12 novembre 1933 : Même les prisonniers des camps de concentration plébiscitent Hitler

mercredi 15 novembre 2017.
 

Témoignage de Gerhart Seger, député socialiste au Reichstag, secrétaire général de la Ligue allemande pour la paix, arrêté à Dessau en mars 1933, enfermé au camp de concentration d’Oranienbourg en juin comme opposant politique, évadé en décembre 1933, passe en Tchécoslovaquie et publie un livre remarquable intitulé « Oranienbourg. Sinistre geôle de l’enfer hitlérien ». Cet ouvrage traduit en plusieurs langues (dont anglais...) obtient un tel écho international que le gouvernement nazi de Berlin se trouve obligé de tenter une réfutation officielle. En France, ce témoignage de Gerhart Seger a été publié aux Editions Jean Crès en 1934 (l’extrait ci-dessous peut être trouvé aux pages 99 à 102).

En fait, ce document, comme d’autres, prouve que le rôle des camps de concentration comme moyens de terreur et de génocide, date bien de 1933 avec la bénédiction des droites et des groupes capitalistes du monde entier. Seule différence : en 1933, le but du nazisme était un génocide de la gauche allemande (essentiellement des communistes) et seulement un début de génocide des juifs, tsiganes, homosexuels, malades mentaux.

Le document ci-dessous raconte comment s’est déroulé le référendum ( doublé avec les législatives) du 12 novembre 1933 au camp d’ Oranienbourg (annexe de Blumberg). Il rappelle comment la droite et l’extrême droite ont installé légalement le fascisme dans d’autres pays.

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Le 12 novembre 1933 au camp

Témoignage de Gerhart Seger, extrait de Oranienbourg. Sinistre geôle de l’enfer hitlérien

L’étonnement aura été grand pour le lecteur de la presse allemande et étrangère, en lisant après le scrutin du 12 novembre les résultats de vote dans les camps de concentration. Au camp d’Oranienbourg – l’effectif en ce moment est particulièrement réduit- le gouvernement obtint sur 368 votants, 338 « oui », le reste étant négatif ou neutre... les autres camps de concentration, ceux de Brandebourg et de Dachau entre autres, ayant produit une moyenne affirmative également élevée, j’en conclus qu’on usa envers les prisonniers de la même tactique qu’envers nous : le régime de terreur aidant, les chefs de ces camps étaient tenus d’obtenir de leurs prisonniers une forte majorité de « votes » affirmatifs.

Il n’est nul besoin de spécifier que les prisonniers des camps de concentration ne pouvaient pas précisément accorder leur confiance à un gouvernement qui les condamnait à un régime de galériens... L’organisation du scrutin dans les camps ne fut en somme qu’une sinistre comédie. Je ne saurais manquer de rapporter un incident édifiant qui se déroula lors du vote, au camp annexe de Blumberg.

Les prisonniers avaient été menés sous escorte au village de Blumberg où dans un café était diffusée la harangue de Hitler aux usines Siemens... L’émission terminée, le commandant du camp, le chef de Strumbann (bataillon) Maue, prit à son tour la parole.

Citoyens du peuple allemand...

Nous ne pouvions en croire nos oreilles : c’était la première fois, depuis notre arrestation, qu’on employait des termes pareils en s’adressant à nous !

Citoyens du peuple allemand ! Vous allez être, demain, appelés à voter. Si nous vous avons enfermés dans un camp de concentration c’est parce que vous êtes nos adversaires politiques. Nous ne vous considérons cependant pas comme des criminels, et vous le prouvons en vous autorisant à voter. Notre Führer s’est retiré de la Société des Nations. Nul doute que vous ne soyez d’accord sur ce plan là. C’est pourquoi sans hésiter vous voterez « oui ». Il paraît que vous vous attendez à une pression de notre part, lors du vote. Tout cela n’est que bêtises. Personne ne vous influencera en votre libre décision. Demain vous est offerte l’occasion de nous prouver si oui ou non vous avez encore besoin du régime de concentration.

Chef d’oeuvre de rhétorique... candide dénégation au sujet du vote sans pression, liée étroitement à une menace de prolongation de notre emprisonnement !

Le lundi qui suivit le vote, le chef de de Strumbann Maue nous rassembla à nouveau pour une allocution, plus brève cette fois. Le dépouillement du scrutin avait démontré que l’annexe de Blumberg accusait une moyenne de « non » plus élevée qu’au camp central d’Oranienbourg.

Maue nous gratifia de cette oraison : 95% du peuple allemand a voté la confiance au chancelier Hitler. Oranienbourg s’est particulièrement distingué lors du vote. Quant à vous, bande cochons, vous avez démontré que vous aviez besoin encore de 20 ans de concentration. Rompez ! ...


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