Victor Serge meurt dans la misère le 17 novembre 1947 Sa mémoire entre au panthéon de l’humanité

lundi 6 novembre 2017.
 

1) Victor Serge en Belgique

Viktor Lvovitch Kibaltchitch naît à Bruxelles le 30 décembre 1890 de parents russes émigrés politiques fuyant le totalitarisme tsariste.

Cette situation d’émigré a beaucoup pesé sur sa personnalité comme il l’explique lui-même "Exilé politique de naissance, j’ai connu les avantages réels et les lourds inconvénients du déracinement. Il élargit la vision du monde et la connaissance des hommes ; il dissipe les brouillards des conformismes et des particularismes étouffants ; il préserve d’une suffisance patriotique qui n’est en vérité que médiocre contentement de soi-même ; mais il constitue dans la lutte pour l’existence un handicap plus que sérieux. J’ai vu naître la grande catégorie des "apatrides", c’est-à-dire des hommes auxquels les tyrannies refusent jusqu’à la nationalité."

En 1905, le voilà déjà membre de la Jeune Garde Socialiste, militant contre le militarisme et le risque de guerre ; il s’engage particulièrement dans la campagne contre l’ignoble politique coloniale de la Belgique au Congo.

Du Congo belge à l’assassinat de Lumumba le 17 janvier 1961, un grand pays détruit par le colonialisme

Il écrit dans des revues libertaires, survit par sa connaissance de quelques métiers comme photographe, typographe et dessinateur-technicien. Il participe à de nombreuses manifestations d’opposition qui lui valent de connaître la répression policière, les perquisitions et arrestations.

2) Victor Serge anarchiste, en France

En 1909, il rejoint Paris pour y vivre une seconde vie. Engagé dans le courant anarchiste, il écrit dans L’Anarchie (pseudonyme « Le Rétif »), journal fondé par Albert Libertad.

Jour des voeux : Que crève le vieux monde (par Albert Libertad, anarchiste, 1906)

Rapidement, il codirige cette publication avec sa compagne, Rirette Maîtrejean. Victor Kibaltchitch est un révolutionnaire sincère qui croit en l’avenir du socialisme. Aussi, il comprend les logiques erronées sous-jacentes aux trois principaux courants anarchistes de l’époque : l’anarchisme individualiste, l’illégalisme, le syndicalisme révolutionnaire.

- Il n’est pas tendre avec les « absurdités syndicalistes » des anarchistes-syndicalistes : « Pour les uns, il (le syndicalisme) allait par de sages et prudentes réformes améliorer sans fracas l’état social. Pour les autres (les anarchistes syndicalistes) il était la première cellule de la société future, qu’il instaurerait un beau matin de grève générale. Il fallut déchanter beaucoup. On s’est aperçu – du moins ceux que l’illusion n’aveuglait pas – que les syndicats devenaient robustes et sages, perdaient envie de chambarder le monde. Que souvent ils finissaient par sombrer dans le légalisme et faire partie des rouages de la vieille société combattue ; que d’autres fois, ils n’arrivaient qu’à fonder des classes d’ouvriers avantagés, aussi conservateurs que les bourgeois tant honnis. » (L’Anarchie, n°259, 24 mars 1910)

- Victor Serge a parfaitement connu le courant anarchiste illégaliste, en particulier la bande à Bonnot. Plusieurs historiens considèrent même qu’il en a été membre. Il a au moins hébergé ses acteurs principaux, ce qui lui vaut en 1912 une condamnation à cinq ans de réclusion, qu’il effectue de 1912 à 1916, en partie à la prison de la Santé. C’est durant cette incarcération qu’il épouse Rirette Maîtrejean. Dans son ouvrage Mémoires d’un Révolutionnaire il dénoncera « la théorie la plus néfaste, celle de l’illégalisme, qui transformait les idéalistes de la vie en camaraderie en spécialistes d’obscurs métiers hors-la-loi. »

Il ne faut cependant pas sous-estimer la part occupée par cet anarchisme d’avant 1914, dans les convictions révolutionnaires démocratiques défendues toute sa vie durant par Victor Serge.

