Banlieues : le plan "anti-glandouille" de Fadela Amara finira dans la tambouille ! (texte 2007)

mercredi 18 septembre 2019.
 

Ce 7 septembre 2007, Fadela Amara (dont je ne soupçonne pas la sincérité) s’est prêtée à une opération sarkozyste de communication sur le thème d’un "plan Marshall" pour les banlieues. Non accompagné de financement, le plan banlieues de Fadela n’engage que du vent... Ainsi, le libéralisme vit de marketing plutôt que répondre à l’intérêt général.

Des déclarations de Fadela Amara sur-médiatisées

La campagne de communication autour de Fadela Amara a commencé dès son entrée au gouvernement, s’est poursuivie durant toutes les semaines qui l’ont vue faire le tour des banlieues du pays, vient de rebondir lors de la présentation du "rapport anti-glandouille" présenté par l’ancienne animatrice de "Ni putes, ni soumises".

Dès la sortie du Conseil des ministres décentralisé tenu à Strasbourg, Nicolas Sarkozy a surjoué le président qui va s’occuper concrètement des multiples difficultés des banlieues : « Le Premier ministre comme moi on a pensé qu’elle (Fadela Amara) était absolument remarquable et que c’est la façon pour nous de faire de la politique, c’est-à-dire une façon directe, authentique, avec la volonté de réussir ... C’était vraiment un des très bons moments de ce conseil. »

Le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, a présenté ensuite un compte-rendu mettant en avant les propos de la secrétaire d’État chargée de la Politique de la Ville « Fadela a traduit avec beaucoup de simplicité mais avec un langage très clair, direct, ses convictions, ses espoirs, ses attentes par rapport aux banlieues »

Madame Fadela Amara, où allez-vous ainsi ?

J’ai très rarement croisé Fadela Amara durant mon activité militante et ne la connais absolument pas au plan personnel. Encore une fois, je tiens à écrire que je ne doute pas de sa sincérité, mais... elle subit de toute évidence le monde mental conservateur de la droite avec laquelle elle travaille aujourd’hui.

« Il y a une mesure qui est résumée par un concept, c’est tout simplement tolérance zéro pour la glandouille », a-t-elle dit à l’issue du conseil à des journalistes. « Il faut absolument faire en sorte que dans les quartiers tous les jeunes de 16 à 25 aient une situation, c’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’ils traînent et s’emmerdent dans les cités en bas des cages d’escalier, avec toutes les conséquences que ça a. »

« Je vous le dis très cash, maintenant il faut agir. Il est hors de question qu’on continue à se la raconter sur la question des banlieues. » Elle a évoqué, nous dit la presse, les problèmes de violence et d’économie parallèle, les dégradations dans les immeubles et a cité le cas d’un carreau cassé que l’office HLM n’avait toujours pas remplacé au bout d’un mois.

Qu’y a-t-il derrière la communication ?

La secrétaire d’Etat à la politique de la Ville a, nous dit-on, présenté l’état de préparation d’un plan gouvernemental pour les banlieues dont l’objectif est l’emploi des jeunes des cités sensibles.

Dans l’immédiat, il ne s’agit donc que d’une intention et nous devons attendre les mesures concrètes pour juger.

Ceci dit :

- 1) la mise en avant des propos de Fadela Amara relève plus de la communication habituelle de Sarkozy sur le thème de l’ouverture que d’une volonté réelle d’action en faveur des jeunes des banlieues

- 2) en effet, derrière tout ce baratin sur l’emploi des jeunes disparaît le fameux plan gouvernemental pour les banlieues. Ainsi, Nicolas Sarkozy se reconnaît totalement incapable d’amorcer sa fameuse "rupture" dans les banlieues. Ainsi, le gouvernement Fillon ne se considère responsable ni de rompre avec l’indignité actuelle de nombreuses cités comme territoires de la république française, ni de la question des services publics en banlieue (transports, scolarité, logement, culture...), ni de la réhabilitation immobilière, ni du rapport entre logement et fort éloignement de l’activité économique...

3) Il est vrai que Nicolas Sarkozy poursuit sa campagne médiatique sur la question de la "sécurité" dans les banlieues. Croit-il vraiment que les passades brutales d’une BAC ou d’une patrouille quelconque peuvent améliorer quoi que ce soit ? C’est le contraire qui se produit ; cela ne fait que crisper encore plus le climat tendu des rapports humains, en particulier parmi les jeunes.

