Le macronisme : un ultra-sarkozisme

lundi 21 mai 2018.
 

La politique économique de Nicolas Sarkozy alors surnommé « président des riches » entre 2007 et 2012 pourrait presque faire figure d’une politique de gauche par rapport à celle menée par Macron, « président des super riches ». Lorsque l’on a demandé à Sarkozy ce qu’il pensait de Macron, il a répondu, non sans humour, : C’est moi, en mieux ! ». Et, en effet, encore mieux pour les riches et les super riches.

Lors d’un « entretien libre » (émission du Média), Thomas Guénolé (politologue insoumis) explique avec raison, pourquoi Emmanuel Macron, en réalité, n’est pas un libéral, ni même un ultra-libéral mais un usurpateur car il montre que les pères fondateurs du libéralisme contemporain, Adam Smith et Léon Walras accordaient à l’État de l’importance pour le développement des services publics et de certains secteurs économiques comme les transports par exemple. Ces théoriciens de l’économie de marché n’étaient pas partisans d’une privatisation tous azimuts.

Certes, il est utile de rappeler cela, mais il ne faut pas oublier que depuis, l’idéologie économique libérale a évolué avec notamment l’école de Chicago dont Milton Friedman et Hayek ont été les principaux piliers. Leurs ouvrages Capitalisme et liberté et la route de la servitude anti keynésien, anti collectiviste limitent le champ de l’action de l’État au minimum. Ils ont inspiré les politiques économiques des néolibéraux et de la banque mondiale depuis les années 1970–80.

Rappelons que Hayek est le fondateur de l’institut du Mont Pellerin en 1947, véritable vivier de la pensée néolibérale. Il ne faut pas oublier non plus l’institut Adam Smith fondé à Londres en 1977 et dont les travaux ont inspiré la politique économique de Margaret Thatcher avec sa cohorte de privatisation.

En outre, en raison d’un certain nombre de dispositions législatives récentes concernant le renseignement, les procédures de surveillance des citoyens qui ont été dénoncées par les syndicats de magistrats et la ligue des droits de l’homme, se traduisent par des atteintes aux libertés publiques. La confusion règne entre la notion de sûreté (protection du citoyen contre les excès de pouvoir de l’État) et la notion de sécurité.

D’autre part, les répressions policières violentes du mouvement social pouvant aller jusqu’à l’instrumentalisation de « casseurs » à l’identité trouble, surexposés par les médias, tendent à remettre en cause le droit de manifestation et à criminaliser toute opposition syndicale ou politique.

La liberté d’expression et d’information sont remises en cause par une mainmise accrue du pouvoir sur les médias.

Bon nombre de journalistes sont devenus des agents de l’action idéologique défendant les intérêts d’une caste oligarchique. Thomas Guénolé considèrent donc que le pouvoir en place n’est pas néolibéral mais est Oligarchique autoritaire

On peut réécouter l’interview en cliquant sur le lien suivant (et notamment entre la 16e et la 21e minute). https://www.lemediatv.fr/les-progra...

Alors que les inégalités entre les plus riches et la grande masse de la population active se creusent d’année en année, non seulement le gouvernement ne fait rien pour stopper le processus mais l’aggrave encore en faisant des cadeaux fiscaux aux plus riches.

À cela s’ajoutent des mesures toujours plus contraignantes pour l’accueil des réfugiés qui mettent à mal le principe humaniste républicain de fraternité.

À telle enseigne, qu’en ce mois d’avril 2018, un député belge au Parlement européen a attaqué frontalement le président Macron sur sa remise en cause des principes républicains : liberté, égalité, fraternité.

Voir la vidéo de cette intervention assez spectaculaire ci-dessous : https://oumma.com/un-eurodepute-bel...

On peut aussi consulter le rapport du laboratoire mondial sur les inégalités publié le 14 décembre 2017 en cliquant ici

http://ses.ens-lyon.fr/actualites/r...

Le patrimoine privé explose pendant que le patrimoine public devient quasiment nul dans de nombreux pays. Dans la plupart des pays, ce sont les 1 % les plus riches qui bénéficient de la croissance économique alors que les classes moyennes stagnent et les classes populaires s’appauvrissent.

Alors que les les faits et des études indépendantes montrent :

– que les politiques fiscales en faveur des plus riches ne créent pas de croissance et très peu d’emplois (ce qui est bien confirmé par une politique d’allégement de la fiscalité et des cotisations sociales patronales depuis 40 ans sans effet notable sur la croissance du pouvoir d’achat et le chômage)

– que la flexibilité croissante de l’emploi et la création de contrats de travail précaires aggravent les conditions de travail et n’ont aucune action sur « la croissance » qui est pourtant l’obsession affichée des libéraux.

– que remplir les carnets de commande des entreprises productives de biens et de services devient très problématique en raison de la stagnation du pouvoir d’achat et d’une fiscalité injuste privilégiant les placements financiers

– que les privatisations n’améliorent pas les services publics et renforce la dette du budget de l’État et ne font que servir les intérêts d’une caste d’actionnaires majoritaires

La question qui se pose naturellement est la suivante :

Comment expliquer la volonté du gouvernement Hollande puis de Macron à poursuivre une politique économique qui a non seulement fait preuve de son échec pour l’amélioration des conditions de vie de la grande majorité de la population mais aussi de son manque d’assise scientifique théorique ?

