Robespierre, humaniste, républicain et pré-socialiste

dimanche 11 mars 2018.
 

Robespierre, acteur décisif de la Révolution française

Robespierre, penseur politique de la révolution française

Robespierre contre Mirabeau sur le droit de veto royal

1793 et Robespierre, des bourgeois d’après le NPA Gers. Oh là !

1) Robespierre, humaniste et intellectuel des Lumières

Maximilien Robespierre ne fait pas partie de la noblesse. Il ne peut non plus être classé socialement comme un bourgeois. Il est conçu hors mariage par un avocat de famille petite bourgeoise et une fille de milieu populaire (brasseur). Quelques mois plus tard, ses parents se marient. La mère, sans cesse enceinte (cinq bébés en six ans), s’occupe des nouveaux-nés (quatre vivants) et meurt de la tuberculose à 27 ans alors que Maximilien n’en a que six.

Le père quitte alors la France où il ne reviendra pas. Les enfants sont séparés, confiés à des gens de la famille. L’aîné Maximilien rejoint la brasserie de ses grands parents maternels ; placé en internat, il se plonge brillamment dans les études au collège d’Arras puis au renommé collège Louis le Grand (Paris) grâce à une bourse.

1793 et Robespierre, des bourgeois d’après le NPA Gers. Oh là !

Devenu avocat en 1781,

- il refuse les édits de Lamoignon au nom de la souveraineté du peuple

- il se bat pour l’égalité des peines entre nobles, religieux et roturiers, d’autant plus que, pour lui, le crime du riche est moins excusable que celui du pauvre acculé par le besoin.

- en août 1782, une jeune lingère nommée Clémentine Deteuf subit le harcèlement sexuel d’un moine. N’ayant pas accepté ses avances, le religieux accuse son frère de vol. Maximilien prouve le mensonge, s’insurge contre les moeurs de ce monastère ("Il faut rappeler encore le souvenir des désordres qui ont souillé un asile consacré à la Religion et à la Vertu"), enfin il demande réparation à l’abbaye ("" Tout homme est obligé de réparer le tort qu’il a fait à un autre ; cette obligation doit être réciproque entre tous les citoyens... Mais chaque religieux, pris individuellement, ne peut nous procurer cette indemnité, parce qu’il ne possède rien en propre... Il faut donc que la Communauté dont il fait partie, et qui possède tous les biens auxquels il participe, nous réponde du tort qu’il nous a fait...")

- au printemps 1783, le tribunal oblige un particulier à démonter son paratonnerre, victime des préjugés. Robespierre soutient l’intérêt de l’objet en connaisseur des questions scientifiques et en homme des Lumières, défenseur des sciences " Les Arts et les Sciences sont le plus riche présent que le Ciel ait fait aux hommes ; par quelle fatalité ont-ils donc trouvé tant d’obstacles pour s’établir sur la terre ? Pourquoi faut-il que nous ne puissions payer aux grands Hommes qui les ont inventés ou conduits vers la perfection, le juste tribut de reconnaissance et d’admiration que leur doit l’humanité entière, sans être forcés de gémir en même temps sur ces honteuses persécutions qui ont rendu leurs sublimes découvertes aussi fatales à leur repos qu’elles étaient utiles au bonheur de la société ? Malheur à quiconque ose éclairer ses concitoyens ! l’ignorance, les préjugés et les passions ont formé une ligue redoutable contre les hommes de génie, pour punir les services qu’ils rendront à leurs semblables."

- en 1784, il remporte le deuxième prix d’un concours organisé par l’Académie de Metz sur "’’ l’origine de l’opinion qui étend sur tous les individus d’une même famille une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable’’. Dans son brillant écrit, notons cette phrase significative "La prospérité des états repose nécessairement sur la base immuable de l’ordre, de la justice & de la sagesse. Toute loi injuste, toute institution cruelle qui offense le droit naturel, contrarie ouvertement leur but, qui est la conservation des droits de l’homme, le bonheur et la tranquillité des citoyens..."

- en 1785, il défend victorieusement Monsieur Dupond, emprisonné depuis 12 ans par lettre de cachet après avoir seulement demandé une part d’héritage. "Oh ! quel jour brillant, sire, que celui où ces principes, gravés dans le coeur de Votre Majesté, proclamés par sa bouche auguste, recevront la sanction inviolable de la plus belle nation de l’Europe ; ce jour où, non content d’assurer ce bienfait à votre nation, vous lui sacrifierez encore tous les autres abus, source fatale de tant de crimes et tant de maux ! Conduire les hommes au bonheur par la vertu, et à la vertu par une législation fondée sur les principes immuables de la morale universelle, et fait pour rétablir la nature humaine dans tous ses droits et sa dignité première ; renouer la chaîne immortelle qui doit unir l’homme à Dieu et à ses semblables, en détruisant toutes les causes de l’oppression et de la tyrannie qui sèment sur la terre la crainte, la défiance, l’orgueil, la bassesse, l’égoïsme, la haine, la cupidité et tous les vices qui entraînent l’homme loin du but que le législateur éternel avait assigné à la société, voilà sire, la glorieuse entre prise à laquelle il vous a appelé..."

http://membres.multimania.fr/discours/

http://fr.wikisource.org/wiki/%C5%9...