Expulsé de France dès sa sortie de prison, il participe en juillet 1917 à une tentative de soulèvement anarchiste à Barcelone puis revient clandestinement en France. Arrêté, il subit à nouveau l’incarcération. C’est là qu’il apprend l’éclatement de la révolution russe.

3) Victor Serge, dirigeant communiste international

Echangé contre des prisonniers français dans le cadre d’un accord franco-soviétique, il rejoint Petrograd et adhère au parti communiste russe en mai 1919. Là, commence la troisième vie de Victor Serge.

Il occupe rapidement des responsabilités importantes :

- acteur des premiers congrès de l’Internationale communiste

- combattant de l’Armée rouge contre l’armée blanche de Youdenitch lors de la défense de Petrograd

- membre de l’Exécutif de la Troisième Internationale

- auteur de nombreux textes dans lesquels il explique ses désaccords avec les anarchistes russes. Dans le même temps, il prend à plusieurs reprises leur défense contre la répression qu’ils subissent.

- journaliste politique dans la presse communiste internationale, son nom fleurit en particulier dans L’Humanité et dans la Rote Fahne (journal de la Ligue spartakiste puis du Parti communiste d’Allemagne (KPD) fondé par rosa Luxembourg et Karl Liebnecht).

- il profite de l’ouverture des archives de l’Okhrana (service de sécurité politique du tsarisme) pour analyser certaines caractéristiques essentielles des polices, en particulier l’utilisation d’agents provocateurs.

4) Victor Serge, oppositionnel à la dégénérescence stalinienne de l’URSS et du communisme

Il rejoint rapidement l’Opposition de gauche (Trotsky...) et critique tant l’évolution bureaucratique du pays des soviets que les erreurs commises au niveau international par le Komintern (en Chine particulièrement).

En 1928, le voilà exclu du Parti Communiste, surveillé par la Guépéou qui saisit ses archives, sans ressources, condamné par trois fois à la déportation dans l’Oural, interdit de quitter le pays.

En 1933, il est arrêté par la Guépéou en 1933 et déporté en Sibérie. Une campagne internationale de gauche menée en sa faveur, notamment par Trotski, André Gide, André Malraux, Romain Rolland, Henri Barbusse et le Cercle communiste démocratique, lui permet quitter l’URSS en 1936 et d’éviter ainsi une mort certaine.

Dès son arrivée en Belgique, il écrit à Trotsky le 27 mai 1936, une lettre sur la situation de l’Opposition de gauche en URSS :

« Nous sommes en ce moment fort peu nombreux : quelques centaines, dans les cinq cents. Mais ces cinq cents ne fléchiront plus. Ce sont des hommes trempés, qui ont appris à penser et à sentir par eux‑mêmes et qui acceptent avec tranquillité la perspective d’une persécution sans fin. Dans les isolateurs, nos camarades sont quelques dizaines au total, sur des centaines de zinoviévistes, droitiers et autres staliniens véreux. Parmi nous, il n’y a pas grande unité de vues. Boris Mikh(ailovitch Eltsine) disait : "C’est le G.P.U. qui fait notre unité".

" Deux grandes tendances se divisent à peu près par moitié : ceux qui estiment qu’il faut tout réviser, que l’on a commis des fautes depuis le début de la révolution d’Octobre et ceux qui considèrent le bolchevisme à ses débuts comme inattaquable. Les premiers sont enclins à considérer que dans les questions d’organisation vous aviez raison, avec Rosa Luxemburg, dans certains cas, contre Lénine autrefois. En ce sens, il y a un trotskisme dont les attaches remontent loin (personnellement, je suis aussi de cet avis, pensant toutefois que les principes d’organisation de Lénine ont fait leurs preuves dans une période et un pays donné, particulièrement arriéré). Nous nous divisons aussi par moitié sur les problèmes de la démocratie soviétique et de la dictature (les premiers, partisans de la démocratie ouvrière la plus large dans la dictature : mon impression est que cette tendance est en réalité de beaucoup la plus forte).