4) La ministre chargée de chaperonner Fadela se nomme Christine Boutin. Je doute fort qu’elle soit capable d’oeuvrer utilement au progrès social des banlieues

5) Commencer par qualifier ce projet de plan « anti-glandouille » augure mal de la suite car cela fait porter la responsabilité du chômage endémique des "cités sensibles" sur les seuls habitants de ces banlieues. "Si l’objectif de Mme Amara est d’être représentative des quartiers lorsqu’elle emploie ce langage pour le moins vulgaire et insultant, il est clair qu’elle se trompe lourdement sur l’incroyable richesse intellectuelle ou culturelle qui s’y trouve" note fort justement l’association AC le feu.

6) Quelques succès limités peuvent être attendus, tant mieux, mais cela n’ira pas loin. La prétendue glandouille n’est pas un choix de vie, c’est le résultat du chômage endémique, des bas-salaires, d’un cadre de vie déstructuré et déstructurant, du racisme, de l’absence d’une réelle politique d’aménagement du territoire. Trouver un travail constitue un élément décisif pour une insertion sociale réussie mais cela ne remplace pas la responsabilité des politiques quant au droit à l’avenir de tout jeune né sur le territoire de la république, ce qui demande de penser aussi l’acquisition de savoirs scolaires et savoir-faire, celui d’un cadre de vie permettant l’apprentissage d’un vivre ensemble émancipateur, de rapports humains respectueux d’autrui...

7) Je n’imagine pas ce gouvernement typiquement libéral-sécuritaire genre Reagan "tolérance zéro" mettre en place un réel plan emploi pour les banlieues. En écoutant les interventions de plusieurs élus de droite à la radio ces derniers jours, leur mépris suintait de leur prétendue commisération. Ils sont seulement heureux de se décharger sur Fadela Amara d’une responsabilité politique dont ils ne veulent pas entrevoir à quel point elle est contradictoire avec leur univers mental.

- 8 agir sérieusement sur le terrain de l’emploi, du désenclavement et de l’éducation en ce qui concerne les banlieues demanderait au moins une volonté politique de la droite française. Or, je suis certain que cette volonté politique n’existe pas. Si elle existait, ils ne seraient pas de droite ; de plus même la gauche social-démocrate au pouvoir a tenté mais peu réussi sur ces questions qui touchent au caractère profondément inégalitaire, excluant, bétonneur profiteur et ravageur du capitalisme d’aujourd’hui.

- 9) la démarche suivie pour préparer ce plan banlieue n’ira pas loin. Il faudrait de véritables états généraux des banlieues préparés par des cahiers collectifs de doléances avec des élus porteurs de leurs demandes et prêts à relayer une volonté collective. Or, la préparation de ce plan a commencé par un blog sur internet ; c’est bien gentil et cela n’a rien coûté au ministère des finances ; il paraît que 10000 contributions y ont été déposées ; c’est énorme mais quelle suite leur sera donnée ??? La concertation va se poursuivre par des « rencontres territoriales pour la ville ». Cette phase doit durer jusqu’à fin novembre et aboutir à des positions sur trois thèmes : l’emploi, le désenclavement des cités et les questions d’éducation. Je vois déjà la tableau... des responsables administratifs et associatifs, des élus locaux vont venir faire acte de présence... avant de repartir.

De grandes paroles qui préparent de petits actes

L’article du Nouvel Observateur Temps réel rendant compte de ce conseil des ministres nous donne les informations suivantes :

Selon Laurent Wauquiez, Nicolas Sarkozy s’est tourné vers le secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant pour lui dire : « Voilà exactement ce que je ne veux pas. Les fonctionnaires doivent comprendre qu’il y a des impulsions qui sont données par les politiques et qu’il faut que ça avance », a dit le chef de l’Etat.

