"Jospin flingue Royal". Et après ? (septembre 2007)

mardi 29 janvier 2019.
 

2) Jospin critique nécessairement des faiblesses du PS par delà Ségolène Royal

De ma présence au Conseil national du PS durant quelques années, j’ai gardé une attention particulière pour les paroles et écrits de Lionel Jospin. En cet automne 2007, il publie donc un livre tirant un bilan des présidentielles 2007 du point de vue du PS, ce bilan étant conçu comme une mise en garde afin de ne pas renouveler les mêmes erreurs d’ici 2012. Il doit être félicité pour cela. Pour le socialisme la volonté de peser sur la réalité et celle de comprendre le monde (en particulier en tirant un bilan de son action) vont de pair. Ainsi, je ne crois pas du tout que le livre bientôt publié et titré "L’impasse" puisse se résumer au titre accrocheur de Libération "Jospin flingue Royal".

Lionel Jospin considère que Ségolène Royal ne possédait pas les "capacités politiques" pour « espérer gagner la prochaine présidentielle ». Aussitôt après les résultats, j’avais écrit à peu près la même chose :

Analyse des résultats des élections présidentielles du 6 mai 2007 (B16 Ségolène Royal)

Ceci dit, sa critique me paraît trop centrée sur la candidate socialiste et pas assez sur le fond.

- D’une part, nous avons vu bien des incapables élus dans de grands pays ces dernières années grâce au système médiatique et en raison du rôle du politique de moins en moins influent sur la réalité dans la société capitaliste.

- D’autre part, Lionel Jospin ne peut ignorer l’immense ignorance de nombreux élus socialistes actuels en matière de socialisme, y compris parmi les parlementaires et premiers secrétaires des fédérations. Ils sont souvent investis pour "gagner l’élection" en raison de leur physionomie photogénique, de leur "modération" permettant de "gagner des voix au centre", de leur écho local dû à leurs mandats, des sondages, de leur positionnement parmi les courants... Lors du vote d’investiture pour la présidentielle à l’automne 2006, ces élus ont logiquement suivi la même démarche pour choisir Ségolène Royal, leur objectif n’étant absolument pas l’avancée du projet socialiste dont ils n’ont souvent aucune idée mais l’utilité d’une victoire socialiste à la présidentielle pour leur propre carrière.

- enfin, la question centrale me paraît plus celle du rapport entre stratégie pour le socialisme aujourd’hui en France ( Union européenne, défense de la classe ouvrière...) et élections - électoralisme que celui des qualités propres de Ségolène Royal.

Lionel Jospin emploie des mots durs pour caractériser la nature de l’écho médiatique obtenu par Ségolène Royal. Je suis persuadé qu’il n’y a chez lui aucune animosité personnelle mais un souci d’analyse politique lorsqu’il la résume comme "un mythe". C’est vrai, mais il sera intéressant de lire exactement en quoi Jospin considère la campagne de Ségolène comme "une illusion".

Il lui reproche d’avoir « laissé décrier sa propre formation politique ». En fait, Ségolène Royal a joué la carte des médias et de l’opinion plutôt que celle de la vie politique interne du Parti Socialiste ; avec l’instauration de primaires ouvertes comme il en est question pour 2012, je crains que cette tactique ne nous amène un jour des illusions médiatiques conjoncturelles bien pires.

Il insiste sur le fait que ses improvisations relevaient plus de « l’art de communiquer que de celui de gouverner », par exemple en matière de carte scolaire ou de sécurité. Bien sûr, et sa référence aux valeurs classiques de la gauche me paraît tout à fait louable. Ceci dit, nous avons lu plusieurs fois dans la presse des prises de position d’autres dirigeants du PS, par exemple en matière de sécurité, qui ne relevaient pas non plus des valeurs classiques de la gauche.

Le principal reproche de Lionel Jospin est le dernier cité par l’article de Libé : celui d’avoir "refusé la confrontation « sur le fond » avec son adversaire principal, Nicolas Sarkozy". Il est vrai que celui-ci a gagné la bataille idéologique face à la candidate socialiste et qu’il a gagné l’élection sur cela. Nous devons cependant nous poser la question de savoir si la réflexion "sur le fond" n’a pas été engagée à droite plus sérieusement qu’à gauche.