Dans les isolateurs, un groupe dit du "capitalisme d’État" (Goskappisty) s’est détaché : ils professent que le capitalisme d’État vers lequel s’acheminent également Mussolini, Hitler et Staline, est aujourd’hui le pire ennemi du prolétariat. Ils sont peu nombreux, mais il y a parmi eux quelques camarades des plus capables [ ... ] Il devient de plus en plus difficile, sinon impossible de tenir [ ... ] En général, il n’y a plus d’autorités : les vieux se sont discrédités, les jeunes entendent penser par eux-mêmes. Par "vieux", j’entends ici la génération d’opposants de 23‑28 dont il ne reste que quelques cadres admirables, des jeunes d’ailleurs comme les Iakovine et les Dingelstedt. Dans les isolateurs et ailleurs, on trouve surtout maintenant les opposants trotskystes de 1930‑1933. Une seule autorité subsiste : la vôtre. Vous avez là‑bas une situation morale incomparable, des dévouements absolus. »

5) De 1936 à 1940, Victor Serge ne rejoint pas les trotskistes et la 4ème internationale

Réfugié en Belgique puis en France, il utilise à nouveau ses talents de journaliste pour intervenir sur les problèmes de l’heure : la montée des fascismes, le Front Populaire en France...

- il soutient la lutte contre le franquisme et prône une alliance du PCE, du POUM et des anarchistes pour gagner la guerre

- il dénonce sans relâche les procès staliniens de Moscou et les purges qui les accompagnent, en particulier dans la presse des organisations du Centre marxiste révolutionnaire international (bureau de Londres)

- il subit des campagnes calomnieuses permanentes des publications liées au mouvement communiste lié à la Troisième Internationale

- mais il ne rejoint pas les réseaux autour de Trotsky et la 4ème Internationale leur reprochant leur sectarisme. En fait, des divergences existent entre eux sur le rapport à l’URSS et sur les causes de la dégénérescence stalinienne.

Dans cette période d’avant-guerre, il écrit en particulier deux centaines d’articles pour la revue socialiste La Wallonie (30000 abonnés).

6) Dernière vie : au Mexique

En 1940, il fuit le nazisme avec son fils Vlady, rejoint Marseille et de là le Mexique, grâce aux filières de Varian Fry.

Il y continue son travail de réflexion et d’écriture sur les causes de la dégénérescence de l’URSS.

Il écrit Vie et mort de Léon Trotski en collaboration avec la femme de celui-ci (Natalia Sedova).

Son expérience donne du poids à la sagesse de ses sentences ""Il faut être soi-même simplement, pleinement, sans abdication comme sans désir de diminuer autrui." ( Mémoires d’un révolutionnaire - 1943)

Il conserve le lien avec des militants comme Julián Gorkin et Marceau Pivert.

Le 17 novembre 1947, il décède dans le dénuement, "la misère noire" et autres qualificatifs de ses biographes.

7) Documentaire : Victor Serge vu par Carmen Castillo

NPA Mars 2012

Le documentaire Victor Serge l’insurgé, réalisé par Carmen Castillo, sera diffusé sur France 5, dimanche 25 mars à 22 heures.

