11 janvier 1923 L’armée française occupe la Ruhr

jeudi 12 janvier 2017.
 

Depuis le 19ème siècle, la Ruhr représente le coeur industriel, financier, commercial et urbain de l’Allemagne avec :

- son excellent charbon extrait par 570000 mineurs

- ses grandes usines métallurgiques et chimiques

- ses fabriques d’armement

- ses grands ports fluviaux sur le Rhin

- ses dix villes de plus de 100000 habitants

- ses grands patrons dont Fritz Thyssen qui donne 100000 marks à Hitler en 1923 pour protéger sa fortune

L’armistice du 11 novembre 1918 prévoit la démilitarisation de la rive gauche du Rhin. Dès le 8 décembre de cette même année, des troupes françaises commandées par le général Mangin, se déploient dans Mayence et sa région. Le 1er juin 1919, une « République autonome de Rhénanie » est décrétée par la France mais une grève générale immédiate envoie cette initiative dans les poubelles de l’histoire.

Le 6 octobre 1919, les accords de Wiesbaden sont signés par Loucheur côté français (un proche du grand patronat) et par Rathenau côté allemand. La République de Weimar doit payer 7 milliards de marks-or à la France, de même que du charbon à bas prix, 6200 wagons puis 4500 autres.

De 1919 à 1924, la France subit les lubies d’une majorité politique conservatrice, nationaliste et liée au grand patronat.

Du gouvernement Clémenceau à la Chambre bleu horizon (Bloc national : des royalistes au parti radical)

24 mai 1920 Paul Deschanel, Président de la République, parcourt la voie ferrée seul, à pied, ensanglanté, en pyjama

Du 15 janvier 1922 au 29 mars 1924, Raymond Poincaré est l’homme fort du pays, à la fois président du conseil et ministre des Affaires Etrangères. Avec André Maginot, ministre de la guerre, il illustre parfaitement depuis longtemps les liens du personnel politique de la 3ème république avec le patronat qui le soutient et le finance.

Or, le patronat français sort de la Première Guerre Mondiale avec l’idée que l’armée française va lui permettre d’accaparer les meilleures richesses du monde entier, dans les colonies, en Ukraine, en Pologne … et dans la Ruhr. Quant au gouvernement, il est tellement empêtré dans les problèmes budgétaires, les emprunts pour la reconstruction et les mouvements sociaux qu’une occupation de la Ruhr peut l’aider économiquement et offrir un dérivatif nationaliste à son électorat.

Ainsi, le 11 janvier 1923, deux divisions d’infanterie et une de cavalerie sous les ordres du général Henrys entrent dans la Ruhr, occupent Essen et ses usines métallurgiques, se déploient dans la région minière et industrielle : Bochum, Recklinghausen, Dortmund... L’état de siège est proclamé et les services publics placés sous direction française.

Les généraux et politiques de la Chambre bleu horizon n’imaginent pas que le mouvement ouvrier peut vaincre politiquement des divisions de l’armée française. Pourtant, les fonctionnaires refusent d’obéir aux ordres, les mineurs ralentissent la production, les cheminots et bateliers n’assurent pas le transport de charbon prévu par les Accords de Wiesbaden...

Durant 8 mois, les troupes françaises d’occupation sont confrontées à une résistance massive : manifestations, grèves, sabotages, attentats... 150000 salariés allemands sont expulsés de la Ruhr et 3 nouvelles divisions engagées. Le mouvement ouvrier continue pourtant à croître et à se radicaliser. Le Parti Communiste d’Allemagne (KPD) se renforce considérablement. En mai 1923, dans le contexte d’une grande grève des mineurs, les insurgés prennent la préfecture de Gelsenkirchen où ils installent une « municipalité prolétarienne ». Des mouvements insurrectionnels locaux éclatent aussi à Essen, Bochum, Dusseldorf...

En septembre 1923, le gouvernement allemand met tout son poids dans la balance pour stopper ce mouvement social qui met autant en danger les milieux capitalistes allemands que la France et qui exacerbe une situation financière catastrophique (l’inflation atteint 1 million de marks pour 20 francs). Face au déploiement de la police et à la répression, de nouvelles émeutes éclatent.

Au plan international, tout le mouvement communiste dénonce l’occupation militaire française et belge ; un sentiment de sympathie se développe dans les populations au profit de l’Allemagne. Suite à une initiative des gouvernements américain et anglais le Plan Dawes est accepté. Le 25 août 1925, l’occupation est terminée.


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