Pour les présidentielles, meeting de Ségolène Royal à Rodez le 12 mai 2006 : affluence, prestance et divergences

Je ne peux terminer ce petit article sans marquer ma surprise devant l’attitude de ce journaliste comme de beaucoup de ses collègues qui s’institue en juge-psychologue de la vie politique avec des affirmations péremptoires surprenantes :

- " Femme, Ségolène l’est toujours, Lionel. Et toujours vivante..."

- " Royal, elle, pourra démêler l’hostilité de l’auteur sans difficulté"

Pour un quotidien qui veut se positionner en journal référence de la gauche, ce refus de la réflexion approfondie cachée sous des artifices psycho est bien regrettable.

Jacques Serieys

1) Jospin flingue Royal ( Par PAUL QUINIO dans Libération)

Dans un livre que « Libération » s’est procuré avant sa parution, l’ex-Premier ministre charge la candidate socialiste défaite à la présidentielle.

S’il fallait choisir une phrase pour résumer le livre l’Impasse, que Lionel Jospin s’apprête à publier le 24 septembre chez Flammarion (L’Impasse de Lionel Jospin, Flammarion (coll. Café Voltaire), 142 pages, 12 euros) et que Libération s’est procuré, ce serait celle-là. Elle surgit après 88 pages d’une charge ininterrompue, sonne comme une ultime piqûre venimeuse de rappel contre « une personnalité [qui] n’a pas les qualités humaines ni les capacités politiques » nécessaires pour remettre le Parti socialiste en ordre de marche et « espérer gagner la prochaine présidentielle ». C’est évidemment de ­Ségolène Royal dont parle l’ex-Premier ministre, dont l’obsession manifeste au fil des lignes est de démonter ce qu’il considère être « un mythe », de dénoncer une candidature-créature des sondages et des médias, une erreur de casting, « une candidate qui était la moins capable de gagner », et, surtout, « une illusion » qui ne doit pas se prolonger.

Car l’objectif de l’Impasse est bien d’essayer de convaincre le PS et ses militants de ne pas récidiver en confiant à l’ex-candidate à la présidentielle les clés de la rue de Solferino lors du prochain congrès du PS, encore moins de lui fournir un deuxième visa de candidate à l’Elysée. Car, selon Jospin, malgré son aplomb et son courage, Royal, « une figure seconde de la vie publique », n’est « pas taillée pour le rôle ». « Avoir commis une erreur [en la désignant] ne justifie pas qu’on la réitère », avertit l’ex-candidat, pour qui les raisons profondes de l’échec - c’est le titre d’un chapitre - tiennent à la personnalité de son ancienne ministre, à son style de campagne, à ses choix politiques.

Cible. Lionel Jospin n’est pas le premier socialiste à attaquer en librairie Ségolène Royal. La rentrée politique chez les socialistes a même été une sorte de compétition pour figurer en tête de gondole des meilleurs pamphlets antiroyalistes. Mais Jospin n’est ni une caricature à la Claude Allègre ( la Défaite en chantant, chez Plon), ni un graphomane post­défaite à la Marie-Noëlle Lienemann ( Au revoir Royal, chez Perrin), pour ne citer que deux ouvrages déjà parus et prenant pour cible l’ex-candidate.

Lionel Jospin a été un premier secrétaire important du PS, un Premier ministre performant pendant cinq ans et deux fois candidat à l’Elysée. Flirtant avec un succès surprise en 1995. Sombrant sept ans plus tard, un certain 21 avril.

Autant dire qu’il reste une fi­gure historique du socialisme à la française, avec ses succès, son échec, dont l’avis continue de peser très lourd. « J’ai quelques titres [à m’exprimer] sans détour », écrit-il dans son introduction, en rappelant au ­passage son CV de seul leader socialiste avec François Mitterrand à avoir conduit la gauche à la victoire depuis cinquante ans. Assurant, toujours en introduction, écrire « en homme libre », pas animé par l’ambition, mais juste inquiet pour l’avenir de son parti, Jospin, comme souvent, se drape derrière « le devoir » pour justifier sa décision « de dire franchement » tout le mal qu’il pense de Royal. L’ancien Premier ministre assume d’autant plus la violence de sa charge qu’il estime avoir voulu, en n’écartant que tardivement l’idée de sa propre candidature, tirer la sonnette d’alarme et manifester sa « crainte ». En vain.

