12 novembre 1918 La révolution autrichienne chasse le dernier empereur Habsbourg

jeudi 12 octobre 2017.
 

Depuis 7 siècles, la dynastie des Habsbourg constitue au cœur de l’Europe une épée de la féodalité, du Vatican et de la contre-révolution. « En Autriche, l’homme commence au baron », disait le prince de Metternich, chancelier impérial de 1810 à 1848.

En 1914, l’attitude fanfaronne de l’Autriche-Hongrie et son ultimatum à la Serbie constituent les détonateurs de la Première Guerre mondiale.

1) 1918 L’Empire austro-hongrois subit au moins cinq crises graves :

1a) Un échec militaire

Face à l’Italie, l’armée austro-hongroise lance une grande offensive en tenailles le 15 juin 1918 sur le Piave. Les 10è et 11è armées constituent la branche Nord à partir du Trentin, les 4è et 5è la branche Sud. Une semaine plus tard, toutes ces troupes battent en retraite, épuisées par les combats, le mauvais temps et les pertes humaines (10000 disparus, 60000 morts, 30000 prisonniers, 80000 blessés), harcelées par l’aviation... Le 23 octobre 1918, les armées italiennes reprennent l’offensive (Bataille de Vittorio Veneto), font éclater le front austro-hongrois et approchent de Vienne. Les Austro-Hongrois demandent un armistice à l’Italie. Le fier Empire des Habsbourg demande l’armistice qui est signé le 4 novembre près de Padoue en Vénétie.

Face aux troupes alliées d’Orient (8 françaises, 6 serbes, 1 italienne), le front austro-allemand explose de septembre à novembre 1918.

1b) Un échec diplomatique

Dès le 24 janvier 1917, le nouvel empereur d’Autriche Hongrie, Charles Ier, constatant que sa défaite est inéluctable, prend contact avec le gouvernement français à Paris pour obtenir un armistice séparé. Le 24 mars 1917, il signe un courrier stipulant que « si l’Allemagne refusait d’entrer dans la voie de la raison, il se verrait contraint d’abandonner son alliance pour faire une paix séparée avec l’Entente ». Les Alliés (France, Grande-Bretagne, Italie, Serbie...) refusent. Vu l’effondrement de ses armées sur tous les fronts, Vienne rompt l’alliance avec l’Allemagne le 26 octobre.

1c) Un éclatement ethnique

Le vaste Empire d’Autriche-Hongrie compte en 1910 : 23,36% de personnes s’exprimant en allemand (12 006 521 personnes), 19,57% en hongrois, 12,54% en tchèque, 9,68% en polonais, 8,52% en serbo-croate, 7,78% en ruthène, 6,27% en roumain, 3,83% en slovaque, 2,44% en slovène, 1,50% en italien, 4,51% autres (petits peuples slaves des Balkans, tsiganes, Aroumains, Bulgares, Ladins, Grecs, Arméniens...).

Dès 1917, des Tchèques, des Polonais, des Slaves du Sud (Yougoslaves) s’installent comme représentants de leur nationalité auprès des pays belligérants opposés à l’Autriche-Hongrie. Ils bénéficient ainsi d’une certaine reconnaissance et pèsent sur leurs projets de règlement du conflit.

En 1918, l’effondrement progressif, politique, économique et militaire de l’empire laisse place à la constitution de Conseils nationaux puis à plusieurs déclarations d’indépendance :

- 7 octobre 1918 pour les Slaves du Sud qui s’unissent à la Serbie pour former la Yougoslavie

- 28 octobre 1918 : les Tchèques proclament l’indépendance de leur République à Prague

- 3 novembre : proclamation d’indépendance de la Hongrie

1d) Une crise économique

L’Empire austro-hongrois n’était pas apte à mener une guerre aussi totale que celle de 1914-1918.

Prenons comme exemple son incapacité à fournir le minimum vital à ses soldats. A l’automne 1918 « Il n’y avait plus de ravitaillement et à peine de munitions. Dans certains secteurs du front, on ne recevait même pas un morceau de pain, souvent pendant trois ou quatre jours ; dans d’autres, deux ou trois balles furent distribuées par homme de troupe. Des blessés furent laissés à l’abandon des journées entières, faute de moyens de transport vers l’arrière » (Brève histoire de l’Autriche (Eva Priester).

1e) Une crise sociale

Si les soldats ne reçoivent presque plus de ravitaillement, la situation en milieu civil urbain devient intenable de mois en mois.

Dès janvier 1918 éclate en Autriche une grande grève pacifiste et révolutionnaire, en particulier dans tout le Sud industriel de Vienne. Notre lecteur peut prendre connaissance de cet évènement dans le texte connu :

La grève de janvier 1918 en Autriche (par Roman Rosdolsky)

Cette crise sociale se voit confortée par le développement de courants ouvriers révolutionnaires dans l’élan de la révolution russe d’octobre 1917.

2) 12 novembre 1918 La révolution autrichienne chasse le dernier empereur Habsbourg

2a) A mesure que les institutions impériales se décomposent, de nouveaux pouvoirs apparaissent, en particulier le Conseil d’Etat austro-allemand formé par l’Assemblée nationale provisoire et reconnu par l’empereur. Deux sociaux-démocrates y jouent un rôle central :

- Karl Renner comme chancelier (premier ministre)

- Victor Adler comme ministre des affaires étrangères

2b) Dans la réalité des villes, quartiers et usines, la nouvelle forme institutionnelle, de fait, est celle des Conseils d’ouvriers, de soldats, de localités. Les journaux permettent de situer l’importance des slogans

- "Es lebe die Räterepublik" : la république des conseils (soviets) est vivante

- "Alle Macht den Räten" Tout le pouvoir aux conseils La mobilisation sociale et progressiste continue à enfler, en particulier autour d’une revendication unifiante : la démission de l’empereur. Celui-ci prend les devants le 11 novembre avec une déclaration préservant l’avenir « A l’avance, je reconnais la décision que va prendre l’Autriche allemande quant à sa future forme constitutionnelle d’état ».

2c) Le 12 novembre 1918, des centaines de milliers de personnes décidées encerclent le Parlement. Tous les partis sont favorables au maintien de la monarchie des Habsbourg, sauf les sociaux-démocrates (et encore de façon modérée).

L’Assemblée rédige une constitution en 11 articles déclarant que :

- « l’Autriche allemande est une République démocratique » (article 1)

- elle « fait partie de la République allemande » (article 2)

- les droits de l’empereur passent à présent au Conseil d’Etat élu au sein de l’Assemblée nationale provisoire, les privilèges de sa famille sont abolis

- les biens de la monarchie sont administrés par les nouveaux organes de l’Etat, les ministères impériaux et royaux sont abolis

- les privilèges politiques, dont les titres de noblesse, sont abolis.

- le serment de fidélité à l’empereur que devaient prêter les fonctionnaires, officiers et soldats disparaît.

Karl Renner informe l’immense foule de cette décision provoquant un enthousiasme considérable.


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