28 mai 1952 Dehors Ridgway la peste !

dimanche 4 juin 2017.
 

1) L’OTAN, la CIA et le plan CLODEN

Le général Matthew Ridgway est alors commandant en chef des forces armées américaines ainsi que commandant en chef des forces de l’OTAN. Grâce à ses deux casquettes, il traque partout dans le monde toute velléité politique contraire aux intérêts des USA. En Asie, il utilise des armes bactériologiques (bombes porteuses des germes de la peste, du choléra, du charbon). En Grèce, le chef de la résistance antinazie (Nicos Beloyannis) est exécuté le 31 mars 1952 avec trois de ses proches.

Dans chaque pays, les Etats-Unis ont élaboré une stratégie visant à laminer les adversaires de leur libéralisme.

En France, il s’agit du plan CLOVEN concocté par les USA pour la France ; le président du Conseil René Pleven en a été informé le 30 novembre 1951. L’agence parisienne de la CIA est chargée de la réalisation du plan qui vise surtout à détruire le Parti Communiste Français considéré comme le principal obstacle à la domination politique et économique étatsunienne en Europe.

Parmi les objectifs précis de ce plan, notons celui de "nettoyer" l’Université. Les communistes doivent être exclus de l’enseignement et de l’appareil d’Etat, remplacés par des personnes "sûres" et "amies" des Etats Unis.

Le 6 mars 1952, Antoine Pinay, qui fit partie du Conseil national de Vichy, est investi Premier ministre. Le plan Cloden va pouvoir être accéléré.

2) La manifestation du 28 mai 1952

Dans les conditions politiques du moment, le PCF ne pouvait qu’appeler à une manifestation contre la venue du général Ridgway et il était juste de la maintenir malgré l’interdiction.

Dès les distributions de tracts, la violence policière et les arrestations prouvent que la manifestation ne peut qu’être organisée en conséquence du dispositif répressif. Le site du PCF d’Aubervilliers résume ainsi les préparatifs :

" Les itinéraires des cortèges ont été établis et minutés. Le principe d’organisation est celui de la « boule de neige » : de petits groupes se rassemblent et font mouvement jusqu’à un lieu convenu où ils s’agrègent à d’autres groupes. Ainsi doivent se former les « colonnes » constituée des militants de banlieue et des arrondissements périphériques qui entreront dans Paris. Des véhicules sont chargés d’apporter le matériel de la manifestation : point de banderoles, mais de petites pancartes souvent en tôle, fixées sur de gros manches de bois [1]. Non encombrée du matériel habituel des manifestations, les groupes ont vocation à être très mobiles et en capacité d’affronter la police de manière offensive. D’évidence, l’épreuve sera rude : des locaux ont été aménagés en infirmeries de campagne et des véhicules prévus pour le transport des blessés vers la clinique des Bluets.

les cortèges formés dans la zone Sud-Est de Paris entreront par la porte de Vanves, ceux du Nord et de l’Est viseront la zone Saint-Lazare-Opéra, ceux de l’Est tâcheront d’atteindre le boulevard de Ménilmontant et Belleville.

Le cortège du Nord et de l’Est dans lequel prennent place les militants d’Aubervilliers est très complexe. Trois colonnes le constituent, l’une démarrée au carrefour des Quatre-Chemins qui regroupe environ 2000 manifestants entrera dans Paris par la porte de La Villette, les autres pénètreront qui par la porte de La Chapelle, qui par la porte de Clignancourt. La fusion des trois cortèges doit se réaliser Place de La Chapelle. La « colonne » ainsi constituée emprunter le Faubourg-Saint-Denis puis le boulevard Magenta pour tenter d’atteindre la place de la République.

http://pcfaubervilliers.fr/spip.php...

Cinq cortèges partent donc de banlieue. L’un d’eux, composé d’environ 2000 personnes part du carrefour des Quatre chemins. Parvenu Place de Stalingrad il est confronté à la police.

La « colonne » formée au carrefour des Quatre-Chemins, parvenue porte de La Villette emprunte la rue de Flandre et arrive place de Stalingrad. Elle doit de diriger en direction de la place de la Chapelle afin d’effectuer sa jonction avec les « colonnes » provenant des portes de Clignancourt et de La Chapelle. La police a dressé un barrage pour l’empêcher d’avancer. Michel Pigenet relate ainsi la scène : « Place de Stalingrad, André Karman se détache et, à demi tourné, le bras tendu, retrouve le geste de la célèbre Marseillaise de Rude pour hurler : « En avant, camarades ! ». A toutes fins utiles, les militants les plus résolus, souvent d’anciens résistants, garnissent les premiers rangs (…). Enhardi par le courage des « militants de choc », le gros du cortège s’élance (…). surpris et secoué, le cordon de police cède en désordre, mais n’évite pas des pertes, si lourdes qu’il faudra, l’orage passé, replier les gardiens désemparés sur le commissariat du 10e arrondissement. Pris de panique, un brigadier se voyant isolé, a tiré, Hocine Belaïd s’écroule non loin du magasin de vêtements « A l’Ouvrier ». D’abord porté devant un hôtel du Faubourg-Saint-Martin puis amené en voiture à la Polyclinique des Bluets, le malheureux mourra sans avoir repris connaissance. »

Dans la soirée, environ 600 manifestants sont blessés (dont Charles Guénard qui décèdera). La police procède à 718 arrestations souvent accompagnées de très violents passages à tabac. 140 manifestants seront inculpés.

De toute évidence, le gouvernement d’Antoine Pinay (droite, MRP, radicaux) a décidé de participer au projet de la CIA visant à casser le PCF quitte à utiliser des procédures ridicules. Ainsi, Jacques Duclos, son secrétaire général par intérim, est arrêté pour utilisation de pigeons voyageurs. En fait, la police a trouvé deux pigeons morts dans sa voiture achetés pour le repas du soir.


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