11 octobre 1962 Le concile Vatican 2 s’ouvre...

vendredi 13 octobre 2017.
 

1) Les conciles

Un concile de l’Eglise réunit tous les évêques et toutes les autorités catholiques du monde. Il joue le même rôle que les congrès pour les syndicats et partis politiques. Ceci dit, les statuts de ces derniers prévoient un congrès chaque 6 mois, un an, deux ans, trois ans maximum. Le pape n’est pas tenu à une convocation régulière du concile. Ainsi, il fallut attendre plus de 300 ans entre le 19ème (Trente) et le 20ème concile (Vatican 1) puis un siècle jusqu’à Vatican 2.

Les conciles se suivent et ne se ressemblent pas.

L’avant-dernier concile, réuni à Trente (1545-1563), avait fourni un modèle d’idéologie réactionnaire : extirpation des hérésies, extinction des ennemis du christianisme, valorisation de la Tradition (Pères de l’Eglise...) comme un élément de la Révélation divine, réaffirmation du dogme du péché originel sans cesse revivifié par celui de concupiscence...

Le dernier concile (Vatican 1 : 1869 1870) ne valait guère mieux.

Vatican 2 apporte, lui, un peu d’air frais à l’Eglise.

2) Jean XXIII

Ayant mis en ligne un petit texte concernant ce pape sur ce site, j’y renvoie le lecteur.

Jean XXIII, pape de Vatican 2

J’ajoute seulement le rôle de Vatican 2 tel qu’exprimé par Jean XXIII le 24 mai 1963 « Aujourd’hui plus que jamais et certainement plus que dans les siècles passés, nous sommes appelés à servir l’homme en tant que tel et pas seulement les catholiques, en rapport avec les droits de la personne humaine et pas seulement ceux de l’Eglise catholique. »

Quiconque connaît l’histoire du christianisme conviendra que cette déclaration relève plus de l’hérésie pélagienne que du dogme augustinien.

3) Vatican II : du passé réactionnaire (royalisme, fascisme...) à l’ouverture au monde contemporain : témoignage personnel

Dans les années 1960, j’ai vraiment cru que l’institution catholique allait rompre avec son passé millénaire d’appareil idéologique de la féodalité puis d’instrument politique des forces réactionnaires contre les aspirations démocratiques.

J’avais adhéré à la Jeunesse Etudiante Chrétienne en 1961 ou 1962. J’étais d’une part catholique anticlérical par héritage familial, d’autre part lycéen interne revenant en famille une fois par demi-trimestre ; membre de la JEC, je pouvais sortir le jeudi après-midi et profiter d’une salle couverte pendant les récréations... J’en ai été adhérent actif jusqu’en 1963.

Je voudrais illustrer le constat d’un catholicisme à la croisée des chemins entre l’Eglise d’avant et d’après Vatican 2 par un souvenir personnel très partiel mais je crois, significatif.

L’aumônerie de mon lycée public disposait d’une salle au 3ème étage. Au fond, trônait une armoire contenant environ 350 livres. Elu par notre groupe pour gérer ce patrimoine (cartes d’emprunteurs, 10 centimes par emprunt), je me plongeais dans de nombreuses lectures qui d’ailleurs me firent oublier le travail scolaire. Au fil de l’année, je proposai de nombreuses radiations de l’inventaire. Je me rappelle de la suppression facilement acceptée de l’ouvrage d’un récent aumônier du lycée "Leçons et récréations" qui dénonçait Voltaire, Kant, Lévy Brull, Durkheim..., qui dénonçait "le socialisme grande erreur du jour", qui dénonçait la liberté de la presse mais vantait Joseph de Maistre et le "patron catholique" Michelin des années 1930. Je me rappelle aussi d’un débat plus vif sur la suppression d’une biographie de Saint Jean Bosco. Une centaine d’ouvrages disparurent ainsi de l’armoire. Nous recevions aussi une revue catholique pour jeunes comprenant une bande dessinée qui dénigrait la révolution mexicaine ; ce fut l’occasion d’une discussion sur le rôle de l’institution catholique en Amérique latine et nous prîmes position très fermement contre la bande dessinée en question...

De toute évidence, le parfum d’ouverture émanant du concile Vatican 2 parvenait jusqu’à Rodez.

4) Vatican 2, source d’une modification significative des fondements idéologiques du catholicisme

L’encyclique Gaudium et Spes a repris plusieurs points de cette modification, que nous complétons ici par quelques remarques :

* "La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire". L’Eglise catholique aveyronnaise a longtemps maintenu l’opposition de Joseph de Maistre à l’existence "d’un genre humain" au profit de différentes races aux caractéristiques particulières (parmi celles-ci, le fait que l’avion rendait malade les Japonais). L’idée que la communauté des chrétiens se reconnaît intimement solidaire de l’histoire du genre humain est encore plus nouvelle puisque l’Eglise locale a longtemps théorisé que l’histoire était dictée par Dieu et qu’il n’appartenait pas aux hommes de pouvoir en modifier la trajectoire. Dans la logique de la phrase ci-dessus, l’Eglise "s’adresse maintenant... à tous les hommes". Cela va de pair avec un bémol sur les conséquences du pêché originel racheté par la résurrection afin que l’homme porteur du "germe du divin" "parvienne ainsi à son accomplissement". "C’est donc l’homme, l’homme considéré dans son unité et sa totalité, l’homme, corps et âme, coeur et conscience, pensée et volonté, qui constituera l’axe de tout notre exposé". Vingt ans plus tôt, une telle affirmation aurait été considérée comme une hérésie extrêmement grave.

