4 juillet 1987 Condamnation de Klaus Barbie, ancien responsable de la Gestapo à Lyon

jeudi 12 juillet 2018.
Source : Sélection 55
 

Klaus Barbie, membre du service anti-juif de la Gestapo fait partie de ces nazis qui personnifient individuellement l’horreur ; il est impliqué en particulier dans la torture de Jean Moulin et la mort des 44 enfants de la colonie d’Izieu.

Après la chute du Troisième Reich, les services secrets américains le protègent et l’utilisent dans leur combat anti-communiste.

Recherché pour vol par la police allemande il se réfugie en Amérique latine. Malgré son lourd passif nazi et son implication dans des cas de tortures, exécutions et déportations, cet ancien chef de la Gestapo, continue à être protégé par les Etats Unis. Pourquoi ? parce qu’il est l’un de leurs principaux informateurs en Amérique latine. Agent de la CIA, chargé entre autres de la répression en Bolivie, il participe à l’opération Condor de liquidation physique de la gauche latino-américaine dans les années 1970.

Expulsé en 1983 vers la France, il est jugé après quatre ans d’instruction par la Cour d’assises du Rhône ; durant les deux mois d’audience, le procès sensibilise l’opinion publique sur cette page noire de l’histoire européenne. Condamné à la prison à vie pour crimes contre l’humanité le 4 juillet 1987, il purgera cette peine en résidence particulière sous surveillance.

Jean-Philippe Marcy, professeur d’histoire au lycée Foch de Rodez a réalisé un excellent travail avec ses élèves suite au procès de ce responsable de la Gestapo pour la région lyonnaise.

Il en a rendu compte dans la revue "Apprendre avec la presse" ( N°357-358 d’octobre-novembre 1997).

Jacques Serieys

Voici cet article :

Une pédagogie de la mémoire

En 1987, s’ouvre le procès de l’ancien responsable de la Gestapo lyonnaise ; beaucoup d’interrogations, reprises par les journalistes, notamment sur l’utilité de ce type de procès, sur la distinction entre crime de guerre et crime contre l’humanité, sur ce que fut la collaboration, etc. Bonne occasion de travailler avec des lycéens sur la manière dont la presse va couvrir l’événement. Il nous a paru utile de revenir sur ce remarquable travail, dix ans après...

Au lycée Foch de Rodez est née l’idée d’un PAE « l’étude du procès Barbie à travers la presse ». Un groupe d’enseignants réalise d’abord un outil pédagogique [1] permettant d’étudier la « une » de onze journaux nationaux et régionaux au moment de l’ouverture et de la fin du procès. Ce qui va permettre d’étudier la mise en forme et la mise en scène, d’analyser les titres, légendes, photos, caricatures, de dégager les liens entre ces éléments, d’analyser leurs fonctions, de comparer des traitements de l’information différents.

Analyse médiatique et connaissance historique

Notre préoccupation était de ne pas isoler ces deux aspects du travail. Nous avons fait le choix suivant : étude des dépêches de l’AFP [2] et d’articles du Monde, de Libération, du Figaro et de La Dépêche du Midi.

Nous avons étudié les articles concernant les témoignages et les plaidoiries. Les élèves travaillaient par groupes de quatre, à partir d’une grille d’analyse établie par trois enseignants d’histoire... Cette grille apparaît inadaptée aux élèves.

Les difficultés rencontrées proviennent du fait que les structures littéraires, les constructions diffèrent d’un journal à l’autre. Peu à peu les classes mettent au point le principe d’un tableau synoptique. La structure de l’article ou de la dépêche est dégagée. Des thèmes apparaissent alors.

En même temps qu’ils découvrent l’horreur, l’ampleur du nazisme, ils examinent les différences de traitement de l’information. Tel journal, par souci d’objectivité, retient tout aussi bien les attitudes positives que négatives de l’Église catholique par rapport aux Juifs, tel autre journal fait silence sur les attitudes négatives. Ce fut aussi une occasion d’une démarche historique. « C’est une période que l’on croyait connaître, on l’a découverte... Et puis l’approche très personnelle a été différente de celle des manuels scolaires » ont dit les lycéens. Ce travail d’analyse des témoignages et des plaidoiries fut le plus important. Il a souvent provoqué un véritable bouleversement. Les élèves ont toujours eu la volonté de relier l’Histoire et le présent. L’étude des témoignages est beaucoup plus parlante que la lecture d’un ouvrage savant, même si elle ne suffit pas à constituer l’Histoire.

En mai 1988, un colloque « Procès Barbie, procès de la mémoire » a réuni un millier de participants. Il a permis aux élèves de rencontrer les journalistes de l’AFP, du Monde, de Libération, de La Croix, de La Dépêche qui avaient couvert l’évènement, ainsi que des historiens et un responsable de l’association allemande « Action-Signe de réconciliation ». Les journalistes ont examiné le travail des élèves, tandis que les jeunes ont pu poser de nombreuses questions.

Prolongements

Suite à ce travail, neuf lycéens et l’animateur du PAE ont participé au IIe Symposium international sur l’éducation à la paix organisé par la Ligue internationale de l’enseignement en 1990 et ont animé un atelier sur le thème « le procès Barbie ou la transmission du passé comme une éducation à la paix ». Rendez-vous a été pris à Bonn avec des lycéens allemands. Ceux-ci ont présenté le contexte historique de leur ville à l’époque nazie, les Français ont parlé de leur travail. Des temps forts : le visionnement du film Hôtel Terminus de Marcel Ophüls ; le témoignage d’une Allemande appartenant à la communauté juive de Bonn, la visite des locaux de la Gestapo à Cologne.

Tout cela a permis aux élèves de se situer en face d’un passé horrible, avec leurs interrogations, leurs silences et leurs actions, choisis par eux-mêmes après multiples discussions en classe ou en petits groupes. Les effets d’un tel projet ne sont pas du tout aléatoires. Un sondage sur le procès Barbie organisé l’été 1988 auprès de 800 lycéens français montre l’impact d’un tel PAE. À la question « le procès Barbie vous a-t-il aidé à mieux comprendre la Résistance et la Collaboration ? », 46 % répondent oui au niveau national, contre 59 % à Rodez. Et à la question : « Ce procès vous a-t-il aidé à mieux saisir certains mécanismes de haine ou de mépris envers des individus ou des groupes d’hommes », 48 % ont répondu oui nationalement, 65 % à Rodez.

Un des objectifs était bien de « s’appuyer sur l’histoire vécue pour former de véritables citoyens » [3]. L’histoire constitue, dans cette perspective, un instrument qui permet à l’élève d’étudier le passé, de s’interroger, de mieux comprendre le monde d’aujourd’hui et un outil pour se construire.

Source : http://www.cahiers-pedagogiques.com...

[1] « La presse et l’événement, le procès Barbie », CDDP de Rodez, 1989. 22 affiches reproduisant les unes de 11 journaux, plus une notice avec pistes de réflexion et commentaires.

[2] L’AFP a publié en 1987 un ouvrage, L’Agence France Presse raconte le procès Barbie, qui reprend l’essentiel des dépêches concernant le procès.

[3] Préface de J. Chombart de Lauwe dans L’éloquent silence


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