Bilan du 20ème siècle et perspectives. Dix modestes remarques.

mardi 8 août 2017.
 

Depuis 200 ans, chaque génération chante la même espérance même si les paroles changent.

Lève-toi car il est temps..

Le monde sera ce que tu le feras

Plein d’amour, de justice et de joie...

Demain, nos matins chanteront...

1) Le 20ème siècle en résumé

1a) Le 20ème dans le cours des siècles

De nombreux historiens caractérisent le 19ème siècle comme celui des nations et du capitalisme.

Le 20ème s’est inscrit dans cette continuité sous la forme d’une lutte pour l’hégémonie impérialiste mondiale sur les richesses, les territoires et les nations ; dans la première moitié du siècle, la lutte pour cette domination a été disputée essentiellement entre les USA, la Grande Bretagne, l’Allemagne, la France, la Russie et le Japon ; dans la seconde moitié, cette suprématie économique, politique, financière et militaire a été incarnée par les USA.

En ce début du 21ème siècle, la prééminence des USA est mise en danger par la progression démographique, économique, politique, financière et militaire de nouveaux pays (Chine en particulier) et de nouveaux groupements continentaux (Union des nations sud-américaines par exemple).

1b) Potentialités et menaces

Le 20ème siècle a été marqué par d’innombrables découvertes scientifiques (atome, cellules, gènes...) et techniques ( électricité, radio, télévision, imagerie médicale, voiture, avion, internet, téléphonie mobile...) qui révèlent les possibilités immenses du progrès humain.

Il révèle aussi le danger mortel constitué par l’accaparement de ces potentialités dans la "main du marché (prétendument) libre et non faussé". En réalité, une petite minorité d’environ 1% de l’humanité monopolise de plus en plus la propriété des logements, des minerais, des entreprises, des terres et même des brevets médicaux.

Dans ce contexte de bouleversement permanent des sociétés, apparaissent des tendances à un retour au passé comme les fondamentalismes religieux et les néo-fascismes. Le socialisme émancipateur et internationaliste connaît, lui, de grandes difficultés à maintenir ouverte une perspective progressiste pour l’humanité.

1c) 20ème siècle et mondialisation capitaliste

Le 20ème siècle a révélé aux humains conscients et responsables :

- le danger mortel que représente la dynamique fondamentale du mode de production capitaliste à savoir la concurrence "libre et non faussée" entre les hommes, les entreprises et les nations.

- Oui, ce capitalisme a été le géniteur du colonialisme

- Oui, ce capitalisme a engendré et engendre encore d’innombrables conflits armés, de la Première guerre mondiale à la Guerre du Golfe et à l’invasion de l’Irak

- Oui, ce capitalisme a été le géniteur du fascisme, y compris du nazisme

- Oui, ce capitalisme menace aujourd’hui la survie écologique de la planète en tant que notre milieu de vie

2) Que sont nos espérances devenues au 20ème siècle ?

Né dans les années après 1945, les vieux m’ont transmis un optimisme illimité. Souvent mis au travail à cinq, six ans à coups de pieds au derrière, ils avaient profité de l’école gratuite, laïque et obligatoire grâce à la victoire des républicains sur la droite royaliste. Plongés dans les tranchées sordides et sanglantes de la Première guerre mondiale par la droite nationaliste et militariste, ils étaient sortis de là, moins nombreux mais porteurs d’une leçon évidente : l’avenir de l’humanité ne passe pas par le capitalisme. Durant les longues années d’écrasement par la droite fascisante, ils avaient fait preuve d’intelligence politique mais aussi d’un courage et d’une conviction intarissables. A la fin d’une partie de cartes, un des joueurs me lança « Petit, si en 1940 nous avons tous refusé d’adhérer à la Légion française des combattants, malgré ce que ça nous a coûté, c’est pour les générations à venir. Si vous ne portez pas ce drapeau bien haut, vous nous tueriez plus sûrement que la mort de notre corps. » Ils avaient profité ensuite des victoires syndicales en matière de protection sociale, d’allocations familiales, de droit du travail, de retraite...