Fadela Amara a également plaidé pour un désenclavement des cités et souligné que la situation des banlieues concernaient tous les ministres. « C’est une cause nationale », a-t-elle souligné. « Le président de la République a demandé à l’ensemble de ses ministres qu’ils fassent des déplacements de terrain avec Fadela Amara sur toute cette période (...) Lui-même le fera », a souligné Laurent Wauquiez « Le but de l’action qu’on va mener sur les banlieues à travers Fadela Amara, c’est de cibler sur la question de l’emploi des jeunes, qui est la question centrale. » On veut une « action qui ait comme priorité l’emploi des jeunes. Si on veut travailler sur le problème de l’emploi des jeunes sans poser le problème du désenclavement et le problème de la réussite scolaire, je ne vois pas trop où on va », a ajouté le porte-parole. Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy a promis de lancer un « plan Marshall » pour la formation et l’emploi de 250.000 jeunes de banlieue.

Dans tout cela, une seule phrase exprime une forme de sincérité et de vérité « Si on veut travailler sur le problème de l’emploi des jeunes sans poser le problème du désenclavement et le problème de la réussite scolaire, je ne vois pas trop où on va ». Exact mais si Nicolas Sarkozy, François Fillon et l’UMP voulaient sérieusement se préoccuper de désenclavement des banlieues et de réussite scolaire des enfants concernés, ils devraient mener une politique exactement inverse à ce qu’il font aujourd’hui. Entre les intérêts des milliardaires qu’ils défendent et les souhaits d’un femme d’origine kabyle, ils ne mettront pas longtemps à choisir le camp du Fouquet’s plutôt que celui de Grigny, de Clichy ou de la Courneuve.

Jacques Serieys

AC le feu répond à Fadela Amara sur son plan anti-glandouille

B) Plan banlieue Des mesures qui ne sont pas à la hauteur des attentes et des besoins (Communiqué FSU)

La réunion du Conseil interministériel de la Ville visant à décliner les mesures du « plan banlieue » annoncé en février ne fait que confirmer qu’il n’est à la hauteur ni des attentes ni des besoins. Pourtant, les récents événements de Vitry le François par exemple montrent la gravité dune situation qui conduit certains quartiers à s’enfoncer dans une désespérance qui devrait alerter tous ceux qui veulent réellement lutter contre la ghettoïsation et les discriminations.

Esquivant la question des moyens nouveaux et fondé essentiellement sur des redéploiements, il n’est pas de nature à produire l’effort indispensable pour réduire véritablement les inégalités par une action cohérente et durable. Par certains aspects, ce plan risque même d’aggraver les inégalités et les ségrégations, fruit d’un fonctionnement social et économique qui relègue plutôt qu’il n’intègre. .

Ainsi, les mesures d’accompagnement individualisées qu’il propose pour l’emploi des jeunes n’offrent aucune garantie de déboucher sur des emplois stables. Ainsi, en matière de politique du logement, l’accession à la propriété se substitue à la construction et à la rénovation des logements sociaux ; ainsi, rien n’est fait pour assurer concrètement une présence forte des services publics. Bien au contraire, l’accès à l’exercice effectif des droits est souvent subordonné au « mérite » individuel.

La FSU déplore notamment l’absence de toute mesure destinée à mieux lutter contre l’échec scolaire et contre les inégalités en ce domaine : les mesures annoncées sont essentiellement des palliatifs qui ne traitent pas la source des problèmes. L’expérimentation « busing », à l’exception de situations limitées et provisoires, ne peut constituer une solution durable pour assurer la mixité dans l’ensemble d’un quartier. En revanche la suppression confirmée de la carte scolaire, combinée avec le développement de pôles d’excellence et des établissements privés, va en fait aggraver les inégalités : Les analyses de l’Inspection générale de l’Education nationale en ce domaine sont traitées par le mépris. Et il est inadmissible que ce plan serve de prétexte à des financements nouveaux pour l’enseignement privé alors que c’est d’abord de services publics que l’on a besoin pour assurer l’égalité d’accès aux droits.

Une tout autre politique est nécessaire. Pour les enfants et les jeunes, c’est d’abord de « première chance » qu’il doit s’agir : cela doit se traduire par un renforcement des conditions de scolarisation en maternelle dès deux ans, l’allègement des effectifs par classe, la mise en œuvre de pratiques pédagogiques diversifiées... Et c’est en assurant la présence des services publics dans ces quartiers, en encourageant et développant des actions culturelles, en prenant des mesures en termes de logement, de scolarisation, de transport et d’installation d’emplois stables que l’on permettra davantage de mixité sociale et de réussite pour les jeunes de ces quartiers et pour l’ensemble de la population.


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