Victor Kilbatchiche (Victor Serge), né en 1890 et mort en 1947, est l’une des grandes figures de la lutte révolutionnaire du siècle dernier. Il est proche, dans sa jeunesse, des anarchistes de la bande à Bonnot, notamment de Raymond Callemin (Raymond la Science), il a pour amie l’anarchiste Rirette Maitrejean. Malgré ses protestations, il est condamné par la justice française pour une supposée participation à leurs exploits. Il est curieux de constater que c’est là un destin qui le poursuivra tout au long de sa vie  : il sera accusé par les staliniens d’être un traître, puis par des surveillants tatillons d’être en réalité un agent stalinien… Peu de temps avant sa mort, il est même soupçonné d’être gaulliste…

En 1919, il rejoint la révolution russe, travaille pour le Komintern comme journaliste et traducteur, rencontre Gorki, Pierre Naville, Gérard Rosenthal, Nikos Kazantzakis, Panait Istrati. Il désapprouve la répression des marins de Cronstadt. Il rejoint en 1923 l’Opposition de gauche, Trotsky, Radek, Preobajensky, Joffe. Il semble que c’est alors qu’il emploie – pour la première fois – le mot «  totalitarisme  » pour désigner le stalinisme.

En Europe, Victor Serge rencontre Lukacs, Gramsci, et rentre en URSS en 1925. Trotsky est exclu en 1927, lui en 1928. Arrêté en 1933, il fait trois ans de camp à Orenbourg. Il en est libéré en 1936 à la suite d’une campagne internationale (Gide, Romain Rolland…). Il rejoint Trotsky dans son exil, puis se sépare de lui.

Ses nombreux livres et essais sont régulièrement réimprimés (Seuil, La Découverte, Robert Laffont…). Signalons, parmi bien d’autres, les Mémoires d’un Révolutionnaire ou le roman l’Affaire Toulaev, dans lequel il décrit l’affaire Kirov, un des plus célèbres «  procès  » staliniens.

Carmen Castillo s’est battue contre Pinochet, puis est venue travailler en France  ; on se souvient de Rue Santa Fe, film où elle raconte son expérience de lutte, qu’elle revit en allant sur place… Dans les contraignantes 55 minutes de l’émission TV, elle nous raconte la vie de Victor Serge, sans cacher les liens idéologiques qu’elle a avec ce grand révolutionnaire. Une longue interview de Régis Debray contribue à le situer. Les nécessités de la production ont sans doute entraîné une carence  : que peut signifier l’engagement de Serge, aujourd’hui, si on parle d’immigrés, de sans-papiers etc.  ? Il semble que Carmen Castillo aurait aimé aborder aussi ces questions-là… Mais tel quel, le film est passionnant  : que savent les jeunes générations de cette grande figure  ? Remercions Carmen Castillo de rallumer le feu du souvenir… incarné aussi par ces images finales du vieux peintre – le fils de Victor Serge.

Paul Louis Thirard

8) La personnalité de Victor Serge d’après La Bataille socialiste

La première fois où j’ai entendu parler de Victor Serge, c’était par mon grand oncle Bernard Dauban qui avait participé dans l’Ain et sur Paris à l’animation du courant La Bataille socialiste. J’extrais de leur presse ce long passage de janvier 1948 qui correspond, je crois, aux orientations de Viktor Lvovitch Kibaltchitch durant ses dernières années de vie.

" La carrière militante de Victor Serge débuta peu avant l’autre guerre (1914)... Pour les militants d’alors, la formule « Ni Dieu, ni César, ni tribun » avait une signification profonde, elle incarnait leur conscience d’hommes libres, leur dignité humaine, leur humanisme...

C’est cette haute conscience de la mission libératrice du socialisme qui empêcha Victor Serge et tant d’autres militants qui, comme lui, avaient donné leur adhésion enthousiaste à la Révolution d’Octobre, de sombrer dans la dégénérescence du bolchevisme devenu religion d’Etat et symbole d’une nouvelle exploitation de l’homme par l’homme. A partir du moment où ces militants eurent acquis la conviction que le bolchevisme au pouvoir trahissait la liberté, ils s’en détachèrent en dénonçant l’ignoble abus de confiance dont il se rendait coupable vis-à-vis du peuple russe et des travailleurs du monde entier.

