Un folklore intéressant : Fête de la transhumance sur l’Aubrac du 25 au 28 mai 2017

jeudi 18 mai 2017.
 

Chaque année se déroule fin mai dans le Nord-Aveyron, une "fête de la transhumance" qui rappelle la longue tradition de montée des troupeaux vers l’Aubrac pour l’été. La date choisie correspond toujours au week-end le plus proche de la Saint Urbain (25 mai), date historique de début de l’estive alors que la Saint Géraud (13 octobre) en acte la fin.

Qu’est-ce qui attire de nombreux visiteurs sur cette initiative ?

- peut-être le spectacle des troupeaux magnifiquement décorés,

- peut-être une bonne marche ponctuée de repas à l’ancienne (tripoux et vin blanc, aligot...) au long de paysages magnifiques,

- peut-être les spectacles folkloriques dans le village d’Aubrac

- peut-être les émouvantes retrouvailles des vaches et de leurs veaux sur la montagne...

Quant à moi, j’apprécie l’authenticité des paysages, de la tradition de transhumance, de ce rapport entre humains et animaux de ferme en comparaison de l’élevage industriel.

1) La race bovine d’Aubrac

Durant mon enfance, les vaches d’Aubrac de chaque ferme faisaient partie de la famille. Chacune avait son nom, sa personnalité, son rôle dans le travail agricole, sa place dans l’étable et lors des déplacements du troupeau.

Je me rappelle de la Maurèla qui se plaçait en dernière position parce que je portais souvent une petite friandise, peut-être aussi parce que je confectionnais des tresses avec les longs poils du bout de sa queue ; quand j’avais terminé, elle levait celle-ci pour admirer le résultat.

Je me rappelle du Flourit qui savait s’appuyer sur ses membres arrières pour atteindre avec ses pattes avant les branches basses des pommiers et faire une razzia de fruits.

Je me rappelle surtout de ce que ces bovins apportaient aux humains :

- leur lait apportait la principale source de protéines avec les oeufs et la charcuterie. Il pouvait être consommé pur, y compris dans la soupe du soir mais aussi transformé pour donner un beurre succulent, du petit lait, du fromage...

- ils tiraient le brabant pour labourer, le char pour rentrer le foin dans la grange ou monter des barriques d’eau de la rivière, le tombereau pour charrier par exemple des pierres et du sable en hiver lors des prestations, la batteuse pour séparer les grains des épis de blé, parfois une voiture embourbée dans une fondrière...

- la vente des veaux constituait la seule rentrée annuelle importante d’argent. Or, la vache d’Aubrac en engendre un chaque année, dans des conditions presque toujours idéales pour l’éleveur (vêlage facile et autonome, veaux robustes et rapidement aptes à la marche...)

- les étables étaient très régulièrement nettoyées. Il fallait enlever les excréments et les entasser sur le fumier puis rendre le coucher des vaches propre en y déposant un lit épais de fougère coupée peu de temps avant. Le fumier procurait aussi un élément indispensable pour le jardin et les travaux agricoles à une époque où chaque ferme produisait entre 98% et 99% de ses besoins alimentaires.

- quiconque ne connaît pas les diverses races bovines n’imagine pas à quel point leurs qualités sont variables. Pour un paysan de la vallée du Lot, la vache d’Aubrac présentait plusieurs avantages : pouvoir paître dans des terrains assez pentus et même rocheux grâce à son gabarit moyen et à ses excellents appuis ; se satisfaire d’une alimentation sobre et de piètre qualité en période difficile puis se rattraper (son alimentation accordéon si commode en comparaison d’autres espèces)... Pour un éleveur de "la montagne", la capacité de ce bovin à supporter tous les climats représentait un atout considérable.

2) L’Aubrac et la transhumance : un peu d’histoire

Le plateau de l’Aubrac constitue un vaste dôme volcanique à 1200 mètres d’altitude de moyenne, en plein coeur du Massif Central.

Dès la fin de la préhistoire, s’est développée ici une économie particulière, fondée sur l’élevage et le pastoralisme puisque blé, légumes et fruits ne pouvaient pousser à une telle altitude et permettre une sédentarisation.

Aussi, l’Aubrac présentait deux particularités lors de l’arrivée des Celtes puis des Romains :

- des populations pré-celtes (dénommées globalement Gabalitanos) refoulées là par les invasions

- un lieu de transhumance où paissaient l’été des troupeaux venus du Languedoc et du Quercy (avec certainement de nombreux conflits)

Un moine du 19ème siècle ( Dom Vaissette) a réalisé un travail intéressant sur le sujet, montrant l’importance des déplacements de troupeaux, dès l’époque des Phéniciens entre Agde et les montagnes de l’Aubrac.

Durant l’Antiquité, le plateau a continué à servir de terre d’estive où les troupeaux venaient paître lorsque le soleil asséchait les terres situées à de plus basses altitudes.

C’était encore le cas pendant la période tourmentée du Haut Moyen Age ; cependant la forêt gagnait sur les pâturages et des "bandes" rançonnaient les bergers comme les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle.

C’est l’Eglise qui a reconquis à son profit ce territoire essentiellement à partir des 12ème et 13ème siècles.

