Egypte antique : Première grève connue de l’histoire le 29 décembre 1167 avant notre ère

samedi 16 septembre 2017.
 

Un Etat s’est constitué très tôt dans l’Egypte antique pour des raisons compréhensibles :

* densité de population, en particulier dans et autour des villes, qui s’explique par deux raisons : d’une part la fertilité de la vallée permet d’assurer la subsistance de nombreux habitants, d’autre part la désertification encore en cours du Sahara chasse beaucoup d’humains vers l’Egypte.

* nécessité de maîtriser les crues du Nil par des digues et réaliser des travaux d’irrigation. Plus la population est importante, plus le système d’irrigation doit atteindre des zones éloignées du fleuve, plus s’impose la nécessité d’une organisation collective.

* obligation de se défendre collectivement face aux peuples nomades guerriers habitués à razzier et à traverser ce passage d’Afrique vers l’Asie.

La société égyptienne antique est fondée :

* sur une structure de base, le village, dont les caractéristiques communautaires primitives restent importantes et qui paie un tribut aux structures politiques supérieures.

* sur de premières formes d’organisation collective locale, régionale puis sur un Etat centralisé autour du Pharaon. Cet Etat remplit des fonctions militaires (protection collective), économiques (irrigation, navigation, commerce extérieur), administratives, religieuses et sociales (protection des privilégiés).

* sur un réseau de fonctionnaires : scribes qui assurent les fonctions administratives et vizirs qui représentent le pharaon à la tête des régions de l’Empire

Dans la culture théorique socialiste, ce type de société est caractérisé comme relevant du mode de production asiatique.

Le mode de production asiatique

Cet Etat recrute et paie lui-même des salariés en particulier pour de grands travaux, pour l’entretien des sépultures...

Sous le règne de Ramsès III (1198 à 1166 avant notre ère), le scribe Amennakt rend compte sur papyrus d’un mouvement social qui s’est déroulé à Deir el-Médineh à l’Ouest de Thèbes (Louxor), près de la Vallée des reines.

Qui sont ces salariés de Deir el-Medineh, nom arabe et Set Maât her imenty Ouaset ( La place de Maât ou Place de vérité), nom égyptien antique ?

Ce sont des maçons, des tailleurs de pierre, des graveurs, des peintres, des sculpteurs, de petits fonctionnaires d’Etat, bénéficiant d’un statut envié, d’un logement, d’un salaire (surtout en nature semble-t-il : approvisionnement alimentaire, logement). Ils ont construit une grande partie des tombes de la vallée des rois et des temples funéraires qui longent la rive ouest du Nil, par exemple les sépultures des Aménophis, des Thoutmôsis, des Ramsès, de Toutânkhamon. On leur doit également le temple monumental d’Hatchepsout sur le site de Deir el-Bahari. Ces grands travaux n’ont donc pas été réalisés, contrairement à une légende tenace, par une population d’esclaves.

Pourquoi une grève éclate-t-elle à ce moment-là ?

L’Egypte connaît alors un moment de crise dû aux tentatives d’invasion menées par les peuples de la mer et par les Lybiens alors que le Pharaon combat en Syrie.

Le pays connaît en même temps une crise administrative (plusieurs vizirs sont remplacés) et politique (complot visant à assassiner le pharaon). Les éléments d’information dont nous disposons paraissent indiquer que la société égyptienne connaît alors une crise typique du mode de production antique, à savoir un essai d’autonomisation de riches et chefs locaux contre l’Etat central, d’où une désorganisation dans les tâches assurées généralement par celui-ci : paiement du personnel d’Etat, approvisionnement, grands travaux...

Comment débute la grève ?

Le 29 décembre, les ouvriers n’ont rien reçu depuis 18 jours. Ils cessent le travail, marchent vers les temples (symboles du pouvoir), franchissent cinq postes de contrôle en criant "Nous avons faim" puis commencent un sit-in derrière le temple de Thoutmosis III. Un temple leur transmet cinquante pains.

Une conciliation échoue . Les ouvriers occupent alors le secteur, paralysant les activités. Ils font remonter aux autorités les causes de leur mouvement :

" Si nous en sommes arrivés à ce point, c’est à cause de la faim et de la soif ; il n’y a plus de vêtements, plus d’onguents, ni de poissons, ni de légumes ; écrivez au pharaon, notre bon seigneur, sur ce sujet, et écrivez au vizir, notre supérieur, pour que les provisions nous soient données".

Les grévistes exigent de disposer des rations accaparées par les prêtres et autres intermédiaires du pharaon, entreposées dans un temple.

La grève se poursuit

Le deuxième et le troisième jours de grève, les travailleurs occupent l’enceinte sacrée entourant le temple funéraire de Ramsès II, provoquant la fuite des gardiens, soldats et comptables.

Diverses promesses leur sont faites mais ne sont pas tenues.

Les grévistes campent alors dans le temple funéraire de Ramsès III durant un jour et une nuit. Le restant dû des mois précédents leur est alors octroyé.

Le travail reprend durant quinze jours.

Cependant, une deuxième puis une troisième grève vont éclater peu après pour le paiement de leur dû et pour dénoncer la corruption des chefs locaux, le non respect des obligations dues aux dieux.

Y eut-il une organisation ouvrière locale dans l’Egypte antique ?

Le professeur Nelson Pierrotti répond par l’affirmative. Il y eut évidemment action concertée et collective pour cesser le travail. Il y eut aussi coordination de l’action et début d’organisation.

Nous n’en savons guère plus.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message