Victor Serge compte parmi les représentants les plus illustres de cette génération de non-conformistes. Plaçant au-dessus de tout la recherche de la vérité — le seul moyen d’être en règle avec sa conscience — il ne se contenta pas de constater que les chefs de l’Etat soviétique avaient failli à leur tâche : s’étant imprégné des principes marxistes, il savait que les responsabilités des hommes s’effacent dans une large mesure (mais pas entièrement !) devant la contrainte des choses et que seule l’étude de la base économique et sociale pouvait fournir une explication valable de la grande tragédie historique que fut l’avortement de la Révolution russe. Il n’hésita pas à reconnaître combien Karl Kautsky avait vu juste et à quel point les avertissements prodigués dès 1918 par ce grand disciple de Marx furent confirmés par les événements.

Dans une lettre datée du 15 janvier 1946, il nous écrivait :

« Les grandes têtes mêmes ne dominèrent la tragédie qu en partie. Kautsky, Boukharine, Préobrajensky, oui ; …et aussi Ruhle dont un livre admirable ne fut pas même traduit en français ! Léon Trotsky ne fut à la fin de sa vie qu’un grand tacticien et une magnifique âme de résistance ; dans les dernières années sa doctrine s’était tout à fait sclérosée — sous quels chocs il est vrai ! ».

Le 25 septembre 1945 il ajoutait :

« Tout à fait de votre avis sur la démocratie à défendre avec acharnement ; en ajoutant ceci que de nos jours et pour les temps proches les formes mêmes de la démocratie du XIX’ siècle, qui étaient devenues décevantes et parfois inefficaces me semblent appelées à recouvrer une valeur nouvelle et peut-être une efficacité qu’elles n’eurent que dans les meilleurs moments du passé. Et qu’il faut indissolublement lier l’idée socialiste à l’idée de liberté en donnant à cette dernière de nouvelles motivations institutionnelles et scientifiques (celles-ci à emprunter à la psychologie moderne). »

Victor Serge aimait à se référer à ce passage (fin du tome II de « L’Accumulation du Capital ») de Rosa Luxembourg :

« Le marxisme est une conception révolutionnaire du monde, appelée à lutter sans cesse pour acquérir des résultats nouveaux, une conception qui n’abhorre rien tant que les formules figées et définitives et qui n’éprouve sa force vivante que dans le cliquetis d’armes de l’autocritique et sous les coups de tonnerre de l’histoire. »

C’est en cela qu’il montrait qu’il était un disciple authentique de Karl Marx. Il ne voulait pas réciter les vieilles formules, mais comprendre la réalité de nos jours en l’interprétant à l’aide de la méthode de Marx.

Dans sa lettre du 15 janvier 1946, il esquissait les grandes lignes de ce renouvellement :

« Le socialisme scientifique ne l’est plus dans la mesure où il ne s’est pas incorporé la psychologie moderne (Freud, Jung, Adler et autres) qui nous apprend sur la nature profonde et le comportement de l’homme une foule de choses ignorées du temps de Marx et d’une importance d’autant plus grande que la superstructure acquiert dans notre civilisation complexe une puissance (spontanée et dirigée, voyez la colossale névrose de masses que fut le nazisme — et l’effet des propagandes dirigées par l’Etat) telle que le cerveau moyen n’est plus dans ses rouages qu’une infime quantité de substance grise et malléable. La pensée socialiste doit s’intégrer l’acquis de la science contemporaine sur ce point capital et sur d’autres : ainsi la vision du monde des physiciens actuels, si différente de l’élémentaire conception d’Engels.

« Le capitalisme traditionnel est dès aujourd’hui largement dépassé, l’économie dirigée, partant collectiviste, s’impose de plus en plus et démontre chaque jour sa supériorité. Nous sommes à l’âge du plan.

« Le grand débat qui s’est ouvert est dès lors entre le collectivisme socialiste, caractérisé par le maintien et l’authentification des grandes libertés conquises au sein de la société bourgeoise, par le respect de l’homme, en un mot — la machine pour l’homme ! — contre le totalitarisme bureaucratique, policier, militaire et technocratique dont nous avons sous les yeux un effroyable exemple.