L’abbaye d’Aubrac et l’abbaye de Bonneval constituent des élevages de type latifundiaire organisés en "montagnes", vastes domaines de pâturage. Elles créent une économie de marché en lien avec des "grossistes" (en particulier les templiers de Lacapelle Livron) qui vendent cette viande pour approvisionner de grandes villes.

Ces abbayes créent ainsi une société tout à fait particulière au sein du mode de production féodal :

- C’est l’Eglise qui accapare le développement économique et la circulation monétaire

- une bourgeoisie locale se constitue (essentiellement au travers des "maîtres" qui dirigent les grandes propriétés) mais elle vit en osmose totale avec les abbayes, pour des raisons économiques et sociales ( les cadets de ces familles entrent souvent dès l’enfance dans la confrérie des moines).

- les bourgs n’acquièrent pas d’autonomie ; ils servent uniquement de réservoir de main d’oeuvre bon marché et soumise pour les "montagnes". Jusqu’à la Révolution, le nombre de "mendiants" et miséreux est extrêmement élevé.

- les voies de communication restent pour l’essentiel les anciennes "drailles" pour le déplacement des troupeaux

La Révolution française va surtout se traduire par la vente de nombreuses terres d’abbaye au profit de la bourgeoisie locale. Cependant, le mode local de production et le type de rapports sociaux vont conserver des caractéristiques fondamentales des siècles précédents.

Principales évolutions aux 19ème et 20ème siècles :

- la modernisation des techniques permet aux propriétaires de recruter de moins en moins de main d’oeuvre ; aussi, beaucoup de pauvres s’exilent pour la région parisienne

- l’Eglise ne pouvant plus absorber les enfants de la bourgeoisie en surnombre pour gérer les montagnes, ceux-ci vont s’expatrier également vers la région parisienne, en particulier dans l’hôtellerie et la restauration.

- pour la fabrication du fromage, les anciens burons (petites maisons insalubres où s’entassaient jusqu’à dix personnes) situés au coeur des "montagnes", sont remplacés par les coopératives

- le souci de rentabilité de l’élevage va conduire à une disparition progressive des vaches de race Aubrac aux cornes magnifiques mais moins généreuses en lait que d’autres. Depuis 30 ans environ, on assiste au phénomène inverse car celles-ci sont reconnues comme très résistantes ( gros départs vers la Sibérie), excellentes génitrices et excellentes mères.

Notons pour conclure qu’il s’agit d’un des rares secteurs géographiques d’Europe occidentale où s’est maintenue jusqu’au 20ème siècle une civilisation de l’élevage, notable dans l’alimentation ( produits carnés et laitiers), les rapports sociaux, les coutumes...

3) La fête de la transhumance 2017

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Du jeudi 25 au DIMANCHE 28 MAI 2017 à AUBRAC

L’association Traditions en Aubrac organise la Fête de la Transhumance au village d’Aubrac, le dimanche le plus proche du 25 mai. C’est un week end de fête qui vous est proposé :

Jeudi 25 mai : dès 11h Marché paysan et Mini-ferme

Possibilité de déjeuner sur place avec les plats préparés par les producteurs

20h30 Soirée découverte du plateau de l’Aubrac (témoignages, conférences, musique, chants...)

5€ l’entrée, sans réservation

Samedi 27 mai : Fête de la veille de la Transhumance à St Chély d’Aubrac

Village d’Aubrac : balade (environ 2h) autour du village avec le Bureau des Accompagnateurs des Monts d’Aubrac, 5€/ pers : 10h, 14h (quelques places restantes) et 16h

Samedi 27 et Dimanche 28 mai : Salon du Terroir Aubrac, village d’Aubrac

Jeu du poids du taureau avec les éleveurs de race Aubrac, stands d’information touristique, producteurs et artisans du plateau, présentation de bovins... Possibilité de déjeuner sur place

Jardin Botanique de l’Aubrac gratuit tout le week-end, visite commentée samedi et dimanche à 15h

Dimanche 28 mai : Fête de la Vache Aubrac en Transhumance, village d’Aubrac

​Animations (tombola, danses de groupes folkloriques,...), marché de producteurs, passage des troupeaux de race Aubrac décorés, présentation de l’éleveur et de son mode d’élevage.

Entrée à la fête : 5€ /pers.

Déjeuner montagnard (11h15, 11h45, 12h30, 13h00 et 13h45) : 25€ /pers.

Dîner dansant 20h avec l’orchestre Louis Prunières : 25€ /pers.

Menu : Charcuterie, Aligot de l’Aubrac et viande Aubrac, fromage de Laguiole AOP, tarte, vin et café.

Repas : sur réservation à l’avance avant le 8 mai ou sur place

Randonnée et suivi d’un troupeau transhumant (25€ /pers. = prestation guide, boisson et entrée à la fête), deux horaires : 9h (COMPLET) et 13h (COMPLET).

Renseignements et Réservations (randonnées et repas) auprès de l’Office de Tourisme Aubrac-Laguiole par téléphone au 05.65.44.21.15 ou par mail : accueil.stchelydaubrac@orange.fr


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