Oui, ces vieux avaient cru en la république sociale et même dans la perspective d’une république universelle donnant la paix au monde.

Robert Badinter (ministre français de la Justice en 1981) a bien résumé ce constat « A l’orée du XXème siècle, bien des voix autorisées annonçaient qu’il serait celui de la paix, de la justice, du progrès universel. Qu’est-il advenu des promesses de l’aube ? Du génocide arménien à la purification ethnique dans l’ex-Yougoslavie, le siècle n’a cessé d’être souillé par les crimes contre l’humanité. Et Auschwitz en demeurera à jamais le symbole monstrueux »

Un constat historique nécessite pour un socialiste de poser la question : Pourquoi les "voix autorisées" de la Belle époque se sont-elles trompées ? La réponse est claire : tant libéraux que socialistes (Jaurès...) ont pensé au début du siècle que la mondialisation capitaliste allait contribuer à la paix universelle et au progrès humain. La gauche de la deuxième internationale défendait le point de vue inverse (Rosa Luxembourg, Lénine...) ; elle avait raison.

Durant les années 1900, plusieurs dirigeants de la Seconde Internationale prévoyaient aussi l’ère du socialisme dans un délai bref. En ce début de 21ème siècle, l’horizon s’est obscurci, avec la souillure attachée au mot communisme depuis les goulags staliniens, avec le passage d’une très large majorité de la social-démocratie dans le camp de l’ordre établi, avec la marginalisation des courants "révolutionnaires".

Le 20ème brille comme siècle le plus meurtrier de l’histoire humaine. Que pèsent le sac de Rome, de Samarkande ou de Constantinople ?

- en regard des crimes coloniaux contre l’humanité du 20ème ?

- en regard de la Shoah, d’Hiroshima et du sac de Nankin ?

- en regard des guerres permanentes du profit menées par les USA, particulièrement dans les années 1960 et 1970 (Indonésie, Guatemala, Vietnam, Amérique du Sud...) ?

Notre but consiste aujourd’hui à prendre en compte les réussites et désastres du 20ème siècle pour les mettre au service de l’intérêt public, d’une priorité à L’Humain d’abord.

3) La "loi capitaliste du marché" a pourri tout le 20ème siècle

Le totalitarisme colonial ne peut être analysé indépendamment du capitalisme dont il fut une mamelle généreuse.

Colonisation française du Niger et du Tchad par la colonne Voulet Chanoine Joalland : un crime contre l’humanité

La Première guerre mondiale ne peut être analysée indépendamment du capitalisme. Elle a seulement permis de dépasser transitoirement certaines de ses contradictions.

Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats

Le fascisme ne peut être analysé indépendamment du capitalisme dont il n’a été qu’un auxiliaire paramilitaire conjoncturel et une forme de pouvoir politique.

Fascismes de 1918 à 1945 : naissance, caractéristiques, causes, composantes, réalité par pays

Les ravages environnementaux menaçant aujourd’hui l’avenir de l’humanité ne peuvent non plus être analysés indépendamment de l’engrenage majeur du mode de production capitaliste : la recherche du profit maximum à court terme.

Enfin, le capitalisme a maintenu la population salariée dans un état de non-citoyenneté et d’oppression au sein des entreprises.

Il règne en maître aujourd’hui sur la planète, cherchant à tout transformer en marchandises, de la faune à la flore, de l’eau aux humains...

4) Au 20ème siècle, l’immense majorité des peuples de la planète s’est libérée du colonialisme totalitaire au prix de millions de morts.

Pour les anciennes "possessions" de l’empire français, citons quelques exemples :

25 juillet 1900 Colonisation française du Niger et du Tchad par la colonne Voulet Chanoine Joalland : un crime contre l’humanité

27 mai 1926 : Abdelkrim se rend. C’est la fin de la Guerre du Rif

29 mars 1947 L’insurrection pour l’indépendance de Madagascar est massacrée par l’armée française

15 janvier 1951 : France coloniale et napalm

Les espérances des années 1960 ont évolué en désastre dans de nombreux pays comme le Congo ou l’Algérie. Les grands états impérialistes, en particulier les Etats Unis, ont maintenu leur domination politique et l’appropriation des richesses par leurs grandes entreprises.