Critique. Mais au fait, que lui reproche-t-il au juste ? Passons d’abord sur les précautions d’écriture dont use Jospin pour se défendre de toute misogynie. Il aurait pu s’en passer. D’autant qu’elles fournissent l’occasion de s’interroger sur l’utilisation, façon lapsus, d’un savoureux imparfait : Ségolène Royal, à ses yeux, n’était pas en mesure de l’emporter, « non pas parce qu’elle était une femme, mais parce que j’avais pu me faire une idée assez exacte de ses qualités, notoires, et de ses insuffisances, réelles ». Femme, Ségolène l’est toujours, Lionel. Et toujours vivante...

Retenons plutôt la critique sur la mise à distance par Ségolène Royal du PS. C’est, pour Jospin, « une lourde erreur, pour un leader, que de laisser décrier sa propre formation politique », tant les partis, avec leurs défauts, sont indispensables à la vie démocratique. Jospin argumente son propos en dénonçant le statut de victime des éléphants sur lequel a surfé la candidate. Il en veut à Royal d’avoir alimenté un discours antiélus et antiélites, « leitmotiv [qui] appartient d’habitude à l’extrême droite ou aux mouvements populistes ». Il brocarde les jurys citoyens chers à Ségolène Royal, fait la différence entre sa version « démagogique » de la démocratie participative et la pratique des conseils de quartiers de son ami Bertrand Delanoë à Paris. Il reproche à l’ex-candidate ses inspirations sur la carte scolaire ou la sécurité, peu en phase avec les valeurs classiques de la gauche, et qui relevaient plus à ses yeux de « l’art de communiquer que de celui de gouverner ».

Une fois désignée, Ségolène Royal aurait commis l’erreur, « enfermée dans un face-à-face narcissique avec l’opinion », de refuser la confrontation « sur le fond » avec son adversaire principal, Nicolas Sarkozy. Sur l’identité nationale, ses captations d’héritage (Blum, Jaurès...) ou son discours sur la valeur travail. L’aurait-elle voulu qu’elle n’aurait pas pu, tant, pour Lionel Jospin, l’ex-présidente de la région Poitou-Charentes a démontré depuis son entrée dans la vie politique peu d’appétit et de « talent » pour le débat d’idées et la controverse .

L’auteur ressert là encore la comparaison, défavorable, avec François Mitterrand. L’une se serait abîmée dans la médiatisation. L’autre « aimait d’abord, vivement, la politique et ses enjeux ». Et, à la veille de l’échéance, estime Jospin, bien malin qui aurait pu connaître le point de vue de la candidate socialiste sur les grands problèmes du pays, moins encore sur ceux du monde. Parmi les exemples surlignés des « improvisations » royalistes : le voyage en Chine et « les propos de touriste » de la candidate sur la justice chinoise.

Au final, c’est à l’absence de crédibilité de la candidate sur le fond que s’en prend l’auteur, à sa volonté d’aller sur le terrain idéologique de l’adversaire, à sa manière de mettre en scène, seule au monde, sa soi-disant relation particulière avec les Français.

Mais l’Impasse ne serait pas un livre 100 % jospino-jospiniste sans un dernier reproche : Royal ne s’est pour l’auteur pas suffisamment appuyée sur les succès des années... Jospin. Pour lui, il aurait été pertinent de vanter les mérites de la période 1997-2002 et « de la prendre comme un socle, pour aller plus loin », pour soutenir la comparaison avec les gou­vernements Raffarin et Villepin, dont Sarkozy était un ­ministre emblématique. « Ségolène Royal n’a pas fait ce choix. Par hostilité à mon égard ? Je ne saurais le démêler », s’interroge Jospin. Royal, elle, pourra démêler l’hostilité de l’auteur sans difficulté.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/...


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