarisation des enfants de moins de trois ans, le nouveau dispositif du «  plus de maîtres que de classes  » et la refonte en chantier de l’éducation prioritaire, qui concerne 20 % des élèves. «  Pisa doit servir d’électrochoc à ceux qui pensent que tout va bien et qu’il n’y a rien à changer, a plaidé le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Ce n’est pas au moment où des efforts sont engagés qu’il faut flancher, c’est une question de mobilisation nationale.  » Des efforts reconnus par l’OCDE. Les réformes engagées vont «  dans le bon sens  », estime Éric Charbonnier. Mais restent insuffisantes… Et d’évoquer la relance de la formation continue, l’accompagnement des jeunes enseignants ou encore les alternatives pédagogiques au redoublement, qui concerne 28 % des élèves de 15 ans en France contre 12 % en moyenne ailleurs.

Inquiète de ces résultats, la FSU appelle à une école «  pensée en priorité pour les jeunes qui en sont le plus éloignés, celles et ceux qui n’ont qu’elle pour apprendre  ». La première fédération de l’éducation demande que l’on redonne «  à tous les personnels la capacité et les moyens de faire mieux leur métier  », et se dit favorable à «  une politique ambitieuse de discrimination positive  ». Il faut dire que les inégalités ne sont pas que dans les classes… Comme l’a rappelé hier l’association Afev, l’État a dépensé, en 2010, 47 % de plus pour former un élève parisien que pour former un élève de l’académie voisine de Créteil. Et l’Afev de réclamer la suppression de la défiscalisation des cours particuliers et d’affecter ces 400 millions d’euros par an à un fonds national d’intervention contre les inégalités scolaires.

L’Asie du sud-est truste le haut du classement Les pays d’Asie du Sud-Est caracolent en tête du classement Pisa. Shanghai rafle la première place sur les performances des élèves de 15 ans. Participant aux tests pour la première fois en 2009, elle obtient des résultats bien au-dessus de la moyenne des 34 pays de l’OCDE, une avance correspondant à près de trois années de scolarité en maths par rapport à la moyenne, à plus d’un an et demi en lecture, et à plus de trois trimestres en sciences. Parmi les cinq pays les plus performants, on trouve Singapour et Hongkong dans le trio de tête. Suivent Taipei, la Corée, le Japon, ou la Finlande pour les sciences. Cette dernière reste toujours bien placée parmi les 65 pays mais perd un peu de terrain.

Laurent Mouloud, L’Humanité


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