Voici quelques explications possibles :

1) La première explication semble être la bêtise puisque celle-ci ne consiste pas à faire des erreurs mais à refuser de les reconnaître et à les corriger.

En outre, en poursuivant cette même politique, le système devient extrêmement instable et finit par imploser.

Patrick Artus, économiste que que l’on ne peut qualifier d’anticapitaliste, pose la question : le capitalisme est-il en train de s’autodétruire ?

Voir article ici http://www.editionsladecouverte.fr/...

2) La deuxième explication est l’aveuglement idéologique s’exprimant par un fanatisme ou un extrémisme du « tout privé » et du « tout marché ».

C’est extrémisme s’oppose à l’extrémisme inverse : le « tout État » collectivisme intégral. Remarquons que considérer comme non problématiques, voire normales des différences de revenus ou de patrimoines astronomiques témoigne de cet e extrémisme qui ne dit pas son nom.

Au regard de cette position extrémiste, le programme de LFI l’Avenir en commun repose sur une conception équilibrée et harmonieuse de la société : une juste mesure entre un secteur public (qui ne se réduit pas à l’État) un secteur privé avec un droit des travailleurs renforcés et un secteur de l’économie sociale et solidaire (coopératives, mutuelles, associations) au service de l’intérêt général. Pour ne parler ici que de l’aspect économique.

3) La troisième explication est le clanisme de classe. Ce qui prime, ce n’est pas l’intérêt général, le Bien commun mais l’intérêt du clan de la caste industrielle, commerciale et financière contrôlant tous les leviers économiques. Elle peut s’exprimer par un mépris de classe pour les catégories sociales populaires. C’est l’entre–soi des riches et de leurs cour, c’est la conscience de classe pour soi.

Dans cette optique, il faut bien considérer les responsables politiques défendant les intérêts de cette caste comme faisant partie de la classe dominante, ce qui constitue pour eux une gratification.

4) La quatrième explication est une sorte de corruption passive. Là encore, ce qui compte, ce n’est pas l’intérêt général, mais l’intérêt personnel dans la perspective d’une ascension et d’une réussite sociales fondée sur une carrière politique permettant de capitaliser des avantages matériels et de prestige.

L’un des moteurs de l’ascension est le désir d’appartenir au clan « de jouer dans la cour des grands ».

La stratégie la plus couramment utilisée pour arriver à cette fin est d’avoir été élève d’une grande école (ENA, polytechnique,…) ou de Sciences-po, d’avoir eu un poste de responsabilité importante dans le syndicalisme étudiant d’adhérer assez jeune à un parti politique majoritaire, se constituer un réseau important notamment dans les milieux d’affaires et les médias, avoir eu un poste de responsabilité dans la haute fonction publique.

Le tri des ambitieux s’effectue au sein des partis et par des « chasseurs de tête » au service de la grande bourgeoisie. Une certaine homogénéisation idéologique mine de nature libérale . Cette explication est alors corrélée avec l’explication précédente.

Selon le niveau hiérarchique de la responsabilité politique , l’un de ces quatre facteurs peut être plus ou moins dominant. Observons que les explications précédentes sont de nature psychologique, anthropologique, sociologique et ne peuvent être suffisantes car manque la dimension économique.

5) la cinquième explication est systémique : on pourrait l’appeler « effet Frankenstein » car la créature finit par dominer son créateur jusqu’à pouvant le détruire.

Les règles du marché, la libéralisation des échanges, la financiarisation de l’économie, le remplacement d’une économie administrée par une économie de marché résulte de décisions politiques . Les privatisations résultent de décisions politiques.

Mais une fois ces décisions prises, un certain nombre de contraintes systémiques s’impose aux agents économiques Il se trouve ainsi dominés ou aliénés par les règles qu’ils ont contribué à créer.

Aucun capitaliste ne peut contrôler durablement les cours de la bourse. La vie des entreprises devient donc elle aussi précaire pouvant même se traduire parfois par des faillites en cascade. Dans un tel contexte, toute prévision à long terme devient impossible et règne ainsi en mettre le court–termisme.

À l’aveuglement idéologique s’ajoute le caractère aléatoire de toute prévision. Ainsi, au niveau micro-économique on assiste à une hyper rationalisation et optimisation des tâches et au niveau macro-économique on constate une situation chaotique où la rationalité n’a plus de place puisque devenue inopérante.

Dans cette turbulence, les gouvernements libéraux sont donc incapables de proposer des politiques économiques rationnelles au service de l’intérêt général. La seule chose qu’il peut faire, c’est de prendre des mesures économiques à court terme permettant d’empêcher la baisse du taux de profit de la bourgeoisie. C’est le sens de la feuille de route du Medef et de la commission européenne ;l’équipe Macron a pour mission d’appliquer coûte que coûte. Les agents idéologiques de l’appareil médiatique ont pour mission, eux, de faire pénétrer dans l’esprit de la population qui n’existe pas d’autres alternatives.

Hervé Debonrivage


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