5) Au 20ème siècle, le prolétariat et les couches populaires ont sans cesse essayé d’obtenir de meilleures conditions de vie et de travail.

Trois grands cycles politiques se sont succédés :

- celui commencé vers 1885 et terminé vers 1934 comprenant une longue phase de poussée démocratique et sociale de 1885 à 1914, la première guerre mondiale comme exutoire du capitalisme, une période révolutionnaire de 1917 à 1923 plus ou moins prolongée selon les pays jusqu’en 1927, une phase de recul ensuite jusqu’en 1943, seulement émaillée d’une période de mobilisation sociale courte, plutôt défensive, limitée à la France et l’Espagne en 1936- 1939.

- celui commencé en 1943 avec Stalingrad qui sonne la fin de l’expansion fasciste. De 1943 à 1963, la phase de remontée des luttes passe sous les fourches caudines des Accords de Yalta. De 1963 à 1968, l’espérance révolutionnaire bénéficie d’une nouvelle dynamique populaire autonome en Amérique latine, au Vietnam, dans la jeunesse... De 1968 à 1975, le 20ème siècle connaît une seconde période révolutionnaire après celle des années 1917 à 1927. Une phase de retombée lui succède ensuite jusqu’en 1983 (malgré le soubresaut de la révolution nicaraguayenne) puis une phase de recul marqué jusqu’en 1994-1995.

- un nouveau cycle paraît se développer depuis 1995 avec une phase de remontée réelle mais irrégulière et non simultanée dans le monde.

6) Les découvertes technologiques du 20ème siècle sont incompatibles avec la propriété capitaliste des grands moyens de production

De nombreux progrès techniques ont surtout été utilisés pour améliorer la force militaire des états impérialistes. Aussi, le 20ème siècle a battu tous les records de l’histoire humaine quant aux conséquences des guerres : au moins 40 millions de soldats et 60 millions de civils.

Chaque année, de nouveaux progrès techniques sont réalisés, servent à rentabiliser l’investissement financier et à licencier les salariés. Ils pourraient contribuer à améliorer les conditions de travail ; l’inverse se produit généralement.

Les humains savent à présent utiliser toutes les ressources des hydrocarbures mais les compagnies pétrolières ont joué la carte du fascisme dans les années 1930 et aujourd’hui celle d’un hyperlibéralisme international, aussi méprisant pour les hommes que pour l’environnement.

Les humains savent à présent construire et utiliser des avions de ligne, des voitures, des camions et des tankers mais la pollution atmosphérique et océanique s’approche de plus en plus souvent, de seuils rédhibitoires pour nos organismes.

La radio, la presse, la photographie, l’audiovisuel, l’informatique... pourraient améliorer la démocratie participative. Ils servent surtout à renforcer la mainmise idéologique des puissants sur les peuples...

7) La science a réalisé des progrès considérables

- de l’astronomie à la génétique

- de la connaissance de la matière à celle du vivant

- des notions d’énergie à celle du temps

L’humanité pourraient aujourd’hui éradiquer facilement la famine assassine et les épidémies endémiques. Tel n’est pas le cas parce que les multinationales de l’agro-alimentaire et du médicament veillent prioritairement à leurs profits.

La maîtrise de l’atome a immédiatement servi à faire exploser une bombe atomique.

8) Au 20ème siècle, tout progrès humain a été limité, détourné par les puissants

L’espérance de vie a généralement augmenté (de 40 à 80 ans en France) mais la spéculation étant prioritaire par rapport à l’intérêt public beaucoup de vieux finissent leur vie dans des conditions dégradantes.

Le taux de mortalité a diminué rapidement durant la première moitié du 20ème siècle pour progresser très lentement ensuite, l’essentiel des revenus étant accaparés dans beaucoup de pays du monde par la caste des gros actionnaires.