« Je tiens que le socialisme ne doit plus être considéré comme l’objectif de la seule classe ouvrière, mais rallier, par l’intérêt et la compréhension, des masses sensiblement plus larges. J’insiste notamment sur le fait que les cadres intellectuels (et techniques) de la société ont pour l’organisation en vue une importance vitale…"

Source : http://bataillesocialiste.wordpress...

9) Livres écrits par Victor Serge

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié Mémoires d’un révolutionnaire . Ce livre a connu une nouvelle publication chez Laffont, titrée Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques (1908-1947) qui comprend plusieurs textes : Pendant la guerre civile : Petrograd mai-juin 1919, Les Anarchistes et l’expérience de la révolution russe, La Ville en danger : l’an II de la Révolution, Lénine 1917, Les Coulisses d’une sûreté générale : l’Okhrana.

Sa brochure Ce que tout révolutionnaire doit savoir sur la répression était connue de tous les militants dans les années 1968.

Son écriture s’avère extrêmement expressive lorsqu’il dénonce l’inhumanité, celles des prisons françaises Les Hommes dans la prison comme celle des procès staliniens S’il est minuit dans le siècle, L’Affaire Toulaev. Sur ce dernier livre l’article de Wikipedia comprend un point de vue juste et très précis " L’Affaire Toulaev est une analyse magistrale de la psychologie des dirigeants communistes qui, au moment des purges, dans ce qu’ils croyaient être l’intérêt du Parti, s’accusaient de crimes qu’ils n’avaient pas commis tout en sachant bien qu’ils seraient de toute façon condamnés à mort par Staline, parce qu’ils n’avaient plus que ce (faux) choix : sauvegarder le Parti en s’accusant, car il s’agissait de la seule voie pour le progrès du socialisme, ou mourir en accusant le Parti, ou ruiner l’œuvre pour laquelle ils avaient vécu et combattu."

10) Il est temps de faire une place à Victor Serge dans le panthéon des révolutionnaires Article de L’Humanité par Nicolas Devers-Dreyfus

Victor Lvovitch Kibaltchitch, né en 1890 de parents russes émigrés politiques à Bruxelles, apprend le métier de photographe. Il milite dès quinze ans dans les milieux anarchistes, s’opposant notamment aux exactions de la colonisation au Congo, et écrivant dans les feuilles libertaires.
Venu à Paris en 1909, théoricien en opposition avec « l’illégalisme », il codirige avec Rirette Maitrejean le journal l’Anarchie. Compagnon de cette femme libre de la Belle Époque, ils sont tous deux impliqués dans les procès de la bande à Bonnot, pour avoir hébergé et refusé de dénoncer certains de ses membres. Victor Serge écope de cinq ans de prison qu’il purge à la Santé, avant de participer à un soulèvement anarchiste à Barcelone.

Partisan de la Révolution russe, il gagne Petrograd, rallie les bolcheviks et exerce des responsabilités tant au Parti qu’à la nouvelle IIIe Internationale. Il collabore au Bulletin communiste, à l’Humanité et à la Rote Fahne. Chargé de l’exploitation des archives de l’Okrhrana, il met en lumière les techniques policières classiques mais aussi celles de l’infiltration et des provocations érigées en système. Le mérite du livre est également de nous rappeler l’effroyable répression des derniers temps du Tsar. 
Familier de Lénine, Zinoviev et Trotski, il discerne très tôt les dérives staliniennes, produit des critiques visionnaires en bien des points. Il n’aura de cesse de faire valoir les convictions d’un révolutionnaire antitotalitaire, depuis la Belgique, la France puis le Mexique où il décède dans la gêne en 1947. Les deux ouvrages cités comportent deux belles préfaces d’Éric Hazan et de Susan Sontag. Elles éclairent un parcours hors du commun, questionnent les partisans de la transformation sociale sur les voies de l’après-révolution.

Jacques Serieys


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