* "De nos jours... le genre humain s’interroge ... sur la destinée ultime des choses et de l’humanité". Cette phrase alimentera de nombreux débats extrêmement intéressants. "C’est donc l’homme, l’homme considéré dans son unité et sa totalité, l’homme, corps et âme, coeur et conscience, pensée et volonté, qui constituera l’axe de tout notre exposé". Contrairement à d’innombrables condamnations, l’institution catholique valide soudain l’humanisme de la Renaissance, les Lumières et des fondements du républicanisme laïque à la française. La constitution pastorale pousse la cohérence de sa réflexion jusqu’au bout : "Voilà pourquoi, en proclamant la très noble vocation de l’homme et en affirmant qu’un germe divin est déposé en lui, ce Saint Synode offre au genre humain la collaboration sincère de l’Eglise pour l’instauration d’une fraternité universelle qui réponde à cette vocation. Aucune ambition terrestre ne pousse l’Eglise ; elle ne vise qu’un seul but... servir non pour être servi". Ainsi, le Concile fixe la fraternité universelle de tous les hommes, toutes les nations, toutes les religions comme "destinée ultime de l’humanité". Le débat avec le socialisme devient possible.

5) Vatican 2 dans l’histoire de l’Eglise catholique au 20ème siècle

De 1870 à 1944, le diocèse de Rodez constitue un point d’appui institutionnel au sein de l"Eglise pour le courant clérical d’extrême droite. En 1940, le voilà logiquement pétainiste. Or, vingt plus tard, en 1960, il vit le bouleversement de Vatican 2. Est-ce la même Eglise aveyronnaise ? Pas tout à fait.

Au moment de Vatican 2, les prêtres encore vivants qui avaient été les plus marqués à l’extrême droite durant la première moitié du siècle, se crispent sur leur héritage idéologique et restent foncièrement royalistes (leur audience n’atteint pas les 10% à mon avis).

Par contre, des jeunes, devenus prêtres après la Seconde guerre mondiale, s’engagent sur des positions franchement progressistes (leur audience varie selon les périodes et les sujets).

Entre de vieux réactionnaires et de jeunes progressistes, j’estime à environ 80% les prêtres et laïcs actifs dans l’Eglise qui étaient essentiellement soucieux de l’intérêt de l’institution ; ils ont pu vivre pastoralement le pétainisme et vivre à présent pastoralement sur certaines options plus progressistes sans faire preuve d’un esprit critique impliquant de réfléchir sérieusement à cette évolution.

De 1962 à 1968, j’ai connu en Aveyron un milieu catholique de gauche qui poussait la remise en cause du comportement politique et de la Tradition depuis les Pères de l’Eglise jusqu’à un travail de réflexion très élaboré pour "un retour à l’Evangile" et une pratique quotidienne évangélique. Ces personnes-là se caractérisaient par de grandes qualités dans leurs relations humaines, par une présence importante et utile sur les questions internationales (guerre d’Algérie puis lien avec les coopératives d’Afrique du Nord, guerre du Vietnam, refus du nucléaire militaire...). Durant cette période, certains adhéraient au PSU, d’autres à la Convention des Institutions Républicaines ; globalement durant le mouvement de Mai Juin 1968, ils ont aidé au maximum le mouvement jeune.

Après 1968, les jeunes prêtres de Vatican 2 et les catholiques de gauche issus de la même veine ont bénéficié d’un écho important au sein de l’Eglise sur la question du camp militaire du Larzac.

5) CONCLUSION

Cinquante ans après Vatican 2, je voudrais terminer sur trois bilans liés à mon expérience aveyronnaise :

- Dans ces années 1960, l’intérêt supérieur de l’institution Eglise sur l’esprit critique individuel était bien plus fort dans les profondeurs du catholicisme qu’au Parti communiste et cela explique la façon dont le souffle de Vatican 2 s’est estompé. Sur la fin d’une large réunion départementale de la JEC en juin 1963, je me souviens d’un adolescent plus âgé que nous, très engagé sur les idées de Vatican 2, s’enthousiasmer pour l’élection comme pape de "l’évêque des ouvriers" et demander une prière collective pour Paul VI ; je ne pouvais être d’accord puisque j’étais, par principe, prudent vis à vis de l’institution Eglise. Mon désaccord m’a bien plus isolé que ce ne fut le cas lorsque des tensions sont apparues en 1965 1966 entre notre groupe jeune considéré "gauchiste" et le Parti communiste.

- Dans les années 1960, la société connaissait une poussée sociale et démocratique mondiale qui pesait parmi les catholiques. De 1962 à 1968, les organisations catholiques de jeunesse ont sans cesse fourni de nouvelles générations de militants politiques à la gauche et à l’extrême gauche, partout en France. A mon avis, la nouvelle poussée actuelle peut générer à nouveau un glissement vers la gauche comme on le constate dans plusieurs pays d’ Amérique latine.


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