La Cour pénale internationale représente un progrès évident mais les USA s’y soustraient alors qu’ils seraient les premiers à mettre en cause depuis les années 1950.

Les connaissances et capacités scolaires de l’humanité ont progressé mais le recul des superstititions n’a conduit jusqu’à présent qu’à un désenchantement du monde. Par ailleurs, l’éducation n’étant pas posée comme prioritaire par le capital financier transnational, le pourcentage mondial d’illétrés reste un handicap majeur pour l’émancipation humaine unverselle.

9) Le bilan le plus négatif du 20ème siècle pour les générations futures est évidemment celui de la dégradation de notre environnement.

- effondrement de la biodiversité

- raréfaction des colonies d’abeilles menaçant la reproduction végétale

- réchauffement de la planète (97% des glaces du Groenland ont fondu en juillet 2012)

- pollution des océans telle qu’elle conduit les humains à limiter leur consommation de poisson

- les multinationales souillent de nombreux territoires pour de nombreux siècles...

10) L’avenir est entre les mains de "ceux qui luttent"

Il est évidemment souhaitable que chaque humain fasse par exemple des efforts pour trier ses déchets, pour consommer moins d’énergie et moins d’eau potable.

Ceci dit, la-plupart des dangers mortels connus aujourd’hui par notre civilisation proviennent de la contradiction entre propriété privée des grands moyens de production et émancipation humaine. Nous n’avancerons pas sur ce plan collectif comprenant le progrès démocratique sans un renouveau de l’action, de la réflexion, de l’organisation et de la lutte du mouvement socialiste.

Chaque humain est également responsable de ce qu’il fait ou ne fait pas sur ce plan politique.

La progression du Front de gauche et du Parti de la Gauche Européenne constitue l’objectif central à court terme.

A moyen terme, la question d’une coordination des anticapitalistes du monde entier va nécessairement se poser, au moins sous forme de rencontre.

1) L’espérance éternelle d’un monde meilleur ne mourra pas

Des craintes ancestrales aux connaissances d’aujourd’hui, de la saignée à la médecine, du battoir à la machine à laver, quel progrès ! Cette quête concrète a traversé les millénaires malgré leur lenteur, malgré toutes les répressions, malgré tous les moments de recul... de Spartacus à Jean Petit, du christianisme primitif aux années 1968...

Les tyrans de la Sainte Ligue ont massacré les intelligences durant la Renaissance ; la résistance durant ces heures sombres a préparé l’avenir. Les royautés et la papauté ont ensuite tenté d’étouffer les aspirations humaines mais la Révolution française et ses sœurs ont balayé cette prétention.

Le 6 juin 1832, les survivants d’une révolution vaincue, défendent la dernière barricade, pour le principe, pour l’avenir. Au soir, ils sont morts... Complètement morts ? Non. Victor Hugo nous restitue leur message dans Les Misérables par la voix d’Enjolras « Amis, l’heure où nous sommes et où je vous parle est une heure sombre ; mais ce sont là les achats terribles de l’avenir. Une révolution est un péage. Oh ! le genre humain sera délivré, relevé et consolé ! Nous le lui affirmons sur cette barricade. »

Le capitalisme sauvage du 19ème se croyait tout permis avant de devoir compter sur la montée en puissance des syndicats et du socialisme. Le fascisme voulait éradiquer tous ces progrès des derniers siècles ; son führer s’est suicidé, seul, dans un bunker.

Le 20ème siècle n’a pas failli à son rôle plus qu’un autre dans ce long combat vers un monde meilleur. J’ai vu durant le mouvement social de décembre 1995, des milliers de manifestants chanter "Le chiffon rouge" devant la cathédrale de Rodez construite avec le sang et l’argent de nos aïeux hérétiques au 13ème siècle. Oui :

« Lève-toi car il est temps...

Le monde sera ce que tu le feras

Plein d’amour, de justice et de joie...

Et demain, nos matins chanteront. »

Jacques Serieys le 20 février 2000, mis en ligne sur ce site le 20 octobre 2007, encore complété le 6 août 2012


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message