2) Robespierre républicain

Dès les premières années de la Révolution française (Assemblée constituante), Maximilien Robespierre, élu député du Tiers Etat dans l’Artois, fait preuve d’une grande cohérence politique dans la défense des intérêts du peuple et dans l’objectif de fonder une société démocratique.

Pour ne pas être trop long, notons seulement :

- qu’il participe à la révolution portée par les députés du Tiers Etat en mai juin 1789 permettant l’institution de l’Assemblée nationale constituante

- qu’il promeut et défend l’auto-organisation populaire dans le cadre des 60 districts parisiens, que cette auto-organisation joue un rôle décisif dans l’insurrection victorieuse du 14 juillet 1789.

- qu’il combat les élus voulant la dissolution de ces districts et sections.

- qu’il apparaît très tôt comme le meilleur défenseur de la souveraineté populaire à l’Assemblée contre le droit de veto royal (suspensif ou absolu). « Celui qui dit qu’un homme a le droit de s’opposer à la Loi, dit que la volonté d’un seul est au-dessus de la volonté de tous. Il dit que la nation n’est rien, et qu’un seul homme est tout. S’il ajoute que ce droit appartient à celui qui est revêtu du Pouvoir exécutif, il dit que l’homme établi par la Nation, pour faire exécuter les volontés de la Nation, a le droit de contrarier et d’enchaîner les volontés de la Nation ; il a créé un monstre inconcevable en morale et en politique, et ce monstre n’est autre que le veto royal... »

10 septembre 1789 Droit de veto du Roi sur les lois de l’Assemblée nationale. Robespierre contre Mirabeau

- qu’il soutient la mobilisation populaire des 5 et 6 octobre

- qu’il est le premier à avancer la devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE

- qu’il mobilise son énergie en faveur du droit de vote des Juifs et des comédiens

23 décembre 1789 Robespierre intervient en faveur du droit de vote des Juifs et des comédiens

- qu’il joue un rôle décisif dans l’armement du peuple par la mise en place des Gardes nationales.

3) Robespierre pré-socialiste

Quiconque connaît un peu l’activité de Robespierre de 1789 à son assassinat en 1794 doit reconnaître le caractère généralement pré-socialiste de son orientation politique :

3a) Robespierre prend partie dès le début pour un camp social, celui de l’intérêt des milieux populaires face à tous les conservateurs et notables qui veulent limiter le droit de vote aux possédants, face à l’intérêt des riches.

Il définit dès le début la révolution de 1789 comme une révolution sociale, celle du peuple, celle des pauvres. « Eh ! qui pourrait donc supporter l’idée de le (ce peuple) voir dépouiller de ses droits, par la révolution même qui est due à son courage, au tendre et généreux attachement avec lequel il a défendu ses représentants. Est-ce aux riches, est-ce aux grands que vous devez cette glorieuse insurrection qui a sauvé la France, et vous ? Ces soldats qui ont déposé leurs armes aux pieds de la patrie alarmée, n’étaient-ils pas du peuple ? Ceux qui les conduisaient contre vous, à quelles classes appartenaient-ils ? ... Est-ce pour retomber sous le joug de l’aristocratie des riches, qu’il (le peuple) a brisé avec vous le joug de l’aristocratie féodale ? »

Son intervention devant l’Assemblée nationale contre le suffrage censitaire (droit de vote pour ceux payant un marc d’argent en impôt et pas de droit de vote pour "ceux qui n’ont rien") présente une argumentation extrêmement cohérente.

« Les droits imprescriptibles appartiennent à tous les hommes... Tel est l’objet de toute constitution politique. Elle est juste, elle est libre, si elle le remplit elle n’est qu’un attentat contre l’humanité, si elle le contrarie... les grossiers habits qui me couvrent, l’humble réduit où j’achète le droit de me retirer et de vivre en paix, le modique salaire avec lequel je nourris ma femme et mes enfants ; tout cela je l’avoue, ce ne sont point des terres, des châteaux, des équipages ; tout cela s’appelle rien peut-être, pour le luxe et pour l’opulence ; mais c’est quelque chose pour l’humanité : c’est une propriété sacrée, aussi sacrée sans doute que les brillants domaines de la richesse. Que dis-je ! Ma liberté, ma vie, le droit d’obtenir sûreté ou vengeance pour moi et pour ceux qui me sont chers, le droit de repousser l’oppression, celui d’exercer librement toutes les facultés de mon esprit et de mon cœur ; tous ces biens si doux, les premiers de ceux que la nature a départis à l’homme, ne sont-ils pas confiés, comme les vôtres, à la garde des lois !.. Le peuple ne demande que le nécessaire, il ne veut que justice et tranquillité ; les riches prétendent à tout, ils veulent tout envahir et tout dominer. Les abus sont l’ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fléaux du peuple : l’intérêt du peuple est l’intérêt général, celui des riches l’intérêt particulier. »

3b) Robespierre comprend parfaitement la volonté de la bourgeoisie de remplacer l’aristocratie féodale par l’aristocratie des riches

« Que serait votre constitution (fondée sur le suffrage censitaire) ? Une véritable aristocratie. Car, l’aristocratie est l’état où une portion des citoyens est souveraine et le reste sujets. Et quelle aristocratie ! La plus insupportable de toutes ; celle des riches. »


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